Pour tout te dire, Gilly Macmillan

Pour tout te dire

Pour tout te dire est le nouveau thriller de la reine du genre, Gilly Macmillan. Un roman classé parmi les dix meilleurs thrillers de l’année par le New York Times.

Un passé envahissant

Lucy Harper est une romancière de renom. Les aventures de son héroïne Eliza sont suivies avec impatience par une horde de fans de roman en roman. Un succès qui lui a offert une vie très confortable financièrement. Et lui a permis de rencontrer Dan, son mari. Mais si lui aussi est habité par la passion de l’écriture, sa carrière d’écrivain peine à décoller.

Dan a d’ailleurs une surprise pour elle. Il a acheté une grande bâtisse à rénover. S’il est exalté à la perspective de ce déménagement, pour Lucy, c’est la sidération. Cette maison est située à Charlotte Close, village de son enfance. Un village qu’elle a fui après le drame, tandis qu’elle était âgée de 13 ans. Dan, qui n’est pas sans connaitre son passé familial, a pourtant choisi ce lieu cauchemardesque pour son épouse. Il affirme ne pas vouloir que son passé nuise à leur avenir, vouloir l’aider à affronter ses peurs et à tourner la page. Mais est-ce sa seule motivation ?

Quand Dan disparait après une dispute, peu de temps après leur emménagement, tous les projecteurs sont braqués sur Lucy. D’autant que c’est aussi ce qui est arrivé à son petit frère Teddy quelques décennies auparavant, tandis qu’il était à ses côtés. Lucy serait-elle une meurtrière? Des disparitions mystérieuses aussi romanesques que ses livres. Sauf qu’il ne s’agit plus d’une fiction.

Un thriller haletant

Pour tout te dire est le nouveau roman de la reine du thriller, Gilly Macmillan, paru aux éditions Les escales. C’est une double énigme qu’elle nous invite à résoudre : la double disparition de Dan et de Teddy. Présent et passé alternent en de courts chapitres qui apportent un rythme soutenu à l’histoire et maintiennent une tension narrative croissante. Impossible de poser le livre une fois la lecture commencée. La romancière joue avec les nerfs du lecteur, multiplie les fausses pistes, les rebondissements et nous réserve une chute vertigineuse, aux antipodes des pistes esquissées.

Mon seul regret est la fin ouverte réservée à la disparition de Teddy. Tout le livre, j’ai été tenue en haleine par le désir de connaitre le dénouement. Or Gilly Macmillan laisse le soin au lecteur d’imaginer lui-même ce qui a pu arriver à l’enfant.

Un très bon triller. Une lecture addictive.

Informations pratiques

Pour tout te dire, Gilly Macmillan – éditions Les escales, juin 2021 – 356 pages – 21,50€

Les lueurs du lendemain, Jennifer Cody Eptsein

les lueurs du lendemain

Une histoire poignante, tragique et réelle. Ou quand les deux meilleures amies du monde, deviennent des sœurs ennemies lors de la montée du nazisme.

Montée du nazisme et trahison

Nous sommes à New-York en 1989. Ava vient d’être informée du décès de sa mère Ilse, une allemande ayant appartenu aux Jeunesses hitlériennes. De cette maman dont elle a été séparée un temps lorsqu’elle était enfant, elle ne connait que peu de choses. Ilse est en effet toujours restée énigmatique sur ses actions pendant la deuxième guerre mondiale, ainsi que sur l’identité du père d’Ava. Un mystère qui a creusé l’écart entre la mère et la fille. Jusqu’à les fâcher irrémédiablement.

Ava découvre tout un paquet de lettres rédigées par Ilse à l’attention d’une certaine Renate. Renate, la meilleure amie d’enfance d’Ilse. Sa sœur de cœur. Jusqu’à ce qu’en 1933 à Berlin, Ilse apprenne que Renate est juive. Cette dernière et sa famille sont alors persécutées, humiliées, traquées. Tandis qu’Ilse, séduite par l’idéal prôné par les Jeunesses hitlériennes, engagée à répondre aux besoins de son pays, participe à la destruction des biens des juifs, à l’incendie de leurs synagogues. A leur traque de chaque instant. Des exactions toutes plus cruelles et inhumaines les unes que les autres.

Quelle que soit la force de leur amitié, quels que soient les serments qu’elles se sont échangés, ilse voit désormais Renate comme une ennemie de la nation à double titre : elle est juive et ses parents sont proches du parti socialiste. Cela justifie qu’elle s’en éloigne. Pire : cela justifie qu’elle la trahisse cruellement.

Une chronique saisissante du nazisme et de ses conséquences

Avec Les lueurs du lendemain, paru aux éditions Les escales, Jennifer Cody Epstein nous offre une fresque à la fois glaçante, bouleversante et très documentée du nazisme. A travers l’amitié qui lie deux adolescentes, l’une aryenne, l’autre juive, elle montre avec brio les conséquences dévastatrices, intimes comme publiques, des choix faits par les nazis lors de la seconde guerre mondiale. Des conséquences qui se répercutent comme un écho, invisible, sournois et ô combien dévastateur, sur les générations suivantes. Et de poser en filigrane la question du pardon. peut-on tout pardonner?

