Les hommes aussi ont la chair de poule, Karine Lambert

Les hommes aussi ont la chair de poule, Karine Lambert

©Karine Fléjo photographie

Dans « L’immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes », Karine Lambert nous emmenait auprès de femmes qui cohabitaient dans un immeuble parisien avec la volonté clairement affirmée de ne plus entendre parler d’amour ni d’hommes. Cette fois, l’auteure imagine une situation en miroir : des hommes blessés, quittés ou trahis par leur compagne, qui se regroupent au sein d’une école transformée en chambres d’hôtes. Tendre, drôle et émouvant.

Un lieu réservé aux hommes

Quand Max et Louise se sont lancés dans l’aventure de la rénovation d’une école pour la transformer en chambres d’hôtes, ils n’imaginaient pas que ce projet commun allait signer la fin de leur vie en commun. Louise, qu’il a connue à l’école primaire et dont il est tombé aussitôt amoureux, n’en peut plus du chantier, des marteaux, du plâtre et autre bonheur des travaux. Et de claquer la porte de leur domicile.

Sidéré, Max se retrouve seul, dans ce lieu qui aurait dû accueillir tant de monde. Une solitude de courte durée puisque Théo, séducteur invétéré le rejoint, jeté à la porte de chez lui après avoir été pris en flagrant délit d’adultère. En échange de son aide pour les travaux, Max accepte de l’héberger. Une communauté masculine qui, au fil des jours, va gonfler. Et ce sont bientôt cinq hommes, qui se retrouvent à partager leur quotidien de mari quitté, perdu, dans ce bâtiment transformé en hôtel des cœurs brisés. Un espace neutre, où personne ne juge ni ne blâme l’autre, où chacun va pouvoir, pour la première fois de sa vie, mettre son cœur à nu. Penser, et panser ses peines.

Surgira-t-il de leurs réflexions, les conditions d’une sphère hommes-femmes harmonieuse?

La parole donnée aux hommes

Les hommes sont moins enclins à faire part de leurs états d’âme, à montrer leurs émotions, même si les choses évoluent. Ici, Karine Lambert leur donne la parole, les invite à nous faire part de leurs doutes, de leurs craintes, de leurs fragilités, de leurs envies, de leurs attentes vis-à-vis des femmes, de leur difficulté à trouver leur place dans des rapports hommes-femmes en pleine évolution. Avec beaucoup de sensibilité, de justesse dans la psychologie de ses personnages, elle se glisse dans la peau de Max l’amoureux éternel, Paul le séducteur, Simon le soumis, Fabrizio le G.O tatoué et Théo quitté pour une femme. Elle partage leurs tâtonnements pour retrouver le chemin de l’amour. Et si cette pause, loin des femmes, s’avérait salvatrice ? Et si les quitter ou avoir été quittés leur permettait de mieux se retrouver et de mieux les retrouver ?

Avec beaucoup d’ingéniosité, Karine Lambert imagine une forme d’écologie sentimentale, propose d’identifier ce qui pollue les liens hommes-femmes, d’effectuer un tri sélectif des comportements en couple. Et si le changement, c’était maintenant?

Un roman rafraîchissant, tendre et enjoué, émouvant et profond, savoureusement drôle aussi, sur la difficulté d’aimer, du point de vue masculin.

Informations pratiques

Les hommes aussi ont la chair de poule, Karine Lambert- Editions Storylab, mars 2020 – 226 pages

Toutes les couleurs de la nuit, Karine Lambert

Toutes les couleurs de la nuit

©Karine Fléjo photographie

Et vous, comment réagiriez-vous si on vous annonçait que dans trois semaines, vous alliez perdre la vue ? C’est ce qui arrive à Vincent, le personnage principal de ce roman. Un roman dont la morale pourrait-être : perdre la vue n’est pas perdre la vie, mais devoir la réinventer. Une histoire très émouvante, celle d’une renaissance à l’essentiel.

Devenir aveugle : une vie à réinventer

Vincent est un jeune homme de 35 ans heureux et amoureux. D’ici peu, ce dynamique professeur de tennis va emménager dans l’appartement de ses rêves, en compagnie d’Emilie. Du moins c’est ce qui était prévu. Ce qui l’était moins, est ce verdict irrévocable de l’ophtalmologiste : Vincent est atteint d’une neuropathie optique de Leber. Pour faire simple, il va complètement perdre la vue sous trois à cinq semaines au maximum.

La maladie est une telle intruse dans le tableau de son bonheur, une tache si sombre parmi les couleurs chatoyantes de son existence, qu’il commence par nier le diagnostic. Il n’y a pas de quoi en faire toute une histoire, une paire de lunettes et il y verra plus clair. Mais la réalité le rattrape, les contours des visages et des objets sont de plus en plus flous. Jeu, set et match : la maladie a gagné.

Quand il réalise l’obscurité totale qui l’attend, il s’effondre. Comment l’annoncer à ses proches et surtout à celle qu’il aime ? Comment ne pas les entrainer dans le sillage de son désespoir ? Comment ne pas inspirer de pitié ? Face à la réaction déconcertante d’Emilie, il décide de partir dans le seul endroit chargé de douceur qu’il connaisse. A la campagne, dans la maison de ses grands-parents aujourd’hui décédés, là où tant de joyeux souvenirs leur survivent. Furieux que la maladie l’ait élu, il met ses parents et amis à distance, souhaite se retrouver face à face avec lui-même. Se ressourcer. Trouver quelle direction faire prendre à sa vie à présent qu’il a perdu un des sens.

