Rentrée littéraire : Comment tu parles de ton père, Joann Sfar (Albin Michel)

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Comment tu parles de ton père, Joann Sfar

Editions Albin Michel

Rentrée littéraire.

Un livre pudique, émouvant et très personnel sur son père disparu.

VLe célèbre dessinateur de bandes dessinées et illustrateur a ici troqué ses crayons contre la plume. Une plume vive, sensible, qui nous fait passer du rire aux larmes, tandis qu’il lève le voile sur son enfance et les êtres chers trop tôt disparus.

Joann a 3 ans quand sa mère décède. Une mort qu’on lui cache tout d’abord. On lui dit alors qu’elle est partie en voyage. Mais le petit Joann, sans pouvoir mettre de mots sur cet étrange départ, sent qu’on lui cache quelque chose de grave. La preuve, les amis qui le gardaient pendant l’enterrement lui ont donné à manger du jambon, aliment ô combien interdit, or son père ne l’a même pas grondé ! Ce n’est que deux ans plus tard que son grand-père Arthur lui apprendra la vérité : sa maman est décédée d’une méningite foudroyante. Et son grand-père de rebondir aussitôt : «  Tu as la chance d’avoir appris avant les autres que tu étais mortel. Vis chaque jour. » Aussi dure soit cette nouvelle, c’est un soulagement pour l’enfant de ne plus se nourrir d’illusions sur le possible retour de sa mère. Et un basculement vers la fin de l’enfance.

Dans cette famille fantasque, le père est un avocat de renom et véritable don Juan. Un père aussi admiré que craint. Difficile de se construire dans l’ombre d’un tel homme. Un homme qui, pour survivre à la perte de son épouse, se réfugie dans la foi et la dureté. « Je voyais papa triste. Je m’efforçais de le rendre joyeux, il ne manquait pas de me dire que j’étais son roi et sa lumière. Il me couvrait de compliments, de réprimandes, de règles, mais il était triste et en colère. »

Un livre autobiograpique, témoignage très touchant d’un fils pour son père disparu, mais aussi portrait en creux du fils lui-même.

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T’Choupi dit non!, Thierry Courtin

9782092564875

T’Choupi dit non !, Thierry Courtin

Nathan, mai 2016

A partir de 2 ans

Quoi qu’on lui demande, il commence toujours par dire « non ». Est-il l’heure d’aller se coucher ou celle de s’habiller, doit-il se brosser les dents ou ranger ses jouets, c’est encore « non ». C’est la phase d’opposition de l’enfant. Vers l’âge de trois ans, votre enfant manifeste les premiers signes de son autonomisation. Il se détache réellement de sa mère et crée son propre monde. C’est le moment pour les parents de faire preuve d’autorité et d’assumer leur rôle d’éducateur.

C’est justement ce sujet qu’aborde le nouveau livre de la collection T’Choupi, le célèbre héros de Thierry Courtin. T’Choupi a en effet très envie de continuer à jouer dans le parc, quand bien même ce soit l’heure de la fermeture. Non, non et non, il ne veut pas écouter son père ! Comment le lui faire accepter sans heurt ? Il suffit au papa de faire preuve d’un peu d’imagination…

Un livre de petit format, facilement préhensible par les petites menottes de vos enfants, avec du papier glacé résistant et aux tâches et aux manipulations un peu rudes de ces derniers. Ils s’identifieront facilement à leur héros, dans des situations qui leur sont coutumières et apprendront que dire non n’est pas toujours la meilleure option !

Mon chevalier du ciel, Marianne Guillemin (éditions Max Milo)

Mon chevalier du ciel, de Marianne Guillemin

Editions Max Milo, janvier 2015

Témoignage

Un témoignage qui souligne l’importance du père, dans une société où sa place dans le foyer est encore minorée. Comment l’absence d’un père peut-elle être si présente tout au long d’une vie?

Quand le père de Marianne Guillemin décède dans un accident d’avion, mort en héros en service commandé, elle n’est alors âgée que de 4 ans 1/2 et l’ainée de la fratrie. Pas d’explication, pas d’écoute, aucun mot pour habiller les maux, voire même le déni de ces derniers. «  Quand un enfant vit un événement traumatisant, on essaye, surtout s’il est jeune, de le lui faire oublier ». Telle sera l’attitude adoptée par l’entourage de la fillette, particulièrement sa mère et son omniprésente grand-mère. Non seulement elle sera invitée à ne pas se plaindre, mais elle devra afficher un visage heureux. N’est-elle pas aimée, entourée, bien nourrie et habillée? L’amour de ceux qui restent est censé gommer le traumatisme.

