Rentrée littéraire : Un crime sans importance, Irène Frain

Un crime sans importance
©Karine Fléjo photographie

Dans ce récit émouvant, Irène Frain tente de mettre des mots sur les maux générés en elle par l’assassinat de sa sœur. Ou quand à la douleur du décès s’ajoute celle d’une enquête au point mort et d’une famille silencieuse.

Un deuil impossible

Quatorze mois après l‘assassinat inexpliqué de sa sœur, Irène Frain décide de prendre la plume. Pour rompre le silence. Pour rendre hommage à cette sœur aînée qui compta tellement dans son enfance. Pour tenter de comprendre l’incompréhensible.

Car plus d’un an après la découverte du corps inanimé de la septuagénaire dans son pavillon de banlieue parisienne, massacrée et enfermée dans sa chambre, ni les enquêteurs, ni la famille n’ont laissé filtrer la moindre information à l’écrivaine et sœur de la défunte. Ce crime est-il sans importance aux yeux de la justice ? Pourquoi ce mépris de la police, ces erreurs inadmissibles qui conduisent notamment à statuer sur un décès alors qu’il s’agit d’un meurtre? Pourquoi le reste de la famille ne communique pas avec elle? Comme à chaque fois qu’un événement douloureux intervient, c’est le rejet et le silence dans la cellule familiale.

Ce crime n’est pas une fiction, c’est la réalité qui l’a produit. Cependant, comme dans les fictions, roman ou film, il est le fruit d’un enchaînement de fatalités. Lesquelles?Comment Denise s’est-elle retrouvée au mauvais moment et au mauvais endroit? Les morts ont besoin d’un destin. Il faut absolument que je comprenne.

Un récit émouvant

Ecrire pour rompre le silence, telle est la mission que poursuit Irène Frain avec ce récit : Un crime sans importance, aux éditions du Seuil. Ecrire pour crier sa révolte face au silence de la justice, à la lenteur des démarches et aux erreurs inadmissibles qui les jalonnent. Ecrire pour redonner vie à Denise., sa sœur et marraine, de onze années son aînée. Denise, la fille aînée d’une famille bretonne très modeste. Une enfant joyeuse, lumineuse, qui apportait le bonheur et la sérénité dans son sillage, avant que des troubles bipolaires ne la rattrapent et qu’une distance ne s’instaure.

Un récit touchant, sur l’impuissance d’Irène Frain – et des familles de victimes en général – à comprendre ce qui s’est passé, le pourquoi et le comment des drames, l’identité des responsables. Des questions térébrantes qui, faute de réponse, hantent les esprits des vivants. Alors prendre la plume pour que la justice la prenne à son tour, pour que les choses bougent, tel est le souhait de la romancière. Un souhait que l’on ne peut qu’espérer voir exaucé.

Informations pratiques

Un crime sans importance, Irène Frain – éditions du Seuil – Récit – 248 pages – 18€

Prix Goncourt des lycéens 2018 : David Diop

DAVID DIOP

Il était finaliste des prix Goncourt, Renaudot, Medicis et Femina. david Diop a finalement remporté le Goncourt des Lycéens.

Ce jeudi 15 novembre, après deux mois de lectures des quinze livres en lice, issus de la première sélection de l’Académie Goncourt, les 13 lycéens délégués de chaque région se sont retrouvés à l’hôtel de ville de Rennes, pour décerner le prix. Le lauréat est David Diop, auteur de Frère d’âme, aux éditions du Seuil.

Le livre lauréat du Prix Goncourt des lycéens 2018 : Frère d’âme

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Un matin de la Grande Guerre, le capitaine Armand siffle l’attaque contre l’ennemi allemand. Les soldats s’élancent. Dans leurs rangs, Alfa Ndiaye et Mademba Diop, deux tirailleurs sénégalais parmi tous ceux qui se battent alors sous le drapeau français. Quelques mètres après avoir jailli de la tranchée, Mademba tombe, blessé à mort, sous les yeux d’Alfa, son ami d’enfance, son plus que frère. Alfa se retrouve seul dans la folie du grand massacre, sa raison s’enfuit. Lui, le paysan d’Afrique, va distribuer la mort sur cette terre sans nom. Détaché de tout, y compris de lui-même, il répand sa propre violence, sème l’effroi. Au point d’effrayer ses camarades. Son évacuation à l’Arrière est le prélude à une remémoration de son passé en Afrique, tout un monde à la fois perdu et ressuscité dont la convocation fait figure d’ultime et splendide résistance à la première boucherie de l’ère moderne.

41ème Prix Relay des Voyageurs Lecteurs : and the winner is…

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Hier soir avait lieu la magnifique cérémonie de remise du Prix des Voyageurs Lecteurs 2018, à la Maison de l’Amérique latine à Paris. Ils étaient 4 auteurs en lice. And the winner is…

 

  • Le jury :

Présidé par Martin Hirsch, directeur Général de l’AP-HP, le jury est composé d’écrivains et de journalistes (Olivier Adam, Laetitia Colombani, Pascale Frey, Jean-Christophe Rufin, Aurélie Valognes), ainsi que de professionnels du voyage et de voyageurs lecteurs (leur voix compte double lors de la délibération finale).

