La redoutable veuve Mozart, Isabelle Duquesnoy

la redoutable veuve Mozart

©Karine Fléjo photographie

Si tout le monde s’accorde à reconnaître que Wolfgang Amadeus Mozart était un génie, peu connaissent le rôle essentiel que joua sa femme, Constanze Mozart,  dans la postérité de son oeuvre. Retour sur le parcours d’une femme incroyable.

La veuve Mozart : une vie dévouée à la mémoire du célèbre compositeur

Avant même de savoir écrire ou lire, le jeune Mozart, à qui l’on prêtait une oreille absolue, était capable de déchiffrer une partition et de la jouer. A 6 ans déjà, il composait des menuets. A 35 ans, il décédait prématurément, laissant derrière lui une oeuvre considérable.

Et des dettes tout aussi considérables.

En 1791, Mozart laisse en effet à Constanze, sa femme, 3000 florins de dette, ce qui correspond à cinq années de loyer, de nourriture, de frais vestimentaires pour Constanze et ses deux fils. Autrement dit, une somme considérable. Si Constanze n’a pas de quoi lui payer une jolie sépulture et doit se contenter de le laisser être enterré dans une fosse commune, c’est là la seule concession qu’elle fera pour son tant aimé mari. Et de se promettre de faire du reste de sa vie un combat pour que le compositeur auquel elle fut marié une dizaine d’années, soit reconnu et célébré comme un des plus grands génies de son époque.

Puisque Vienne laissait crever ses artistes dans le dénuement, j’étais déterminée à faire en sorte que Wolfgang ne tombât jamais dans l’oubli. (…) Ton père détestait les aristocrates, mais il ne souhaitait pas d’autre reconnaissance que la leur. Il rêvait d’être admiré, ils l’humilièrent. Il avait faim de leurs compliments, ils l’endettèrent. Il rêvait de les faire danser, ils l’enterrèrent. Je n’ai pas d’autre but que de leur faire regretter cette méprise.

Quitte à ruser parfois.

En effet, pour pouvoir toucher la somme promise à Mozart contre la composition d’un requiem, requiem qu’il n’a pas achevé de son vivant, Constanze n’hésite pas à faire appel à Franz Xaver Süßmayr, compositeur autrichien, pour terminer cette oeuvre. Et signer de la main de Mozart. Pour conserver près d’elle son fils aîné Carl, ce que la loi à cette époque ne permettait pas à une femme seule au delà des 7 ans de l’enfant, elle se remarie à George, un homme qu’elle sait homosexuel. Facétieuse, déterminée, courageuse, Constanze mène son entreprise de main de fer. Une détermination sans faille, des sacrifices énormes (notamment ses fils) mais un résultat au delà de ses espérances : Mozart brille au firmament des siècles plus tard encore.

Un bel hommage à Constanze Mozart

Ce livre, qui se présente sous la forme d’une longue lettre écrite par Constanze Mozart à son fils aîné, pour justifier son parcours, ses choix, ses sacrifices, est une mine d’informations. Informations sur la société autrichienne au XVIIIème siècle, sur Mozart lui-même (franc-maçon, dépensier…), mais aussi et surtout sur celle qui a consacré les 51 années du reste de sa vie à faire reconnaître le génie de son défunt mari. Une femme d’une pugnacité hors-normes, bien décidée à obtenir réparation pour toutes les offenses faites à Mozart de son vivant. Une femme résolument moderne, qui songe déjà au dépôt légal des œuvres et au droit d’auteur, en faisant graver les œuvres à ses frais, en exigeant son accord et des finances pour l’exploitation de ces dernières. Une femme d’affaires. Et une femme de cœur, éperdument amoureuse de son génie de mari, de son vivant comme après sa mort. Une femme d’une fidélité rare.

Quand on a, comme moi, partagé les jours d’un si grand virtuose, il n’est pas possible d’apaiser ses larmes autrement qu’en glorifiant sa mémoire.

Isabelle Dusquesnoy rend un très bel hommage à Constanze veuve Mozart, met en lumière celle qui a œuvré dans l’ombre pour la postérité de son mari. Un livre très documenté, enrichissant et vivant. Une belle partition littéraire !

Envie d’entrer dans la tête d’un serial killer? Lisez Une vie exemplaire, de Jacob M. Appel!

 

EE140E1C-F58D-4AC6-97BE-41AA8DD2D3F6Une vie exemplaire, Jacob M. Appel

Editions de la Martinière, octobre 2017

Policier

 Que diriez-vous d’entrer dans la tête d’un tueur en série ? Un roman noir de cynisme, à la tension permanente, dans lequel le psychopathe est en plein accord avec ses démons intérieurs. 

