Un certain Paul Darrigrand, Philippe Besson

Un certain Paul Darrigrand
Copyright photo Karine Fléjo

Dans « Un certain Paul Darrigrand », Philippe Besson continue l’exploration de ses premières amours avec une infinie délicatesse et une sensibilité à fleur de plume. Des expériences compliquées, cachées, qui n’en sont pas moins initiatiques.

Dépendance affective

Nous sommes à la rentré universitaire 1988. Philippe Besson, 22 ans, vient poursuivre ses études à Bordeaux. Lors d’une pause, il fait la connaissance d’un autre étudiant, un certain Paul. Ce même étudiant fait montre d’un certain culot en s’installant face à lui à la cantine un peu plus tard, feignant qu’il s’agit là de sa place. Philippe Besson l’interprète comme un appel du pied. Et tombe alors instantanément et éperdument amoureux.

Mais il découvre alors non seulement que Paul est hétérosexuel, mais qu’il est marié. Il se dit par conséquent que cette relation amoureuse sera impossible. S’est-il fait des illusions sur les intentions de Paul? Ou Paul n’a-t-il pas réussi à contrer sa réelle attirance? Cette relation sera t-elle impossible ou clandestine?

Alors qu’il tombe amoureux, il vit une autre chute : il tombe malade. Une maladie du sang (thrombopénie), qui lui fait courir un risque hémorragique permanent. Et si son corps exprimait une souffrance que son esprit refusait de prendre en compte? Et s’il y avait un bénéfice secondaire à être malade, comme celui de retenir Paul à son chevet alors qu’il s’apprête à quitter Bordeaux pour Paris?

Des amours dissimulées

Philippe Besson a attendu 17 ans avant de se lancer dans l’autofiction et d’évoquer cette relation amoureuse qui a tellement compté pour lui. Il lui a fallu tout ce temps pour sortir du silence, pour continuer à faire vivre cet amour sur le papier. Pour « sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais« . Et ce livre est en effet extraordinairement vivant, vibrant.

Avec une infinie délicatesse et beaucoup de sensibilité, de sensualité, Philippe Besson évoque les montagnes russes de cette relation amoureuse en particulier, et de toute dépendance affective en général. L’autre a le pouvoir de vous faire passer d’une joie extrême à un désespoir infini selon qu’il répond ou pas à vos espoirs, qu’il se manifeste ou pas. Il vous met dans l’attente permanente et parfois insoutenable d’un signe. Il devient le centre de votre monde. Il vous condamne à l’ombre, au mensonge, à la duplicité et à la clandestinité.

Un livre très intime mais jamais impudique. Le partage d’une expérience personnelle à caractère universel : celle d’un amour fou, dévorant, qui trouvera un écho puissant chez nombre de lecteurs.

Un coup de coeur!

Informations pratiques

Un certain Paul Darrigrand, Philippe Besson – éditions Pocket, septembre 2020 – 166 pages – 6,50€

Papa est en bas, Sophie Adriansen (Nathan)

Papa est en bas, Sophie Adriansen

Editions Nathan, septembre 2018

A partir de 10 ans

Un sujet difficile, la maladie et la fin de vie d’un parent, abordé à hauteur d’enfant avec beaucoup de tendresse.

Olivia est fille unique, très complice avec ses parents, avec son papa avec lequel elle aime jouer au foot. Seulement voilà, ces derniers temps, il joue de moins en moins avec elle. Au début, elle a cru que c’était parce qu’il ne le voulait plus. Jusqu’au jour où elle a compris qu’il ne le pouvait pas. Qu’il ne le pouvait plus. Ce n’était pas la maladie de la paresse, mais la maladie tout court. Une maladie orpheline au nom si compliqué, qu’ils ont décidé à la maison de la rebaptiser « la tartiflette ». Un nom de plat pour une famille de gourmets et gourmands, quoi d’étrange ?

Mais le père d’Olivia a beau garder son sens de l’humour, se battre au quotidien contre les ravages de la maladie sur ses muscles, la partie est trop dure pour lui. Et pour la fillette, partagée entre tristesse et colère. Entre chagrin et sentiment d’injustice. Comment accepter que la maladie vous vole chaque jour un peu plus votre papa ? Comment accepter que bientôt il ne soit plus là ? Comment accepter que ce héros perde le plus important combat de sa vie ?