Mais quel impact peut avoir pareil déni sur la vie et la construction d’un enfant? Peut-on faire l’économie du travail de deuil et d’expression de ses émotions? Eviter d’évoquer la perte d’un proche pour préserver l’enfant, n’est-il pas risquer de l’exposer à plus grand dommage par la suite?

50 ans ont ainsi passé, sans que jamais Marianne ne s’autorise à poser de question sur ce père disparu, sans que jamais elle n’évoque le manque de son absence ni n’interroge sur les causes de son accident. Pour ne pas réveiller la blessure de sa mère. Pour se couler dans le moule qu’on a prévu pour elle. Never complain, never explain. Une censure qui a façonné sa personnalité, dessiné son caractère abandonnique et esquissé ses choix de vie. Une censure qui a fait d’elle un être prisonnier de son passé. Et de comprendre que pour avancer libre, il lui fallait savoir. Savoir qui était ce père qu’elle a si peu connu. Savoir quel couple il formait avec sa mère. Savoir pourquoi, ce 25 septembre 63, l’Aquilon de Pierre Guillemin s’est écrasé.

Sur les traces de son père, elle va peu à peu reconstruire le puzzle familial, remplir les vides, peupler les silences. Et se libérer. Enfin.

Un témoignage bouleversant et édifiant. A lire!

Informations pratiques :

Prix éditeur : 16€

Nombre de pages : 154

ISBN : 978 2315 00 629 8

La Kar’Interview de Xavier de Moulins, auteur de « Que ton règne vienne » (JC Lattès)

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Il y a quelques jours paraissait le troisième roman de Xavier de Moulins, Que ton règne vienne, aux éditions JC Lattès, roman plébiscité ici. Sous ses airs désenchantés, Que ton règne vienne est un vibrant hommage au père, au lien filial. Une illustration parfaite de cette phrase de Jules Renard, qui ouvre le livre en forme de mise en garde : « Un père a deux vies : la sienne et celle de son fils. » Un véritable coup de coeur!

Rencontre avec l’auteur :                                                                                     

Karine Fléjo : « La vie est plus forte que la trahison. La vie est plus forte qu’un chagrin d’amour » dit l’un de vos personnages. Si Paul semble sous le coup de la malchance, cumule les déboires, votre roman est cependant porteur d’espoir. Pensez-vous que l’on puisse sortir de toutes les épreuves, aussi insurmontables paraissent -elles à priori et déclencher le cercle vertueux du bonheur? Et surtout, se convaincre de cela peut-il être déjà salvateur en soi?

Xavier de Moulins : C’est tout l’esprit de « Que ton règne vienne », de démontrer ce ci… De dire que oui, la lumière triomphe de tout à condition cependant de ne pas être seul, de prendre le soin d’aimer ses amis, de conserver le goût  des autres, de celle  ou celui qui veille pour aider à remonter le chemin après la descente. Il n’y a pas de fatalité, jamais ! Même écrasé sous une tonne de roches noires, tant que le cœur bat, l’espoir demeure.

 KF :  Un bonheur qui a été entaché par la découverte d’une trahison que nous laisserons au lecteur le soin de découvrir. « Les expressions « bon père » et « bon mari » fusent, elles confirment ma théorie à propos des légendes personnelles et du marketing de soi : bien utilisées, elles lustrent parfaitement l’ego des menteurs. » Vint donc un moment où pour Paul les illusions devinrent illusoires. Finalement, le plus douloureux et le plus difficile n’est-il pas de perdre ses illusions sur une personne, plus encore que de perdre la personne elle-même? De s’avouer qu’on s’est trompé?…

XDM :  C’est le principe des illusions, elles sont là pour être abandonnées, laissées sur la route… Se délester du superflu, allégé son sac à dos, et courir loin… C’est douloureux certes, mais on se sent plus léger ensuite. La sensation de voler n’a pas de prix. Reste le courage de ne pas s’obstiner à aimer les mauvaises personnes, ça peut prendre du temps, une vie et peut être plus. S’avouer qu’on s’est trompé me semble capital, c’est commencer à se pardonner… C’est important de se pardonner.

