Café sans filtre, Jean-Philippe Blondel

café sans filtre Jean Philippe Blondel

Un café, c’est le lieu où se nouent et se dénouent les joies et les peines du quotidien. Le théâtre de nos vies. Asseyez-vous et savourez ce café plein d’humanité et de sensibilité servi par la délicate plume de Jean-Philippe Blondel.

Le café, théâtre de nos vies

Cette pandémie a entraîné des conséquences inédites. Chacun a dû resté confiné chez lui, coupé des autres. Aussi, quand l’autorisation de sortir et de se retrouver est enfin donnée, le café de Fabrice, le Tom’s, reprend vie. Sur une table, dans un coin, avec un carnet et un crayon à la main, Chloé observe du matin au soir le ballet des clients dont elle fait partie. Elle avait quitté cette ville de province pour s’établir en Finlande. Et, sans un évènement tragique, elle y aurait sans doute passé le reste de son existence. Pour l’heure, les projets contrariés par la pandémie, elle vient chaque matin dans ce café. Et observe.

Il y a Fabrice, qu’elle a connu au collège et dont elle s’étonne de voir l’accession si rapide à la propriété de ce café. Il y a Jocelyne, l’ancienne propriétaire du café, qui ne peut s’empêcher d’y revenir. Pourquoi refuse-t-elle obstinément que Fabrice rebaptise le café ? Il y a de même ce fils et sa mère, dont la conversation prend des allures tendues et inattendues. Une mère connait-elle vraiment son enfant ? Plus loin, il y a l’enfant du pays, devenu un écrivain de renom, qui retrouve un homme dont autrefois il était tombé amoureux sans oser avouer son homosexualité. Il y a José, le serveur, qui rêve de plus grand, plus haut, plus loin, que cette petite ville provinciale. Il y a tous ces gens, réunis dans un même lieu, mais aussi par des liens invisibles, dont Philippe Blondel nous dresse un portrait touchant.

Une peinture de notre société

Avec Café sans filtre, paru aux éditions de l’Iconoclaste en avril, Jean-Philippe Blondel nous offre une fresque sensible et pleine d’humanité de notre société. A ces tables, chacun dépose ses confidences, ses déceptions, ses joies, ses rancœurs, sa colère, tout ce qui colore sa vie. Chacun se déleste le temps d’un café de ce qui lui pèse et se pose. Comme un lieu entre parenthèses, un oasis de calme, loin du chahut du monde.

Avec beaucoup de finesse, de sensibilité, Jean-Philippe Blondel brosse le portrait de ces êtres ordinaires, extraordinairement attachants. Il invite le lecteur à s’asseoir discrètement dans un coin du café et à écouter ce que ces gens ont à lui livrer, l’écho que leurs vies a dans la sienne.

Un roman d’une grande humanité, qui explore avec brio l’âme humaine.

Informations pratiques

Café sans filtre, Jean-Philippe Blondel- éditions de l’Iconoclaste, avril 2022- 20€-284 pages

Un si petit monde, Jean-Philippe Blondel

Un si petit monde

Après La grande escapade, Jean-Philippe Blondel nous donne des nouvelles de ses personnages dans une suite : Un si petit monde. Plongée dans le quotidien des habitants d’un groupe scolaire de province en 1989, un petit monde où chacun se connait, s’épie.

1989, année de bouleversements

Nous retrouvons les personnages de La grande escapade une vingtaine d’années plus tard. Nous sommes en 1989, date charnière avec la chute du mur de Berlin, la montée du Sida. Les bouleversements de l’Histoire diffusent au sein de la petite communauté enseignante de province et provoquent des répliques. Ce qui leur semblait amoral, impossible, inenvisageable vingt ans plus tôt, est désormais à portée de main. Les secrets se dévoilent. Les envies aussi. Ainsi, Janick Lorrain et Michele Goubert affirment leur préférence pour un monde sans hommes. Philippe Goubert ose vivre une existence plus conforme à ses besoins et aspirations, prouvant qu’on peut encore s’épanouir à 50 ans. Chacun tente de trouver sa place dans un monde en perpétuel mouvement.