Sophie Adriansen évoque avec beaucoup de sensibilité et de tendresse, la maladie et la fin de vie, à travers le regard d’une enfant. Sans verser dans le pathos malgré la gravité du sujet, elle se glisse avec brio dans l’esprit de la fillette, essaye de comprendre avec sa perception du monde, ses connaissances, ce qui arrive à ce père si vaillant jusqu’alors, pourquoi le courage ne suffit pas toujours, pourquoi la vie est aussi parfois injuste. Un roman très touchant, drôle parfois, juste toujours.

Dans le murmure des feuilles qui dansent, Agnès Ledig : poignant…

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Dans le murmure des feuilles qui dansent, Agnès Ledig

Editions Albin Michel, avril 2018

Il m’a été difficile de vous rédiger un billet sur ce roman que j’ai terminé il y a plusieurs semaines…  Trop émue. Trop bouleversée par ces trajectoires de vie, ces êtres viscéralement humains et ô combien combatifs, pour trouver des mots à même d’habiller sur mesure le corps de mon émotion.

Anaëlle, secrétaire médicale et romancière, est une ancienne élève du procureur de la République Hervé Leclerc. Un événement grave a stoppé net sa carrière mais n’a pas coupé sa faim de vivre, de se battre. Car Anaëlle est une fragilité forte, savoure le moindre petit bonheur du quotidien. Quand elle a besoin d’éléments juridiques pour s’assurer de la véracité et de la justesse du roman qu’elle rédige, elle pense spontanément à s’adresser au procureur. Mais cet échange épistolaire ne va pas rester unique. Au motif premier de recevoir des informations, se substituent des raisons plus floues, de l’ordre de la curiosité, puis d’une certaine forme de séduction. Un jeu dangereux auquel le procureur, marié, se livre avec autant de ferveur que la jeune Anaëlle, réalisant au fil de ces échanges combien elle ensoleille son existence routinière, combien elle bouscule ses certitudes.

De son côté, Thomas, menuisier, est très proche de la nature, calé sur son rythme, sa respiration. Il est « né avec l’âme d’un arbre ». Une passion qu’il partage avec son petit frère Simon, la sève de sa vie. Mais Simon est aujourd’hui hospitalisé suite à une leucémie. Le pronostic vital est engagé. Avec ce type de maladie, il a une chance sur deux de s’en sortir. Cependant Thomas se doit d’être un chêne face au courage et à la volonté inouïe de l’enfant. Tel un roseau Simon ploie mais jamais ne casse sous la lourdeur des traitement, les douleurs, l’enfermement en chambre stérile. Et Thomas de lui raconter ses dernières découvertes en forêt. Et de lui parler des promenades qu’ils feront à sortie. Parce qu’il faut espérer, toujours. Même si le soir venu, dans la solitude de la forêt qu’il rejoint, Thomas se sent l’âme d’un saule pleureur davantage que celle d’un chêne.

Jusqu’au jour où Anaëlle, en quête d’un menuisier pour aménager sa nouvelle maison, croise la route de Thomas, l’homme des forêts et des bois. Sera-t-elle la lumineuse clairière de sa vie ?

Dans ce roman absolument poignant, les mots battent comme des pulsations cardiaques, cognent, caressent, étreignent, consolent, émeuvent, empruntant toute la palette des émotions. Avec une infinie beauté, en évitant avec brio l’écueil du pathos, l’auteur nous fait vivre au diapason de ces êtres résolument positifs, humains, courageux, dont on se sent riche d’avoir croisé le chemin.

Journal d’un vampire en pyjama, Mathias Malzieu (Albin Michel)

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Journal d’un vampire en pyjama, Mathias Malzieu

Editions Albin Michel, janvier 2016

 

« Me faire sauver la vie est l’aventure la plus extraordinaire que j’ai vécue ».

