La collectionneuse, Agnès Vannouvong

La collectionneuse, Agnès Vannouvong

©Karine Fléjo photographie

Enquête dans le milieu de l’art et du sexe

Jusqu’ici, dans l’Agence Duluc, l’agence de détectives dirigée par sa tante, Frédérique ne s’est vu confier que des missions basiques : filatures, constats d’adultère, rien de bien brillant. Et sa vie privée n’est pas plus rutilante : si Frédérique est obsédée par le sexe, mâte sans cesse les femmes qu’elle croise, collectionne en secret les godes-ceintures, elle n’a aucune vie sexuelle depuis plusieurs années.

Cette fois, sa tante décide de faire fi de sa maladresse légendaire, laquelle peut pourtant faire capoter les affaires, et décide qu’il est temps que Frédérique fasse ses preuves. Elle lui confie une mission autrement plus compliquée que d’habitude : retrouver une célèbre collectionneuse, Victoria Lanzmann, qui a disparu avec un tableau d’une valeur inestimable : L’homme au lavabo de Bacon.

En compagnie de George, le bras droit de sa tante dans l’agence, Frédérique se lance corps et âme dans cette enquête. Au sens propre comme au sens figuré. De Paris à Miami, en passant par Bruxelles, Bâle, Hong-Kong, Pattaya, Frédérique écume les places d’art contemporain afin de glaner des informations auprès de ceux qui ont connu Victoria Lanzman. Elle découvre alors un univers à part, avec ses codes, son langage, ses tenues vestimentaires, son argent. Elle découvre aussi, que la disparue partage avec elle cette obsession pour le sexe. Mieux, elle réalise qu’elle peut être séduisante, attirante, désirable, elle qui fuit toujours au moment de concrétiser.

Et si chercher Victoria lui permettait de se trouver ? L’auteure nous réserve une chute vertigineuse…

L’identité, la quête de soi

Agnès Vannouvong nous entraîne avec beaucoup de malice et de jubilation dans le milieu très particulier de l’art. L’art comme porte sur la compréhension du monde. Les peintres en effet nous interrogent, nous invitent à la réflexion, comme le fait Bacon avec L’homme au lavabo : « le personnage central veut disparaître dans le lavabo, il semble coupé de lui-même et du monde » Et l’enquête de se faire l’écho de ce tableau volé : jusqu’où est-on prêt à se couper de soi, à nier ses besoins et ses envies, pour répondre aux attentes de la société ? Peut-on faire le choix d’une autre place que celle que l’on nous assigne ? Y-a-t-il plus grande violence envers soi que de ne pas s’autoriser à revendiquer notre identité ?

15 livres à offrir pour Noël : ma sélection

décoration de Noel cinemagraph

Vous cherchez un cadeau personnalisé, divertissant, instructif, qui fasse voyager et puisse être partagé ? Stop !!! Ne cherchez plus, j’ai la perle rare : LE cadeau idéal, qui cumule toutes ces particularités (et celle de ne pas vous ruiner, donc vous pouvez en offrir plusieurs), existe. C’est LE LIVRE 😊 Et là vous souriez, avant de vous raviser : un livre, oui, mais quel livre ? Rassurez-vous, j’ai la liste miracle! Voici ma sélection de 15 livres parus ces six derniers mois.

NB : il vous suffit de cliquer sur le titre du livre pour pouvoir lire sa chronique. Elle n’est pas belle la vie? 🙂

🎄Pour un Noël parfait 🎄

Mon coup de cœur absolu ❤ de ces six derniers mois, c’est ce livre profond, sensible, d’un humour absolument jubilatoire : Feel Good, de Thomas Gunzig aux éditions Le Diable Vauvert . Attention ce n’est pas un feel good, mais un roman savoureusement drôle, qui, à travers ses attachants personnages, et un humour féroce, se révèle être une satire de notre société en général et du milieu de l’édition en particulier. A lire ABSOLUMENT. Et à offrir, forcément!

