Je dessine comme un pied, mais j’ai plein d’idées, Rod Judkins

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Je dessine comme un pied, mais j’ai plein d’idées, Rod Judkins

Editions Kero, novembre 2017

 Devenez une véritable mine d’idées !

A travers des thèmes tour à tour drôles, poétiques, caustiques, ce livre nous encourage à développer notre créativité et à libérer notre imagination bridée par le quotidien.

A notre époque, quelle est la plus grande richesse ? Certes pas l’argent. Le temps, alors ? Non plus. Selon Rod Judkins, notre plus grande richesse est notre créativité. Pour être au cœur de l’action, il faut donc être une personne à idées, à savoir adaptable, ouverte, prompte à résoudre des problèmes, inventive. Devenir une telle personne est à la portée de chacun. Pour autant que l’on s’en donne les moyens.

En effet, à l’image d’un athlète qui entraîne son corps pour obtenir de bonnes performances, une personne créative doit faire travailler son esprit, l’entraîner à trouver des solutions aux problèmes, à innover en sortant du cadre conventionnel. C’est à cet entrainement que vous invite cet ouvrage d’un genre complètement inédit. Dans une société de plus en plus formatée, où chacun, bombardé de publicités, absorbe tout passivement devant ses écrans (télévision, téléphone, ordinateur, tablette) comme une éponge, il est grand temps de retrouver une liberté de penser, d’agir, d’être au monde. Il est urgent d’être soi.

Pour sortir des schémas de « prêt-à-penser », cet ouvrage nous invite à réfléchir, imaginer, créer. A partir de textes courts s’achevant par une citation percutante, l’auteur nous interpelle, nous interroge. Et nous propose de continuer le dessin sur la page en regard, en fonction de nos idées, de nos convictions, de nos ressentis. Coloriages, formes à inventer, slogan à rédiger, nombreux et variés sont les exercices. Ludiques et édifiants aussi.

Devenez-vous aussi un créatif, à savoir « une personne capable de façonner un avenir meilleur, mais étayant sa confiance en l’avenir avec de la rigueur intellectuelle » !

Calais mon amour, de Béatrice Huret et Catherine Siguret : un témoignage magnifique…

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Calais mon amour, de Béatrice Huret, avec Catherine Siguret

Editions Kéro, mai 2017

Récit.

Par amour, elle va abandonner ses préjugés, déplacer des montagnes, s’opposer à des lois absurdes. Il va lui apprendre le courage et la dignité. Calais mon amour est un hymne à la tolérance, un témoignage bouleversant, un livre universel.

 

Comme vous, comme moi, Béatrice Huret avait entendu parler de la jungle de Calais. Comme vous, comme moi, de cette jungle elle ne connaissait que ce qu’en disaient les médias. A la différence de vous et moi, elle s’y est rendue…

Rien ne prédestinait cette femme, veuve d’un policier et sympathisant FN, à s’aventurer en ces lieux. Jusqu’au jour où à la sortie de son travail en février 2015, elle prend en stop un migrant désireux de se rendre dans la jungle. Ce qu’elle y découvre la bouleverse. Des femmes avec leurs enfants dans les bras assises dans la boue et le froid, sans chaussures aux pieds, des enfants hagards, des hommes trainant des sacs poubelles contenant toute leur fortune agglutinés les uns sur les autres… Comment ces gens pouvaient-ils tenir ? Vivre ? Pire : comment continuer à vivre en sachant cela dorénavant ? Sa vie alors bascule. Désormais, elle sait. Désormais, elle va agir.

« Mon regard a changé. Et avec lui c’est toute ma vie qui a changé. »

Elle commence par collecter des couvertures et vêtements pour la jungle. Puis va effectuer des permanences quasi-quotidiennes pour distribuer des repas, des vêtements, du réconfort.

« Je m’étais embarquée dans une aventure trop forte pour rester dans l’entre-deux. (…). Personne n’aurait pu me dissuader de m’investir dans la jungle, c’était pour moi un acte de liberté. »

Elle croise alors la route d’un réfugié iranien, Mokhtar, lequel s’est cousu la bouche, de même que ses compatriotes, pour dénoncer les conditions inhumaines de survie dans la jungle. Son sort la bouleverse particulièrement. Son regard aussi. Les semaines, les mois passent, et force lui est de constater que ses sentiments demeurent. Par amour, elle déplace des montagnes. Par amour, elle transgresse la loi. Mais avait-elle le choix ?