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  • Le lauréat :

Le jury a décerné le prix à Michel Moutot pour Séquoias, paru aux éditions du Seuil.

Michel Moutot, lauréat.

  • Les séquoias, roman lauréat du 41ème Prix Relay des Voyageurs Lecteurs :

Milieu du XIXe siècle. Les frères Fleming, trois chasseurs de baleines, natifs de l’île de Nantucket, répondent à l’appel de l’or venu de la lointaine Californie, à l’autre bout des États-Unis d’Amérique.

À bord du Freedom, le navire dont ils ont hérité à la mort de leur père, Mercator, Nicholas et Michael forment leur équipage et mettent les voiles. Au terme d’une odyssée de six mois, de New York à Valparaíso, en passant par le cap Horn, les voici en vue de la terre promise. Mais le petit village assoupi dans la baie de San Francisco est devenu une cité grouillante où quelques chanceux descendus de la Sierra les poches pleines de pépites jouent leur fortune dans les tripots, tandis que d’autres se préparent à tenter l’aventure sur leurs traces. C’est le choix que fera Michael, le cadet. Mercator, lui, comprend rapidement que, loin de se tapir seulement dans les montagnes, la fortune est en réalité sous ses pieds, quitte à abattre la forêt de séquoias géants marquant l’entrée de la Porte d’Or.

Dans ce monde nouveau au cœur du Nouveau Monde, voici le roman d’une fratrie de baleiniers héroïques devenus chercheurs d’or, prêts à tout pour assouvir leur soif de conquête et de fortune, jusqu’à une ultime aventure, en mer de Béring.

Michel Moutot est reporter à l’Agence France-Presse. Lauréat du prix Albert-Londres en 1999, correspondant à New York en 2001, il a reçu le prix Louis-Hachette pour sa couverture des attentats du 11 Septembre. Son premier roman, Ciel d’acier, a reçu le prix du Meilleur Roman des lecteurs de Points en 2016.

  • Rappel :

Étaient en lice pour cette 41ème édition du prix :

  1. Magda, de Mazarine Pingeot (Julliard)
  2. Séquoias, de Michel Moutot (Seuil)
  3. L’archipel du chien, de Philippe Claudel (Stock)
  4. La vie secrète d’Elena Faber, de Jillian Cantor (Préludes)

Qu’il emporte mon secret, Sylvie le Bihan (Le Seuil) : bouleversant

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Qu’il emporte mon secret, Sylvie le Bihan

Editions du Seuil, janvier 2017

Rentrée littéraire

Deux nuits ont bouleversé la vie d’Hélène à 30 ans d’intervalle. La troisième, à la veille d’un procès, sera peut-être enfin celle de la vérité… Alternant le présent et le passé, Sylvie Le Bihan construit avec brio un roman à tiroirs où le lecteur est tenu en haleine jusqu’à la fin. Bouleversant.

Décembre 2015. Dans sa chambre d’hôtel, à deux jours du procès auquel elle comparaîtra comme témoin, Hélène éprouve le besoin de mettre enfin des mots sur ses maux. Impossible de continuer à fuir, à se mentir, à mentir à tous. Depuis une certaine nuit de juillet 1984, âgée alors de 16 ans, elle s’est efforcée de tout oublier. Oublier son agression, sa honte, sa douleur, ces heures où sa vie a basculé dans l’horreur. Faire comme si ce drame ne l’avait qu’effleurée, telle une balle qui aurait manqué sa cible et juste ricoché. Poursuivre sa trajectoire, celle d’avant le drame. Paraître, à défaut d’être. Mais a t-elle eu d’autre choix ?

L’oubli est une stratégie de survie, un processus sélectif et dynamique, un choix imposé d’obscurité sur une partie de sa mémoire. (P.12)

Cependant ses souvenirs vont être brutalement ravivés tandis qu’elle anime un atelier d’écriture dans une prison. Et c’est le texte rédigé par l’un des détenus qui va dynamiter les verrous de sa mémoire…

Alors, à quelques heures du procès, de cette atroce confrontation avec son passé, elle décide de rédiger une longue lettre à son jeune amant Léo, de faire de lui le dépositaire de son terrible secret…

C’est un roman absolument magnifique que nous livre Sylvie le Bihan. De la haute couture. Avec une plume sensible, qui habille sur mesure le corps des émotions, un style d’une extrême fluidité, une tension permanente, elle entraine le lecteur dans les méandres de la mémoire d’Hélène, victime d’un viol 30 ans plus tôt. Pas de voyeurisme malsain ni de sensationnalisme ici, mais une analyse psychologique d’une grande finesse et d’une extrême justesse sur les traumatismes avec lesquels d’aucuns s’efforcent de (sur)vivre. Envers et contre tout.

Une réussite. A lire absolument !

P. 118 : L’homme est ce qu’il croit. Je suis persuadée que ce sont nos croyances qui attirent nos expériences.

 

Citation du jour

« Ne croyez pas que celui qui essaie de vous réconforter vive sans effort parmi les mots simples et sereins qui parfois vous font du bien. Sa vie connait tant de peines et de tristesses qui le laissent loin derrière elles. S’il en allait autrement, il n’aurait jamais pu trouver ces mots-là. » Alexandre Jollien

Le métier d’homme.