C’est un roman bouleversant, passionnant sur les heures sombres de l’Allemagne. Avec beaucoup de subtilité, la romancière montre les ravages de la guerre non seulement sur les générations qui l’ont vécue, mais aussi sur leur descendance. Alternant deux périodes, celle de la seconde guerre à Berlin et celle des années 70/80 à New-York, elle apporte un éclairage édifiant sur les mutations que la montée du nazisme a opéré au sein des êtres, des groupes, des amitiés, des relations entre les individus. Impossible de lâcher le livre une fois la lecture commencée. Jusqu’à ce que les lettres d’Ilse nous livrent tous leurs secrets. Jusqu’à la chute finale. Vertigineuse.

Informations pratiques

Les lueurs du lendemain, Jennifer Cody Eptsein – éditions Les escales, mars 2021 – 21,90€ – 459 pages

Le bruissement des feuilles, Karen Viggers

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©Karine Fléjo photographie

Karen Viggers, auteure de La mémoire des embruns, nous revient avec un magnifique roman aux éditions Les escales : le bruissement des feuilles. Une ode à la nature, à l’amitié et à la liberté. Un fabuleux voyage au cœur de l’Australie.

Du respect de la nature et des êtres humains

Miki a perdu ses parents dans un terrible incendie. Depuis le drame, elle vit avec son frère Kurt, chrétien fondamentaliste, et tient avec lui un petit restaurant à côté de la forêt, en Tasmanie. Une activité qui leur permet de survivre et d’économiser un peu d’argent en vue de l’achat d’une ferme. Mais à 17 ans, Miki ne connait rien ou presque en dehors du restaurant. Son frère lui interdit non seulement d’en sortir, mais aussi de discuter avec les clients, de lire ce dont elle a envie, de se promener seule. Le monde extérieur est selon lui dangereux pour les femmes, fait de gens immoraux, impies et violents. Une description qui ne correspond pourtant pas à l’image que renvoient à Miki les clients du restaurant. Mais l’emprise de Kurt sur sa soeur est telle, que cette dernière se soumet à ses règles, fussent-elles inhumaines. Sa seule liberté, ce sont ces livres hérités de sa mère dans lesquels elle s’évade le soir. Et de s’identifier aux héroïnes, de vivre par procuration cette vie et cette liberté auxquelles elle aspire tant.

Un jour, pourtant, Miki ose désobéir à son frère : en son absence, ayant trouvé la clef du restaurant dans lequel il la maintient enfermée, elle sort en catimini se promener dans la forêt qu’elle aime tant. Elle y rencontre alors le nouveau garde forestier, Léon.

Léon a lui aussi pris ses libertés par rapport à sa famille. Fils de bûcheron, il s’est refusé à prendre la relève : la forêt est surexploitée et les arbres ont besoin d’être préservés et non abattus. Contre l’avis des siens, il a donc opté pour la profession de garde-forestier. Mais prendre sa place dans cette ville où il ne connait personne, où nombre d’hommes sont bûcherons et vivent de l’exploitation du bois que lui entend protéger, ne sera pas une mince affaire.

Heureusement, dès son arrivée, il se lie d’amitié avec son petit voisin, Max, le fils de Shane. Si Shane est un homme et père agressif, Max est la tendresse personnifiée, un petit garçon attaché aux animaux. Une proie facile pour les durs de l’école. Max devra lui aussi gagner sa liberté, mettre fin au chantage dans lequel le caïd de l’école, Jaden, le maintient.

Ces êtres parviendront-ils à s’affranchir de leurs chaines, à se faire respecter et accepter tels qu’ils sont ?

Déforestation, préservation de la nature : un combat qui concerne chacun

Karen Viggers nous offre cette fois encore une immersion merveilleuse au cœur de la forêt australe, celle des grands eucalyptus, des arbres centenaires qui tutoient le ciel. Elle invite le lecteur à s’interroger sur la déforestation et ses conséquences. Sans aucun dogmatisme, elle ouvre des pistes de réflexion, se met à la place de chaque protagoniste, bûcheron comme défenseur de la forêt. Avec son livre, elle sème une graine dans l’esprit du lecteur, espère que ses réflexions la feront germer et aboutiront une la prise de conscience. Dans ce décor luxuriant, fragilisé par l’homme, elle nous fait assister à l’éclosion des personnages, à leur envol vers une vie meilleure, respectueuse de leur personne et de leurs valeurs. Un envol rendu possible grâce à l’amitié qui les lie. Car Karen Viggers nous le montre ici encore : les métamorphoses les plus belles sont celles qui opèrent dans le terreau de la solidarité et de l’amitié.

 

—> retrouvez ici l’interview de Karen Viggers lors de sa venue à Paris pour Le bruissement des feuilles :

—> retrouvez la chronique que j’avais consacrée à son précédent roman : Le murmure du vent : chronique