🎄Pour un Noël solidaire 🎄

13 à table, Collectif aux éditions Pocket. Un livre acheté 5€ =4 repas offerts. Pour la 6ème année, les éditions Pocket et leur directrice éditoriale Charlotte Lefèvre, s’associent aux restos du cœur en publiant un recueil de nouvelles, intitulé 13 à table, rédigé par 17 talentueux auteurs, dont les bénéfices sont reversés intégralement aux Restos du cœur. Les auteurs : Philippe BESSON • Françoise BOURDIN • Michel BUSSI • Adeline DIEUDONNÉ • François d’EPENOUX • Éric GIACOMETTI • Karine GIEBEL • Philippe JAENADA • Yasmina KHADRA • Alexandra LAPIERRE • Agnès MARTIN-LUGAND • Nicolas MATHIEU • Véronique OVALDÉ • Camille PASCAL • Romain PUÉRTOLAS • Jacques RAVENNE • Leïla SLIMANI

🎄Pour un Noël plein de rires 🎄

Daddy gaga, de Julien Chavanes, aux éditions Plon. Comment endormir votre bout de chou alors que Pimpinou le doudou lapin, quelque peu décati et charriant des bactéries non encore identifiées par la science, a fugué loin de son tortionnaire mâchouilleur d’oreilles? Comment habiller ce petit ange le matin, alors qu’à 10 minutes de la sonnerie de l’école, il est encore en slip et le dentifrice plein les cheveux au milieu du salon? Si vous avez envie de passer un moment de lecture jubilatoire, entre couches, biberons et bain du petit dernier, alors plongez-vous dans Daddy gaga, ou les tribulations hilarantes d’un jeune papa. Un pur bonheur!

🎄Pour un Noël passionnant 🎄

Honoré et moi, de Titiou Lecoq aux éditions de L’iconoclaste : Vous pensiez tout savoir sur Balzac ? Vous l’avez pris en grippe lors de vos années au lycée ? Les biographies académiques vous ennuient ? Alors ce livre est fait pour vous ! Balzac, comme vous ne l’avez jamais vu, jamais lu, sous la plume jubilatoire de Titiou Lecoq.

On ne meurt pas d’amour, de Géraldine Dalban-Moreynas, aux éditions Plon : Un premier roman extrêmement fort, percutant, saisissant, sur une histoire d’amour adultérine particulièrement addictive et destructrice. L’emprise affective servie par la plume incisive de Géraldine Dalban-Moreynas.

Khalil, de Yasmina Khadra, aux éditions Pocket : Quand Yasmina Khadra se glisse dans la tête d’un terroriste prêt à se faire sauter. La radicalisation décortiquée de l’intérieur. Fascinant, brillant. Essentiel.

Une bête au paradis, de Cécile Coulon aux éditions de l’Iconoclaste : Le roman de deux générations de femmes littéralement possédées par leurs terres. Un roman envoûtant, ensorcelant. Magistralement écrit.

🎄Pour un Noël sous le signe du suspens 🎄

Ne t’enfuis plus, de Harlan Coben aux éditions Belfond : Drogue, emprise, secte, secrets de famille sont au programme du thriller haletant de Harlan Coben aux éditions Belfond. Et en filigrane, cette question : jusqu’où seriez-vous prêts à aller pour sauver votre enfant ?

Pour un Noël en enfance

Jules César, de Anne-Dauphine Julliand, aux éditions Les arènes : Après « Deux petits pas sur le sable mouillé » et le film documentaire « Et les mistrals gagnants », Anne-Dauphine Julliand, journaliste, signe son premier roman. Un roman aussi lumineux que bouleversant, dans lequel l’auteure nous interroge : jusqu’où serions-nous prêts à aller pour sauver la vie d’un enfant ?

