Le nouveau livre de Jean Teulé : Gare à Lou!

livre fantastique de Jean Teulé sur une fillette aux pouvoirs surnaturels

Après de nombreux romans inspirés de faits ou de personnages historiques, Jean Teulé renoue avec le fantastique, à l’instar de son livre Le magasin des suicides. Son nouveau livre, Gare à Lou !, relate l’histoire d’une fillette de 12 ans, Lou, au caractère bien trempé et aux pouvoirs extraordinaires. Pensez donc, il suffit que Lou souhaite du mal par la pensée … pour que cela se réalise ! Un roman « de sale gosse » complètement déjanté.

Le nouveau livre de Jean Teulé : un roman fantastique déjanté

L’auteur des célèbres romans Le Montespan, Charly 9, Darling, Entrez dans la danse, Fleur de Tonnerre, pour ne citer que ces titres, renoue avec la veine fantastique et nous offre un roman complètement farfelu.

Si vous avez lu Le magasin des suicides, alors vous vous souvenez forcément du personnage principal, un garçon de 12 ans prénommé Alan, lequel était animé d’une joie de vivre contagieuse. Lou est en quelque sorte son pendant féminin. Une fillette de 12 ans, avec un doudou vache jaune et un appareil dentaire qui lui vaut le surnom de « dents de lapin ». Elle s’avère avoir un pouvoir surnaturel : celui de jeter des sorts à celles et ceux qui lui déplaisent. Imaginez donc qu’à chaque fois que quelqu’un vous manque de respect, ou agit mal avec l’un de vos proches, vous puissiez lui jeter un sort et le voir se réaliser ! Jubilatoire, non ? Un garçon de sa classe se moque de ses incisives avancées ? Elle lui souhaite de tomber dans l’escalier et de se casser le bras. Un conducteur de Porsche se croit tout permis ? Elle transforme les roues de sa belle voiture en roues de vélo.

Lou vit au 276ème étage d’un « écorche-cieux », la tour de l’Incendie, avec sa mère. Juste en face du Bar des sanglots. C’est d’ailleurs sur la terrasse de ce bar que ses pouvoirs seront repérés à son insu. La nouvelle arrive alors jusqu’aux oreilles du ministre de l’Intérieur et du Président de la République hypocondriaque. En effet, le gouvernement aurait tout intérêt à pouvoir utiliser les pouvoirs de Lou à des fins militaires. Car Lou est une arme, l’arme la plus puissante qui soit. Mais pas forcément la plus maniable…

Lou est donc enlevée par trois chefs de guerre, le chef des guerres au sol, le chef des guerres dans l’eau et le chef des guerres dans l’air et gardée captive en échange de l’exercice de ses pouvoirs au profit de son pays. Sauf que Lou est en pleine adolescence, dotée d’un caractère bien trempé. Pour elle, le code d’honneur, la défense du pays, les enjeux militaires sont d’un somptueux ennui. La seule chose qui l’amuse est de jeter des sorts rigolos et il n’est pas dans son intention de changer de façon d’être ni de faire. Les chefs de guerre vont donc avoir fort à faire…

Mon avis sur Gare à Lou !

Si vous aimez les romans inscrits dans une réalité, alors gare à Lou ! risque de ne pas répondre à vos attentes. A contrario, si vous aimez le fantastique, les livres complètement déjantés, l’humour, à l’image du livre Le magasin des suicides, alors ce roman est fait pour vous. On sent combien Jean Teulé s’en donne à cœur joie dans ce roman, jubile des tours qu’il fait effectuer à Lou – comme ces pyramides égyptiennes qui se retrouvent sur la tête, du ridicule dont il entoure l’armée et la police. L’auteur joue au sale gosse qui rit, caché dans un coin, des tours pendables qu’il fait aux autres.

Et vous, quel pouvoir aimeriez-vous avoir ?

Publicités

Jeu concours: 10 livres de Jean Teulé à gagner!

concours Jean Teulé

Tentez de remporter le dernier roman de Jean Teulé « Gare à Lou ! » publié aux éditions Julliard

En mars, les éditions Julliard ont publié le nouveau livre de Jean Teulé : Gare à Lou!

