Une ombre au tableau, Myriam Chirousse : un mensonge peut en cacher un autre…

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Une ombre au tableau, Myriam Chirousse

Editions Buchet Chastel avril 2018

Et si un mensonge en cachait un autre? Le tableau idyllique de ces familles aisées de la côte d’Azur est-il un faux? Un roman à l’atmosphère envoûtante qui se lit en apnée.

Une femme ostéopathe dont il est très amoureux, un adorable petit garçon de 4 ans, la perspective d’agrandir la famille, un poste dans une banque, le tableau du bonheur pour Greg Delgado approche la perfection. Une perfection qu’il pense atteindre quand un ami agent immobilier lui propose une villa de luxe avec piscine sur la côte d’Azur pour un prix imbattable.

Seulement voilà, à bien y regarder, il y a une ombre au tableau : ce qui a motivé les propriétaires à brader la maison. Et à la fuir. La teinte sombre est la mort par noyade de leur petit garçon dans la piscine de la résidence. Quand Greg l’apprend, il demande à son ami de ne surtout pas le révéler à sa femme Mélissa. Et de conclure le marché.

Pourtant « quelque chose n’allait pas. Il se dégageait des murs blancs un malaise insaisissable qu’ils avaient hâtivement escamoté sous leurs affaires, mais qui persistait, tenace, flottant dans l’air (…). Elle se sentait abattue, écrasée, terrassée par une force latente. A plat. » Mélissa ne saurait dire ce qui lui vaut cette sensation étrange, mais elle ne se sent pas bien dans ce cadre pourtant idyllique. A croire que les murs portent l’empreinte des drames qui s’y sont déroulés…

Mais Greg est-il le seul à dissimuler des choses ? Sous la chaleur de la côte d’Azur, la vérité est comme le soleil : elle fait tout voir mais ne se laisse pas regarder. Chacun suffoque sous les mensonges. Au point de s’y noyer ?

En véritable peintre des mots, Myriam Chirousse nous dessine un tableau aux 1000 et 1 nuances. Touche par touche, elle esquisse les contours de la vérité, bien plus sombre que le lumineux portrait originel de ces personnes. Le lecteur est pris en otage par la tension croissante du roman, par l’atmosphère aussi lourde qu’un jour d’été dans le sud, et traverse le roman comme la piscine : en apnée. Un coup de coeur !

Les secrets, Amélie Antoine : et si mentir était parfois la plus belle preuve d’amour?

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Les secrets, Amélie Antoine

Editions Michel Lafon, mars 2018

Quand le désir d’avoir un enfant, et plus encore, de fonder une famille, se fait obsessionnel, jusqu’où peut aller une femme ? Jusqu’où un couple peut-il tolérer le mensonge ? Un roman d’une sensibilité à fleur de plume, au suspens psychologique haletant.

Ils l’ont attendu, espéré, rêvé. Ils ont désespéré, cessé d’y croire, pleuré, et pourtant, pourtant cette fois le test de grossesse est positif. Mathilde et Adrien vont enfin être parents ! Deux ans que leurs espoirs font le yoyo, que leurs rapports obéissent au strict calendrier d’ovulation. Deux ans que les FIV succèdent aux FIV. Deux ans d’attente lancinante, d’espoir obsessionnel, mais enfin le bonheur au bout du tunnel. Un combat long, éprouvant, douloureux, qu’ils ont mené en secret, trop éplorés par la perte de leur premier bébé suite à une fauche couche. Secrète elle aussi. Non pas qu’ils aient honte de ne pas y parvenir, non pas qu’une fausse couche soit exceptionnelle, mais comment expliquer aux autres la douleur qui est leur de ne pas parvenir à fonder une famille ? A quoi bon leur expliquer puisqu’ils ne pourraient pas prendre la pleine mesure de leur drame intime ? Et puis, taire le malheur le rend moins réel, permet de mettre un peu la douleur à distance.

Mais ce secret est-il le seul secret du couple ? Quel est le projet fou qui a permis à Mathilde de tomber enceinte ? Quels seront les dommages collatéraux ? Qui est dupe de qui ?

