Rentrée littéraire : Petit frère, Alexandre Seurat

Petit frère, Alexandre Seurat

©Karine Fléjo photographie

Face à la disparition de son frère, qui a toujours eu une conduite à risques, le narrateur s’interroge sur ce qu’il aurait pu faire ou dire pour le remettre sur sa trajectoire, pour éviter cette fatale sortie de route. Il le fait alors revivre dans ses souvenirs. Un roman sombre et émouvant.

Perte d’un être cher et culpabilité

Suite à la disparition de son frère et ce, bien que la conduite à risques de ce dernier, ses excès en tous genres aient pu laisser présager une mort précoce, la douleur du narrateur est térébrante, le vide lancinant. Tout ce qu’il est parvenu à lui dire, avant ce jour fatal est : « Il faut que tu te sauves ». Des mots bien trop faibles pour apaiser les maux de son frère. Ce dernier s’était alors contenté de nier son état, comme toujours, avec sa réplique fétiche : « T’inquiète mec, tout va bien. » Quelque temps plus tard, suite à une soirée trop arrosée, il est retrouvé mort chez lui.

Dans son appartement, au fond d’un meuble, le narrateur trouve des petits carnets noircis par son frère. Il se plonge alors dans leur lecture, déroulant le fil de la vie de cet homme qui semblait extérieurement avoir tout pour lui. Tout sauf la paix intérieure. Enfant déjà, sa beauté happait les regards. Un enfant qui très tôt, se faisait remarquer par son hyperactivité, sa faim abyssale d’affection et d’amour, son hypersensibilité. Puis d’autres désordres s’invitèrent dans sa vie, comme la boulimie, ce sentiment insurmontable d’injustice, mais aussi la violence comme forme d’expression, y compris avec ses proches. Hospitalisations multiples en service de psychiatrie, traitements lourds, rien n’y a fait. Drogue et alcool sont devenus ses exutoires, les seuls artifices à même de lui faire voir encore la vie avec envie.

Un roman émouvant et sombre

Le narrateur cherche des réponses à ses questions : aurait-il pu empêcher cela ? Lui, mais aussi ses parents, auraient-ils dû se remettre davantage en question pour aider son frère et lui éviter une mort prématurée ? A quel moment son frère a-t-il quitté la trajectoire de la vie pour flirter avec le précipice de la mort ? Secrets de famille, difficulté de communication, blessures d’enfance sont autant de pierres qui ont bâti sa tombe. Et la culpabilité de s’engouffrer dans l’esprit de ceux qui survivent.

Un roman écrit avec beaucoup de sensibilité, mais relativement sombre. A ne pas lire les jours de pluie ou quand le moral n’est pas au beau fixe !

Le prix de la Closerie des Lilas décerné à Julia Kerninon!

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Le Prix de la Closerie des Lilas a été attribué ce mardi 12 avril, à Julia Kerninon pour « Le dernier amour d’Attila Kiss », un court et dense roman sur la naissance d’une passion entre deux êtres que tout sépare.

Paru en janvier aux éditions du Rouergue, ce deuxième roman de Julia Kerninon, 29 ans, est l’histoire d’un coup de foudre entre une jeune héritière viennoise de 25 ans, Theodora, « optimiste, surprenante, captivante » et Attila Kiss, un prolo hongrois quinquagénaire un peu dépressif ayant « échoué dans les choses les plus essentielles ».

Née en 1987 dans la région nantaise, Julia Kerninon est thésarde en littérature américaine. Son premier roman,Buvard, a reçu de nombreux prix, dont le prix Françoise Sagan. Elle a été lauréate de la bourse Lagardère du jeune écrivain en 2015.

La lauréate sera l’invitée de la Closerie des Lilas, célèbre brasserie du boulevard du Montparnasse à Paris, pendant une année, pour un montant de 3.000 euros.