KF :  Dans ces épreuves successives, l’amitié joue un rôle essentiel. Oscar et Paul se connaissent depuis l’enfance. Une amitié indéfectible. Une relation forte, qui, contrairement aux relations amoureuses vécues par les personnages, n’est pas altérée par l’épreuve du temps. Doit-on en conclure, comme le dit Paul que « l’amitié est meilleure que l’amour »?

XDM :  L’amitié à moins de chance de se briser que tout ce que l’on place dans une relation amoureuse qui a la lourde responsabilité, trop souvent, de devoir contenir plus que ce que l’amour peut supporter. Mais l’amitié comme l’amour est fragile, elle aussi doit s’entretenir pour voyager loin. C’est un muscle, un merveilleux muscle qu’il nous faut apprendre à exercer. L’amitié permet de voir alors plus loin que le bout de son nez contrairement  à l’amour, elle préserve  plus facilement de l’effet miroir , elle est plus tolérante aussi…

 KF :  Vous avez à ce titre une vision pessimiste du mariage. Quelle que soit l’orientation sexuelle, cette frénésie à se passer la bague au doigt vous laisse perplexe. Une illusion de bonheur là aussi?

XDM :  Sur la question du mariage, je ne suis pas toujours de mon avis !  Fondamentalement, je suis contre mais dans les faits je suis marié et très heureux de l’être. Je sais, c’est incompréhensible, mais ce genre de paradoxes me résume assez bien… C’est pour cela que j’ai besoin de donner vie à des personnages de roman pour soigner mes contradictions. Bref, je ne souhaite pas le mariage à grand monde et rends hommage  aux  quelques personnes qui ont réussi merveilleusement bien à être heureux dedans.

 KF :  Paul doit grandir dans l’ombre d’une figure tutélaire écrasante. Difficile de se faire une place, d’exister à côté de lui. Qu’est-ce qu’un père idéal selon vous, pour autant qu’il existe?

XDM :  Le père idéal n’existe pas. Il est par définition fantasmé, comme la femme idéale. Je suis moi-même un père imparfait qui a beaucoup de chose à améliorer. J’ai appris à l’accepter. Nous sommes en construction permanente. Même pendant la fermeture, les travaux continuent….

                                                                                                       Propos recueillis le 7 mars 2014

Retrouvez la chronique que j’ai consacrée à ce roman coup de coeur en cliquant sur ce lien : https://leschroniquesdekoryfee.wordpress.com/2014/03/06/que-ton-regne-vienne-de-xavier-de-moulins-editions-jc-lattes-un-pere-a-deux-vies-la-sienne-et-celle-de-son-fils/

Que ton règne vienne, de Xavier de Moulins (éditions JC Lattès) : « Un père a deux vies, la sienne et celle de son fils. »

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Que ton règne vienne, de Xavier de Moulins

Éditions Jean-Claude Lattès, février 2014

Sous ses airs désenchantés, Que ton règne vienne est un vibrant hommage au père, au lien filial. Une illustration parfaite de cette phrase de Jules Renard, qui ouvre le livre en forme de mise en garde : « Un père a deux vies : la sienne et celle de son fils. »

Novembre 2013. Jean-Paul, le père de Paul, décède. Un père aimé, adulé par son fils, enfant et adolescent. Un héros. Toujours dans le désir de ne pas le décevoir, d’être à la hauteur de cette figure paternelle si brillante, Paul se sent tout petit, écrasé, incapable de rivaliser. La barre est si haute. Son amour à son endroit si grand. Et pourtant. Pourtant, s’il y a l’image de la figure tutélaire idéale, inaccessible, sacrée, il y a aussi l’autre, celle de l’homme dont « jusqu’au bout, rien n’a filtré de sa nature profonde » Qui était-il vraiment? « Les parents, c’est Steve McQueen et Faye Dunaway au pays de Oui-Oui. » Un amour solaire. Mais derrière la surface lisse des apparences, le couple parental était-il aussi idyllique que cela ou s’attachait-il seulement à le laisser croire? Et pourquoi cet amour filial, qui semblait inconditionnel, fait-il aujourd’hui place à de la haine?