Avec Gare à Lou !, Jean Teulé revient à la veine fantastique qui avait fait le succès du Magasin des suicides et laisse libre cours à un imaginaire plus débridé que jamais.
Comme le disaient Mozart et Shakespeare : « Il est très agréable de jouir d’un don exceptionnel, mais il ne faut pas oublier que c’est une source inépuisable d’embêtements. » À 12 ans, Lou partage absolument cette opinion. Au prétexte qu’elle est en mesure de faire tomber immédiatement les pires calamités sur la tête de tous ceux qui la contrarient, on l’enferme dans un endroit secret en compagnie de militaires haut gradés pour qu’elle devienne une arme absolue capable de mettre en échec les plans malveillants des ennemis du pays ou, pire, d’ourdir de méchantes et sournoises manœuvres afin de causer des torts effroyables à d’autres nations. De telles occupations n’offrent pas à une adolescente les satisfactions que la vie aurait pu lui promettre. D’autant que son super pouvoir, aussi extraordinaire soit-il, ne fonctionne pas toujours comme prévu. Rien ne pouvait mieux inspirer Jean Teulé que d’imaginer les horreurs qu’un être humain bien disposé peut infliger à ses contemporains.

🎁 10 exemplaires sont en jeu, vous avez jusqu’au 21 avril. 

🍀 Bonne chance à tous ! 🍀

👉 Pour jouer, c’est par ici  :  Je participe

Rencontre avec Jean Teulé : « J’ai besoin d’aimer mes personnages pour pouvoir écrire sur eux »

Les éditions Pocket ont organisé une très belle rencontre avec leur auteur Jean Teulé, à l’occasion de la parution en poche de son roman : Entrez dans la danse. Retrouvailles avec l’auteur dans le magnifique cadre du restaurant GrandCoeur dans le marais à Paris.

 

Entrez dans la danse sort aux éditions Pocket en ce mois de février 2019. Je voulais savoir, quand les lecteurs viennent à vous avec des livres plus anciens, des livres parus en poche depuis, comment vous regardez vos livres plus anciens, quels souvenirs ils ont en vous ?

C’est assez étrange et en plus j’ai une particularité que je n’aime pas beaucoup, c’est que les livres les plus anciens, ceux qui n’ont pas marché, eh bien je ne les aime pas.

Heureusement que ce ne sont pas des enfants !

(Rires). C’est exactement ce que je me dis, comme si j’avais eu une flopée d’enfants et que je n’aimais pas ceux qui n’ont pas réussi. C’est un peu comme s’ils n’avaient pas fait leur travail. Sinon c’est très agréable de rencontrer des gens, car quand comme moi on écrit des journées entières, on peut passer des jours, des semaines entières sans voir personne, sans parler à personne. Rencontrer des gens, pouvoir mettre des visages sur ceux qui vous lisent, c’est vraiment plaisant et c’est une chance.

Il y a aussi une particularité chez vous, c’est que le titre et la couverture du roman comptent énormément dans l’écriture. Ce sont même eux qui président à l’écriture.

Oui, en effet je ne peux pas écrire un roman si je n’ai pas le titre et si je n’ai pas la couverture. C’est le graphiste du Louvre qui fait les couvertures et quand la couverture est faite, je l’imprime et la mets devant mon bureau. Puis, j’écris avec la couverture du livre sous les yeux.

La période d’écriture est une période particulièrement solitaire. Vous écrivez je crois dans un bureau relativement sobre et dépouillé.

Oui c’est drôle car c’est un bureau très cheap, que j’avais fait quand les premiers livres ne marchaient pas beaucoup et donc j’avais acheté une sorte de commode avec des étagères d’occasion. Et de livre en livre, maintenant que ça marche vraiment bien, je me dis mais vraiment, tu pourrais balancer ce mobilier un peu pourri pour en acheter du neuf et plus classe. Mais je ne le fais pas parce que je me dis que ça va me donner la poisse.

Jean-teule-et-karine-flejo

Quel rapport entretenez-vous avec vos personnages, réels ou fictifs ?

J’ai besoin d’aimer mes personnages pour pouvoir écrire sur eux. Par exemple j’ai fait un roman à propos de Rimbaud, à propos de Verlaine, à propos de Villon, et souvent les gens m’ont dit : « Mais pourquoi pas sur Baudelaire ? » Parce que je ne peux pas saquer le mec, il a toujours vécu aux dépens de tout le monde, il a dit tellement de conneries sur les femmes, qu’il me gonfle. Et je ne peux donc pas écrire un livre sur quelqu’un qui me gonfle.

Quand il ne s’agit pas de personnages historiques mais de personnages fictifs, est-ce plus compliqué de les inventer ?

