Ma mère avait ce geste, Alain Rémond

Ma mère avait ce geste

Un livre autobiographique, d’une beauté bouleversante, sur l’amour que l’auteur porte à sa mère. Une œuvre magistrale.

Portrait d’une mère aimante et aimée

De son père, il garde le souvenir d’un homme dont il avait peur de la violence. Une violence exacerbée par l’alcool. De sa mère, cette femme qu’il a aimée d’un inconditionnel amour, il a souhaité nous faire un portrait, touche par touche comme sur une toile de Seurat. Souvenir après souvenir. Anecdote après anecdote. Sourire après sourire.

Une mère aimante, chaleureuse, bienveillante, souriante.

« Rien ne pouvait m’arriver me disais-je, ma mère est là, elle a confiance en moi, elle m’aime, elle est indestructible. ». Comme cette fois où elle l’a défendu séance tenante contre les accusations fausses du recteur, au sujet d’un vol de pommes de terre.

Une femme qui a dû élever ses dix enfants dans le petit village breton de Trans, avec peu de moyens financiers. Mais avec de l’amour à foison. Alain Rémond égrène les souvenirs de son enfance. Des parfums, des couleurs, des petits et grands évènements, des choses infimes mais marquantes. Cet amour si fort entre les membres de la fratrie. Un amour qui pansait les blessures, la honte et les chagrins.

« J’ai appris la vie, j’ai appris la mort. Et l’amour de ma mère, qui me faisait tenir. Après, quand on est grand, on se débrouille avec ce bagage. On se débrouille comme on peut, avec ce qu’on a dans son cartable. On est heureux, on est malheureux. On aime, on est aimé. On gagne, on perd. On se fait sa propre vie. Mais tout vient de l’enfance. C’est incrusté dans ma peau. Le bonheur, le malheur, les miracles et la honte. Les épiphanies et le noir désespoir. « 

Un livre autobiographique MAGNIFIQUE

Après le magnifique Chaque jour est un adieu, publié il y a une vingtaine d’années, dont la beauté, la profondeur et la sensibilité m’avaient émerveillée, j’attendais avec impatience de lire le nouveau livre autobiographique d’Alain Rémond. Il nous revient avec Ma mère avait ce geste, publié aux éditions Plon en cette rentrée littéraire.

Un morceau de bravoure.

Difficile de parler d’un livre aussi beau, sans être à court de mots. Sans paraitre fade. J’ai presque envie de vous dire : « Lisez-le, vous verrez! Ne passez pas à côté de cette œuvre! « 

Et de m’en tenir là.

Ce témoignage intime concourt à l’universel. Cet amour d’un fils pour sa mère est déchirant de beauté, vibrant d’authenticité. Quel bel hommage ! Par ce livre, l’auteur, aujourd’hui âgé de 74 ans, tente de faire revivre cette femme décédée quand il n’était âgé que de 25 ans. De prolonger le temps qu’il n’a pas pu passer auprès de celle partie trop tôt, trop jeune. De lui prêter la voix de son encre. La chair de ses mots. De lui redonner vie. Et le défi est relevé : il a su la rendre si vivante, qu’en refermant le livre, le lecteur a le sentiment de l’avoir croisée, connue.

A lire ABSOLUMENT !

Informations pratiques

Ma mère avait ce geste, Alain Répond – éditions Plon, septembre 2021 – 147 pages.

La chambre des merveilles, Julien Sandrel

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La chambre des merveilles, Julien Sandrel

Editions Calmann Levy, mars 2018

Un roman émouvant, surprenant et drôle, sur le pari fou d’une mère pour sortir son fils du coma : réaliser chacun des rêves conciliés dans son carnet des merveilles avant son accident. L’occasion de repenser sa vie et ses priorités. Magnifique.

Jusqu’ici, Thelma a avancé dans trop se poser de questions. Mère célibataire, elle a élevé son fils Louis, âgé de 12 ans, tout en menant de front une brillante carrière professionnelle de directrice marketing dans un grand groupe. Ou plus exactement, elle a tout sacrifié pour sa carrière, y compris son rôle de mère et de femme. Faute de temps pour partager des moments avec son fils. Faute de temps pour elle. Sa carrière représente tellement ! C’est simple, sans son travail, elle a le sentiment de n’être rien. Certes, elle aime profondément Louis, même si elle ne le lui dit pas ou trop peu. Mais elle n’est pas très disponible pour lui. Trop de travail. Trop d’enjeux pour sa carrière.

Ce matin-là, tandis qu’elle marche avec Louis à ses côtés, elle est donc une fois de plus absorbée par son travail au téléphone, quand l’horreur survient : lancé à vive allure sur son skate, Louis est percuté par un camion. Plongé dans un coma profond, avec un pronostic vital engagé, la vie de Thelma bascule. Et cet accident de lui faire l’effet d’un électrochoc : doit-elle revoir toutes ses priorités, ses choix de vie, ses relations aux autres dont sa mère ? N’a-t-elle pas fait fausse route jusqu’ici ? C’est l’heure de la prise de conscience. Douloureuse mais salvatrice.

Tandis qu’elle cherche un moyen d’aider son fils, elle tombe dans l’appartement sur un carnet intitulé « carnet des merveilles » : Louis y a concilié tous les rêves qu’il aimerait réaliser au cours de sa vie. Elle décide alors de les réaliser pour lui et de l’en tenir informé en lui ramenant à l’hôpital des vidéos témoins de ses réalisations, en lui parlant de ce qu’elle a fait et vécu pour lui. Peut-être l’entendra-t-il du fond de son coma ? Peut-être cela lui donnera l’impulsion nécessaire pour se réveiller ?

C’est un roman bouleversant que nous livre Julien Sandrel. Pas de pathos ici, bien au contraire ! Ce roman est lumineux, tendre, positif. Et même drôle parfois. Profond toujours. L’auteur nous invite à nous interroger sur nos choix de vie, à ne pas faire de l’accessoire une priorité, sans attendre pour cela qu’il survienne un drame dans nos existences comme pour Thelma. Car c’est ici et maintenant qu’il convient d’être heureux, en harmonie avec nos choix de vie, nos besoins, nos valeurs. Pas demain, quand il sera trop tard peut-être. Pas dans dix ou vingt ans. Le ton est enlevé, le rythme soutenu, l’émotion forte. Un gros coup de cœur !