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Citation du jour

« Devenir léger, c’est accepter humblement le sort après avoir tout tenté pour éradiquer son ombre, affirmer une résistance là où priment la révolte et la colère, c’est refuser que la rage ou la haine viennent aliéner la liberté. Etre léger, c’est donc recourir de force à la joie contre ce qui aigrit, contre ce qui isole, épauler celui qui souffre pour qu’il ne se claquemure pas dans son mal-être. » Alexandre Jollien

La métier d’homme.

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Prix Goncourt 2014 : Lydie Salvaire pour Pas pleurer (éditions du Seuil)

Lydie Salvayre a été couronnée ce mercredi par le Goncourt, le plus connu des prix littéraires français, pour « Pas pleurer », un roman sur la guerre d’Espagne hanté par la figure de l’écrivain Georges Bernanos et la voix de sa propre mère.

« Pas pleurer » (Seuil) a été choisi par les jurés au 5e tour, par 5 voix contre 4 à l’Algérien Kamel Daoud, auteur de « Meursault contre-enquête ».

Le livre :

Deux voix entrelacées.

Celle, révoltée, de Bernanos, témoin direct de la guerre civile espagnole, qui dénonce la terreur exercée par les Nationaux avec la bénédiction de l’Église contre « les mauvais pauvres ».

Celle, roborative, de Montse, mère de la narratrice et « mauvaise pauvre », qui a tout gommé de sa mémoire, hormis les jours enchantés de l’insurrection libertaire par laquelle s’ouvrit la guerre de 36 dans certaines régions d’Espagne, des jours qui comptèrent parmi les plus intenses de sa vie.

Deux paroles, deux visions qui résonnent étrangement avec notre présent et qui font apparaître l’art romanesque de Lydie Salvayre dans toute sa force, entre violence et légèreté, entre brutalité et finesse, porté par une prose tantôt impeccable, tantôt joyeusement malmenée.

Elle marchait sur un fil, de Philippe Delerm (Le Seuil)

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Elle marchait sur un fil, de Philippe Delerm

Éditions du Seuil, avril 2014

Les parents doivent-ils influencer le devenir de leurs enfants ? Que reste-t-il à créer lorsqu’on entame la seconde partie de sa vie ? Dans ce roman poignant qui oscille entre la Bretagne et Paris, Philippe Delerm aborde ces sujets pour la première fois, traçant le portrait fragile d’une femme en équilibre sur le fil de sa vie.

« C’est ça qui est le plus dur, je crois. Ne pas savoir quand il a commencé à ne plus être avec moi. En ce moment, j’essaie de vivre dans l’instant, de m’étourdir un peu. » (P.20) Marie, cinquante ans, se trouve à un moment charnière de son existence, entre deux vies- l’une révolue et l’autre à définir, entre deux villes- Paris et le Faouët en Bretagne.

Pierre, l’homme dont elle a partagé trente années de vie et avec lequel elle a eu un fils, Étienne, vient de la quitter. Avec lui s’envolent tous ses repères. Tout est à réinventer, à reconstruire, voire à construire. Même son travail d’attachée de presse free lance à Paris ne la satisfait plus, au point qu’elle s’offre le luxe d’envoyer ad pâtres son dernier et pourtant très prometteur dossier éditorial. L’heure est aux questionnements, à la quête de soi, de ses désirs profonds. Et si une autre forme de bonheur, d’accomplissement personnel, passait par la création artistique?

Car Marie a en effet toujours eu la passion du théâtre. Une passion dans laquelle elle a vivement encouragé pour ne pas dire contraint son fils à persévérer. Mais ce dernier a fini par abandonner cette voie pour lui préférer l’architecture d’intérieur. Peut-on décider pour les autres de leurs choix de vie? Peut-on vivre par procuration? Cette fois, une opportunité est donnée à Marie de s’approprier son rêve. De jeunes étudiants en art dramatique sont en effet en vacances dans la maison voisine du Faouët. Maintenue en équilibre sur le fil de la vie grâce au balancier que constituent l’affection de ses amis André et Agnès, l’amour complice de sa petite-fille Léa, elle s’élance alors dans un délicieux vertige vers la rive de la création. Monter un vrai spectacle, de l’écriture à la mise en scène en passant par la direction des acteurs, voilà un défi qu’elle entend relever, un sens à donner à son existence.

Avec Elle marchait sur un fil, Philippe Delerm nous offre un roman sensible et émouvant, d’une mélancolie douce…

P.93 : Le monde de l’édition était comme celui du théâtre. Il fallait pouvoir se trouver en position d’être demandée. Jamais demandeur.

P.117 : Le funambulisme était la vie même : une aventure permanente où prendre le risque du bonheur était forcément un vertige.

P.164 : On est heureux ou on écrit. Mais on n’écrit pas pour dire : je suis heureux. Peut-être pour dire je l’étais, ou je voudrais l’être…