Le rêve de la baleine, de Ben Hobson, aux éditions Rivages. Après le décès de sa mère, Sam, 13 ans, doit composer avec son chagrin et avec celui de son père. Un homme taiseux, qui a l’habitude de s’absenter plusieurs mois pour aller dépecer les baleines dans une usine. Comment vivre avec la douleur et l’absence ? Comment réinventer sa vie, tant pour le fils que pour le père ? Un conte initiatique d’une grande beauté.

🎄Pour un Noël viscéralement humain🎄

Le cœur battant du monde, de Sébastien Spitzer, aux éditions Albin Michel : Médecin, il n’en peut plus d’aider ces femmes à avorter. Cette fois, il va sauver la vie du bébé. En secret. Or cet enfant n’est autre que le fils adultérin de Karl Marx. Un roman passionnant, émouvant, magnifique, sur le parcours d’un enfant qui doit se construire en l’absence de racines.

Les guerres intérieures, de Valérie Tong Cuong aux éditions Jean-Claude Lattès: Valérie Tong Cuong nous offre un roman fascinant et une analyse d’une grande justesse sur ces guerres intérieures que nous menons contre notre culpabilité, notre mauvaise conscience, nos regrets et remords. Un coup de cœur pour la lumineuse plume de Valérie!

La dernière fois que j’ai vu Adèle, Astrid Eliard, aux éditions Mercure de France : Après Danser, roman que j’avais plébiscité en 2016, c’est avec ferveur que je vous recommande La dernière fois que j’ai vu Adèle, le nouveau roman d’Astrid Eliard. Un roman sur la double sidération d’une mère, quand elle apprend la disparition de son enfant et découvre qu’elle s’est embrigadée. Percutant, captivant, admirablement traité.

Je ne suis pas seul à être seul, de Jean-Louis Fournier aux éditions JC Lattès : Un livre délicat, sensible et facétieux sur la solitude. Ou quand Jean-Louis Fournier excelle à nous faire sourire de ce qui est grave, à nous émouvoir d’une phrase, d’un mot, d’un silence.

Les victorieuses , de Laetitia Colombani aux éditions Grasset : Après l’immense succès de La tresse, Laetitia Colombani nous offre un deuxième roman tout aussi viscéralement humain, Les victorieuses. Un roman qui donne la parole à ces femmes malmenées par la vie, courageuses et généreuses, recueillies par l’Armée du salut au Palais de la femme. Un véritable hymne à la solidarité.

🎄Pour un Noël riche en découvertes🎄

Méditer, le bonheur d’être présent, de Fabrice Midal aux éditions Philippe Rey : Un roman graphique passionnant, sur ce qui a amené Fabrice Midal à la méditation et en quoi elle lui a sauvé la vie. Le partage d’une expérience riche, superbement scénarisé et illustré. Ou la méditation vue de l’intérieur.

Entre ombre et lumière, de Stéphane Allix, aux éditions Flammarion : Un livre très personnel sur l’itinéraire du grand reporter Stéphane Allix, illustré par ses magnifiques photographies. Et bien plus encore : le partage d’expériences humaines indiciblement riches qui ouvrent à d’autres perceptions du monde.

 

Rentrée littéraire : Les étonnantes aventures d’Aaron Broom, A.E. Hotchner

Les étonnantes aventures d'Aaron Broom A.E Hotchner

©Karine Fléjo photographie

Un roman dont le petit héros est un savoureux mélange de Tom Sawyer et Huckleberry Finn. Un jeune garçon irrésistible qui va tout faire pour obtenir la libération de son père, emprisonné à tort. Et un auteur sidérant, qui, du haut de ses 102 ans, nous offre un roman très touchant.

Combattre l’injustice

Des années de faste, dans un grand appartement avec des parents aimants et une gentille gouvernante, Aaron n’a que des souvenirs. La récession est passée par là et en 1929, dans cette ville de Saint-Louis dans le Missouri, nombreuses sont les familles qui, comme celle de Aaron, se retrouvent complètement ruinées, sans travail ni toit. Sa maman, malade, est soignée dans un sanatorium. Son père quant à lui, essaye de faire survivre sa famille en vendant aux bijoutiers des montres achetées en gros. Les dettes s’accumulent et la faim tenaille les estomacs.

