Le goût des mères, au Petit Mercure de France

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Le goût des mères, textes choisis et présentés par Michèle Gazier

Petit Mercure de France, mai 2017

C’est une très judicieuse collection qu’a lancée Mercure de France en 2002. Le Petit Mercure est en effet une série de livres composés de textes courts, au format poche, qui accueille différents genres littéraires : nouvelles, correspondances, mémoires, manifestes, pamphlets, littérature française et étrangère, …

Après vous avoir parlé du goût des livres, du goût de l’absolu, j’attire votre attention sur ce nouvel opus consacré au goût des mères. C’est Michèle Gazier qui a sélectionné et présenté ces écrits. Que seraient le roman, la poésie, le conte, le théâtre, sans la toute puissance de la figure maternelle? Mère détestée et détestable, mère aimée et admirée, mère sacrée et sacrée mère, mère courage et mère malade, la mère demeure celle dont le corps fut neuf mois durant notre oeuf et notre nid. Une intimité que l’absence de souvenirs concrets rend inoubliable.

De Jean Rouaud à Pétrarque, en passant par Colette, Annie Ernaux, Rolland Barthes ou Marguerite Duras, pour ne citer que ces derniers, la mère est une source féconde d’inspiration pour les auteurs. Un bel hommage aux mamans.

Par la ville hostile, Bertrand Leclair

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Par la ville, hostile, de Bertrand Leclair

Editions Mercure de France, octobre 2016.

L’auteur s’est librement inspiré d’une brève lue dans Le Monde en 2014 : l’expulsion locative d’une femme dont les fils ont été condamnés pour trafic de stupéfiants au sein de la cité.  Une expulsion sous la pression des locataires de l’immeuble. Histoire d’un réel qui s’effondre.

Maître Lariboisière est huissier de justice, habituée aux confrontations difficiles avec les débiteurs. Pourtant, l’affaire dont elle s’occupe cette fois-ci lui pose un grave cas de conscience : la femme qui va être expulsée n’oppose aucune résistance verbale, refuse toutes les mains qu’on lui tend pour obtenir un logement provisoire, pour recevoir l’aide de l’assistante sociale, comme acceptant son sort sans se battre, dépouillée de ses meubles, de ses biens. Et bientôt de son toit.

Certes, ses fils faisaient régner la terreur dans le hall de l’immeuble avec leur trafic de stupéfiants. Certes, cette violence était insupportable pour tous. Et tous se sont d’ailleurs mobilisés pour que cela cesse. Mais les deux jeunes hommes sont à présent sous les verrous. Et pour longtemps. Cette peine n’est-elle pas une douleur suffisante pour leur mère ? Faut-il de surcroît la jeter à la rue ?

Bertrand Leclair nous fait pénétrer tour à tour dans l’esprit de l’huissier et celui de l’expulsée. Un huis-clos oppressant, qui nous fait ressentir avec force la violence sociale, l’injustice, l’acharnement. Une force décuplée par l’inertie de la victime. Moins elle résiste, plus la société donne le sentiment de tirer sur une femme à terre. Un livre qui ne prétend pas donner de leçon, mais qui interroge chacun d’entre nous. Condamnons-nous la violence par une violence plus grande encore, qui ne dit pas son nom ?

Citation du jour

La pensée – la vraie, celle qui procède de l’être tout entier, scrute l’énigme, et non celle qui est cérébralité, jeu de l’intellect- fait vivre dans l’inconfort, dans le désespoir ou la révolte. Le peu d’intelligence que nous avons, nous l’employons à ne pas nous en servir, à nous en protéger comme d’une tare. Tous nous cultivons sereinement notre aptitude à ne pas penser, nous séquestrer dans le sommeil.

Charles Juliet – Le goût de l’absolu, chez Mercure de France

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Le goût de l’absolu,Elisabeth Barillé (Mercure de France)

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Le goût de l’absolu, Elisabeth Barillé

Mercure de France, octobre 2016

116 P. ; 8€

C’est une très judicieuse collection qu’a lancée Mercure de France en 2002. Le Petit Mercure est en effet une série de livres composés de textes courts, au format poche, qui accueille différents genres littéraires : nouvelles, correspondances, mémoires, manifestes, pamphlets, littérature française et étrangère, …

Après vous avoir parlé du goût des livres en mars dernier , je vous présente un nouvel opus consacré au goût de l’absolu. C’est Elisabeth Barillé qui a sélectionné ces écrits, dans des registres aussi variés que l’art, l’amour, ou encore le tout pour le tout. Qui sont ces hommes et ces femmes en quête d’absolu? « L’homme ou la femme d’absolu veut tout, tout de suite et pour toujours. De ce qui ferait son bien ou sa joie, il ou elle exige toujours davantage. Une rage tournée vers elle-même détruit ce qui ferait son contentement. » Alors, quête d’absolu rime t-elle avec frustration permanente?