Vincent parviendra-t-il à canaliser sa révolte ? A accepter de composer avec la cécité ? Ou cette épreuve sera-t-elle insurmontable pour lui ? Et si la fin de sa vie de voyant signait l’aube d’une vie différente mais tout aussi riche ?

Un roman lumineux, positif et émouvant

Ne soyez pas effrayés par le sujet. Ce roman est tout sauf un roman triste, pessimiste ou médical ! Il évoque au contraire l’extraordinaire capacité de l’être humain à se relever face aux épreuves, aussi grandes soient-elles. C’est avant tout et surtout l’histoire d’une renaissance, en partie grâce au bien-être puissant procuré par le contact de la nature, laquelle célèbre le monde olfactif, tactile, sonore, gourmand. Ou quand l’amour de la terre redonne du sens à l’existence. Cette histoire singulière a une dimension universelle et nous interroge : que ferions-nous si nous n’avions que trois semaines à vivre avant d’être amputés d’un de nos sens ou d’un de nos membres ? resterions-nous assis dans un fauteuil de lamentations? Ou, comme Vincent, chercherions-nous à nous rapprocher de ce et ceux qui nous sont chers pour rebondir?

 

 

 

Un arbre, un jour… Karine Lambert (Calmann Lévy)

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Un arbre, un jour …, Karine Lambert

Editions Calmann Levy mai 2018

Un roman infiniment poétique et tendre. Une ode à la bienveillance et à la solidarité.

Il est le plus vieil habitant du village, vit au milieu de la place centrale depuis 103 ans. Témoin discret de la vie des habitants, confident bienveillant, protecteur à ses heures, il a tout vu, tout entendu. Seulement voilà, ses jours sont comptés. Le 21 mars, jour du printemps, il disparaîtra. Sans l’avoir choisi.

C’est en effet une décision du maire : élagage, abattage, dessouchage, cet arbre centenaire va être abattu. « On reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait quand il s’en va ». A la nouvelle de l’abattage de l’arbre, les villageois réalisent à quel point ce platane qu’ils côtoient au quotidien a pris une place particulière et importante dans leur vie. L’abattre, c’est les amputer un peu. C’est tuer un villageois. Tous sont abattus.

Et de se mobiliser.

De Suzanne la courageuse, à Fanny et ses amours malheureuses, en passant par les drolatiques vieilles sœurs Bonnafay, Clément le jeune écolier engagé, Raphaël Costes l’indécis, Manu l’homme sans attaches, tous se mobilisent pour sauver le platane. Même le Président de la République est appelé à la rescousse. Mais l’élan de solidarité fera-t-il le poids face au pouvoir ?

Karine Lambert nous offre un roman entre réalité et fable, tendre, émouvant, aux personnages ordinaires capable de nous faire vivre l’extraordinaire. Le platane devient un personnage à part entière, doté de sentiments, d’intelligence et même de parole, nous propulsant à l’ombre rafraîchissante de ses feuillages, nous invitant à réfléchir à la nature qui nous environne, à notre responsabilité envers elle. Un roman tout en poésie et en douceur, où chacun révèle le meilleur de lui-même.

Eh bien dansons maintenant !, Karine Lambert (Editions JC Lattès)

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Eh bien dansons maintenant !, Karine Lambert

Editions JC Lattès, mai 2016

 

Un roman d’une tendresse infinie qui montre qu’il n’est jamais trop tard pour faire du reste de sa vie, la plus belle partie de son existence. Pour vivre enfin.

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Quand son mari décède, Marguerite se sent démunie. Habituée à se conformer à ses moindres désirs, à faire et dire ce qu’il attendait d’elle, soumise, dévouée, sage, elle s’est complètement oubliée. Sacrifiée. Elle a si souvent rêvé de légèreté, de fantaisie, de gourmandise, de folie douce, tout l’opposé de ce qu’il lui a offert – imposé. Mais aujourd’hui qu’elle n’est plus une marionnette entre les mains d’un homme maladivement rigide, elle ne sait que faire de cette liberté nouvelle. Car à 78 ans, il est trop tard. Elle est passée à côté de sa vie.

C’est à contrario une vie de couple idyllique qu’a vécue Marcel auprès de celle qu’il a connue dans sa plus tendre enfance en Algérie, Nora. Et son chagrin, plusieurs mois après son décès, est à la mesure de ce que fut la force de leurs liens : incommensurable. L’avenir s’annonce sombre et solitaire. Car comment envisager de tomber amoureux à 73 ans ? Et quand bien même ce serait le cas, une nouvelle histoire ne trahirait-elle pas son histoire merveilleuse et unique avec Nora ?

Avec beaucoup de sensibilité, d’humour, de vivacité, Karine Lambert nous offre un roman d’une infinie tendresse sur l’amour des seniors. Mais pas seulement. A travers ses personnages, l’auteur nous montre qu’il n’est jamais trop tard pour oser s’affirmer, être et non paraître. Pour vivre selon nos choix et non selon ce que les autres attendent de nous.