La vie provinciale sous la délicate plume de Jean-Philippe Blondel

Même si Un tout petit monde est présenté comme une suite « indépendante » du précédent roman La grande escapade, pour avoir lu les deux je conseille fortement de lire le premier avant. Le cas échéant, on ne saisit pas toutes les allusions au passé des personnages ni les subtilités de l’intrigue et c’est vraiment dommage. Les personnages ont vieilli avec nous, leurs mentalités ont évolué. Jean-Philippe Blondel saisit l’extraordinaire dans l’ordinaire de leur vie, les révolutions qui touchent chacun tandis que la révolution du monde est en marche. Ou comment l’Histoire affecte leurs histoires personnelles. Avec beaucoup de sensibilité, de tendresse et d’humour, il nous rend ces personnages familiers, attachants. Comme une balade que le lecteur et les personnages effectuent entre amis, le temps d’un roman.

—> Retrouvez La grande escapade : chronique ICI

Informations pratiques

Un si petit monde, Jean-Philippe Blondel – éditions Buchet-Chastel, mars 2021 – 256 pages – 18€

Rentrée littéraire : La grande escapade, Jean-Philippe Blondel

La grande escapade, Jean-Philippe Blondel

©Karine Fléjo photographie

Jean-Philippe Blondel nous offre un roman empreint de nostalgie, une plongée dans le milieu scolaire d’une ville de province au milieu des années 1970, tandis que les élèves comme les enseignants doivent surfer sur une vague de mutations sociétales et éducatives.

Le goût de l’interdit

Enseignant, Jean-Philippe Blondel connaît bien le milieu scolaire. Il nous propose de nous immerger au sein d’un groupe scolaire de province, en 1975, dans des familles d’enseignants. Les femmes travaillent et cumulent statut d’épouse, d’employée domestique et de maîtresse d’école. La plus grande place accordée aux femmes, notamment dans le monde du travail, n’a en effet pas encore été suivie d’une nouvelle répartition des tâches à la maison. Mais sous couvert de soumission, ces femmes rêvent d’autres emplois, d’autres corps, d’autres cieux. Le vent de liberté de mai 68 a donné des ailes aux femmes, ce qui n’est pas au goût de leurs maris.

Les méthodes éducatives sont elles aussi en pleine mutation, on commence à évoquer la pédagogie Freinet. Mais beaucoup d’instituteurs refusent de remettre en cause leurs pratiques pédagogiques, au nombre desquels le directeur, Monsieur Lorrain : leçon de morale, recours à l’humiliation, discipline martiale sont pour eux des bases incontournables. Seul le nouvel instituteur, Charles Florimont, entend apporter un souffle de nouveauté dans sa classe. Mais être le porte-flambeau d’une nouvelle façon d’enseigner n’est pas bien vu par ses collègues, lesquels se sentent menacés, remis en question. Accorder des droits aux enfants, introduire la mixité dans les classes, s’adapter à leurs besoins réels, élever les élèves et non les rabaisser, relève pour eux de l’hérésie. Et Charles Florimont ne va pas seulement bouleverser l’équilibre de l’école, il va aussi semer le trouble dans les coeurs…

Les vacances d’été approchent et un voyage à Paris, une grande escapade initiée sous de faux prétextes, va mettre le feu aux poudres, agir comme un révélateur.

Un tableau de la société des années 1970

Touche par touche, comme une toile de Seurat, Jean-Philippe Blondel nous peint un tableau de la société des années 70, une société qui prend peu à peu la mesure des changements engagés en mai 1968. Il le fait avec beaucoup de justesse dans les situations, dans la couleur des émotions, dans le choix des personnages. Des personnages attachants, émouvants, fragiles, drôles parfois. Des êtres  écartelés entre leurs principes et l’excitation d’expérimenter de nouvelles choses dans leur couple, dans le monde du travail, dans leur vie. Dans le monde des possibles. Un roman aux jolis tons de la nostalgie.