Un témoignage absolument bouleversant, magnifique. Une invitation à balayer les préjugés, à s’ouvrir aux autres. Et à agir. Car chaque personne peut, à son niveau, tendre la main, aider, soutenir, ceux qui en ont besoin. Chaque personne peut, à son niveau, œuvrer pour plus de tolérance, d’entraide et d’amour.

A lire absolument !

 

 

 

 

Rencontre avec Laurent Gounelle : 2ème partie.

Rencontre avec Laurent Gounelle à la faveur de la parution de son nouveau livre «  Et tu trouveras le trésor qui dort en toi », aux éditions Kéro. Un livre entre l’essai et le conte initiatique, qui nous invite à réfléchir sur nos certitudes.

 

 

Est-ce une impression ou l’ego a gonflé dans nos sociétés contemporaines ? Pourquoi est-il devenu prédominant ? 

Je pense qu’on est à une époque d’ego exacerbé, où on et tourné vers soi . La course à l’ego pose problème collectivement. Cela vient peut-être des médias qui poussent beaucoup à cela via la publicité. Car c’est beaucoup plus facile de vendre un produit ou un service en appuyant sur le bouton de l’ego, en vous faisant croire que ces articles ou services feront de vous un homme qu’on va admirer, supérieur aux autres. Les publicitaires visent à nous faire croire qu’on est incomplet qu’il nous manque quelque chose pour exister pleinement, pour être reconnu, pour être aimé, et qu’il nous manque justement ce qu’ils ont à nous proposer. Sauf que la vérité est que non, nous sommes complets, mais on l’a un peu oublié. Cette quête perpétuelle est une fuite en avant.

– Ne pas avoir d’ego est-ce réalisable ?

On peut avancer dans cette direction, cela se travaille. La vie nous aide toutefois à prendre cette direction. S’identifier à sa beauté quand on avance dans la vie par exemple, n’est plus possible. Et on peut le voir comme un soulagement car l’avancée en âge aidant, on peut se dire que certes, on est plus ridé, mais on est toujours autant soi-même. La vie fait qu’on perd un certain nombres de choses auxquelles on ne peut plus s’identifier et qu’on gagne en sagesse, en libération de l’ego.

Il y a autre chose qui dans la vie peuvent nous aider à nous libérer de l’ego : ce sont les crises (crise professionnelle, crise personnelle, une maladie…). Suite à une maladie, un licenciement d’aucuns changent de vie, d’orientation, bien plus en accord avec eux-mêmes qu’avant ladite crise. Ne dit-on pas des personnes après la qu’elles sont en voie de rémission, ce qui peut s’entendre comme re-mission, nouvelle mission ? Par ailleurs, la spiritualité, la méditation, peuvent aussi nous y aider.

– La spiritualité c’est ce qui nous dépasse, le développement personnel c’est ce qui nous guérit, est-ce compatible ?

Oui, c’est compatible et selon moi il y a un ordre pertinent. Il peut il y avoir un risque à se connecter trop tôt à la spiritualité, avant d’avoir résolu ses problèmes, ses failles, du moins les plus gros. Si on se tourne trop tôt vers la spiritualité, on risque d’enterrer ses propres problèmes. Or il faut nettoyer le psychologique avant de se connecter au spirituel. C’est quand on s’aime vraiment soi-même (pour ce qu’on est quand on est nu) qu’on parvient à aimer les autres. Quand on a travaillé sur soi pour résoudre la plupart de ses problèmes, on s’intéresse moins à sa personne et on se tourne plus vers les autres et vers ce qui nous dépasse. On réalise qu’on n’est pas la personne la plus importante au monde.

– Pourquoi utilisez-vous le cadre du roman pour transmettre ce que la vie vous a appris ?

Parce que je crois au pouvoir métaphorique du roman. Un essai s’adresse à la tête, un roman s’adresse et à la tête et au cœur. Un roman permet de plus de se projeter dans un personnage.

– Comment analysez-vous votre succès ?

Il y a deux choses. D’une part, dans la vie on obtient assez facilement ce que l’on veut quand on a une seule intention. Or j’avais une seule intention : transmettre, être un passeur pour le plus grand nombre en rendant simples des idées complexes. Envie de partager tout ce que j’ai reçu par mes formations, mes rencontres avec des psys, des philosophes, des chamans. Cela m’a amené à prendre la plume pour transmettre, être un vulgarisateur. D’autre part, les êtres humains évoluent dans le bon sens, celui de la quête de leur bonheur, de la réalisation de soi. Et ce n’est pas une préoccupation d’homme riche au sens financier du terme, mais une richesse humaine.