Depuis Le magasin des suicides, je n’avais pas fait de fiction et le prochain roman à paraître en mars sera lui aussi une pure fiction. Je me disais que comme dans Le magasin des suicides le héros est un petit garçon qui s’appelait Alan, j’aimerais bien trouver un personnage qui soit une petite fille du même âge qu’Alan, mais il me fallait trouver une particularité pour cette petite fille. Sur le coup, je n’ai pas eu d’idée et j’ai laissé le temps passer. Puis un jour, alors que j’étais en dédicace en province et que je devais prendre mon train de retour à 18h30, le libraire m’a demandé si je pouvais rester un peu plus longtemps car il y avait encore plein de gens qui attendaient dans la librairie.  J’ai donc pris le train suivant de 20 heures. Une fois dans le train, assez vite je suis contrôlé. Je tends mon billet, on me le rend et le contrôleur poursuit ses vérifications des billets. Et tout à coup je pense au voyage que je devais faire le lendemain et je rappelle le contrôleur pour lui demander des renseignements. Il revient vers moi, je lui demande les renseignements, et avant de me répondre, il me regarde et me redemande mon billet. Je ne comprends pas car il l’avait déjà vérifié et là il constate que je n’ai pas pris le train de 18h30 mais de 20 heures et décide de me mettre une amende. J’ai donc été obligé de payer. Et là je ne sais pas ce qui m’a pris, mais au moment où le contrôleur allait repartir je lui ai dit : « Monsieur regardez-moi bien, écoutez bien ce que je vais vous dire : je vous souhaite un grand malheur très vite et si jamais il se produit, alors au moment où cela se réalise rappelez-vous de moi. » J’ai senti que ça l’avait touché le mec ! Et là je me suis dit : « Mais c’est ça la petite que je cherche, cette petite de 12 ans qui aurait le pouvoir quand elle souhaiterait du mal à quelqu’un que cela se réalise! Il faudra faire attention à elle et tout de suite je me suis dit gare à elle. Gare à elle comme on dit gare au loup et donc elle s’appellera Lou et le titre du roman sera Gare à Lou. » . Et voilà, c’est comme ça que naissent les idées de mes romans. Plusieurs de mes romans sont comme ça nés dans des trains.

Donc rendez-vous en mars pour le nouveau roman de Jean Teulé Gare à Lou, mais d’ores et déjà, rendez-vous en librairie pour la parution aux éditions Pocket de Entrez dans la danse!

 

Entrez dans la danse, Jean Teulé chorégraphie l’histoire de France

A6B51845-82EE-495B-8034-3AEB8171BBDC

Entrez dans la danse, Jean Teulé

Editions Julliard, février 2018

Jean Teulé devient le chorégraphe de l’histoire de France, et tout particulièrement de ce ballet étrange et mortel, la « peste dansante », qui eut pour scène Strasbourg en 1518…

Au début du 16ème siècle, après plusieurs vagues d’épidémie et une église riche mais avare, les strasbourgeois sont affamés. Ils survivent dans une misère telle, que certains en sont réduits à manger leurs nouveau-nés. D’autres à s’en séparer en les jetant dans la rivière. C’est alors qu’un jour de juillet, une femme, Enneline Toffea, se met à danser dans la rue du jeu des enfants. Rien de remarquable si ce n’est que sa danse va devenir contagieuse…et mortelle.

Hommes, femmes, enfants, toute personne entrant en contact avec elle est contaminée et devient contaminante. En moins de deux semaines, ce sont plus de 12000 danseurs qui s’agitent en tout sens jour et nuit, sur une cité qui compte 16000 habitants. Les pieds en sang, affamés, épuisés, déshydratés, ils hurlent, supplient qu’on les aide à mettre fin à leur transe. Mais seule la mort y met un terme. Une rave partie fatale.

Phénomène surnaturel ? Punition divine ? Maladie inconnue ? Crise d’épilepsie collective ? Médecins et autorités religieuses s’interrogent.

Jean Teulé s’inspire une fois encore avec talent de l’histoire de France et la revisite avec son humour grinçant, avec ce contraste saisissant entre la gravité du sujet et la vivacité, la légèreté du style. Un roman qui m’a toutefois moins captivée que les précédents, le sujet de cette peste dansante peinant à tenir la longueur. Un sentiment mitigé, donc.

Charly 9, de Jean Teulé : Sang état d’âme…

charly-9-copie-1

Charly 9, Jean Teulé

Éditions Julliard, Mars 2011

 

 Sang état d’âme.

 

     Charles IX n’aurait pas laissé de traces indélébiles de son passage sur le trône sans le massacre de la Saint Barthélémy.