Véritable homme-volcan, Mathias Malzieu, écrivain, auteur-compositeur-interprète du groupe Dionysos, mène de front et avec brio carrière musicale et carrière littéraire. Rien ne semble pouvoir arrêter sa boulimie créative, pas même cette fatigue intense qu’il ressent depuis quelque temps. Priorité au tournage du clip de Jack et la mécanique du cœur. Il n’est pas l’heure de s’écouter. Mais la mécanique se grippe. Et menace même de s’arrêter. Le verdict tombe : aplasie médullaire. Une maladie auto-immune aussi rare que grave, dans laquelle ses propres anticorps se retournent contre lui. Un pronostic vital est engagé. Une greffe est envisagée. Dans l’immédiat, en ce début du mois de novembre 2013, ce seront des transfusions sanguines en milieu stérile.

Dès la nouvelle de la maladie, Mathias Malzieu consigne par écrit ce quotidien chahuté qui est le sien, celui d’un homme qui a besoin du sang des autres pour survivre. Celui d’un vampire en pyjama. « Ce livre est le vaisseau spécial que j’ai dû me confectionner pour survivre à ma propre guerre des étoiles. Panne sèche de moelle osseuse. Bug biologique, risque de crash imminent. Quand la réalité dépasse la (science-) fiction, cela donne des rencontres fantastiques, des déceptions intersidérales et des révélations éblouissantes. »

Car même très affaibli, isolé en chambre stérile, Mathias Malzieu veillera à ce que sa source créative ne tarisse jamais. Dans l’enfer qu’il traverse, c’est elle et l’amour des siens qui le maintiennent en vie. A partir de la glaise-réalité, aussi dure soit-elle, il sculpte au couteau de sa poétique plume un livre magnifique, modèle un nouvel album pour son groupe. Comme autant d’hymnes à la vie. Comme autant de pieds de nez à la maladie. Dame Oclès peut bien régulièrement lui rendre visite et lui rappeler qu’il est dans l’antichambre de la mort, la création le garde férocement ancré à la vie.

Ce livre est un véritable morceau de bravoure. Sans jamais nous faire perdre de vue la gravité de la situation, l’auteur évite avec succès l’écueil du pathos et du voyeurisme. Avec une sensibilité aussi vibrante que belle, il nous fait part de la montagne russe sur laquelle il évolue entre craintes abyssales et espoirs fabuleux, partage avec nous le supplice de l’attente d’une greffe, les joies qui se nichent dans les plus infimes sourires ou regards, le pouvoir magistral de l’amour, les peurs qu’il faut museler -les siennes et celles des proches. Et enfin, au bout de ce tunnel, il chante cette renaissance, plus belle et plus intense que jamais, où le normal devient extraordinaire. Car bien davantage qu’un livre sur la maladie, l’auteur nous interprète par la voix de son encre une ode à la vie.

On referme le livre avec le désir farouche d’aimer deux fois plus fort, de savourer la vie plus intensément encore…et de remercier l’auteur.

Trois (ou quatre) amies, de Laurence Schaack, et Françoise de Guibert (Nathan)

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Trois (ou quatre) amies, de Laurence Schaack, et Françoise de Guibert

Éditions Nathan, juillet 2015

Dans ce tome 2, nous retrouvons les quatre amies Sol, Sand, Mar et la nouvelle venue Angela, lesquelles passent leurs vacances chaque été à Cherbourg. Une bande d’inséparables dont même les centaines de kilomètres, la fin de l’été venue, ne sauraient distendre les liens. Car heureusement, il  y a internet et le réseau social Justfriends sur lequel elles aiment se retrouver pour échanger, partager leurs joies, leurs espoirs, leurs chagrins et leurs doutes. Et cette année, la palette des émotions sera pour chacune particulièrement riche. Car aux échanges légers sur leurs amours, la mode, la famille, le lycée, les garçons, vont se substituer des propos plus profonds. C’est en effet l’année de tous les bouleversements. Une famille recomposée pour Angela qui doit aller vivre chez son beau-père, le face-à-face avec le cancer de la maman de Sol, le divorce des parents de Mar, l’internat auquel est envoyé Sand. Des repères qui s’effondrent, un avenir incertain, plus que jamais nos quatre amies ont besoin de se serrer les coudes, de puiser en la force de leurs liens de quoi affronter le quotidien. Mais ce n’est pas simple, pour Angela, de trouver ses marques, de se faire une place, tandis que les trois autres copines se connaissent depuis près de dix ans. Pas simple non plus de partager avec elles ce secret si lourd du suicide de son meilleur ami. A travers son journal intime et les tchats entre filles, le jeune lecteur retrouvera les thèmes et préoccupations qui lui sont chers (amour, famille, école, maladie, deuil), portés par un style résolument moderne.
Un roman aux personnages très attachants, rythmé, sensible, qui ravira les adolescents!

