Rentrée littéraire : L’atelier, Sarah Manigne (Mercure de France)

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L’atelier, Sarah Manigne

Editions Mercure de France, août 2018

Rentrée littéraire

Comment vivre dans l’ombre d’un grand artiste, à fortiori son père ? Comment s’affranchir de son aura et trouver sa propre voie ?

Odile a grandi sans affection, entre un père artiste peintre et une mère froide entièrement préoccupée par son rôle de muse auprès de son mari, par le désir de participer à la gloire de ce dernier. Odile les encombre, comme une couleur qui ferait tâche sur le tableau de leur vie familiale, aussi la confie-t-on aux bons soins de la gouvernante et de son grand-père paternel. On ne sollicite sa présence que lors des grandes fêtes données à la maison, pour l’exhiber comme on exhibe les toiles dans les galeries. A 15 ans, direction la pension.

Odile sent qu’elle dérange, qu’elle encombre. Alors avec le temps, elle se fait de plus en plus petite. Mange de moins en moins. Devient presque transparente, invisible, l’ombre d’elle-même. Si fine et si frêle qu’elle disparaît presque. Mais personne ne semble s’en inquiéter. La peinture devient la voie de sa voix, sa raison d’être. Mais trouvera-t-elle sa place dans l’ombre de son père ? Se fera-t-elle un prénom ? Un premier roman intéressant sur la construction de son identité. Une immersion dans le secret des ateliers.

Rentrée littéraire : La mise à nu, Jean-Philippe Blondel

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La mise à nu, Jean-Philippe Blondel

Editions Buchet Chatel, janvier 2018

Rentrée littéraire

Jean-Philippe Blondel évoque avec finesse ce que l’on laisse derrière soi, ce moment délicat où l’on commence à dresser le bilan de son existence. Émouvant.

Louis Claret, 58 ans, est professeur d’anglais. Divorcé, ses deux filles parties suivre leur propre chemin, il s’accommode de sa vie sans trop s’interroger, se contente de rester dans sa zone de confort. Jusqu’à ce jour où Alexandre Laudin, un élève qu’il a eu dans sa classe 20 ans plus tôt, l’invite à un vernissage. Cet élève discret est en effet devenu un peintre connu et reconnu, dont les médias louent la fulgurante ascension. Louis, qui n’a rien de prévu ce soir-là, accepte l’invitation, histoire de tuer le temps bien davantage que par intérêt pour l’artiste et ses œuvres.

Il n’imagine alors pas à quel point ces retrouvailles vont bouleverser sa vie.

Car Alexandre, depuis ces retrouvailles, vit avec l’obsession de revoir Louis. Il a une faveur à lui demander : réaliser son portrait sous la forme d’un triptyque, avec un effeuillage progressif du corps dans sa pose. Mais le corps ne sera pas le seul à être effeuillé. Au fil des séances et des longs moments d’immobilité et de silence qui les accompagnent, Louis se repasse en pensées les moments forts de sa vie, heureux ou malheureux, plonge au cœur de lui-même. L’occasion de faire le bilan d’une vie qu’il suit plus qu’il ne l’initie. L’occasion de même pour l’artiste de lui avouer ses vraies motivations, ses failles, ce qu’il n’a jamais osé avouer jusqu’alors. Une double mise à nu.

Dans ce roman très intimiste, Jean-Philippe Blondel nous peint avec douceur, aux couleurs de l’émotion et avec sa plume comme pinceau, le portrait de deux êtres qui font le point sur leur existence. Touche par touche, comme sur une toile de Seurat, il met leur âme à nu. Connaît-on vraiment les autres ? Se connaît-on seulement soi-même ?

 

 

 

Expo4Art 2016 aux Blancs Manteaux

Il vous reste encore quelques heures si vous voulez voir la formidable exposition Expo4Art à l’espace des Blancs Manteaux (Paris 4ème)!

Du 9 au 11 septembre 2016 se déroule la 4ème édition d’Expo4Art, au coeur du Marais. Une manifestation qui réunit 70 artistes contemporains, dans des domaines aussi divers que la peinture, la photographie, la sculpture, la création de bijoux, ou encore la réalisation de tableaux végétaux.

 

Quatre artistes ont tout particulièrement suscité mon émerveillement : 

  • Les sublimes photographies de Patrick le Hec’h : 

     

  • Les sculptures de Frédéric Saint-Aubin, styliste papier : à partir de papiers aux impressions et aux textures diverses, l’artiste sculpte des figurines de mode d’une minutie, d’une originalité et d’une beauté sidérantes! Des figurines auxquelles il insuffle un mouvement, une vie, au point de donner au visiteur le sentiment qu’il lui suffirait de les toucher pour qu’elles s’animent. Un gros coup de coeur! Je vous invite à aller visiter le site de l’artiste en cliquant ici : Site de Frédéric Saint-Aubin

    Ci-dessus : sculptures en papier 3D, en papier 2D et collage papier.

