Dilemme, de Patricia Hass-Nivoix

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Dilemme, de Patricia Hass-Nivoix

Editions Kirographaires

Face à la mort accidentelle de leur fils ainé, Franck et Liliane accusent le coup chacun à leur façon. Chacun de leur côté. Lui noie son chagrin dans des flots de travail. Elle se réfugie dans une citadelle de silence. Un chagrin qui fragilise les fondations de leur couple aussi efficacement qu’une armée de termites. Aussi, quand Marie, professeur de leur fils benjamin, offre à Franck son écoute bienveillante, ce dernier l’accepte avec bonheur. Peu à peu, Marie devient bien plus qu’une épaule sur laquelle il vient s’épancher. A ses côtés, Franck se sent revivre.

C’est alors une évidence, Marie sera la femme de sa deuxième vie, la femme de sa renaissance.

Mais les évidences sont parfois trompeuses. Quand trois ans plus tard, Marie tombe enceinte de Franck dont elle partage la vie, c’est avec une indicible fébrilité qu’elle se prépare à lui annoncer la grande nouvelle. Nul doute qu’il partagera sa joie. Nul doute qu’il sera ému. Or Franck a lui aussi une annonce à lui faire…

Dans ce roman rédigé avec une émotion à fleur de plume, Patricia Nivoix évoque tour à tour le deuil, la maladie, le sacrifice, l’amour, la maternité, avec une ineffable justesse. Une histoire émouvante, tendre, des personnages attachants, qui continuent à accompagner le lecteur le livre refermé.

A lire!

Informations pratiques :

Prix éditeur : 16,95€

Nombre de pages : 130

ISBN : 978 2917 6806012

Ma nouvelle sur le thème de la maternité, dans le cadre du projet de Mathieu Simonet

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  Mathieu Simonet, auteur de La maternité, aux éditions du Seuil, a lancé un appel à textes sur le thème de la maternité. J’ai alors mis la plume à l’encrier. Est née la nouvelle intitulée « Passe-pores ».

     Retrouvez la contribution de nombreux auteurs à cet enthousiasmante aventure littéraire sur le site ainsi que ma nouvelle : http://la-maternite.blogspot.fr/2012/08/karine-flejo-113.html

 

PASSE-PORES 
               de Karine Fléjo, 22 août 2012
La réussite à l’école, c’était l’obsession de ma mère. Chaque soir, dès son retour du travail, elle montait dans ma chambre pour superviser mes devoirs. Pour le calcul, je connaissais mes tables d’addition et de soustraction par cœur depuis longtemps. Elle me les avait apprises dès la maternelle. Je faisais l’acheteuse, elle la marchande, et nous jouions à calculer combien je lui devais, la monnaie qu’il fallait rendre. C’étaient les seules fois où je pouvais remplir mon caddie virtuel rien que de fraises Tagada et de chocolat. Souvent, je rajoutais un bouquet de fleurs sur ma liste. Des violettes des champs. Les fleurs préférées de maman.
 Puisque que je savais compter, elle veillait donc surtout au français. Et le français, c’était les autodictées, ces phrases qu’il fallait apprendre par cœur et savoir réécrire sans oublier aucun mot, et sans aucune faute non plus. Je les apprenais avant son arrivée et les écrivais ensuite sur mon ardoise pour qu’elle les corrige. Je ne me trompais jamais. Enfin, presque jamais. Et le sourire qui dans ces moments-là éclairait le visage de ma mère valait tous les trésors du monde. Je désirais tant qu’elle soit fière de moi ! Oh, j’aurais préféré qu’elle m’aime de façon inconditionnelle, première de la classe ou cancre, mais il ne fallait pas se montrer trop exigeante. Être sur son cœur une touriste de passage valait mieux que de n’y séjourner qu’en passagère clandestine et risquer d’être reconduite aux frontières. Je savais que mon carnet de notes était mon passeport, celui qui me permettait de trouver l’asile affectif en lui. Et de vivre toujours la peur chevillée au ventre qu’il ne me soit retiré si les notes obtenues n’étaient pas celles de l’excellence.
 
Les notes comme visa.
 
Un visa que j’avais bien failli me voir refuser, tout ça à cause des accents. Tout avait bien commencé pourtant.  Je n’avais fait aucune faute à l’autodictée et elle m’avait félicitée, tout particulièrement pour n’avoir pas oublié l’accent sur le mot « voilà ». Mon coeur s’était mis à tambouriner de joie, tandis qu’une colonie de lucioles avait investi les prunelles de mes yeux… Jusqu’au moment où elle m’avait demandé comment se nommait cet accent. J’avais trouvé la question facile et avais répondu sans hésiter : « l’accent qui descend ». Le sourire de ma mère s’était instantanément fané. Elle avait pris la craie, écrit « thé » et posé la même question. D’un filet de voix à peine audible, j’avais murmuré : « l’accent qui monte ».
Elle avait soupiré.
J’avais frémi.
Elle avait fait une dernière tentative pour voir si j’étais aussi  nulle qu’elle le redoutait. Je ne la déçus pas avec l’accent « en forme de chapeau chinois ».
 