Une vie exemplaire. Ce titre pourrait qualifier la vie de Jérémy Balint, brillant chef de service en cardiologie, père, mari et fils aimant. Mais ce serait faire confiance à des apparences bien trompeuses. Car si Jérémy Balint n’a à priori rien d’un psychopathe, la découverte de l’adultère de sa femme va pourtant le faire basculer dans une folie meurtrière. Cependant nulle précipitation. Nulle émotion. Au contraire, même. Balint note que la mission qu’il s’est fixée, à savoir éliminer son rival, quitte à tuer des innocents par la même occasion pour brouiller les pistes, ne suscite rien de particulier en lui. Avec sang-froid et même un certain détachement, il planifie ses meurtres comme il planifierait une greffe du cœur : choix des accessoires, sélection des victimes, fixation d’une date propice. Pire, Balint prend conscience que : « Tuer, était sans doute le plus facile. Ne pas tuer, en revanche, requérait de la discipline et du contrôle. »

Avec méthode et patience, il orchestre alors une longue série de meurtres. Sa signature : un ruban vert laissé sur les cadavres…

Jacob M. Appel, psychiatre à New-York, a collaboré avec la police dans des affaires de serial-killers. Avec une finesse remarquable, il nous plonge dans les méandres du cerveau d’un sociopathe, un homme qui porte « the mask of sanity », c’est-à-dire le masque de la bonne santé mentale. Contrairement à l’image communément admise selon laquelle un sociopathe est un être forcément marginal, en bas de l’échelle, l’auteur démontre qu’il peut tout à fait appartenir aux hautes sphères de la société. Un homme parfaitement intégré, qui pourrait être vous ou moi. A ceci prêt qu’il est dénué de toute empathie envers autrui, n’a aucun état d’âme. Un roman dont le suspens vous tiendra en haleine de la première à la dernière page et vous donnera des frissons dans le dos.

A lire !

 

 

 

 

Rentrée littéraire : Mademoiselle, à la folie! de Pascale Lécosse. Coup de coeur!

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Mademoiselle, à la folie ! Pascale Lécosse

Editions de La Martinière, août 2017

Rentrée littéraire

 

Un premier roman sensible, plein de verve, dont les personnages, indiciblement attachants, vous hanteront longtemps. Un coup de cœur de cette rentrée littéraire.

C’est le goût de l’effort qui, associé au talent, a hissé Catherine Delcour au sommet de la gloire. Actrice adulée, au théâtre comme au cinéma, elle a eu pour partenaire les plus grands acteurs. A 48 ans, la vie lui réserve pourtant un scénario qu’elle n’avait pas envisagé. Un scénario dans lequel la maladie tient le premier rôle.

Heureusement, en coulisses, Mina Flamand veille. Cette femme, qui partage la vie de l’actrice depuis 15 ans, est bien davantage que son assistante. Avec amour, abnégation, patience et dévouement, elle protège Catherine, l’entoure comme s’il s’était agi de sa propre mère. Quitte à sacrifier sa propre vie privée pour elle.

Nul ne doit apprendre que Catherine est diminuée. Et pourtant, le mal n’entend pas faire de la simple figuration. Il progresse et l’actrice en est consciente : « J’ai dans la tête un mal gourmand qui me transforme en rosier stérile. Une saleté qui fait de moi une autre. Je voudrais l’espérance. Les mots me quittent un peu plus chaque jour sans que je puisse les retenir ».

Comment jouer le rôle le plus difficile de sa vie, celui qu’on n’a pas choisi, celui qui ne vous fait pas oublier votre texte mais pire, les noms des êtres chers et toutes ces choses qui font votre identité ? Comment accepter l’impuissance et garder l’espoir d’un clap de fin heureux ?

Un roman absolument bouleversant, juste, d’une sensibilité à fleur de plume, qui traite la maladie sous un angle original. Et évite avec brio l’écueil du pathos. A lire !

 

Le parfum de l’Hellébore, Cathy Bonidan

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Le parfum de l’Hellébore, Cathy Bonidan

Editions de la Martinière, janvier 2017

Rentrée littéraire

Dans ce roman lumineux et plein d’espérance, les destins de chacun vont se croiser, entre légèreté et mélancolie.  Un premier roman très réussi.

Ce devait être au départ une punition. Quand Anne, 18 ans, est emmenée chez son oncle à Paris pour mettre fin à ses frasques adolescentes, ses parents n’imaginent pas un instant qu’ils lui font en réalité un cadeau. Son oncle l’emmène en effet chaque jour avec lui dans le centre psychiatrique qu’il dirige. Or pour Anne, la confrontation avec ces adolescents en souffrance est une révélation. Elle qui jusqu’alors n’accordait aucune importance aux études, ne pensait qu’à s’amuser, avait une vision simpliste des « fous », trouve soudain un sens à sa vie, un intérêt croissant pour ces êtres englués dans leur pathologie. Et tout particulièrement pour deux d’entre eux : Béatrice, une jeune fille anorexique. Et Gilles, un jeune autiste.

Comment leur venir en aide ? Faut-il forcément avoir pour ce faire le bagage scientifique des pédopsychiatres ? Serge, le jardinier taiseux du centre, semble parvenir à faire des miracles avec les patients, alors qu’il n’a aucune compétence médicale. Quel est donc son secret ?

Anne observe, écoute, se documente. Et confie ses découvertes, ses doutes, ses joies et ses peines dans de longues lettres rédigées à sa meilleure amie Lizzie. Quels enseignements tirer de ses observations, tandis qu’elle n’a aucune légitimité en ce domaine ?

Parviendra-t-elle à aider Béatrice à vaincre sa phobie des aliments ? Pourra t-elle éviter l’asile au petit Gilles ? La psychiatrie infantile se révèlera-t-elle être vraiment sa voie ?

C’est un roman extrêmement touchant que nous offre Cathy Bonidan. A travers le destin croisé de personnages indiciblement attachants, le lecteur assiste à la naissance d’une vocation, à la métamorphose d’un regard sur ces êtres en marge de la société. Un roman très bien écrit, qui se lit d’une traite et ne laisse pas indemne.

A lire !