Rentrée littéraire : Une fille au bois dormant, Anne-Sophie Monglon (Mercure de France)

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Une fille au bois dormant, Anne-Sophie Monglon

Editions Mercure de France, août 2017

Rentrée littéraire

Avec ce premier roman, Anne-Sophie Monglon peint la trajectoire d’une femme moderne confrontée à la violence du monde du travail, qui tente de se réapproprier sa vie et de lui donner un sens.

A son retour de congé maternité, Bérénice, cadre sup dans une grande entreprise de communication, a bien remarqué quelques changements. Ses tâches ont été réduites, mais elle met cela sur le compte de la crise et de l’arrivée du nouveau PDG. Une conviction qui peu à peu laisse place au doute, inquiétant, envahissant : et s’il s’agissait d’une mise progressive au placard ? Est-elle dangereuse, ses compétences risquent-elles de faire de l’ombre à son supérieur ? Ne se met-elle pas assez en avant, pas assez visible, pas assez sûre d’elle-même ? Est-ce de sa faute ?

Femme en retrait depuis toujours, dans sa vie amoureuse comme dans sa vie professionnelle, Bérénice encaisse, dans un état de sidération. Comme anesthésiée. Elle laisse la vie la traverser, abandonne les commandes aux autres. En surface, rien n’a changé. Mais à l’intérieur, une indicible anxiété l’étreint quand elle pénètre dans l’entreprise, la broie, l’étouffe. Anxiété que son bébé ressent à son retour du travail et s’emploie par un langage non verbal à apaiser. Heureusement, l’amour maternel est un ancrage face aux tempêtes de l’existence et permet à Bérénice de résister. Mais combien de temps encore ?

Une fille au bois dormant n’est pas un conte, mais la dure réalité d’une femme moderne confrontée à la violence du monde du travail. Comment la faire sortir de sa torpeur ? Comment l’aider à se réveiller, à sortir de cette soumission, de cette transparence ? C’est avec beaucoup de sensibilité et une analyse psychologique très fine des personnages, que Anne-Sophie Monglon nous entraine sur les pas d’une renaissance. Mieux, d’une naissance. Celle d’une femme à elle-même. A la vie.

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Rentrée littéraire : coup de coeur pour Qui ne dit mot consent, d’Alma Brami (Mercure de France)!

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Qui ne dit mot consent, Alma Brami

Mercure de France, Août 2017

Rentrée littéraire

 

Dans ce terrible huis clos, Alma Brami dresse brillamment le portrait d’une femme meurtrie pour qui le couple est devenu un piège.  Un roman d’une puissance émotionnelle rare, véritable coup de cœur de cette rentrée ! 

Son mari n’avait pas eu trop de mal à la convaincre de s’installer à la campagne avec ses enfants. Il en avait besoin. Trop de stress, de travail, de bruit. Elle avait compris. Et l’avait soutenu. En l’espace de quelques semaines, il avait tout réglé. Et Emilie s’était retrouvée catapultée dans une maison loin de toute agitation, loin de tous. Mais que n’eût-elle pas fait par amour ? N’était-ce pas le rôle d’une femme aimante ?

Puis il avait proposé d’inviter une femme à la maison, pour qu’elle se sente moins seule. Du moins était-ce le motif affiché. Et ce fut bientôt un défilé « d’amies ». Emilie devait mesurer sa chance d’avoir un mari si soucieux de son bien-être. Fallait-il être ingrate pour lui en vouloir d’inviter son harem à la maison, alors qu’il la gardait comme l’Unique, la seule pérenne ? Les autres ne faisaient que passer, que pouvait-elle leur envier ? Pas de quoi faire une crise, enfin, son mari ne le lui répète-t-il pas assez?

A chaque incartade de son mari, Emilie se remet en question, culpabilise, doute d’elle-même, de sa capacité à être aimable au sens digne d’être aimée. Elle ravale sa tristesse, colle un sourire de façade, déploie des trésors d’attentions pour être et demeurer le gâteau et non juste la cerise, aux yeux de l’homme qu’elle aime.  Pour continuer à recevoir des mots caresses, des mots velours. Pour continuer à exister dans son regard. Au milieu des autres.

Ce roman d’Alma Brami est d’une intensité émotionnelle rare. Au fil des pages, le masque tombe, l’enfer se dessine, la pression monte. Sans jamais forcer le trait, sans jamais verser dans le pathos, l’auteur lève le voile sur la violence conjugale, la manipulation mentale, l’avilissement de l’autre réduit à n’être qu’un objet. Une violence silencieuse, insidieuse, qui ne se mesure pas en termes de décibels ni de mots acérés, mais de mots tendres et susurrés enveloppant des actes d’une cruauté sans nom. Jusqu’où peut-on aller par amour, ou plus exactement, par illusion de l’amour ? Un roman magistralement écrit, d’une extraordinaire justesse. Coup de coeur!

Le goût des mères, au Petit Mercure de France

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Le goût des mères, textes choisis et présentés par Michèle Gazier

Petit Mercure de France, mai 2017

C’est une très judicieuse collection qu’a lancée Mercure de France en 2002. Le Petit Mercure est en effet une série de livres composés de textes courts, au format poche, qui accueille différents genres littéraires : nouvelles, correspondances, mémoires, manifestes, pamphlets, littérature française et étrangère, …

Après vous avoir parlé du goût des livres, du goût de l’absolu, j’attire votre attention sur ce nouvel opus consacré au goût des mères. C’est Michèle Gazier qui a sélectionné et présenté ces écrits. Que seraient le roman, la poésie, le conte, le théâtre, sans la toute puissance de la figure maternelle? Mère détestée et détestable, mère aimée et admirée, mère sacrée et sacrée mère, mère courage et mère malade, la mère demeure celle dont le corps fut neuf mois durant notre oeuf et notre nid. Une intimité que l’absence de souvenirs concrets rend inoubliable.