Heure grave. Chagrin en moi aigu. Sourcils de ma mère circonflexes.
Tout le prestige du « voilà » s’était envolé dans la gravité d’un accent…
 
 
Mais en ce jour de juin, je revenais de l’école le cœur léger. Et pour cause…. Dans mon cartable, un précieux document, mon relevé de notes trimestriel, celui qui allait perméabiliser les frontières : un « passe-pores » bardé de A.  A comme Amour. A comme Affamée. A comme Affection. A comme Asile Accordé.
J’étais passée en tête de ma classe.
Elle serait fière.
Je passerais en tête de son coeur.
Elle m’aimerait.
Pour de vrai…
 Pourtant,  un jour, ma mère est partie.
Sans prévenir.
Sans un mot.
Sans moi…
 

 

Publié il y a 22nd August 2012 par

Dieu surfe au Pays basque, de Harold Cobert : Quelle « l’âme de fond » !

 

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Dieu surfe au Pays basque, de Harold Cobert

 

Éditions Héloïse d’Ormesson, mars 2012

 

 

 

      Un samedi matin de juin, le narrateur se réveille brutalement. Non, le bébé n’est pas mort, ce n’était qu’un cauchemar. Non, il ne doit pas prêter attention à ce mauvais rêve. Sa femme est là, à ses côtés, et attend leur premier enfant. Non, il ne va pas se mettre à y voir un sombre présage. Non, non, non… Pourtant, il a beau rejeter cet horrible pressentiment, ce dernier lui revient comme un boomerang.

 

      Et si le présent n’était qu’un éternel recommencement? Car si c’est la première fois qu’il s’apprête à devenir père, sa femme, lors d’une précédente union, a déjà vécu l’indicible horreur : la perte de son petit Ferdinand, alors âgé de cinq jours. «Peur que quelque chose se passe mal, se grippe et compromette sa maternité. A mes appréhensions de devenir père se substituaient plus fortement encore celles de ne pas le devenir. Pour moi, mais surtout pour elle, car je ne voulais pas que le drame qu’elle avait vécu se répète.» 

 

      Elle. Un petit oiseau blessé au fort tempérament. Une fragilité forte. Une femme courage. LA femme de sa vie. Ils se sont rencontrés deux ans plus tôt au Pays basque. L’amour fou. Une évidence. Parce que c’était elle. Parce que c’était lui. «Cette beauté discrète et aérienne, à la Verlaine, qui s’impose sans rien qui pèse et qui pose.» Elle sera sa femme et la mère de leurs enfants. Si Dieu le veut… 

 

      Lui. Il ne s’était pas attendu à ce qu’elle tombât enceinte si rapidement après leur mariage. Une grossesse que le futur père vit animé de sentiments contradictoires : une exaltation intense mêlée à l’angoisse de ces nouvelles responsabilités. Poignante échographie de l’âme masculine. 

 

      Et soudain le cauchemar devient réalité. La fausse couche. L’épreuve inhumaine. Pas de péridurale face à de telles souffrances morales. L’heure est à la révolte, à la douleur, à la haine. Colère contre l’acharnement de la vie, colère contre le manque de psychologie tant du personnel soignant qu’administratif, colère contre Dieu. Comment garder la foi? Dostoievski ne disait-il pas que la mort d’un enfant empêche de croire en l’existence de Dieu? Colère mais aussi courage, car il est hors de question de laisser leur désir d’enfant s’échouer sur la grève.

 

 

 

      Avec beaucoup de dignité, une sincérité bouleversante, une force vitale époustouflante, Harold Cobert nous emmène surfer sur les vagues alarmes, les vagues à larmes, cette mère agitée par les tourments de la grossesse, devant laquelle les difficultés veulent s’ériger en brisants, mais qui toujours se relève. Pas d’exhibitionnisme ni de pathos ici, mais le cri d’amour d’un homme pour la femme de sa vie, d’un mari pour son épouse, d’un père en devenir pour son enfant.

 

     On le suit des embruns plein les yeux, de l’eau salée sur les joues. Et… on sourit face à la vie, ce courant si fort, qui nous entraine à nouveau sur la crête des vagues, la tête hors de l’eau. Car la vie reprend son cours. Toujours… 

 

P. 143 : « Il m’arrivait juste de caresser l’idée que si Ferdinand avait été une petite comète, celle ou celui que nous n’avions pas connu avait été une étoile filante. Et tous deux, à leur mesure, laissaient dans notre ciel une trainée de poussière d’étoiles que rien ni personne ne saurait effacer. »