Maladie d’amour, de Nathalie Rheims (Éditions Léo Scheer) : de l’amour fou à la folie amoureuse…

 

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Maladie d’amour, de Nathalie Rheims

Éditions Léo Scheer, janvier 2014

Quand l’amour fou devient folie amoureuse…

Camille et Alice sont inséparables. Elles se sont connues à 13 ans au collège et jamais rien ni personne n’a pu interférer dans leur relation privilégiée, dans la confiance indéfectible qu’elles placent l’une en l’autre. Pas même les années. Une amitié rare, précieuse. Et pourtant, elles ne se ressemblent pas. Justement. La vie trépidante d’Alice, ses amours sans cesse contrariés, ses chagrins, ses enflammements mettent du piment dans la vie (trop) rangée de Camille, confidente privilégiée et attentive. Pour Alice, tout se passe comme si « les multiples situations douloureuses dans lesquelles elle l’avait vue se fourvoyer avaient été la seule façon, pour elle, d’exister. L’adrénaline que le désir, le manque de l’autre et la frustration secrétaient dans le cerveau d’Alice étaient devenue sa drogue.  Ce n’était pas un homme qui la faisait vibrer, mais la dose de sensations que celui-ci lui procurait. »

Aussi, quand cette dernière, à peine sortie d’une rupture douloureuse avec un homme marié, annonce euphorique à Camille qu’elle est déjà retombé amoureuse, d’un chirurgien esthétique cette fois, le Docteur Costes, Camille s’inquiète pour elle. Son amie ne fonce t-elle pas tête baissée dans une nouvelle impasse? Plus Alice lui parle de ce chirurgien renommé, plus certains détails, certaines dissonances apparaissent. Des doutes aussi. Et de décider d’investiguer, d’approcher ce « mystérieux magicien des corps, l’inatteignable maître des âmes, le mythe du docteur dans toute sa splendeur », préoccupée par le sort d’Alice.

Mais si la rencontre avec le Docteur Costes a bouleversé son amie, force est de constater que Camille n’en sortira pas non plus indemne…

En véritable chirurgienne des âmes, Nathalie Rheims réalise au sclapel de sa plume une mise à nu aussi juste que pertinente des sentiments amoureux, de ce moment, terriblement vertigineux, où l’amour fou verse dans la folie amoureuse, où la raison s’efface face au délire érotomane… Pris à la gorge, on sent peu à peu la romance verser dans le drame, la haine se substituer à l’amour, la vengeance menacer. Jusqu’à la chute, magistrale, qui nous cueille.

Un roman absolument captivant!

Une leçon de vie : Mon sourire pour guérir, de Sandra Dal-Maso

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Mon sourire pour guérir, de Sandra Dal-Maso

Avec la collaboration de Sophie Adriansen

Editions Max Milo octobre 2013

Sandra a 27 ans, en 2007, quand un soir de juin, une seule phrase va changer le cours de sa vie : « Vous avez une leucémie, mademoiselle Dal-Maso. » Electrochoc. Une leucémie aigüe myéloblastique, la forme la plus grave de la maladie. Sandra et sa mère accusent le coup, mais aussitôt se ressaisissent : «  Maintenant on ne pleure plus, on se bat. »

Isolement en chambre stérile, chimiothérapie, le parcours du combattant commence, parcours que Sandra aborde avec une énergie, une détermination et un courage qui laissent chacun, proches comme soignants, admiratif.

Une course contre la montre est engagée. Il faut trouver au plus vite un donneur de moelle osseuse, aussi appelé « Veilleur de vie ». Les chances de compatibilité entre le donneur et le patient ne sont que d’une chance sur un million. Autrement dit infimes. D’où la nécessité que nombreux soient les inscrits au don de moëlle osseuse. Mais Sandra continue d’y croire. Et elle a raison : une greffe peut enfin être tentée sur elle, grâce à un donneur anonyme. Un don de vie.