C’est en démarchant une bijouterie que le père d’Aaron va se retrouver pris au piège d’un cambriolage. Et d’être arrêté puis emprisonné, laissant son fils Aaron de 12 ans, livré à lui-même dans la rue. D’aucuns se seraient découragés, mais Aaron n’est pas du genre à baisser les bras : il veut obtenir la libération de son père, que cette injustice soit réparée coûte que coûte. Fervent admirateur d’Hercule Poirot, miss Marple et Mr Holmes, il décide d’investiguer. Il mobilise pour cela d’autres enfants de son âge, une jeune fille épileptique et un jeune vendeur de journaux, mais aussi un boxeur qui lui apprend à se défendre. Puis, quand il a réuni suffisamment d’éléments pour disculper son père, il cherche dans l’annuaire un avocat de renom. Quand bien même ledit avocat soit spécialisé en droit maritime, qu’il sache ne pas pouvoir se faire payer pour ses services, il se laisse attendrir par Aaron qui lui rappelle son fils trop tôt disparu.

Toutes ces bonnes volontés suffiront-elles à rétablir la justice ?

Un roman positif, lumineux et émouvant

A.E. Hotchner nous offre un roman plein de tendresse, pétillant, lumineux. On sourit de la drôlerie de ses personnages, on se laisse emporter par la vivacité de son style. On s’émeut devant le courage, l’imagination et l’humanité de ce petit garçon. C’est aussi une belle peinture de l’époque, une plongée aux Etats-Unis, en pleine récession, quand du jour au lendemain, de nombreuses personnes se sont retrouvées sans rien. Ou quand l’esprit facétieux d’un petit garçon permet de soulever des montagnes. Une jolie découverte de cette rentrée littéraire !

Rentrée littéraire : La dernière fois que j’ai vu Adèle, Astrid Eliard

La dernière fois où j'ai vu Adele, Astrid Eliard

©Karine Fléjo photographie

Après Danser, roman que j’avais plébiscité en 2016, c’est avec ferveur que je vous recommande La dernière fois que j’ai vu Adèle, le nouveau roman d’Astrid Eliard. Un roman sur la double sidération d’une mère, quand elle apprend la disparition de son enfant et découvre qu’elle s’est embrigadée. Percutant, captivant, admirablement traité.

Disparition d’un enfant et culpabilité

A 45 ans, Marion a le sentiment que sa vie est derrière elle. L’homme qu’elle a follement aimé, le père de ses deux enfants, l’a quittée. Alors certes, il lui reste ses enfants, mais même avec eux, ses rapports se sont dégradés. C’est tout juste si sa fille de 16 ans lui adresse encore la parole, quand ce ne sont pas des disputes.  Alors, elle qui rassure ses patients à longueur de journée, qui en tant que psy leur insuffle de l’espoir en un lendemain meilleur, s’avère être un piètre tuteur pour elle-même.

Quand ce soir-là, Adèle ne rentre pas, elle ne s’inquiète pas tout de suite. Ce n’est pas la première fois qu’elle manque un dîner sans prévenir. Mais les heures passent, le téléphone de sa fille Adèle demeure muet. Et la tension de commencer à monter. Au cours de ces heures d’attente, angoissée, Marion balaie le film de ces derniers mois. Quand Adèle a-t-elle changé d’attitude à son égard ? N’a-t-elle pas su l’entourer, la comprendre, lui manifester suffisamment son amour ? Est-ce sa faute si sa fille a disparu ? Car force est de reconnaître qu’il s’agit d’une disparition inquiétante. Et sa crainte de muer en conviction intime : c’est sa faute si Adèle a disparu.

Le lendemain, un attentat au forum des halles mobilise toute l’attention dans les médias. On recherche la complice présumée d’un des tueurs, une certaine Hasna Bellaouar. Le visage voilé de la jeune femme inonde les écrans de télévision.

