Les roches rouges, Olivier Adam

Les roches rouges, Olivier Adam
©Karine Fléjo photographie

Un roman bouleversant, viscéralement humain, dont les personnages nous hantent longtemps. Magnifique!

Drames familiaux

A 18 ans, à un âge où l’on fourmille de projets, d’envies, de rêves, il a au contraire le sentiment d’avoir la vie derrière lui. Depuis le drame qui s’est déroulé il y a 18 mois, son passé n’est plus dans son dos : il lui fait face, de jour comme de nuit, l’écrase sous une chape de culpabilité suffocante. Etudes, stage, il a tout envoyé valsé et a trouvé refuge dans la picole et les joints, squatte chez ses parents dans une banlieue d’un mortel ennui. Sa sœur Lise ne lui adresse plus la parole, ce qu’il comprend et accepte au regard de ce qui s’est passé. Il doit payer, expier. Tout juste si à ses yeux il mérite de vivre.

Jusqu’au jour où il croise Leila, une femme de 8 ans de plus que lui, dont il tombe éperdument amoureux. Sa vie prend alors un sens, une consistance. Seulement voilà, Leila est mariée. Et à un homme violent de surcroit. Mais sans travail, avec un petit garçon à charge, elle se sent prisonnière de son couple.

Deux drames familiaux, deux êtres blessés par la vie dont la rencontre va peut-être bouleverser le cours de leur existence. Et si rien n’était jamais perdu? Et si aider autrui nous permettait de nous aider nous-même? Et s’il était possible de pardonner, de se pardonner?

Prendre son destin en main

Les roches rouges d’Olivier Adam est un roman qui vous prend aux tripes, vous secoue comme la mer quand il y a du ressac et laisse sur vous le sel de sa magnifique histoire. Violence conjugale, culpabilité, amour, entraide sont les principaux thèmes de ce bouleversant roman, dont les personnages vous hantent longtemps après la fin de la lecture. Des êtres touchants, attachants, courageux, qui décident d’unir leurs forces pour ne plus subir la vie. Pas de pathos ici, mais une peinture très fine et très juste de notre société et une magnifique luminosité dans l’écriture. Car la vie n’est pas que remous, fracas contre les rochers, elle peut aussi se montrer furieusement belle.

Un énorme coup de cœur!

Informations pratiques

Les roches rouges, Olivier Adam – éditions Robert Laffont, juin 2020 – 17,90€ – 219 pages

Glissez Olivier Adam dans votre poche !

La tête sous l'eau par Olivier Adam chez Pocket
©Karine Fléjo photographie

Les éditions Pocket publient en ce mois de janvier un nouvel opus d’Olivier Adam : La tête sous l’eau. Un roman qui se lit en apnée.

Déménagement Paris-Province : le bonheur…ou pas

Quand le couple décide de quitter Paris et de s’installer en bord de mer en Bretagne avec Léa et Antoine, leurs enfants, cela promet d’être le paradis. Du moins pour les parents, car les ados considèrent cela davantage comme un enfer, surtout Léa, leur fille aînée. Pour cette ado, quitter Paris, son amour, ses amis, pour une province où elle ne connait personne et où il n’y a pas grand-chose à faire en dehors de l’été, c’est tout sauf un choix.

Mais l’enfer va au final les concerner tous.

Peu de temps après leur arrivée, Léa disparaît brusquement lors d’un concert avec son oncle. Ses proches sont submergés par les flots de l’angoisse, du chagrin et du doute : que lui est-il arrivé ? Chacun tente de garder la tête hors de l’eau, de ne pas sombrer dans le désespoir, tandis qu’ils sont secoués comme une barque en pleine tempête.

Quand après plusieurs mois de recherches, Léa est retrouvée saine et sauve, la famille pense que la tempête est derrière eux, qu’ils vont enfin pouvoir à nouveau surfer sur une mer glassy. Mais ils se trompent…

La tête sous l’eau : une lecture en apnée

Avec La tête sous l’eau, Olivier Adam surfe avec brio sur les remous qui secouent les victimes mais aussi leur entourage, lors d’un drame. L’analyse psychologique des personnages est si juste, que le lecteur est lui-même ballotté par les flots du doute, de la peur, mais aussi de l’incompréhension face au silence de la rescapée. Il faut à chacun du temps pour réapprivoiser les vagues de l’existence, pour se reconstruire plus fort, plus loin. Un roman d’une grande sensibilité, d’une écriture aussi fluide que l’eau, qui se lit en apnée.