Avec un humour et un courage qui forcent l’admiration, Sandra Dal Maso évoque son long chemin vers la guérison, une guérison rendue possible grâce à ces veilleurs de vie que sont les donneurs de moelle osseuse. Poignant.

En fin d’ouvrage, vous trouverez une documentation très pertinente avec les témoignages de quatre veilleurs de vie,les modalités pour devenir donneur de moelle osseuse, ainsi que les idées fausses concernant le don de moelle osseuse.

Cancer… Ce n’était pourtant pas mon signe astrologique, de Erwan Chuberre

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Cancer… Ce n’était pourtant pas mon signe astrologique, de Erwan Chuberre

Editions Grimal, mars 2012

 

Souris puisque c’est grave…

 

    « Cancer… ce n’était pourtant pas mon signe astrologique. » Le titre donne le ton. L’humour donne le « La ». Une déferlante d’émotion. Une force de vie magistrale. Une claque.

     Erwan Chuberre a, pour reprendre une formule commune, tout pour être heureux. Amoureux fou de cette personne qui depuis dix ans a opéré en lui une véritable renaissance, auteur à succès de biographies de stars (Mylène Farmer, Lady Gaga, les Black Eyed Peas…), le ciel de sa vie est d’un bleu d’une pureté que rien ne semble pouvoir entacher. L’horizon est dégagé. La vie lui sourit. Il sourit à la vie.

     Certes, il y des petits nuages, comme ces éditeurs qui ne lui versent pas ses droits d’auteur et le mettent dans une situation financière délicate, des opportunités professionnelles qui ne se concrétisent pas, ces traites à payer pour l’appartement du Marais, mais cet amoureux de la vie n’est pas de nature à laisser ces soucis obscurcir son âme. Animé d’un optimisme farouche, le sourire en toutes circonstances, il savoure les cadeaux de la vie, avec son amour, artiste peintre, et ses amis de la nuit parisienne.

     Pourtant, en novembre 2010, des coups de tonnerre résonnent. Douleurs insoutenables, traitements inefficaces, diagnostics divergents voire farfelus, Erwan s’inquiète mais ne s’apesantit pas. Et s’attache à garder le sourire. Pour lui. Pour ceux qu’il aime. Ne pas céder à la panique. Ne pas flancher. Il suffit de souffler un vent d’optimisme sur ces nuages plus sombres que les autres pour qu’ils disparaissent, pense t-il.

     Sauf que cette vie qu’il aime comme un forcené lui réserve sa foudre. Le verdict tombe enfin, après de nombreux tâtonnements : cancer.

     Alors que faire? S’écrouler? En vouloir à la terre entière? C’est mal connaître Erwan Chuberre. Se battre encore, oui. Sourire, toujours. Espérer, plus que jamais. Et en sortir, plus fort. Guérir.

 

     Vous l’aurez compris, ce livre autobiographique est un hymne à la vie, une ode à l’amour, une mélodie pleine d’humour, un soleil qui réchauffe et éclaire tous ceux qui le lisent. On reçoit une grande claque à sa lecture. On reçoit beaucoup. Tout court.

    Alors un seul conseil : lisez-le !!! Et un seul mot à Erwan Chuberre : MERCI…

 

P. 117 : J’ai toujours eu en en moi cette force inouïe de croire en mes rêves les plus fous. Chaque nouvelle journée est pour moi la promesse d’une opportunité. C’est certainement ma recette du bonheur.

 

Informations pratiques :

Nombre de pages :187

ISBN :978 2 36203 037 6

Prix éditeur : 17€

 

Site de l’auteur : http://erwanchuberre.com/

On peut se dire au revoir plusieurs fois, David Servan-Schreiber : réussir sa mort.

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On peut se dire au revoir plusieurs fois, David Servan-Schreiber

Editions Robert Laffont, juin 2011.

Réussir sa mort. 

 David Servan-Schreiber, célèbre neuropsychiatre, nous offre avec On peut se dire au revoir plusieurs fois, un témoignage poignant sur son ultime combat contre le cancer.

