Trois jours et une vie, Pierre Lemaitre : gros coup de coeur!

 

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Trois jours et une vie, Pierre Lemaitre

Editions Albin Michel, mars 2016

 

Peut-on être certain, de n’être pas, tôt ou tard, rattrapé par son passé ? Un roman noir fascinant.

Noël 1999. Dans la petite ville provinciale de Beauval, fragilisée par la crise, la disparition du petit Rémi, âgé de six ans, a un retentissement phénoménal. Et chacun d’y aller de son hypothèse, voire de ses accusations. La rumeur enfle. Mais personne ne sait.

Personne sauf Antoine Courtin, alors âgé de 12 ans. Un garçon solitaire, secret, en manque d’affection. Un garçon tendrement protecteur à l’égard de sa mère qui l’élève seule. Un garçon pour lequel le lecteur éprouve d’emblée une réelle sympathie. Puis au fil des pages, une profonde empathie. Voire beaucoup de tendresse.

Par accident, Antoine a commis un acte irréparable. Un acte au sujet duquel de térébrantes questions l’assaillent. Doit-il passer aux aveux afin de soulager sa conscience ? Mais pareilles révélations « tueront » sa mère. Doit-il alors laisser faire le destin, prier pour que l’enquête ne permette pas son identification ? Mais pourra-t-il vivre longtemps écrasé par le poids de la culpabilité ? A moins que le temps ne dissolve sa honte, ses angoisses et ses remords. Au cours des multiples rebondissements qui jalonnent sa vie, Antoine est remis à chaque fois face à ces dilemmes. Certes, il demeure physiquement libre, mais son esprit est en prison, les inquiétudes et questionnements se heurtant sans cesse aux murs de sa geôle mentale. Un enfer.

Avec beaucoup de sensibilité, de subtilité et d’intelligence, Pierre Lemaître fait pénétrer le lecteur dans le cerveau d’un jeune assassin. Non pas un tueur en série, mais un être comme vous et moi, qui en l’espace de quelques secondes, par accident, voit sa vie basculer. On vit au diapason d’Antoine, on épouse ses tensions, ses angoisses, ses questionnements. On tremble, on espère, on doute, tenu en haleine jusqu’à la toute dernière page.

Un roman fascinant, remarquablement construit, qui se dévore d’une traite. A lire absolument!

Informations pratiques :

Nombre de pages : 279

Prix éditeur : 19.80€

ISBN : 978-2226325730

 

L’écrivain national, de Serge Joncour : coup de coeur de la rentrée littéraire!!!

L’écrivain national, de Serge Joncour

Éditions Flammarion, août 2014

Ce séjour à l’initiative d’un libraire promettait d’être au calme. Quand le narrateur, écrivain de profession, est invité dans une région forestière du centre de la France, en tant qu’auteur en résidence, il imagine passer un mois paisible, attendu par la population du village avec curiosité et bienveillance. Une promesse pour le moins non tenue.

Car dès l’arrivée à la gare, il découvre un village en ébullition. La lecture du journal local lui révèle en effet qu’un vieil homme argenté a disparu sans laisser de traces; un couple de jeunes étrangers est soupçonné du crime. Mais plus encore que ce supposé meurtre, c’est la photographie de la présumée suspecte, prénommée Dora, qui l’interpelle, le fascine, le harponne. Capturé dans le lasso de son regard, il ressent le besoin impérieux de la rencontrer. Or mettre son nez dans ce fait divers n’est pas franchement ce pour quoi on l’a invité. Sans compter les risques qu’il prend. Mais le magnétisme de ces yeux est plus fort que tout. Coûte que coûte il approchera celle dont il est intimement convaincu de l’innocence. Quitte, par ses investigations et sa curiosité, à susciter la défiance voire le courroux des villageois. Car dans ce patelin, on n’aime pas trop qu’un étranger fouille dans ce qui ne le regarde pas, à fortiori si cet étranger est un écrivain, lequel serait bien capable ensuite d’éventer les secrets de chacun dans un livre. Et les ennuis de commencer…

L’écrivain national est une intrigue subtile et intense mâtinée d’amour et d’humour. Ou quand un auteur s’approche d’un peu trop près d’un autre auteur, de faits divers cette fois…

Lire Serge Joncour, ce n’est pas juste tenir un ouvrage entre ses mains et en caresser les pages du regard. Lire Serge Joncour, ce n’est pas juste être captivé par une intrigue et être attaché aux personnages. Lire Serge Joncour, ce n’est pas juste plonger au coeur de l’humain et succomber à son irrésistible humour. Lire Serge Joncour, c’est bien plus que cela. C’est une immersion en trois dimensions, c’est voir, sentir, ressentir, toucher, frémir, trembler, frissonner, respirer, suffoquer, pleurer, rire, sourire, applaudir au diapason des personnages. Lire Serge Joncour, vous l’aurez compris, c’est VIVRE l’histoire qu’il nous offre. Un talent d’écriture rare.

Un GROS coup de cœur de cette rentrée littéraire !

P.104 : Lire, c’est voir le monde par mille regards, c’est toucher l’autre dans son essentiel secret, c’est la réponse providentielle à ce grand défaut que l’on a tous de n’être que soi.

P.247 : Prendre une bouche, c’est quitter le monde par l’issue la plus haute, c’est se soustraire à cette réalité qui tout autour de soi sombre dans le commun, embrasser une bouche, c’est plonger dans ce vertige sublime dont on ne sait pas s’il nous emporte pour une seconde ou pour une vie (…).

P.296 : Tomber amoureux, c’est voir l’autre comme un mystère dont on ne supporte pas d’être exclu, c’est redouter de ne pas l’atteindre, ne plus penser qu’à une chose : le revoir, le côtoyer.

P. 390 : Qu’il est bon de retrouver le goût de l’autre, qu’il est fort de flotter dans l’éternel présent d’un début de rencontre, sans futur ni questions, qu’il y ait des lendemains ou pas, après tout qu’importe, un amour même impossible c’est déjà de l’amour, c’est déjà aimer, profondément aimer, quitte à en prolonger le vertige le plus longtemps possible.