Sa vie pour Picasso : Marie-Thérèse Walter

sa vie pour Picasso

Un magnifique hommage à une des muses de Picasso, tenue dans m’ombre par ce dernier : Marie-Thérèse Walter. Et, à travers elle, la relation cruelle de Picasso avec les femmes.

Marie-Thérèse Walter et Picasso

Fin des années 20, Marie-Thérèse Walter a 17 ans à peine quand elle est remarquée dans un grand magasin parisien par Picasso. Agé de 45 ans, le peintre renommé est un parfait inconnu pour la jeune femme. Tout comme ses œuvres. Sa blondeur nordique, ses yeux d’un bleu céruléen, son profil grec, son teint clair, son allure sportive séduisent immédiatement le peintre, alors marié depuis dix ans à Olga Khokhlova, mère de son fils Paulo.

Marie-Thérèse accepte de poser comme modèle et devient rapidement une source d’inspiration joyeuse et foisonnante pour Picasso, une bouffée d’oxygène dans un quotidien avec Olga dont il commence à se lasser. Marie-Thérèse ne connait rien à l’art, rien à l’amour. Naïve, admirative, aveuglée, la jeune femme se soumet à tous les désirs et toutes les volontés du peintre. Sous emprise. Une adoration qui tourne au fétichisme, tandis qu’elle conserve comme de précieuses reliques ses cheveux et ses ongles coupés. Celle qui était le vilain petit canard de la fratrie, la benjamine et seule des trois filles à ne pas se destiner à des études de médecine, prend une forme de revanche sur la vie : elle devient la muse de Picasso, son amour fou.

Mais comme pour toutes celles qui l’ont précédé, la lassitude gagne Picasso. « Pour lui, seul compte sa peinture, ses croyances, ses besoins, ses désirs. Les autres ne sont que des instruments ou des obstacles. » Aussi, peu de temps après la naissance de leur fille Maya, fille qu’il adore mais refuse de reconnaitre officiellement, tout comme il refuse de s’afficher officiellement avec Marie-Thérèse, il répudie cette dernière… Sans aucun état d’âme.

Picasso et les femmes

« Aucune femme ne quitte un homme comme moi » disait Picasso. Une simple phrase qui résume à elle seule l’incroyable emprise qu’il sait avoir sur les femmes. Et son sentiment incommensurable de supériorité. Avec Sa vie pour Picasso, paru aux éditions Stock en ce mois de mai, Brigitte Benkemoun rend hommage passionnant et vivant à une femme discrète, qui s’est contentée toute sa vie de l’ombre dans laquelle Picasso l’a reléguée : Marie-Thérèse Walter. Une femme dont Picasso est le premier et dernier amour et qui, même 30 ans après être tombée en disgrâce, même sans jamais ou rarement avoir de réponse, continue à lui écrire au quotidien.

Plus largement, à travers le comportement de Picasso envers Marie-Thérèse, c’est l’attitude destructrice du peintre envers les femmes qui est mise en évidence. « Un génie absolu, mais un monstre d’égoïsme, qui ne vit que pour sa peinture et dévore celles qui la nourrissent. (…) une machine à broyer, à vampiriser au service de son œuvre. »

Un livre passionnant, édifiant.

Informations pratiques

Sa vie pour Picasso – Marie-Thérèse Walter – éditions Stock, mai 2022- 247 pages