Non exclusif, Catherine Charrier

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Non exclusif, Catherine Charrier
Éditions Kero, mars 2016

Catherine Charrier signe un roman sur le lien amoureux et son exclusivité et confirme son talent pour analyser les sentiments, ausculter les couples et questionner l’amour.

Laure, quadra divorcée, a su mener avec brio sa vie de mère et sa vie professionnelle. Mère de deux adolescents, cadre supérieure aux compétences connues et reconnues, elle a ajouté depuis un an une couleur à la palette de son bonheur : son amour avec Vincent. Mais au détour d’une conversation innocente avec des amis, elle apprend…que Vincent est déjà en couple et lui ment depuis le début. Et le bel arc-en-ciel dans le ciel de son esprit d’être recouvert de nuages sombres. Tout son monde s’écroule.

Derechef, elle appelle Vincent, en déplacement professionnel, et lui demande des explications. Mais la précipitation est mauvaise conseillère. Aussi décident-ils d’un commun accord de se donner un délai de réflexion et d’attendre son retour pour trancher. Laure a 15 jours pour tenter de revisiter sa conception de l’amour, pour savoir si elle accepte de renoncer à l’exclusivité amoureuse. Ou si elle met un terme à cette relation.

Dans ce roman, Catherine Charrier introduit une réflexion très intéressante sur l’exclusivité dans le couple, présentée traditionnellement comme une preuve d’amour et de respect de l’autre, comme la garantie de la qualité de la relation amoureuse. Ainsi que celle de l’apaisement des inquiétudes du conjoint jaloux. Mais est-ce la condition sine qua non d’une vie de couple épanouie ? Peut-il exister d’autres modèles de relation tout aussi satisfaisants pour les deux ? Et la rupture amoureuse, en cas de non respect de cette promesse de fidélité, est-elle forcément une libération? Pour Laure, qui manque dramatiquement de confiance en elle et d’estime de soi, ce serait l’aliénation à une autre souffrance, celle de l’abandon. Ou quand la compréhension rationnelle des enjeux et l’émotion ressentie font le grand écart…
Choisir, c’est renoncer. Renoncer à tout ce qui ne fait pas partie de ce choix.  Et quelle que soit la décision de Laure, les conséquences toucheront chaque partenaire…

Catherine Charrier nous offre ici un roman passionnant et très brillamment analysé. D’une sensibilité à fleur de plume.

 

5 romans encore en lice pour le prix de la Closerie des Lilas décerné ce soir

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La liste passe de dix à cinq titres écrits par des femmes et parus à la rentrée de janvier 2016.

Le jury du prix de la Closerie des Lilas 2016 a dévoilé, mardi 22 mars, sa deuxième sélection en vue d’une remise ce 12 avril. De 10 romans de la rentrée d’hiver initialement sélectionnés, la liste passe à cinq titres, écrits exclusivement par des femmes.

La deuxième sélection :

  • Cécile Ladjali, Illettré (Actes Sud)
  • Julia Kerninon, Le dernier amour d’Attila Kiss (Editions du Rouergue)
  • Camille de Peretti, Blonde à forte poitrine (Kero)
  • Sarah Léon, Wanderer (Héloïse d’Ormesson)
  • Céline Curiol, Les vieux ne pleurent jamais (Actes Sud).

Créé en 2007, le prix de la Closerie des Lilas vise à promouvoir la littérature féminine et récompense chaque année une romancière de langue française.

Au jury permanent, avec Emmanuelle de Boysson, Adélaïde de Clermont-Tonnerre, Carole Chrétiennot, Stéphanie Janicot, Jessica Nelson et Tatiana de Rosnay, s’ajoute cette année le jury invité composé de 12 personnalités féminines : Natacha Polony, Anne-Claire Coudray, Lydia Bacrie, Emmanuelle Bercot, Rachida Brakni, Clara Gaymard, Brigitte Kernel, Anne Lauvergeon, Salomé Lelouch, Caroline de Maigret, Anne Nivat et Josyane Savigneau.

En 2015, le prix de la Closerie des Lilas a été attribué à Saïdeh Pakravan pour Azadi (Belfond).

La Kar’Interview de René Manzor!