     En ce 23 août 1572, tandis que la France se déchire dans des guerres de religion, Charles IX va commettre l’impensable. Sous la pression de sa mère, Catherine de Médicis, et du conseil royal, le jeune homme de 22 ans s’entend ordonner de massacrer les protestants. Tout d’abord choqué par une suggestion si effroyable, il finira quelques heures plus tard par s’y soumettre. Pire, aux quelques sujets qu’on lui proposait de faire éliminer, il va substituer la volonté que soient massacrés le lendemain même tous les protestants sans exception. « Les hommes, les femmes, les enfants, les infirmes, les vieillards… Mais tuez-les tous, tous ! »

     Un acte de barbarie qui va marquer le début de sa descente aux Enfers. Horrifié par ses propres exactions, le roi sombre dans la folie. Tout d’abord victime d’hallucinations auditives, ses tempes bourdonnant jour et nuit du cris de ses victimes, des hallucinations visuelles prennent le relais. Où qu’il porte son regard, tout prend la couleur et l’aspect rouge du sang versé.

     Terrassé par la culpabilité, il essaye de faire face à la pauvreté grandissante de son peuple. Et de créer de la fausse monnaie. Et de faire confiance à un alchimiste peu scrupuleux lui promettant de transformer le moindre bout de fer en or. Et d’offrir au peuple affamé du muguet en ce premier mai, muguet qui loin de fleurir leur journée, va être ingéré dans des salades… or le muguet est une plante mortelle.

     Tout ce qu’il entreprend se solde donc par un échec plus grand encore.

     Conscient d’être le plus vil des tyrans de l’histoire, il s’éteindra un an et demi plus tard, en proie à une démence inouïe, atteint d’une maladie étrange : ses vaisseaux sanguins éclatent et le liquide rougeâtre – celui de ses victimes? – s’écoule par les pores de sa peau.

     Il devra expier ses crimes jusqu’à son dernier souffle.

     Avec Charly 9, Jean Teulé allie avec brio roman historique très documenté, inspiré de personnages et de faits authentiques, mais aussi fiction. Le tout avec une dose d’humour comme lui seul sait le faire, pour créer une distance salvatrice avec l’horreur portée ici à son comble. Un brillant roman qui permet à l’auteur de traiter avec force et efficacité de la folie humaine à travers les siècles. Le plus grand danger pour l’homme n’est-il pas l’homme lui même ?…

 

Citation p23 : « C’est cruauté d’être humain et humanité d’être cruel... »

 

Informations pratiques :

Prix éditeur :19€

Nombre de pages :232

ISBN: 9-782260-018247

 

Les lois de la gravité, de Jean Teulé (éditions Pocket)

teul-

Les lois de la gravité, Jean Teulé
Editions Pocket 2008


Cela aurait pu être le crime parfait. « 
Dossier clos. Affaire classée. Nos condoléances, madame. » Or en ce dimanche soir, une jeune femme entre dans un commissariat, dévorée de remords. Au lieutenant Pontoise de permanence, elle avoue avoir maquillé le crime de son mari en suicide. Et dans trois heures, soit dix ans jour pour jour après l’avoir occis, il y aura prescription.

Commence alors le compte à rebours…mais pas dans le sens attendu : là est le tour de force de Jean Teulé.

Car si dans le décor minimaliste de ce petit commissariat normand, la procédure à suivre pour chacun des deux protagonistes semble écrite, rien n’en prend la voie. La situation est pour le moins insolite : la coupable veut être arrêtée, le policier s’y refuse. Elle n’a plus de temps à perdre. Lui fait tout pour en gagner.
Pour cette femme, le poids de la culpabilité est la pire des peines, la condamnation à perpétuité de son âme, d’autant que ses enfants, témoins de la scène, la tyrannisent au quotidien en placardant partout des photos du défunt. Il y a urgence à se libérer de cet incommensurable fardeau par l’aveu.

Or il y a urgence à patienter pour le policier. Patienter jusqu’aux douze coups de minuit, afin que celle qui s’est protégée et a protégé ses enfants de son mari physiquement et psychologiquement violent, ne soit ni jugée ni emprisonnée. Son acte n’est à ses yeux que légitime défense, le terme enfin mis à un enfer conjugal.  

Et un bras de fer captivant de s’engager dont on ignore l’issue.

 

Un huis clos éprouvant, dense, à la tension permanente, qui se garde à vue de la première à la dernière ligne, rendant le lecteur prisonnier du récit. Car il est une peine à laquelle il est merveilleux d’être condamné : lire ce roman mené de haute plume par Jean Teulé, multirécidiviste dans le talent, dans l’art de décrypter l’humanité bancale, ses multiples visages, ses emballements.