On ne résiste pas à l’absolu : on lui abandonne tout de soi. Croire atteignable l’impossible, défier la nature ou la physiologie, ne sont-ils pas des moyens de réaliser ce que la vie trop souvent refuse ?  Mais vivre l’absolu n’est pas de tout repos, l’absolu épuise, l’absolu isole, vouloir l’imposer autour de soi ne va jamais sans souffrance ou sans échec. Comment l’atteindre et qu’attendre de lui qui ne soit pas confisqué par le réel ? Réponse et mode d’emploi avec des experts du tout pour l’art, du tout pour l’amour et du tout pour le tout, Balzac, Cézanne, Camille Claudel, Nicolas de Staël, Gustave Flaubert, Alberto Giacometti, Charles Juliet, Kafka, Van Gogh, Louis Aragon, F. Scott Fitzgerald, Mme de La Fayette, Alfred de Musset, André Velter, François Augiéras, Isabelle Eberhardt, Louise Michel, Simone Weil, et bien d’autres…

Un livre à lire absolu-ment, si vous êtes en quête d’absolu, quel qu’en soit le domaine, et tout particulièrement dans l’exigence d’une lecture de qualité.

Prix Exbrayat 2016 : Stéphanie Dupays pour Brillante (Mercure de France)

Créé en souvenir de l’écrivain stéphanois éponyme, le prix Charles Exbrayat récompense chaque année un roman paru récemment et écrit dans la veine de l’auteur disparu.

Ce sont les lecteurs des bibliothèques participant à l’évènement qui lisent et votent pour élire le lauréat.

En 2015, les lecteurs des bibliothèques participantes, dont la médiathèque de Bourg-Argental, avaient plébiscité « Je vous écris dans le noir » de Jean-Luc Seigle, paru aux éditions Flammarion.

Cette année, le trio finaliste, désigné par un comité de lecture parmi une première sélection de huit livres, se composait de :

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  • « Brillante » de Stéphanie Dupays (éditions Mercure de France)
  • « J’enquête » de Joël Egloff (éditions Buchet-Chastel)
  • « Rhapsodie française » d’Antoine Laurain (éditions Flammarion)

Et la lauréate est Stéphanie Dupays, pour son roman Brillante, aux éditions Mercure de France !

Retrouvez la chronique que j’avais consacrée à ce roman en cliquant sur ce lien : Chronique de Brillante

Rentrée littéraire : La mort de Mitali Dotto, de Anirban Bose (Mercure de France). Coup de coeur!

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La mort de Mitali Dotto, Anirban Bose

Traduit de l’anglais (Inde) par Josette Chicheportiche

Editions Mercure de France, septembre 2016

Un roman au suspens haletant, particulièrement édifiant sur l’Inde d’aujourd’hui, avec ses disparités d’accès aux soins, son système de corruption, ses castes. Et une belle aventure humaine aussi. Coup de cœur de cette rentrée littéraire !

C’est plein d’enthousiasme que le docteur Neel Dev-Roy est revenu en Inde pour exercer, après une riche expérience de 15 années aux Etats-Unis. C’est donc munis de deux allers simples que sa femme et lui arrivent à New Delhi.

Mais très vite, le docteur Dev-Roy se heurte aux lourdeurs administratives et aux aberrations liées à la corruption et au système de castes. Le système de santé en Inde se caractérise en effet par le sous-équipement de ses infrastructures publiques et par la gestion erratique de son personnel soignant. A ces problèmes structurels s’ajoutent le manque de régulation d’un secteur privé en pleine croissance, les disparités d’accès aux soins entre riches et pauvres et la corruption. Pour consulter, les malades doivent choisir entre un secteur privé coûteux et peu encadré et des hôpitaux publics mal approvisionnés et surchargés. Si de surcroît ces derniers n’ont pas les moyens de payer de pot de vin, ils ne peuvent espérer de traitement de qualité. Mais Neel, intègre et scrupuleux, n’est pas du genre à baisser les bras ni à s’accommoder d’injustices et de petits arrangements. Tout particulièrement quand il se retrouve confronté au cas de la belle et mystérieuse Mitali Dotto.

Une indocilité qui va lui coûter cher.

Arniban Bose, médecin né en Inde, a longtemps exercé aux Etats-Unis. Ce roman aborde donc avec brio un sujet qu’il connaît de l’intérieur. Comment pallier les disparités d’accès aux soins, la corruption ? Comment se situer quand on revient au pays avec le regard d’un occidental, ses absolus moraux, sans relativisme ni contexte ? Un livre passionnant, qui tient le lecteur en haleine tout au long de cette double enquête : qui est cette femme, Mitali Dotto, délaissée par tous ? Quelles sont les motivations sous-jacentes du retour du Dr Dev-Roy  en Inde? Ont-elles un rapport avec son père, absent depuis des années ?

Un coup de cœur de cette rentrée littéraire !