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Rencontre avec un auteur d’une gentillesse à l’image de son talent – immense, à la faveur de la parution de son deuxième roman, Celui dont le nom n’est plus, aux éditions Kero. Un thriller magistral aux frontières de l’amour et de la mort.

 

Pouvez-vous rapidement vous présenter, René Manzor?

Né de père Français, de mère Uruguayenne, j’ai toujours eu un pied sur le vieux continent et un sur le nouveau. Une enfance dans les valises qui m’a donné très tôt l’envie, le besoin même, de raconter. J’ai d’abord assouvi ce besoin à travers le cinéma avec des long-métrages comme “Le Passage”, “3615 Code Père Noël”, “Un Amour de Sorcière”, “Dédales”. Puis j’ai eu la chance que ces films soient appréciés par Steven Spielberg qui m’a invité à Hollywood pour travailler sur un projet. Je comptais y passer quelques mois, j’y suis resté dix ans. Pendant ces dix ans, j’ai réalisé pour la télé et le cinéma, et j’ai continué à écrire beaucoup, pour moi et pour les autres. Mais mes écrits d’adolescent étaient romanesques. Certains écrivains rêvent de faire du cinéma, moi j’ai toujours rêvé d’écrire des romans. C’est la plus belle façon de raconter une histoire, la plus directe. On a ses mots pour seul bagage.

Celui dont le nom n’est plus est votre deuxième roman, après Les âmes rivales, paru lui aussi aux éditions Kero. Comment passe t-on de l’écriture de scénarios pour le cinema et la télévision au roman? Appréhende t-on différemment l’écriture d’un roman et celle d’un film?

Si j’ai ressenti une difficulté, ça a été de me détacher de l’écriture romanesque en abordant le cinéma, plutôt que d’y revenir. Je me souviens qu’après avoir lu le scénario du “Passage”, Alain Delon m’avait dit: “J’ai beaucoup aimé votre roman”. Et il ne plaisantait qu’à moitié. Un film, c’est une suite d’écritures successives dont le scénario n’est que la première. Le tournage, la direction d’acteur, le montage, le mixage sont une suite de réécritures que l’on a remise à plus tard au moment de la conception du scénario. Quand on écrit un roman, on ne peut rien remettre à plus tard. Tout doit être dit. L’intrigue et les dialogues ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Les états d’âme des personnages, leurs pensées les plus intimes sont communiquées au lecteur. Quand on écrit pour la caméra, on se doit d’être objectif, sec, clinique, factuel. Quand on écrit pour le roman, le subjectif l’emporte.

A ce titre, je trouve votre écriture romanesque extrêmement visuelle. Lire vos romans, c’est visualiser les personnages, leur univers, les sentir, les voir, les entendre. Comme si nous regardions un film. Troublant. Une adaptation à l’écran est-elle envisagée?

C’est drôle que vous me posiez cette question car j’ai tout fait pour tourner le dos à cette éventualité. Pour moi, adapter « Celui dont le Nom n’est plus » au cinéma reviendrait à en faire le remake. Car j’ai vraiment l’impression d’avoir déjà filmé cette histoire avec des mots. Le porter à l’écran me permettrait juste de raconter cette histoire à ceux qui ne lisent pas. Du reste, si l’occasion se présentait, je ne pense pas que je le ferais au cinéma. Le format d’une mini-série de six fois une heure me permettrait de la raconter plus en profondeur qu’un long-métrage.

Vos romans sont étayés de connaissances très précises en médecine légiste, aussi bien qu’en génétique, en greffe d’organes, en criminologie, etc., ce qui apporte un crédit certain aux situations. Y a t-il un gros travail de documentation en amont?

Mes études en faculté se sont partagées entre la Médecine et les Beaux-Arts. Et, si je les interrompues pour faire du cinéma très jeune, elles m’ont apporté rigueur et endurance. Quand j’écris, j’ai besoin de me structurer, de construire un enclos très solide pour mon histoire, de façon à pouvoir y lâcher les chevaux sauvages de l’imagination l’instant d’après. L’imaginaire n’accepte pas facilement d’être domestiqué. C’est pourquoi, chez moi, une structure classique en trois actes, un plan de l’intrigue, et une enquête documentée extrêmement poussée précèdent toujours la rédaction proprement dite. Quant aux personnages, je les travaille indépendamment du récit. Je leur construis une existence, une vie avant l’histoire et après l’histoire. Je leur imagine des qualités, des défauts surtout et, comble du luxe, des manies. Ils finissent par avoir leur propre logique, indépendante de la mienne et souvent il nous arrive de ne pas être d’accord sur leur manière de se comporter dans telle ou telle situation. Quand j’en arrive à ce stade, c’est que le personnage existe vraiment. Et ses attaques constantes contre la structure de l’intrigue contribuent à la rendre surprenante.