Informations pratiques

Olivier Adam, La tête sous l’eau – Editions Pocket, janvier 2020 – 218 pages.

Rentrée littéraire : Une partie de badminton, Olivier Adam

Une partie de badminton Olivier Adam

Les fidèles d’Olivier Adam retrouveront avec bonheur Paul, le double fictionnel de l’auteur, écrivain aujourd’hui âgé de 45 ans. Paul a vieilli et se retrouve confronté au désamour des lecteurs ainsi qu’à l’éloignement de sa femme. Chronique d’une vie de quadragénaire qui peine à trouver sa place.

Un écrivain en mal de succès

Paul et sa famille sont revenus s’installer un peu honteusement à Saint-Malo, après une expérience parisienne décevante. Paris, ville où tout se passe, ou du moins, ville où tout est censé se passer, ville de toutes les opportunités, berceau culturel, n’a pas tenu ses promesses. Les livres de Paul ne suscitent plus l’intérêt des lecteurs, son inspiration est en berne et il a quasi disparu du paysage littéraire où il y a quelques années, il brillait au firmament. Paul ne sait plus où est sa place, tant géographiquement, que professionnellement ou même sentimentalement.

En effet, Sarah, à laquelle il est marié depuis vingt ans, semble s’éloigner de lui. Usure naturelle du couple ? Liaison extra-conjugale ? Impression non fondée ?

De retour à Saint-Malo, Paul est embauché comme journaliste au quotidien local dont il écrit la majorité des articles. Faute d’être publié comme romancier, il lui faut bien vivre. Sa femme, Sarah, enseigne à Rennes et donne des cours d’alphabétisation bénévoles dans des camps de réfugiés.

Quant à leurs enfants, ballottés entre province et Paris au gré des déménagements, ils ne trouvent pas forcément leur compte, surtout Manon, adolescente.

Comment trouver ses marques dans un contexte aussi mouvant, qu’il soit familial, ou socio-économique ? « Un jour où l’autre on doit composer avec la loi de l’emmerdement maximum. Et ça n’a rien d’une partie de badminton. »

Des thèmes forts : couple, migrants, écologie, Paris/province

Dans Une partie de badminton, Olivier Adam ironise sur l’opposition Paris/province, la capitale étant souvent décrite comme « The place to be », alors qu’elle s’avère ici être une bulle coupée de la réalité, un microcosme qui s’informe de façon abstraite de ce qui se passe dans le monde via les journaux. La province à contrario, et surtout quand on est comme Paul un journaliste qui couvre l’actualité régionale, est le lieu où l’on se frotte à la vraie vie : la construction d’un complexe hôtelier de luxe sur le terrain d’un camping populaire, la haine des migrants, le racisme. Des problèmes de société qui déteignent sur sa vie de famille, de couple. Pourquoi Sarah s’absente-t-elle si souvent ? Pourquoi sa fille Manon l’accuse-t-elle de cécité feinte ? Et cette femme qui le suit, de qui s’agit-il ? Une admiratrice un peu folle ? Tout semble se dégrader. Et ce n’est que le début…

Olivier Adam joue avec le lecteur, mêle réalité et fiction, brouille les frontières. Des frontières non étanches, à l’image de celles entre l’intime et les drames économiques, culturels et sociaux qui se jouent autour.

 

La tête sous l’eau, Olivier Adam: une lecture en apnée

img_6248

La tête sous l’eau, Olivier Adam

Editions Robert Laffont, août 2018

Rentrée littéraire

Quand le couple décide de quitter Paris et de s’installer en bord de mer en Bretagne avec leurs enfants Léa et Antoine, cela promet d’être le paradis. Du moins pour les parents, car les ados considèrent cela davantage comme un enfer, surtout Léa, leur fille aînée. Pour cette ado, quitter Paris, son amour, ses amis, pour une province où elle ne connait personne et où il n’y a pas grand-chose à faire en dehors de l’été, c’est tout sauf un choix.

Mais l’enfer va au final les concerner tous.

Peu de temps après leur arrivée, Léa disparait brusquement lors d’un concert avec son oncle. Ses proches sont submergés par les flots de l’angoisse, du chagrin, du doute : que lui est-il arrivé ? Chacun tente de garder la tête hors de l’eau, de ne pas sombrer dans le désespoir, tandis qu’ils sont secoués comme dans le tambour d’un lave-linge.