Rentrée littéraire : La mise à nu, Jean-Philippe Blondel

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La mise à nu, Jean-Philippe Blondel

Editions Buchet Chatel, janvier 2018

Rentrée littéraire

Jean-Philippe Blondel évoque avec finesse ce que l’on laisse derrière soi, ce moment délicat où l’on commence à dresser le bilan de son existence. Émouvant.

Louis Claret, 58 ans, est professeur d’anglais. Divorcé, ses deux filles parties suivre leur propre chemin, il s’accommode de sa vie sans trop s’interroger, se contente de rester dans sa zone de confort. Jusqu’à ce jour où Alexandre Laudin, un élève qu’il a eu dans sa classe 20 ans plus tôt, l’invite à un vernissage. Cet élève discret est en effet devenu un peintre connu et reconnu, dont les médias louent la fulgurante ascension. Louis, qui n’a rien de prévu ce soir-là, accepte l’invitation, histoire de tuer le temps bien davantage que par intérêt pour l’artiste et ses œuvres.

Il n’imagine alors pas à quel point ces retrouvailles vont bouleverser sa vie.

Car Alexandre, depuis ces retrouvailles, vit avec l’obsession de revoir Louis. Il a une faveur à lui demander : réaliser son portrait sous la forme d’un triptyque, avec un effeuillage progressif du corps dans sa pose. Mais le corps ne sera pas le seul à être effeuillé. Au fil des séances et des longs moments d’immobilité et de silence qui les accompagnent, Louis se repasse en pensées les moments forts de sa vie, heureux ou malheureux, plonge au cœur de lui-même. L’occasion de faire le bilan d’une vie qu’il suit plus qu’il ne l’initie. L’occasion de même pour l’artiste de lui avouer ses vraies motivations, ses failles, ce qu’il n’a jamais osé avouer jusqu’alors. Une double mise à nu.

Dans ce roman très intimiste, Jean-Philippe Blondel nous peint avec douceur, aux couleurs de l’émotion et avec sa plume comme pinceau, le portrait de deux êtres qui font le point sur leur existence. Touche par touche, comme sur une toile de Seurat, il met leur âme à nu. Connaît-on vraiment les autres ? Se connaît-on seulement soi-même ?

 

 

 

Citation du jour

Je sens la vie qui coule dans mes veines- la vie et toutes ses passions. Toutes ses couleurs vives. Je ne veux jamais être une photo aux teintes délavées. Je ne veux pas finir au fond d’un carton, dans un grenier. Je ne veux pas avorter mes rêves.

Jean-Philippe Blondel, Blog

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Citation du jour

C’est sûrement ça, grandir – abandonner petit à petit tous les attributs qui font de toi un des pions de ta génération pour aller plus profond et découvrir ce qui fait de toi un être unique. Aller vers l’individualisation, et non vers l’individualisme.

Jean-Philippe Blondel, Blog

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Citation du jour

C’est pour ça que je veux du monde, plein de monde, des visages, des mains, des paroles, de la chaleur humaine – et en même temps, je voudrais me détacher, rencontrer de nouveaux amis, un nouvel amour, prendre un nouveau départ. Quand j’ai arrêté d’écrire, je me suis dit que la fiction, c’était peut-être ma façon de réduire la souffrance. De la maîtriser. Et surtout, de n’être jamais seul.

Jean-Philippe Blondel, Blog

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Citation du jour

 

« Le verbe « avoir ». Il est gênant, celui-là. Ce n’est pas un verbe qui m’est familier. Plus le temps passe, et plus je perds. Plus je perds et plus je suis libre. Plus je suis libre et moins j’ai envie de l’être. Qu’est-ce qui je vais faire de toute cette liberté ? » de Jean-Philippe Blondel dans 06H41 (Buchet Chastel)

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