Celui dont le nom n’est plus est un thriller haletant aux frontières de l’amour et de la mort. Comment vous est venue l’idée de ce roman? Et d’une manière plus générale, d’où vous vient l’inspiration que ce soit pour les scénarios ou pour les romans?

Cela part généralement d’une simple idée. Une question à laquelle je n’ai pas de réponse. En confrontant mes personnages aux dangers de l’intrigue que je tisse pour eux, je les pousse à y répondre. Pour « LE PASSAGE » c’était : l’amour est-il plus fort que la mort ? Pour « DÉDALES » : sommes-nous une seule personne ou plusieurs ? Pour « les âmes rivales » : nos sentiments nous survivent-ils ? Pour « CELUI DONT LE NOM N’EST PLUS » : le deuil est-il une convalescence dont on se remet ?

Ce roman relate une série de meurtres étranges obéissant au même modus operandi : les organes des victimes ont été prélevés, tandis que la dépouille est abandonnée après avoir été préparée selon un rite funéraire précis. Plus déroutant encore, les meurtriers semblent être des proches. Autrement dit, ces mêmes personnes, capables d’amour, peuvent aussi donner la mort. Pensez-vous que le mal soit inscrit à même enseigne que le bien en chacun d’entre nous?

Nous ne sommes ni le Bien ni le Mal. Nous sommes le champ de bataille. Quand on est piétiné par l’un et l’autre, difficile de rester neutre ou de prendre partie. Chacun d’entre nous gère sa balance comme il peut avec les cartes reçues à la naissance. Mais on ne règle pas le problème en bannissant le Mal, comme Dieu l’a fait avec Satan dans les religions du Livre. La lumière a besoin des ténèbres pour exister.

Sans déflorer le roman, pour ceux qui ne l’ont pas encore lu, il y a une thématique qui semble vous être chère et était déjà présente dans Les âmes rivales, celle de ce qui se passe au delà de la mort, cette zone obscure qui intrigue, effraie parfois. Réincarnation, ésotérisme, survie des sentiments par delà la mort, d’où vous vient cette fascination?

Ce que j’aime dans ces zones mystérieuses, c’est la liberté qu’elles offrent à l’imaginaire. Mais je ne m’y sens à l’aise que si les amarres du « crédible » ne sont pas coupées. J’ai besoin que mes histoires se déroulent dans un monde bien réel, que le lecteur croie à cette réalité, qu’elle lui soit familière. J’ai besoin qu’il puisse se projeter facilement dans mes personnages de façon à être confronté comme eux à des événements qui le dépassent. Ce qui m’intéresse, dans le genre du thriller, ce sont ces moments où les personnages d’une histoire, en même temps que leurs lecteurs, sont obligés progressivement d’abandonner le cartésianisme qui les gouverne pour s’ouvrir à une autre façon de voir les choses, là où l’intuition et l’instinct sont plus utiles que la raison.

Une mort qui peut parfois être évitée grâce aux greffes, encore trop peu nombreuses hélas, du fait de l’insuffisance de donneurs. Un sujet très présent dans ce roman et une cause qui vous est chère, avec ce formulaire en fin de roman, qui invite à s’inscrire comme donneur d’organes et de tissus. Pouvez-vous nous parler de cet engagement?

Je refuse l’idée que l’être humain puisse être plus égoïste mort que vivant. Pourquoi refuser de sauver sept vies quand on n’est plus bon à rien ? Donner sa vie de son vivant, c’est miraculeux. Mais le faire, après sa mort, c’est la plus belle opportunité que la Science nous ait donnée ! Si l’un des nos enfants avait besoin d’une greffe pour survivre, serions-nous toujours contre le don d’organe ? On ne peut pas rester insensible à ça. L’année dernière, rien qu’en France, 537 personnes sont mortes faute de greffon disponible. Un petit mot glissé dans votre portefeuille autorisant à prélever vos organes après votre mort ne vous coûtera que 20 secondes. 20 secondes pour sauver sept vies, c’est pas grand chose.