De Jean Rouaud à Pétrarque, en passant par Colette, Annie Ernaux, Rolland Barthes ou Marguerite Duras, pour ne citer que ces derniers, la mère est une source féconde d’inspiration pour les auteurs. Un bel hommage aux mamans.

Par la ville hostile, Bertrand Leclair

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Par la ville, hostile, de Bertrand Leclair

Editions Mercure de France, octobre 2016.

L’auteur s’est librement inspiré d’une brève lue dans Le Monde en 2014 : l’expulsion locative d’une femme dont les fils ont été condamnés pour trafic de stupéfiants au sein de la cité.  Une expulsion sous la pression des locataires de l’immeuble. Histoire d’un réel qui s’effondre.

Maître Lariboisière est huissier de justice, habituée aux confrontations difficiles avec les débiteurs. Pourtant, l’affaire dont elle s’occupe cette fois-ci lui pose un grave cas de conscience : la femme qui va être expulsée n’oppose aucune résistance verbale, refuse toutes les mains qu’on lui tend pour obtenir un logement provisoire, pour recevoir l’aide de l’assistante sociale, comme acceptant son sort sans se battre, dépouillée de ses meubles, de ses biens. Et bientôt de son toit.

Certes, ses fils faisaient régner la terreur dans le hall de l’immeuble avec leur trafic de stupéfiants. Certes, cette violence était insupportable pour tous. Et tous se sont d’ailleurs mobilisés pour que cela cesse. Mais les deux jeunes hommes sont à présent sous les verrous. Et pour longtemps. Cette peine n’est-elle pas une douleur suffisante pour leur mère ? Faut-il de surcroît la jeter à la rue ?

Bertrand Leclair nous fait pénétrer tour à tour dans l’esprit de l’huissier et celui de l’expulsée. Un huis-clos oppressant, qui nous fait ressentir avec force la violence sociale, l’injustice, l’acharnement. Une force décuplée par l’inertie de la victime. Moins elle résiste, plus la société donne le sentiment de tirer sur une femme à terre. Un livre qui ne prétend pas donner de leçon, mais qui interroge chacun d’entre nous. Condamnons-nous la violence par une violence plus grande encore, qui ne dit pas son nom ?

Citation du jour

La pensée – la vraie, celle qui procède de l’être tout entier, scrute l’énigme, et non celle qui est cérébralité, jeu de l’intellect- fait vivre dans l’inconfort, dans le désespoir ou la révolte. Le peu d’intelligence que nous avons, nous l’employons à ne pas nous en servir, à nous en protéger comme d’une tare. Tous nous cultivons sereinement notre aptitude à ne pas penser, nous séquestrer dans le sommeil.

Charles Juliet – Le goût de l’absolu, chez Mercure de France

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Le goût de l’absolu,Elisabeth Barillé (Mercure de France)

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Le goût de l’absolu, Elisabeth Barillé

Mercure de France, octobre 2016

116 P. ; 8€

C’est une très judicieuse collection qu’a lancée Mercure de France en 2002. Le Petit Mercure est en effet une série de livres composés de textes courts, au format poche, qui accueille différents genres littéraires : nouvelles, correspondances, mémoires, manifestes, pamphlets, littérature française et étrangère, …

Après vous avoir parlé du goût des livres en mars dernier , je vous présente un nouvel opus consacré au goût de l’absolu. C’est Elisabeth Barillé qui a sélectionné ces écrits, dans des registres aussi variés que l’art, l’amour, ou encore le tout pour le tout. Qui sont ces hommes et ces femmes en quête d’absolu? « L’homme ou la femme d’absolu veut tout, tout de suite et pour toujours. De ce qui ferait son bien ou sa joie, il ou elle exige toujours davantage. Une rage tournée vers elle-même détruit ce qui ferait son contentement. » Alors, quête d’absolu rime t-elle avec frustration permanente?

On ne résiste pas à l’absolu : on lui abandonne tout de soi. Croire atteignable l’impossible, défier la nature ou la physiologie, ne sont-ils pas des moyens de réaliser ce que la vie trop souvent refuse ?  Mais vivre l’absolu n’est pas de tout repos, l’absolu épuise, l’absolu isole, vouloir l’imposer autour de soi ne va jamais sans souffrance ou sans échec. Comment l’atteindre et qu’attendre de lui qui ne soit pas confisqué par le réel ? Réponse et mode d’emploi avec des experts du tout pour l’art, du tout pour l’amour et du tout pour le tout, Balzac, Cézanne, Camille Claudel, Nicolas de Staël, Gustave Flaubert, Alberto Giacometti, Charles Juliet, Kafka, Van Gogh, Louis Aragon, F. Scott Fitzgerald, Mme de La Fayette, Alfred de Musset, André Velter, François Augiéras, Isabelle Eberhardt, Louise Michel, Simone Weil, et bien d’autres…

Un livre à lire absolu-ment, si vous êtes en quête d’absolu, quel qu’en soit le domaine, et tout particulièrement dans l’exigence d’une lecture de qualité.