  • Les tableaux de Arnaud Bauville : chaque toile est réalisée à partir de coupures de presse anciennes originales et d’extraits de revues françaises ou étrangères d’époque, que l’artiste a chiné au gré de ses pérégrinations. Un choix de « textes » non innocent puisque pour chaque portrait réalisé, Arnaud Bauville imagine une vie à son personnage et donc une histoire. Une histoire que ces bribes de mots nous racontent. Des toiles à lecture multiple donc, et des oeuvres magnifiques, d’une grande originalité, à l’accent rétro. Allez faire un tour sur son site : site d’Arnaud Bauville !
  • Les tableaux végétaux de Stéphane Moreau : on voit fleurir avec bonheur quelques murs végétaux au coeur de la capitale. Stéphane Moreau, lui, vous propose encore mieux : avoir vos propres tableaux végétaux sur vos murs! Seulement vous hésitez, car vous n’avez pas la main verte. Que nenni, la technique de l’artiste dispense de tout arrosage, entretien ou spécifique exposition à la lumière! Une fois le tableau chez vous, il vous suffira de le fixer au mur. C’est tout! Le lichen dont il est composé, ainsi que les plantes, sont traités pour ne pas bouger pendant 8 à 10 ans. Pour voir ce merveilleux travail de plus près, cliquez ici : Site des tableaux végétaux

 

Vous avez jusqu’à 20 heures, ce dimanche, pour découvrir ces 70 artistes. Faites vite!

Informations pratiques :

Métro Saint-Paul, ligne 1

Halle des Blancs Manteaux, rue Vieille du Temple.

Entrée libre.

 

Charlotte, David Foenkinos : nouvelle édition avec des gouaches de Charlotte Salomon!

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Charlotte, David Foenkinos

Éditions Gallimard-Beaux livres, octobre 2015

Charlotte est un livre à part dans l’œuvre de David Foenkinos. Un livre à part tout court. Puissant, bouleversant. D’une force vitale époustouflante.

C’est presque par hasard que l’auteur va découvrir l’artiste, il y a 8 ans, à la faveur d’une exposition. Et là, c’est un choc artistique. Une rencontre. LA rencontre. « La connivence immédiate avec quelqu’un. La sensation étrange d’être déjà venu dans un lieu. J’avais tout cela avec l’œuvre de Charlotte. Je connaissais ce que je découvrais. » (P.70) Et de se sentir appelé par ces toiles et par celle qui les a peintes. Et d’investiguer. Et de se rendre sur ses lieux de vie, d’interroger les témoins.

Ce qu’il découvre sur cette femme au talent bien trop méconnu achève de le bouleverser. Car Charlotte Salomon n’est pas seulement une artiste d’exception, mais une femme d’exception. Une fragilité forte habitée par son art. Charlotte a grandi à Berlin dans une famille frappée par une succession de drames. Sa tante, sa mère, sa grand-mère ont toutes mis fin à leur jour. A croire qu’une malédiction les frappe. Sera t-elle la prochaine sur la liste? Ce serait mal connaître la force de vie qui l’anime. Malgré l’extrême solitude affective qui est sienne, malgré le vide laissé par les absents, malgré la montée du nazisme qui l’exclut de toutes les sphères de la société, Charlotte tient debout. Car elle a trouvé sa planche de salut, car elle a trouvé sa voie : la peinture. Là est sa survie. Là est sa raison de vivre. Exilée dans le sud de la France de 1940 à 1942, après avoir quitté son père, sa belle-mère, son grand amour, ses amis, ses lieux chers, elle va se donner corps et âme à son art et peindre plus de 1300 gouaches comme autant de témoignages de ce qu’elle a vécu, enduré, surmonté. Celle qui chantait si souvent et empruntait à son chant son inspiration scripturale, va faire jaillir de la noirceur de son histoire la lumière de la création.

Un exemple de résilience magistral.

Des œuvres qu’elle confiera dans une valise à son médecin avant d’être déportée et de mourir dans un camp de concentration en 1943 à tout juste 26 ans. Et de préciser à cet homme en lui tendant ledit bagage: « C’est toute ma vie. »

Toute une vie dans cette valise, écrin de son talent, témoin de son courage et de sa capacité extraordinaire à sublimer sa vie et à transcender ses souffrances par l’art.

Dès lors, on comprend aisément combien il fut délicat pour David Foenkinos de rendre hommage à cette femme admirable en tout point sans craindre d’être en deçà de l’émotion et de la fascination qu’elle exerce sur lui. Pendant des années, il va porter ce roman en gestation, jusqu’au jour où il trouvera les mots sur mesure à même de revêtir le corps de ses émotions.