Si vous deviez citer une seule phrase de ce roman, laquelle choisiriez-vous?

La vérité se nourrit du partage. Le mensonge, du secret.

Que souhaitez-vous partager avec vos lecteurs?

L’imaginaire. La lecture est une conversation silencieuse, intime entre deux personnes. De jardin secret à jardin secret.

Votre prochain projet. Est-il trop tôt pour en parler ou pouvez-vous nous en dire deux mots?

Entre deux projets personnels, j’aime ces moments où je mets mon univers en jachère pour mettre mon petit savoir faire de conteur au service des autres. J’aime le rythme infernal que le tournage des séries télé ou des clips impose à l’imaginaire. Moins d’argent, moins de temps, on travaille à l’instinct. Il faut être au filet en permanence, on doit smatcher sur toutes les balles. Bien plus utile pour rester créativement en forme que la pub qui fait grossir.

Mais aujourd’hui, le projet personnel qui me passionne le plus est une série européenne d’anticipation que j’écris en anglais pour des producteurs français, polonais, américains et russes. Une première saison de huit épisodes, dont deux sont déjà écrits. Un tournage prévu fin 2015. C’est donc trop tôt pour en parler. Il y a aussi le troisième roman qui est en cours d’écriture et que j’ai promis à mes éditeurs pour mai 2016. Mes journées de travail font des polders sur mes nuits. La vie est trop courte quand on la vit passionnément. Et il y a tant d’histoires à raconter…

                                                                                                                                                                                      Propos recueillis le 3 juillet 2014

Retrouvez la chronique que j’ai consacrée au nouveau roman de René Manzor, en cliquant sur ce lien : Celui dont le nom n’est plus (éditions Kero)

Celui dont le nom n’est plus, de René Manzor : un thriller magistral!

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Celui dont le nom n’est plus, de René Manzor

Éditions Kero, mai 2014

Grâce à une plume parfaitement maîtrisée, René Manzor signe un roman aux frontières de l’amour et de la mort dont on ne sort pas indemne. Un thriller haletant et dérangeant dont vous n’oublierez plus jamais le nom…

Si Mc Kenna, vétéran de Scotland Yard a vu bien des cadavres dans sa carrière, ce qu’il découvre ce matin-là dépasse l’entendement. Le tueur a éventré la victime, prélevé tous les organes thoraciques et abdominaux, abandonnant sa carcasse évidée sur une table. Une alliance malsaine du monstrueux et du sacré. Car rien n’a été laissé au hasard : la dépouille a été préparée selon un rite funéraire précis. Juste à côté, une épitaphe écrite dans le sang de la victime : « Puissent ces sacrifices apaiser l’âme de Celui dont le Nom n’est plus… » Plus troublant encore, l’assassin est rapidement retrouvé et s’avère être une femme qui aimait le défunt comme son propre fils. Pourquoi tuer un être cher? La vieille femme, en état de sidération, est incapable d’expliquer son geste, et pour cause, elle ne s’en souvient même pas.

Et ce n’est que le premier meurtre d’une longue série obéissant toujours au même modus operandi. Chaque jour en effet, un nouveau corps est découvert dans des conditions similaires. S’agit-il des actes d’une secte satanique? Sont-ils au cœur d’un monstrueux trafic d’organes?

Mc Kenna, très éprouvé par le décès récent de sa femme, accepte à contrecœur de collaborer avec Dahlia Rhymes, criminologue américaine, spécialiste en meurtre rituel et satanique. Pour plaider la cause de ces criminels au visage de victimes, un avocat de renom, Nils Blake, en retrait de la vie active depuis une transplantation cardiaque, se laisse convaincre de reprendre du service. Tous trois sont animés par le désir de faire émerger la vérité. Tous trois vont voir leurs blessures ravivées et leur vie à jamais bouleversée.

Après Les âmes rivales, brillant premier roman, René Manzor transforme l’essai et nous revient avec un thriller époustouflant. Une intrigue admirablement menée, un savant cocktail de suspense, d’ésotérisme, de profondeur, de sensibilité, de complexité et des personnages indiciblement attachants. Avec cette question en fil rouge : jusqu’où peut-on aller par amour?… Jusqu’à un point que même l’esprit le plus perspicace n’avait pas envisagé. Attendez-vous à une chute vertigineuse!

P. 64 : La vérité se nourrit du partage. Le mensonge, du secret.