Quel lien peut-il y avoir entre ces deux drames ? Marion est-elle réellement responsable de la disparition de sa fille ? Qu’est-ce qu’aimer « bien » ? La retrouvera-t-elle et si oui, vivante ?

Un roman envoûtant, à la tension permanente

Astrid Eliard transforme le lecteur en témoin du drame. Tel un inspecteur de police à qui toutes les personnes ayant connu de près ou de loin Adèle s’adresseraient, le lecteur glane des informations auprès de chacun et reconstitue le puzzle de la personnalité d’Adèle. Qui était-elle vraiment ? L’auteure nous fait réaliser qu’on connaît mal  les autres, y compris nos proches, ceux dont on partage le quotidien. Aurait-on pu prévoir ce basculement d’Adèle, son endoctrinement ? Car à bien y réfléchir, les proches avaient vu des indices auxquels ils n’avaient pas prêté d’importance. Et qu’est-ce qu’aimer comme il faut son enfant, son conjoint, un proche? Peut-on prétendre aimer parfaitement,  alors que nous sommes par essence des êtres humains et donc faillibles? L’important n’est-il pas davantage de faire de notre mieux que de chercher une inaccessible perfection?

Une analyse très juste de la psychologie des personnages, une tension narrative croissante, un roman véritablement envoûtant de cette rentrée littéraire.

Une enfant de l’amour, d’Edith Olivier

une enfant de l'amour livre

©Karine Fléjo photographie

Une enfant de l’amour est le premier livre de la romancière anglaise, Edith Olivier, paru dans les années 1920 en Angleterre. Un roman sur la relation fusionnelle entre Agatha, orpheline trentenaire, et Clarissa, une fillette d’une dizaine d’années. Fusionnelle et purement exclusive aux yeux d’Agatha. Un roman envoûtant sur une relation d’amour qui se transforme en véritable poison.

D’une relation passionnelle à une relation toxique

Au retour de l’enterrement de sa mère avec laquelle elle partageait le toit et le quotidien, Agatha se sent envahie par un sentiment de solitude accablant.

« Il était étrange qu’elle le perçût si douloureusement, elle qui avait toujours été une créature solitaire – une enfant solitaire, une jeune fille solitaire, et maintenant, à trente-deux ans, une femme plus solitaire encore. »

Agatha et sa mère demeuraient très réservées y compris l’une envers l’autre, ne partageaient pas plus d’expériences personnelles ni de confidences toutes deux, qu’avec d’éventuels amis, parents ou voisins. Mais une troisième personne a pourtant recueilli les confidences d’Agatha sous ce toit. Pétrie de douleur, Agatha se remémore en effet Clarissa. La fillette fut sa confidente et meilleure amie, sa compagne de jeu, alors qu’enfant, et de surcroît enfant unique, elle avait déjà souffert de cette intolérable solitude. Mais après quatre années de complicité délicieuse, la gouvernante d’Agatha avait mis fin à cette amitié qu’elle jugeait malsaine.

Dix-huit années ont passé et le souvenir de Clarissa demeure intact. Agatha sent alors une révolte monter en elle : sa gouvernante n’avait pas le droit de la priver d’une présence si salvatrice, c’était profondément injuste. Elle veut et doit retrouver Clarissa. Elle veut et doit passer outre ce qu’en pensent les autres.

Et de convoquer Clarissa à nouveau.

Sauf que Clarissa n’a pas d’existence réelle, n’est pas un être de chair et de sang.

Clarissa est une amie imaginaire, celle qu’elle s’est inventée quand elle était petite, avec laquelle elle dialoguait de façon imaginaire, jouait, riait. Elle seule la voyait, l’entendait. D’où la réaction de sa gouvernante.