Et le résultat est juste éblouissant.

Le style, avec ces phrases courtes, des passages à la ligne après chaque point, porte les émotions véhiculées par le texte avec une puissance phénoménale. Le lecteur est catapulté au cœur de la vie de Charlotte Salomon, de ses œuvres, désireux, à l’image de David Foenkinos quelques années plus tôt, de découvrir plus avant celle dont la vie fut un exemple de dépassement de soi.

Ce livre initialement paru en août 2014, Prix Renaudot et Prix Goncourt des lycéens, connaît une seconde vie dans une édition intégrale illustrée, accompagnée de cinquante gouaches de Charlotte Salomon choisies par David Foenkinos, et d’une dizaine de photographies représentant Charlotte et ses proches.  

Un coup de coeur!

Charlotte, de David Foenkinos (Gallimard) : Magistral!

Récemment mis à jour

Charlotte, de David Foenkinos

Éditions Gallimard, août 2014

Rentrée littéraire

Charlotte est un livre à part dans l’œuvre de David Foenkinos. Un livre à part tout court. Puissant, bouleversant. D’une force vitale époustouflante.

C’est presque par hasard que l’auteur va découvrir l’artiste, il y a 8 ans, à la faveur d’une exposition. Et là, c’est un choc artistique. Une rencontre. LA rencontre. « La connivence immédiate avec quelqu’un. La sensation étrange d’être déjà venu dans un lieu. J’avais tout cela avec l’œuvre de Charlotte. Je connaissais ce que je découvrais. » (P.70) Et de se sentir appelé par ces toiles et par celle qui les a peintes. Et d’investiguer. Et de se rendre sur ses lieux de vie, d’interroger les témoins.

Ce qu’il découvre sur cette femme au talent bien trop méconnu achève de le bouleverser. Car Charlotte Salomon n’est pas seulement une artiste d’exception, mais une femme d’exception. Une fragilité forte habitée par son art. Charlotte a grandi à Berlin dans une famille frappée par une succession de drames. Sa tante, sa mère, sa grand-mère ont toutes mis fin à leur jour. A croire qu’une malédiction les frappe. Sera t-elle la prochaine sur la liste? Ce serait mal connaître la force de vie qui l’anime. Malgré l’extrême solitude affective qui est sienne, malgré le vide laissé par les absents, malgré la montée du nazisme qui l’exclut de toutes les sphères de la société, Charlotte tient debout. Car elle a trouvé sa planche de salut, car elle a trouvé sa voie : la peinture. Là est sa survie. Là est sa raison de vivre. Exilée dans le sud de la France de 1940 à 1942, après avoir quitté son père, sa belle-mère, son grand amour, ses amis, ses lieux chers, elle va se donner corps et âme à son art et peindre plus de 1300 gouaches comme autant de témoignages de ce qu’elle a vécu, enduré, surmonté. Celle qui chantait si souvent et empruntait à son chant son inspiration scripturale, va faire jaillir de la noirceur de son histoire la lumière de la création.

Un exemple de résilience magistral.

Des œuvres qu’elle confiera dans une valise à son médecin avant d’être déportée et de mourir dans un camp de concentration en 1943 à tout juste 26 ans. Et de préciser à cet homme en lui tendant ledit bagage: « C’est toute ma vie. »

Toute une vie dans cette valise, écrin de son talent, témoin de son courage et de sa capacité extraordinaire à sublimer sa vie et à transcender ses souffrances par l’art.

Dès lors, on comprend aisément combien il fut délicat pour David Foenkinos de rendre hommage à cette femme admirable en tout point sans craindre d’être en deçà de l’émotion et de la fascination qu’elle exerce sur lui. Pendant des années, il va porter ce roman en gestation, jusqu’au jour où il trouvera les mots sur mesure à même de revêtir le corps de ses émotions.

Et le résultat est juste éblouissant.

Le style, avec ces phrases courtes, des passages à la ligne après chaque point, porte les émotions véhiculées par le texte avec une puissance phénoménale. Le lecteur est catapulté au cœur de la vie de Charlotte Salomon, de ses œuvres, désireux, à l’image de David Foenkinos quelques années plus tôt, de découvrir plus avant celle dont la vie fut un exemple de dépassement de soi.

Un coup de cœur de cette rentrée littéraire!

 

P. 60 : Il existe un point précis dans la trajectoire d’un artiste.

Le moment où sa propre voix commence à se faire entendre.

La densité se propage en elle, comme du sang dans de l’eau.

 

P.173 Une révélation est la compréhension de ce que l’on sait déjà.

C’est le chemin qu’emprunte chaque artiste.

Ce tunnel imprécis d’heure ou d’années.

Qui mène au moment où l’on peut enfin dire : c’est maintenant.