Rentrée littéraire : Un fils obéissant, Laurent Seksik (Flammarion)

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Un fils obéissant, Laurent Seksik

Editions Flammarion, août 2018

Rentrée littéraire

Ce livre du père, odyssée et drame personnel, retrace l’aventure commune d’un fils et de son père, deux êtres qui vécurent dans l’adoration l’un de l’autre. Dans un style virtuose d’une rare puissance émotionnelle, l’auteur des « Derniers jours de Stefan Zweig » signe son livre le plus intime et le plus universel. Un bouleversant roman d’amour.

Pour son neuvième roman, Laurent Seksik ose pour la première fois le « je ». Tandis qu’il se rend en Israël prononcer un discours sur son père décédé un an plus tôt, il nous offre un voyage dans le temps, à la rencontre de cet homme qu’il a tant aimé, tant admiré. Et qui lui vouait la même admiration. Le même amour. Un homme qui croyait en la capacité d’une œuvre à transcender le monde et a toujours encouragé son fils dans sa carrière d’écrivain, sans pour autant oser s’interposer à sa femme, qui avait décidé de la route de leur fils avant même sa naissance : il serait médecin. Alors ce père bienveillant et aimant lui recommande ceci :  « Tu dois exceller en médecine ; plus tard tu excelleras en littérature. (…) Chez nous le devoir passe avant, tu sais. »

Pendant trente ans, pour ne pas décevoir ses parents, pour être à la hauteur de leurs attentes à son endroit, Laurent Seksik sera un fils obéissant, fréquentera les bancs de la fac de médecine à regret et obtiendra son diplôme de médecin… sans s’en réjouir au fond de lui. Mais sans renoncer non plus à ses rêves d’écrivain.

« Nous vivions dans une sorte d’émulation, un peu comme si nous concourions ensemble pour le César du Meilleur rôle dans un Film familial, lui dans la catégorie du Père modèle, moi dans celle du Fils parfait. »

Ce livre a une portée universelle, va bien au-delà du simple témoignage de l’auteur, au-delà du portrait d’un père dans le regard de son fils qui n’a d’yeux que pour lui. Aussi sublime soit ce portrait. Il pose la question de la construction, de l’affirmation de ses besoins, de ses envies, quand on a peur de décevoir ou de blesser ceux que l’on aime, quand ces derniers ont d’autres attentes vous concernant. Comment trouver sa place, ouvrir la cage de cet amour filial et prendre son envol ? Un livre magnifique, bouleversant, d’une rare puissance émotionnelle.

 

 

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Poste restante à Locmaria, Lorraine Fouchet : sur les traces d’un père

 

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Poste restante à Locmaria, Lorraine Fouchet

Editions Héloïse d’Ormesson, avril 2018

Un roman breton qui fait du bien, où la tendresse n’est pas poste restante, où les liens du sang n’accusent pas réception, où les boîtes aux lettres délivrent, ou retiennent, les secrets. Un roman touchant sur la place et le rôle du père.

Chiara, 25 ans, a grandi à Rome, élevée par sa mère Livia. Son père, décédé avant sa naissance, elle ne l’a connu que par photos interposées, celles qui tapissent les murs de chaque pièce à la maison. Car depuis la mort accidentelle de son mari, Livia est inconsolable. Pire, elle en veut à sa fille d’exister : « J’aurais préféré l’avoir, lui, plutôt que t’avoir, toi. »

Chiara grandit donc sans ce tuteur qu’est l’amour de ses parents, attend d’être adulte pour échapper à cette mère au cœur sec. Un départ qui va être précipité par les aveux de Viola, la meilleure amie de sa mère. Ce père italien érigé au rang d’icône ne serait peut-être pas son père, sa mère, tout juste veuve, ayant eu une aventure d’un soir avec un marin breton 25 ans plus tôt. Toutes les certitudes de l’existence de Chiara se fissurent.

Et de décider de se rendre sur l’île de Groix, dans cette Bretagne dont elle ne connait rien, pour tenter de découvrir l’identité de son père. Contre vents et marées. Elle débarque sur cette île en même temps qu’un séduisant jeune homme, Gabin, prête-plume d’écrivains connus, du moins le prétend-il.

Sur ce bout de terre où tout le monde se connaît, elle va mener son enquête, croiser la route de personnes authentiques et viscéralement humaines, en mal de père ou pères malheureux eux-mêmes. Et va reconnaître leurs failles dans le miroir des siennes.