Après plusieurs tentatives, Agatha sent à nouveau la présence de Clarissa, la voit, lui parle, l’entend. Sans que les domestiques ne soupçonnent rien. Mais un jour, tandis qu’elle décide d’acheter de jolies tenues pour la fillette, Clarissa prend vie réellement, se matérialise dans ses nouveaux atours sous les yeux de chacun. Et d’inventer que Clarissa est une enfant qu’elle a adoptée, afin que personne ne se pose trop de questions.

La relation entre Agatha et Clarissa devient celle de deux meilleures amies. Clarissa grandit, de même que grandit l’affection qu’elles se portent mutuellement. Une affection et un amour qui, aux yeux d’Agatha, ne souffrent aucun partage. Comment va-t-elle réagir quand Clarissa va désirer s’ouvrir au monde extérieur, sortir de ce vase clos mère-fille et avoir des amis, voire un amour ?

Mon avis sur le livre d’Edith Olivier

Cette traduction de l’anglais par Constance Lacroix est savoureuse en ce sens qu’on est immédiatement plongés dans l’Angleterre à l’époque victorienne, ses traditions, son côté légèrement suranné. C’est un vrai voyage dans le temps et dans l’espace. Edith Olivier nous offre une histoire qui flirte avec le fantastique, mais qui peut être tout à fait transposée dans le réel. Cette relation mère-fille nous réjouit dans un premier temps, car Clarissa permet à Agatha de se réapproprier son enfance, de chasser ce sentiment d’atroce solitude qui l’étreint. Mais on sent au fil des pages que dans l’ombre quelque chose se trame, que cet amour qu’Agatha voue à Clarissa n’est pas si pur que cela. La tension va crescendo et tient le lecteur en haleine jusqu’à la fin. Une lecture envoûtante aux accents so british, de ce classique anglais.

 

Comme elle l’imagine, Stéphanie Dupays

comme-elle-l-imagine-stephanie-dupays

Après « Brillante », Stéphanie Dupays nous revient avec un nouveau livre « Comme elle l’imagine ». Elle s’interroge sur l’impact des réseaux sociaux comme Facebook sur les rencontres amoureuses, sur les codes de la séduction. Une rencontre en ligne peut-elle donner lieu à un amour réel ? L’amour 2.0 sous la brillante plume de Stéphanie Dupays.

Rencontre sur Internet : de nouveaux codes de séduction

Quand Laure a débarqué à la fin de ses études à Paris, elle ne connaissait personne. Si faire des rencontres dans la vie réelle, à fortiori dans une grande ville, lui est difficile, sur Internet aborder l’autre protégé par son écran est aisé. Sur Facebook, elle a ainsi tissé un réseau de 250 « amis » en quelques mois.

Facebook était le seul espace où le proverbe « Un de perdu, dix de retrouvés » était vérifié et fournissait une assurance parfaite contre la solitude.

C’est à la suite d’un de ses posts sur un film de Rohmer qu’elle a rencontré Vincent. Enfin, « rencontré » n’est pas vraiment le terme approprié. Mise en contact plutôt. Car si Vincent est très présent et même omniprésent dans son quotidien, s’ils passent des heures à se parler chaque jour, cinq mois après le début de leurs échanges, elle ne l’a toujours pas rencontré.

Ce grand écart entre ses propos amoureux et ses actes, entre ses déclarations enfiévrées et son manque d’envie de la voir inquiètent Laure. Elle se met alors à le traquer sur la toile, à guetter les moments où il est connecté, à surveiller celles et ceux qui échangent sur Facebook avec lui. Elle veut être partout où il est, savoir ce qu’il dit et fait, de façon obsessionnelle. Phagocytée par Vincent.

Facebook est un peu une salle de shoot. On peut se sevrer avec des images, les regarder indéfiniment jusqu’à se convaincre de la présence de l’autre.

Laure parviendra-t-elle à décider Vincent à la rencontrer ? Et si cette rencontre advient, survivra-t-elle au portrait idéalisé de l’autre que Laure s’est construit ?