Quand après plusieurs mois de recherches, Léa est retrouvée saine et sauve, la famille pense que la tempête est derrière eux, qu’ils vont enfin pouvoir à nouveau surfer sur une mer glassy. Mais ils se trompent…

Avec La tête sous l’eau, Olivier Adam surfe avec brio sur les remous qui secouent les victimes mais aussi leur entourage, lors d’un drame. L’analyse psychologique des personnages est si juste, que le lecteur est lui-même ballotté par les flots du doute, de la peur, mais aussi de l’incompréhension face au silence de la rescapée. Il faut à chacun du temps pour réapprivoiser les vagues de l’existence, pour se reconstruire plus fort, plus loin. Un roman d’une grande sensibilité, d’une écriture aussi fluide que l’eau, qui se lit en apnée.

 

 

 

Le coeur régulier, Olivier Adam.

 

5949203275_le-coeur-regulier-d-olivier-adam-aux-editions-de-l-olivier

Le coeur régulier, Olivier Adam

Editions de l’Olivier 2010

 

Atout coeur.

 

    Sarah et Nathan. Un frère et une soeur presque siamois tant ils étaient inséparables.

    Etaient…

    Car leur chemin a divergé à l’âge adulte. Sarah est entrée dans le moule du conformisme, avec un « mari parfait », deux beaux enfants, une jolie maison, un travail respectable. Une vie rangée qui dérangeait Nathan. A ses yeux, elle se fourvoyait. Le trahissait.

    Et leurs routes peu à peu de se séparer.

    Or aujourd’hui, nul possible retour. Nathan est décédé dans un accident de voiture. A moins qu’il ne s’agisse d’un suicide masqué… Alcoolique, autodestructeur, il dérivait depuis des années, arc-bouté à la rédaction d’un manuscrit dont il espérait la publication.

    La perte de son frère agit comme un électrochoc. Sarah se réveille brusquement et réalise avec désarroi combien elle a dévié de sa route. Une vie trop lisse. Trop « comme il faut ». Trop étrangère à elle-même. Elle se sent perdue, « le coeur en cavale », amputée de celui avec lequel elle partageait tant, en lequel elle se reconnaissait. « J’avais la certitude qu’il n’existait personne en ce monde d’à ce point proche, avec qui il me semblait à ce point me confondre ».

    A son tour, elle ne trouve plus sa place dans cet univers du paraître, des non-choix faciles, des compromis fuyants. Elle décide alors de laisser mari et enfants et de fuir au Japon, terre d’asile de son frère avant sa mort. Un pays où il semblait avoir fait la paix avec ses démons intérieurs, en symbiose avec la nature, « vibration égale à l’intérieur et à l’extérieur ». Presque apaisé. Elle marche sur ses traces, fréquente les mêmes personnes, dans l’espoir de se rapprocher de lui, de vivre les mêmes émotions. Dans l’espoir de se retrouver elle-même aussi…

    Dans cet univers propice à la sérénité, au recueillement, parviendra t-elle à reprendre pied ? Ou sera t-elle condamnée à une errance sans fin ?

    Son coeur affolé reprendra t-il un battement régulier ?

    Olivier Adam une fois encore, signe ici un magnifique roman. Poète des émotions, peintre de l’âme, il excelle à livrer avec pudeur et finesse des sentiments d’une ineffable force.

«  Personne n’a envie de mourir. Tout le monde veut vivre. Seulement, à certaines périodes de votre vie, ça devient juste impossible. »

 

 

Informations pratiques :

Prix éditeur : 18€

Nombre de pages : 232

ISBN : 978 2 87929 746 0

Des vents contraires, Olivier Adam (éditions de l’Olivier)

adam

Des vents contraires, Olivier Adam

Éditions de l’Olivier 2009.


     Interrogation douloureuse de la fillette lovée contre son père : « 
Elle me manque trop maman. Pourquoi on ne va pas la rejoindre ? » Lui : « Parce qu’on ne sait pas où elle est. » Manon : «Oui mais si elle est morte. Si elle est morte on n’a qu’à mourir tous les trois comme ça on sera avec elle. » Avec elle… Elle, c’est Sarah, qui un an plus tôt a disparu en laissant son mari Paul, et ses enfants, Manon 4 ans et Clément 8 ans dans un état d’angoisse paroxystique. Accident ? Nouvel amour ? Besoin de prendre de la distance quelque temps ? Accès de folie ? Aucune piste. Aucun mobile. Contres vents et marées, Paul veut garder le cap sur l’espoir qu’elle revienne, éviter son propre naufrage et surtout celui de ses enfants auxquels il voue un amour fou.