Ce roman de Lorraine Fouchet est à l’image de l’auteur : chaleureux, humain et tendre. Un doux voyage de Rome à Groix en passant par les Yvelines, pour faire la paix avec le passé et ouvrir grand les bras à l’avenir.

Père inconnu, Patrick Denys (Grasset)

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Père inconnu, Patrick Denys

Editions Grasset, février 2017

 

Un roman choral très émouvant sur la quête d’un père.

Personne ne m’a appris à dire « Papa » Je crois pourtant avoir ressenti très tôt le désir de quelque chose que je ne saurais décrire, un besoin de lien sans doute, par des bribes de mots, du toucher, des embrassements, de l’odeur peut-être. » Paul a grandi sans connaître son père, sans même porter son nom, avec un vide abyssal dans le cœur. Pire, il a grandi sans que jamais on n’évoque devant lui cet homme. Un tabou qui a fait naître en lui de térébrantes questions : son père pense-t-il à lui ? Pourquoi n’est-il pas resté voir son fils grandir ?  Qui était-il ?

Quand dans les années 70, Paul découvre ce dont on l’a toujours tenu à distance, à savoir l’identité de cet homme, curé d’une paroisse bretonne, l’humiliation de ne pas connaître son père cède la place à celle d’être le fruit d’un amour interdit. Tandis qu’il part sur les traces de ce père, au cœur d’une Bretagne chahutée par les tempêtes, il découvre auprès de ceux qui l’ont connu, un homme altruiste, sincère, courageux et engagé. Un homme dont il peut être fier. « Une fierté dont j’avais besoin pour vivre mieux. »

La bretonne que je suis a particulièrement aimé ce roman, qui se déroule dans une Bretagne magnifiée par la plume de l’auteur. Une région qui est ici presque un personnage à part entière. Authentique, à l’image des personnages. Et sauvage, comme peuvent l’être certains individus prisonniers des conventions et de leur peur des autres. On plonge dans ce drame familial, dans les déchirements de la guerre mais aussi des choix de vie cornéliens des personnages, secoué par les flots du doute, submergé par l’émotion. Et soulagé de voir que le naufrage a été évité quand Paul découvre la bonté faite homme qu’incarnait son père. Un premier roman bouleversant…

Rentrée littéraire : Comment tu parles de ton père, Joann Sfar (Albin Michel)

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Comment tu parles de ton père, Joann Sfar

Editions Albin Michel

Rentrée littéraire.

Un livre pudique, émouvant et très personnel sur son père disparu.

VLe célèbre dessinateur de bandes dessinées et illustrateur a ici troqué ses crayons contre la plume. Une plume vive, sensible, qui nous fait passer du rire aux larmes, tandis qu’il lève le voile sur son enfance et les êtres chers trop tôt disparus.

Joann a 3 ans quand sa mère décède. Une mort qu’on lui cache tout d’abord. On lui dit alors qu’elle est partie en voyage. Mais le petit Joann, sans pouvoir mettre de mots sur cet étrange départ, sent qu’on lui cache quelque chose de grave. La preuve, les amis qui le gardaient pendant l’enterrement lui ont donné à manger du jambon, aliment ô combien interdit, or son père ne l’a même pas grondé ! Ce n’est que deux ans plus tard que son grand-père Arthur lui apprendra la vérité : sa maman est décédée d’une méningite foudroyante. Et son grand-père de rebondir aussitôt : «  Tu as la chance d’avoir appris avant les autres que tu étais mortel. Vis chaque jour. » Aussi dure soit cette nouvelle, c’est un soulagement pour l’enfant de ne plus se nourrir d’illusions sur le possible retour de sa mère. Et un basculement vers la fin de l’enfance.

Dans cette famille fantasque, le père est un avocat de renom et véritable don Juan. Un père aussi admiré que craint. Difficile de se construire dans l’ombre d’un tel homme. Un homme qui, pour survivre à la perte de son épouse, se réfugie dans la foi et la dureté. « Je voyais papa triste. Je m’efforçais de le rendre joyeux, il ne manquait pas de me dire que j’étais son roi et sa lumière. Il me couvrait de compliments, de réprimandes, de règles, mais il était triste et en colère. »

Un livre autobiograpique, témoignage très touchant d’un fils pour son père disparu, mais aussi portrait en creux du fils lui-même.