Mon avis sur le nouveau livre de Stéphanie Dupays

C’est un livre résolument contemporain dans son sujet et brillant dans la façon dont il est traité. Stéphanie Dupays analyse avec beaucoup de finesse l’évolution des rapports humains, en l’occurrence ici des rapports amoureux, à l’ère d’internet et de Facebook. En effet, Internet introduit de nouveaux rapports au temps. Avant Facebook et les réseaux sociaux, la rencontre amoureuse passait obligatoirement par une rencontre physique, puis par une découverte progressive l’un de l’autre. Avec les réseaux sociaux, il est désormais possible de « tout » découvrir ou presque de l’autre, avant même de l’avoir rencontré : photos publiées, passions affichées, parcours professionnel, pays visités et autres publications révèlent en un clic ce qu’il fallait plusieurs semaines, voire plusieurs mois pour découvrir. La communication s’est accélérée : que ce soit par sms, mail, téléphone, réseaux sociaux, chacun est joignable partout, tout le temps. Plus d’attente du passage du facteur pour avoir des nouvelles, d’une sonnerie de téléphone pour entendre l’autre. Désormais, l’échelle temps est celle de l’immédiateté. En amitié comme en amour, tout va plus vite. Très vite. Trop vite ?

Autre écueil de cet amour 2.0 : l’idéalisation de l’être aimé est accrue. En effet, toute rencontre amoureuse commence par une phase d’idéalisation de l’autre, phase qui prend fin quand le couple se confronte à la réalité du quotidien. Or la rencontre sur internet prolonge cette idéalisation, voire l’accroît : que ce soit avec les logiciels de retouche de photos, avec le choix des publications, chacun donne une image idéale et flatteuse de lui-même nous dit l’auteur.

« La vie exhibée sur les réseaux sociaux n’avait rien d’une image volée à l’intimité d’inconnus ; c’était au contraire une construction soigneusement choisie, cadrée, filmée, même quand elle prenait le masque de la spontanéité. (…) Tout ce que Laure n’aimait pas : la façade, l’apparence, le désir mondain de se montrer sous son meilleur jour »

Plus grand est donc le risque que le passage du virtuel au réel fasse apparaître un fossé difficile à combler. Un roman au style fluide, qui emporte le lecteur dans les tourbillons amoureux de ses personnages et l’invite à réfléchir sur ces évolutions fulgurantes des technologies de l’information, pour le meilleur comme pour le pire. Un coup de cœur !

 

 

Rentrée littéraire : L’atelier, Sarah Manigne (Mercure de France)

D76EC6A5-D1D0-471A-B043-7D21DF9D007E

L’atelier, Sarah Manigne

Editions Mercure de France, août 2018

Rentrée littéraire

Comment vivre dans l’ombre d’un grand artiste, à fortiori son père ? Comment s’affranchir de son aura et trouver sa propre voie ?

Odile a grandi sans affection, entre un père artiste peintre et une mère froide entièrement préoccupée par son rôle de muse auprès de son mari, par le désir de participer à la gloire de ce dernier. Odile les encombre, comme une couleur qui ferait tâche sur le tableau de leur vie familiale, aussi la confie-t-on aux bons soins de la gouvernante et de son grand-père paternel. On ne sollicite sa présence que lors des grandes fêtes données à la maison, pour l’exhiber comme on exhibe les toiles dans les galeries. A 15 ans, direction la pension.

Odile sent qu’elle dérange, qu’elle encombre. Alors avec le temps, elle se fait de plus en plus petite. Mange de moins en moins. Devient presque transparente, invisible, l’ombre d’elle-même. Si fine et si frêle qu’elle disparaît presque. Mais personne ne semble s’en inquiéter. La peinture devient la voie de sa voix, sa raison d’être. Mais trouvera-t-elle sa place dans l’ombre de son père ? Se fera-t-elle un prénom ? Un premier roman intéressant sur la construction de son identité. Une immersion dans le secret des ateliers.