De son côté, Yasha, chauffeur de taxi, mène une vie de bohème. Il cumule les aventures, fume des joints, se laisse vivre. Et n’entend pas assumer sa paternité quand sa petite amie du moment, Elodie, lui annonce être enceinte. Il n’en parle à personne et coupe les ponts avec Elodie, gardant secrète cette paternité à venir. Ne pas en parler, c’est la nier un peu. Mais, quand deux ans plus tard, Elodie sonnera à sa porte, restera-t-il longtemps insensible à sa petite fille Jeanne ?

Ce roman est construit de façon très originale, détricotant le fil du temps, pour mettre à jour les secrets de chacun. Avec beaucoup de finesse dans l’analyse psychologique des personnages, une vraie intimité crée avec chacun d’entre eux, une grande délicatesse, Amélie Antoine nous interroge : jusqu’où peut-on aller par amour ? Et si mentir s’avérait parfois être la plus belle preuve d’amour à offrir à l’autre ? Un suspense psychologique captivant, un sujet bouleversant.

Celle que vous croyez, Camille Laurens (Gallimard)

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Celle que vous croyez, Camille Laurens

Éditions Gallimard, janvier 2016

Rentrée littéraire.

 

En un vertigineux jeu de miroirs entre réel et virtuel, Camille Laurens raconte les dangereuses liaisons d’une femme qui ne veut pas renoncer au désir.

Claire, 48 ans, divorcée, professeur agrégé de l’université, ne supporte pas d’ignorer les faits et gestes de son ex-compagnon, Jo. Intolérante à son absence, elle imagine alors un stratagème : se créer un faux profil sur Facebook et devenir amie avec le plus proche copain de Jo, un dénommé Chris. Ainsi aura-t-elle indirectement de ses nouvelles, sans se dévoiler.

Et d’usurper l’identité d’une brune de 24 ans trouvée au hasard sur Google. Et d’épouser les goûts de Chris pour attirer son attention. Succès, Chris l’accepte en amie et commence à échanger avec elle par mail. Mais voilà Claire victime de son propre piège : celle qui s’était rapprochée de Chris uniquement pour avoir des nouvelles de Jo, se découvre une attirance pour Chris. Une attirance réciproque de surcroît. Voilà qui complique tout. Chris se fait de plus en plus pressant, veut lui téléphoner, la voir. Comment faire pour que ce dernier ne découvre pas la supercherie lors du passage du virtuel au réel ? Quel avenir peut avoir cette relation basée sur le mensonge ?

Et c’est là que l’auteur réalise un véritable tour de force. Construits sur une très belle architecture romanesque, ce sont plusieurs potentiels devenirs que Camille Laurens propose à cette relation, en se plaçant de différents points de vue. Et de jouer avec le lecteur, en équilibre sur le fil de sa plume, sur la frontière ténue entre réalité et fiction.

Dans un style très maitrisé, un langage ciselé, Camille Laurence nous offre une très fine et très pertinente réflexion sur la manipulation, les faux-semblants à l’heure du virtuel et des réseaux sociaux. Qui et que croire ? Elle invite par ailleurs à réfléchir sur le désir des femmes à l’aube de la cinquantaine, leur image et leur place dans la société. Brillant.

A lire !

 

P.41 : La différence c’est que tous les hommes ont un avenir. Toujours. Un à-venir. Un avenir sans nous. Les hommes meurent plus jeunes. Peut-être. Mais ils vivent plus longtemps.

P.170 : Le désir veut conquérir et l’amour veut retenir. Le désir, c’est avoir quelque chose à gagner et l’amour quelque chose à perdre.

P.71 : Un livre ne tient pas toutes les promesses du désir. Il en est l’un des aboutissements. Mais il traduit le plaisir qui est venu après la montée du désir, son épiphanie. S’il n’y a pas ça dans un livre, il n’y a rien.

 

Citation du jour

«  »Il n’y a pas de sécurité en amour car chacun pense qu’il doit dissimuler, qu’il ne peut être aimé tel qu’il est. Apparence. Fausse façade. Un grand amour, c’est un mensonge réussi et constamment renouvelé. Une amitié, c’est une vérité qui s’impose. L’amitié est nue, l’amour fardé. » Eric-Emmanuel Schmitt dans La part de l’autre (Albin Michel)

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