T’Choupi dit non!, Thierry Courtin

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T’Choupi dit non !, Thierry Courtin

Nathan, mai 2016

A partir de 2 ans

Quoi qu’on lui demande, il commence toujours par dire « non ». Est-il l’heure d’aller se coucher ou celle de s’habiller, doit-il se brosser les dents ou ranger ses jouets, c’est encore « non ». C’est la phase d’opposition de l’enfant. Vers l’âge de trois ans, votre enfant manifeste les premiers signes de son autonomisation. Il se détache réellement de sa mère et crée son propre monde. C’est le moment pour les parents de faire preuve d’autorité et d’assumer leur rôle d’éducateur.

C’est justement ce sujet qu’aborde le nouveau livre de la collection T’Choupi, le célèbre héros de Thierry Courtin. T’Choupi a en effet très envie de continuer à jouer dans le parc, quand bien même ce soit l’heure de la fermeture. Non, non et non, il ne veut pas écouter son père ! Comment le lui faire accepter sans heurt ? Il suffit au papa de faire preuve d’un peu d’imagination…

Un livre de petit format, facilement préhensible par les petites menottes de vos enfants, avec du papier glacé résistant et aux tâches et aux manipulations un peu rudes de ces derniers. Ils s’identifieront facilement à leur héros, dans des situations qui leur sont coutumières et apprendront que dire non n’est pas toujours la meilleure option !

Mon chevalier du ciel, Marianne Guillemin (éditions Max Milo)

Mon chevalier du ciel, de Marianne Guillemin

Editions Max Milo, janvier 2015

Témoignage

Un témoignage qui souligne l’importance du père, dans une société où sa place dans le foyer est encore minorée. Comment l’absence d’un père peut-elle être si présente tout au long d’une vie?

Quand le père de Marianne Guillemin décède dans un accident d’avion, mort en héros en service commandé, elle n’est alors âgée que de 4 ans 1/2 et l’ainée de la fratrie. Pas d’explication, pas d’écoute, aucun mot pour habiller les maux, voire même le déni de ces derniers. «  Quand un enfant vit un événement traumatisant, on essaye, surtout s’il est jeune, de le lui faire oublier ». Telle sera l’attitude adoptée par l’entourage de la fillette, particulièrement sa mère et son omniprésente grand-mère. Non seulement elle sera invitée à ne pas se plaindre, mais elle devra afficher un visage heureux. N’est-elle pas aimée, entourée, bien nourrie et habillée? L’amour de ceux qui restent est censé gommer le traumatisme.

Mais quel impact peut avoir pareil déni sur la vie et la construction d’un enfant? Peut-on faire l’économie du travail de deuil et d’expression de ses émotions? Eviter d’évoquer la perte d’un proche pour préserver l’enfant, n’est-il pas risquer de l’exposer à plus grand dommage par la suite?

50 ans ont ainsi passé, sans que jamais Marianne ne s’autorise à poser de question sur ce père disparu, sans que jamais elle n’évoque le manque de son absence ni n’interroge sur les causes de son accident. Pour ne pas réveiller la blessure de sa mère. Pour se couler dans le moule qu’on a prévu pour elle. Never complain, never explain. Une censure qui a façonné sa personnalité, dessiné son caractère abandonnique et esquissé ses choix de vie. Une censure qui a fait d’elle un être prisonnier de son passé. Et de comprendre que pour avancer libre, il lui fallait savoir. Savoir qui était ce père qu’elle a si peu connu. Savoir quel couple il formait avec sa mère. Savoir pourquoi, ce 25 septembre 63, l’Aquilon de Pierre Guillemin s’est écrasé.

Sur les traces de son père, elle va peu à peu reconstruire le puzzle familial, remplir les vides, peupler les silences. Et se libérer. Enfin.

Un témoignage bouleversant et édifiant. A lire!

Informations pratiques :

Prix éditeur : 16€

Nombre de pages : 154

ISBN : 978 2315 00 629 8

La Kar’Interview de Xavier de Moulins, auteur de « Que ton règne vienne » (JC Lattès)

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Il y a quelques jours paraissait le troisième roman de Xavier de Moulins, Que ton règne vienne, aux éditions JC Lattès, roman plébiscité ici. Sous ses airs désenchantés, Que ton règne vienne est un vibrant hommage au père, au lien filial. Une illustration parfaite de cette phrase de Jules Renard, qui ouvre le livre en forme de mise en garde : « Un père a deux vies : la sienne et celle de son fils. » Un véritable coup de coeur!