 

      Seul face à ces questions sans réponse, Paul décide de retourner sur les terres bretonnes de son enfance, là où sont ses racines. Un nouvel horizon pour un nouveau départ. Ses tumultes intérieurs sont le reflet du climat et des paysages de cette région qu’il décrit dans un langage simple et très imagé : la lande sauvage comme son côté de gentil bourru, les tempêtes et sa rage alternant avec la douceur du soleil et son infinie tendresse, les falaises de granit résistant au fracassement des vagues à l’instar du roc qu’il se doit d’être vis-à-vis de ses enfants.


Et comme si survivre à cette femme et mère absente ne suffisait pas, son âme de Saint-Bernard le conduit à aussi offrir son soutien, avec plus ou moins de bonheur, aux éclopés de la vie qu’il croise sur sa route. Un ours au cœur tendre. Un homme déboussolé puisant dans l’énergie du désespoir et l’amour viscéral qui le lit à Manon et Clément, la force d’affronter les vents contraires.

      Un roman poignant, sensible, au ton extraordinairement juste.

 

            Ce roman a reçu le Grand Prix RTL-Lire 2009  

 

A l’abri de rien, de Olivier Adam (éditions de l’Olivier)

A-l-abri-de-rien

A l’abri de rien , Olivier Adam

Editions de l’Olivier, août 2007.

 

« Comment ça a commencé ? Comme ça je suppose : moi, seule dans la cuisine, le nez collé à la fenêtre où il n’y a rien. » Ainsi commence le monologue de Marie, l’héroïne de ce brillant roman. Marie est une funambule de la vie, un être à fleur de peau tenant en équilibre précaire grâce à l’ombrelle que constituent son mari et ses deux jeunes enfants. Une vie déprimante dans un quartier pavillonnaire comme il en existe tant, où il ne se passe rien. Jusqu’au jour où, ayant crevé en chemin, un réfugié  kosovar vient à son secours. Choc de la rencontre. Confrontée à une souffrance sans aucune commune mesure avec la sienne, elle réalise qu’à deux pas de chez elle, ils sont des centaines comme lui dont nul ne se soucie du sort, perclus de faim, de froid, traqués, errant dans l’espoir de pouvoir rejoindre clandestinement l’Angleterre. Des êtres dans le dénuement le plus total auxquels jusqu’alors, elle n’avait pas prêté attention. La vie de Marie bascule. Cette prise de conscience violente rompt son fragile équilibre et la conduit à abandonner mari et enfants pour épouser la cause de ces réfugiés, laquelle donne enfin du sens à sa vie. Et de leur offrir de son temps, de son argent, de son soutien, de s’engager totalement…au risque de se laisser dépasser… et de se perdre.

La violence que la société inflige aux plus faibles, en l’occurrence ici les réfugiés de Sangatte, fait de ce livre un récit très engagé, montrant la volonté de l’auteur de prêter parole aux sans-voix, de dénoncer l’aberration qu’il y a pour ces clandestins et sans-abri à se retrouver « coincés dans cette ville parce qu’on les empêche d’aller ailleurs, traqués et harcelés avec une violence injustifiable parce qu’ils y restent »… Cette inhumanité qui frappe les plus démunis est l’affaire de chacun nous rappelle t-il. Ou comment faire l’expérience du don et de la compassion.

Olivier Adam n’a pas son pareil pour explorer les failles des êtres, opérer avec une justesse chirurgicale à la mise à nu des sentiments, des émotions. Avec un style parfaitement maîtrisé, fluide, rythmé, tendu, il nous happe et nous catapulte au cœur du récit dès la première phrase. Un roman dense, imagé, qui se lit au rythme d’une course, le cœur serré.

Je vous le conseille ardemment.  Un uppercut en plein coeur.

 

 

Ce roman présélectionné pour plusieurs prix dont le Goncourt, vient de se voir décerner le prix du « Premier Prix », récemment créé pour récompenser en avant-première un roman de la rentrée.

Bibliographie  :

Des vents contraires, Editions de l’Olivier 2009
A l’abri de rien, Editions de l’Olivier 2007
Falaises, Editions de l’Olivier 2005
Passer l’hiver, Editions de l’Olivier 2004
Je vais bien, ne t’en fais pas, Editions Pocket 2001

Informations pratiques :

Prix éditeur : 18€
Nombre de pages : 219
ISBN : 9782879295848