2015. Paul est en dépression depuis deux ans et commence tout juste à se relever. Il a survécu à la mort de son père, mais pas à la trahison suprême qu’il a découverte… Une mort psychique. Violente. Un corps trainé comme s’il était tenu en laisse. Sa femme Ava et lui se sont séparés, il ne voit plus leurs deux enfants. La vie continue de s’écouler sans lui. Mais, fort heureusement, pas sans Oscar, son ami de la première heure, son frère de cœur, « son abscisse et son ordonnée », celui à qui il peut tout dire, avec lequel il peut tout partager. Parce que si l’amour résiste souvent mal à l’épreuve du temps, l’amitié, la vraie, est indéfectible. Et cette épreuve qu’il traverse le lui démontre si besoin était. Alors, puisque tout semble sourire à Oscar, lequel se marie, va être papa grâce à une mère porteuse, ce dernier va emporter Paul dans le sillage de ses bonheurs et lui faire partager sa lumière. L’aider à renaître.

Avec une écriture très nerveuse, Xavier de Moulins nous livre un roman très émouvant et plein d’espoir, celui d’une reconstruction, celui d’une amitié plus forte que l’amour, plus forte que tout…

A lire!!!

Que ton règne vienne, de Xavier de Moulins (éditions Jean-Claude Lattès)

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Que ton règne vienne, de Xavier de Moulins

Editions Jean-Claude Lattès, février 2014

Deux ans après l’enterrement de son père, Paul revient progressivement à la vie. Jean-Paul a été de ces pères solaires, flamboyants, qu’on se tue à trop aimer. Une enfance de carte postale, un ami à la vie à la mort, un amour absolu… Jean-Paul plane sur la vie de son fils, figure tutélaire écrasante autant qu’admirée. Jusqu’à un soir de novembre 2013, où tout va basculer.
Comment survivre quand le passé a un tel goût de trahison ? Paul en réchappe grâce à la fidélité d’Oscar, son ami d’enfance. Mais il lui reste tout à réapprendre…
Sous ses airs désenchantés, Que ton règne vienne est un vibrant hommage au père, au lien filial. Une illustration parfaite de cette phrase de Jules Renard, qui ouvre le livre en forme de mise en garde : « Un père a deux vies : la sienne et celle de son fils. »

Au nom du père, du fils et du rock’n roll, de Harold Cobert, aux éditions Héloïse d’Ormesson : des relations père-fils

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Au nom du père, du fils et du rock’n roll, de Harold Cobert

Éditions Héloïse d’Ormesson, avril 2013

     « Les enfants commencent par aimer leurs parents. En grandissant, ils les jugent. Parfois ils leur pardonnent. » Cet aphorisme d’Oscar Wilde, en exergue du roman, donne le La de cette partition romanesque sur fond de rock’n roll.

     Pour Victor, adolescent rebelle, la vie c’est sea, sexe and surf. Une forte tête. Insolence, provocation, coups de gueule, son père Christian est souvent pris à partie dans ses joutes verbales et attend que l’orage passe. Un gap générationnel les sépare. Un caractère rebelle les rapproche. Car Victor, qui se construit en opposition à la figure paternelle, ignore en réalité tout du parcours de ce dernier. Et tout particulièrement que Christian fut lui aussi un adolescent contestataire, délaissant ses brillantes études de mathématicien pour sa passion pour le rock’n roll. Et Christian de devenir le roi des nuits parisiennes, le maestro des platines, M. Best.

     Le fils et le père parviendront -ils à renouer le contact autrement que par l’affrontement? Un véritable dialogue pourra t-il se substituer aux éclats de voix?

     Dans ce roman qui couvre trois générations, Harold Cobert traite avec finesse de la relation complexe père-fils. Rivalité, opposition, complicité, à travers les portraits du père et du fils l’auteur rend formidablement bien compte de l’évolution des rapports, des incompréhensions, des manques et des besoins de chacun, de toutes ces notes qui vont s’inscrire ensuite sur la partition de leur personnalité. On vibre au diapason des émotions des personnages, on rit avec eux, on tremble avec eux, on s’emporte, on sourit. On n’a plus envie de les quitter…

     Une construction remarquable, un rythme soutenu digne d’un air de rock endiablé, des personnages indiciblement attachants, ce roman est une mélodie envoutante ponctuée par les beats des Rolling Stones et de Jimi Hendrix.

     A écouter…que dis-je…à lire!