Rencontre avec l’auteur :                                                                                     

Karine Fléjo : « La vie est plus forte que la trahison. La vie est plus forte qu’un chagrin d’amour » dit l’un de vos personnages. Si Paul semble sous le coup de la malchance, cumule les déboires, votre roman est cependant porteur d’espoir. Pensez-vous que l’on puisse sortir de toutes les épreuves, aussi insurmontables paraissent -elles à priori et déclencher le cercle vertueux du bonheur? Et surtout, se convaincre de cela peut-il être déjà salvateur en soi?

Xavier de Moulins : C’est tout l’esprit de « Que ton règne vienne », de démontrer ce ci… De dire que oui, la lumière triomphe de tout à condition cependant de ne pas être seul, de prendre le soin d’aimer ses amis, de conserver le goût  des autres, de celle  ou celui qui veille pour aider à remonter le chemin après la descente. Il n’y a pas de fatalité, jamais ! Même écrasé sous une tonne de roches noires, tant que le cœur bat, l’espoir demeure.

 KF :  Un bonheur qui a été entaché par la découverte d’une trahison que nous laisserons au lecteur le soin de découvrir. « Les expressions « bon père » et « bon mari » fusent, elles confirment ma théorie à propos des légendes personnelles et du marketing de soi : bien utilisées, elles lustrent parfaitement l’ego des menteurs. » Vint donc un moment où pour Paul les illusions devinrent illusoires. Finalement, le plus douloureux et le plus difficile n’est-il pas de perdre ses illusions sur une personne, plus encore que de perdre la personne elle-même? De s’avouer qu’on s’est trompé?…

XDM :  C’est le principe des illusions, elles sont là pour être abandonnées, laissées sur la route… Se délester du superflu, allégé son sac à dos, et courir loin… C’est douloureux certes, mais on se sent plus léger ensuite. La sensation de voler n’a pas de prix. Reste le courage de ne pas s’obstiner à aimer les mauvaises personnes, ça peut prendre du temps, une vie et peut être plus. S’avouer qu’on s’est trompé me semble capital, c’est commencer à se pardonner… C’est important de se pardonner.

KF :  Dans ces épreuves successives, l’amitié joue un rôle essentiel. Oscar et Paul se connaissent depuis l’enfance. Une amitié indéfectible. Une relation forte, qui, contrairement aux relations amoureuses vécues par les personnages, n’est pas altérée par l’épreuve du temps. Doit-on en conclure, comme le dit Paul que « l’amitié est meilleure que l’amour »?

XDM :  L’amitié à moins de chance de se briser que tout ce que l’on place dans une relation amoureuse qui a la lourde responsabilité, trop souvent, de devoir contenir plus que ce que l’amour peut supporter. Mais l’amitié comme l’amour est fragile, elle aussi doit s’entretenir pour voyager loin. C’est un muscle, un merveilleux muscle qu’il nous faut apprendre à exercer. L’amitié permet de voir alors plus loin que le bout de son nez contrairement  à l’amour, elle préserve  plus facilement de l’effet miroir , elle est plus tolérante aussi…

 KF :  Vous avez à ce titre une vision pessimiste du mariage. Quelle que soit l’orientation sexuelle, cette frénésie à se passer la bague au doigt vous laisse perplexe. Une illusion de bonheur là aussi?

XDM :  Sur la question du mariage, je ne suis pas toujours de mon avis !  Fondamentalement, je suis contre mais dans les faits je suis marié et très heureux de l’être. Je sais, c’est incompréhensible, mais ce genre de paradoxes me résume assez bien… C’est pour cela que j’ai besoin de donner vie à des personnages de roman pour soigner mes contradictions. Bref, je ne souhaite pas le mariage à grand monde et rends hommage  aux  quelques personnes qui ont réussi merveilleusement bien à être heureux dedans.

 KF :  Paul doit grandir dans l’ombre d’une figure tutélaire écrasante. Difficile de se faire une place, d’exister à côté de lui. Qu’est-ce qu’un père idéal selon vous, pour autant qu’il existe?

XDM :  Le père idéal n’existe pas. Il est par définition fantasmé, comme la femme idéale. Je suis moi-même un père imparfait qui a beaucoup de chose à améliorer. J’ai appris à l’accepter. Nous sommes en construction permanente. Même pendant la fermeture, les travaux continuent….

                                                                                                       Propos recueillis le 7 mars 2014

Retrouvez la chronique que j’ai consacrée à ce roman coup de coeur en cliquant sur ce lien : https://leschroniquesdekoryfee.wordpress.com/2014/03/06/que-ton-regne-vienne-de-xavier-de-moulins-editions-jc-lattes-un-pere-a-deux-vies-la-sienne-et-celle-de-son-fils/