L’auteur des best-sellers Guérir et Anticancer,  rattrapé par la maladie, devance les controverses et dresse un bilan. Sa rechute fait-elle voler en éclats les principes qu’il s’est tant attaché à défendre jusqu’alors ? Une alimentation saine, la lutte contre le stress, l’exercice physique, le yoga, la méditation ont-ils vraiment un rôle curatif ?

P. 54 Chers lecteurs, je vous entends murmurer « Après tout, si David lui-même, qui est l’illustration vivante de cette approche, qui pense anticancer, mange anticancer, bouge anticancer, respire anticancer, vit anticancer, est sur le flanc, que reste t-il d’Anticancer ? »

C’est une des trois questions auxquelles David Servan-Schreiber se propose de répondre, les deux suivantes étant : si la méthode préconisée dans Anticancer reste valide, pourquoi cette rechute ? Mais aussi : tandis que la mort se profile, comment l’affronter, l’appréhender ? Comment remporter ce combat ultime qui est celui de réussir sa mort ?

Un livre qui est aussi l’opportunité pour l’auteur de remercier celles et ceux qui l’ont soutenu : parents, amis, médecins, scientifiques, lecteurs, anonymes. Un « au revoir » qu’il espère n’être pas un adieu. Car jusqu’à la dernière page, jusqu’au dernier jour, jusqu’à la dernière minute, celui qui a toujours prôné l’optimisme « un état mental optimiste aide à vivre, sinon à guérir » restera fidèle à ses valeurs.

Une bouleversante leçon de courage, de combativité et d’optimisme.

 

Informations pratiques :

Prix éditeur : 14€

Nombre de pages :158

ISBN : 9 782221 127049

Dame langouste, de Amélie Schoendoerffer

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Dame Langouste, de Amélie Schoendoerffer

Editions Jean-Claude Lattès, octobre 2010.

 

Belle et rebelle.

 

Fille du cinéaste et académicien Pierre Schoendoerffer, Amélie évolue dans un milieu doré. Entre les vacances en famille peuplées de rires, de baignades et de farniente en Bretagne, et les soirées parisiennes arrosées avec des célébrités proches de ses parents, tout n’est qu’insouciance et légèreté.

Une insouciance qui lui sera ôtée brutalement à l’énoncé d’un verdict : diabète insulinodépendant. Une maladie insidieuse, car non visible. Vicieuse car omniprésente. Viable mais incurable.

« On n’est pas sérieux quand on a 17  ans » écrivait Rimbaud. Comment demander à une jeune fille qui commence tout juste à goûter à la vie, de cohabiter en bonne entente avec sa maladie ? Comment accepter de vivre avec ce couperet au dessus de la tête, de risquer de perdre la vue, l’usage de ses yeux, de ses reins, mais aussi son intégrité physique ? Amélie, que son père surnomme affectueusement ‘Dame langouste’, ne l’accepte tout simplement pas. L’adolescence est déjà en soi un passage difficile pour un être en pleine santé. Dès lors que dire quand un tableau médical si noir se dessine pour votre avenir ? Amélie se rebelle. Non, elle ne sera pas amie avec sa maladie. Non, elle ne l’admettra pas, jamais. Ni la maladie. Ni les traitements.

Oui, elle en a honte.

Un déni, une fuite en avant qui la conduisent à jouer avec le feu. Alcool à outrance, alimentation anarchique, amours chaotiques, débauche en tous genres. La guerre est lancée contre sa maladie. Laquelle rétorque. Et avec virulence. Des séquelles irréversibles se cumulent. Celle qui a la rage de vivre comme « tout le monde » va devoir se plier aux exigences draconniennes de son diabète. Un challenge quotidien. Une bataille sans fin.

Si la construction est déroutante, avec ce sentiment d’un récit décousu, où les anecdotes se succèdent sans réel fil conducteur, ce témoignage est particulièrement bouleversant, vibrant d’authenticité. L’auteur nous livre avec force toute sa révolte, sa faim de vivre, sa soif d’amour, sa hargne. Sa détresse parfois aussi.

 Une femme d’une fragilité forte dont on ne peut qu’admirer le combat.

 

Citation : « Moi, je veux tout, tout de suite, on peut mourir demain, je veux vivre avec intensité »

Renseignements pratiques :

Prix éditeur :15€

Nombre de pages : 203

ISBN : 978-2-7096-3322-2