Bibliographie de l’auteur :

Romans :
Mangez-le si vous voulez, Editions Julliard 2009
Le Montespan, Editions Julliard 2008
Le magasin des suicides, Editions Pocket 2008
Rainbow pour Rimbaud, Editions Julliard 2002
Darling, Editions Julliard 1999
Les lois de la gravité, Editions Pocket 2008
Je, François Villon, Editions Pocket 2007
O Verlaine, Editions Julliard 2004
Balade pour un père oublié, Editions Pocket 2009
Bord cadre, Editions Julliard 1999
Longues peines, Editions Julliard 2001
Les lois de la gravité, Editions Julliard 2003
L’oeil de Pâques, Editions Julliard 1999

Jean Teulé est aussi l’auteur de nombreuses bandes dessinées.

Informations pratiques :

Prix éditeur : 17€
Nombre de pages : 144
ISBN : 978-2-266-17926-3

Mangez-le si vous voulez, de Jean Teulé (éditions Julliard)

jean-teul--livre

Mangez-le si vous voulez, Jean Teulé.
Editions Julliard, Mai 2009

« Nul n’est à l’abri de l’abominable. Nous sommes tous capables du pire ! » Cette phrase extraite de la quatrième de couverture pourrait à elle seule résumer ce livre qui relate un fait divers (fait d’Enfer devrais-je dire ?) réel de l’histoire de France. L’enfer ce ne sont pas les autres, c’est nous. Oui, NOUS, si nous ne sommes pas vigilants…Car les êtres auxquels il est difficile ici de par leur comportement de garder le qualificatif d’humains, qui s’acharnent sur un homme paisible, amène, dévoué Alain de Monéys, ne sont pas des extra-terrestres, des sauvages surgis de la préhistoire. Ce sont des villageois, jusqu’alors cléments, vivant en France, il y a un siècle de nous seulement…

 

En ce 16 août 1870, jour de foire à Hautefaye dans le Périgord, tout démarre sur un malentendu. Une phrase mal interprétée, un bouche à oreille redoutable, et voilà que les esprits s’échauffent. L’effet de masse est sidérant, fulgurant. Les villageois ont les nerfs à vif : la guerre contre la Prusse tourne mal, la misère gagne, la sécheresse anéantit les récoltes et décime le bétail. Dans ce contexte explosif, il suffira d’un quiproquo, pour que l’étincelle jaillisse et que la foule s’embrase. Et l’auteur de nous montrer avec finesse tout l’absurde de la situation : la victime est coupable… d’être innocente ! Une victime appréciée de tous, qui en l’espace d’une minute va passer du statut d’ami et compatriote à celui d’ennemi juré non seulement du village entier mais de la France. Un bouc émissaire pour exorciser toutes ces tensions ressenties par les villageois. Il leur fallait une tête de turc, c’eût pu être n’importe qui. Ce sera lui…

La victime est d’autant plus émouvante que face à cette déferlante de haine, elle ne surenchérira pas. Au contraire, Alain de Monéys multipliera les rappels à la raison, continuera à appeler ses tortionnaires « mes amis », croyant jusqu’au bout pouvoir les faire revenir au calme.

Sur ce raz de marée humaine de 700 habitants, seule une poignée d’entre eux, tentera de s’interposer, au nombre de laquelle, la pure et bouleversante Anna, amoureuse, prête à risquer sa vie pour lui.

En vain.

Chapitre après chapitre, l’auteur nous emmène, plan à l’appui, sur les traces de son chemin de croix. Treize étapes toutes plus atroces les unes que les autres, deux heures interminables où l’on assiste, effaré, abasourdi, incrédule, à cette pandémie de violence inouïe qui gagne du terrain jusqu’à cette mise à mort finale par cannibalisme.

 

Dérangeant, terrifiant, ce livre témoignage de Jean Teulé nous interpelle sur les dangers, toujours actuels, qui guettent une population dès lors qu’elle est soumise à une trop forte pression. Vient un moment où il lui faut une victime expiatoire, des êtres sur lesquels se défouler, fût-ce jusqu’à les anéantir. Voilà qui interpelle sur la nature même de l’être humain…

Des dialogues percutants, d’une redoutable efficacité, un style limpide, une reconstitution historique précise, il fallait tout le talent de Jean Teulé pour exprimer l’indicible.