Créé en 2007, le Prix de la Closerie des Lilas a pour originalité de couronner une romancière de langue française dont l’ouvrage paraît à la rentrée de janvier.

L’an dernier, le prix avait été décerné à Saïdeh Pakravan pour « Azadi » (Belfond).

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«Par la suite, il se demanderait souvent s’il devait voir quelque chose d’extraordinaire dans leur rencontre – cette fille venant à lui sur la terrasse d’un café qui n’était même pas son préféré, qu’il ne fréquentait que rarement. Si elle était passée par là la veille, ou simplement une heure plus tôt ou plus tard, elle l’aurait manqué – il ne l’aurait jamais connue, il serait resté seul avec ses poussins et sa peinture et sa tristesse et sa dureté. Mais elle était venue, et il avait poussé doucement la lourde chaise de métal pour qu’elle puisse s’installer, et c’était comme ça que tout avait commencé.»

À Budapest, Attila Kiss, 51 ans, travailleur de nuit hongrois, rencontre Theodora Babbenberg, 25 ans, riche héritière viennoise. En racontant la naissance d’un couple, Julia Kerninon déploie les mouvements de l’amour dans ses balbutiements. Car l’amour est aussi un art de la guerre, nous démontre-t-elle avec virtuosité dans son deuxième roman.

Bon rétablissement, de Marie-Sabine Roger : un gros coup de coeur !

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Bon rétablissement, de Marie-Sabine Roger

Editions La brune-Le Rouergue, mars 2012

 

      Quand Jean-Pierre reprend conscience, il est en salle de réanimation. Diagnostic : polytraumatisé, « ce qui ne manque pas de panache ». A défaut d’avoir réussi dans sa vocation de méchant, il se sera au moins illustré par une sortie originale : un plongeon dans les eaux glacées de la Seine, percuté par un véhicule.

      Dès les toutes premières lignes, le ton est donné : le roman sera un cocktail d’humour, de rires, de tendresse, d’amour, de sensibilité, le tout mélangé dans un shaker de talent.

      De fait, on sirote ce roman avec délectation. Notre veuf, sans enfants, vieil ours ronchon et égoïste, voit sa vie métamorphosée par cette immobilisation forcée. L’occasion pour lui de revenir sur son passé, sur les êtres qui ont marqué son existence, mais l’opportunité aussi de rencontrer de nouvelles têtes. Du chirurgien à l’infirmière, en passant par une jeune mère de 14 ans, un étudiant prostitué, un policier orphelin, un copain adepte de kouign amann, les aides soignants, chacun entre dans sa vie et y laisse son empreinte. Des empreintes profondes, viscéralement humaines, qui peu à peu vont révéler un autre homme. Le Jean-Pierre acariâtre, méchant raté, fait place à un gentil réussi. Un être furieusement attachant. Un homme qui « met un mouchoir sur ses à priori et pose un garrot serré sur le flot de ses certitudes. » Un patient que l’on est impatient d’aimer.

      Marie-Sabine Roger nous offre ici un magnifique hymne à la vie. Avec une verve jubilatoire, des formules inédites aussi détonantes qu’étonnantes, l’auteur nous amène à revisiter nos certitudes, nos priorités, nos attentes. Un voyage enivrant au coeur de l’humain.

      Je pourrais vous parler encore longuement de ce roman que j’ai littéralement dévoré, des éclats de rire dans la voix, des larmes dans les yeux aussi parfois. Mais ce serait vous retenir devant votre écran, alors que vous n’avez plus une seule minute à perdre : filez dans la librairie la plus proche et offrez-vous ce petit bijou!!!

 

P. 104 : Chez ceux qui sont bornés, la bêtise est sans bornes.

P.133 : Pépé n’était qu’un acariâtre, un vieux râleur. Je suis pareil que lui, un constipé du coeur.

 

      Ce roman vient de se voir décerner le Prix des lecteurs de l’Express. Il va être adapté à l’écran par Jean Becker.