La seconde vie de Rachel Baker, Lucie Brémeault

La seconde vie de Rachel Baker

©Karine Fléjo photographie

Quand vous vous trouvez au mauvais endroit, au mauvais moment, c’est toute votre vie qui peut basculer. Un premier roman passionnant, aux personnages particulièrement attachants. Coup de cœur ❤  !

Quand la vie bascule

Rachel Baker est serveuse dans un diner situé dans un coin perdu de l’Alabama. Ce soir-là, alors qu’elle effectue son service comme d’habitude, trois hommes armés entrent et se mettent à tirer dans la salle. Elle est la seule survivante. Tous, y compris son amant, ont péri. Pourquoi l’ont-ils épargnée ?

Quand Nick Follers, agent de police, est dépêché sur place, c’est une femme terrifiée qu’il trouve au milieu du carnage. Rachel sait que sa vie vient de basculer  et ne sera plus jamais la même. Traumatisée, éprouvée par le chagrin d’avoir perdu son amant dans la tuerie, et par tous ces innocents abattus sous ses yeux, elle sent cependant peu à peu en elle la colère se substituer à la peine et à la peur. Colère et haine. 

Saura-t-elle les juguler, ou la psy qui la suit a-t-elle raison de craindre qu’elle ne bascule dans la violence ?

Et Nick Follers, saura-il garder avec le témoin la distance inhérente à ses fonctions ? 

Un premier roman passionnant

C’est un premier roman très abouti que nous offre Lucie Brémeault. Ses personnages, aussi bien Rachel Baker que Nick Follers, se situent à un carrefour de leur existence. Une rencontre, un événement, peuvent en effet fragiliser l’équilibre de ces funambules de la vie qu’ils sont, que nous sommes. L’auteur refuse ainsi toute vision manichéenne de l’être humain : personne n’est ni blanc ni noir, fondamentalement bon ou fondamentalement mauvais. Une vision particulièrement bien illustrée par le portrait de ces femmes si attachantes, que côtoie en prison Lucie Baker. Des femmes dont la vie a soudainement basculé, sans que cela ne fasse d’elles des monstres . Des femmes qui pourraient être vous ou moi demain.

«  En fait, elles auraient pu être comme toutes les autres femmes de cette planète si la vie en avait décidé autrement. »

Impossible de reposer le roman une fois la lecture commencée. La fluidité de l’écriture de l’auteure, l’intimité qu’elle sait créer d’emblée entre ses personnages et le lecteur, la tension permanente du récit, vous happent dès les premières pages. Elle analyse avec brio la fragilité de nos existences, ces moments charnières où tout peut basculer. A-t-on un pouvoir sur notre vie, sur la vie en général, sur l’orientation qu’elle prend? Ou doit-on accepter le destin comme une fatalité ?

Un vrai gros coup de coeur!

Informations pratiques

La seconde vie de Rachel Baker, Lucie Brémeault -Editions Plon, février 2020 – 274 pages – 18,90€

 

 

La liberté n’est pas un crime, Shaparak Shajarizadeh

La liberté n'est pas un crime, Shaparak Shajarizadeh

©Karine Fléjo photographie

Shaparak Shajarizadeh est devenue une figure de proue du mouvement pour le respect du droit des femmes en Iran. Pour avoir manifesté contre le port du voile et incité d’autres femmes à renoncer au port obligatoire du hijab, elle a été emprisonnée et torturée. Un témoignage édifiant.

Naître femme en Iran

« Je n’ai ni volé, ni tué, ni menti. Je n’ai fait de mal à personne. Je me suis exprimée pour dénoncer la condition des femmes dans notre pays. Mais en Iran, le régime n’aime pas les femmes qui revendiquent leurs droits. Le régime n’aime pas les femmes. Tout court. »

Shaparak est une jeune mère épanouie et une épouse aimante. Mais elle s’est sentie très vite en prison dans son pays. Si les femmes de la génération de sa mère ont connu une relative liberté, ont eu le droit de porter des robes colorées, de faire des études supérieures, de conduire, de laisser leurs cheveux voler au vent, de divorcer, d’avoir la garde de leurs enfants, la révolution de 1979 a changé diamétralement la donne. Les droits des femmes à l’égalité, à la dignité, à la liberté de croyance et d’expression ont été bafoués.

Mais Shaparak n’est pas femme à se résigner. Elle refuse de suivre aveuglément ce qu’on impose aux femmes au nom de grands principes religieux, de règles sexistes conçues pour écraser la moitié de l’humanité.

« Être femme en Iran, c’est sentir en permanence l’ombre de la peur sur ses épaules. C’est s’habituer à être surveillée par la police des mœurs. »

Inspirée par le mouvement des suffragettes, elle décide de se joindre au mouvement des « Mercredis blancs » contre le voile obligatoire : et de sortir tête nue dans la rue, un voile blanc accroché au bout d’un bâton. Et d’exhorter sur les réseaux sociaux, d’autres femmes à la suivre. Question de dignité et de liberté. Une revendication qui lui vaut une première arrestation, des tortures et une incarcération. Soutenue par la célèbre avocate Nasrin Sotoudeh, connue pour venir en aide aux femmes iraniennes bafouées, Sharapak sort de prison. Mais ne renonce pas à son combat. Une combattivité et un courage, qui mettent sa vie et celle de ses proches en péril. Son seul salut sera de fuir l’Iran.

Un témoignage édifiant sur la condition des femmes en Iran

Shaparak Shajarizadeh a trouvé l’exil au Canada l’an dernier, avec ses proches. Mais n’en oublie pas pour autant la bataille qu’elle a menée dans son pays pour faire respecter les droits des femmes, pour que cessent toutes ces atteintes à leurs libertés fondamentales. Avec ce livre témoignage, elle ouvre les yeux au monde entier sur ce qui se passe en Iran quand on naît femme aujourd’hui. Elle se fait la porte-parole de toutes celles qui n’ont pas le droit de s’exprimer, à commencer par son avocate, emprisonnée à Téhéran pour l’avoir soutenue dans sa cause. Elle alerte, informe, éveille les consciences.

« La liberté n’est pas un crime » relate son parcours hors du commun, celui d’une femme résolue à se battre jusqu’au bout, pour elle et toutes les autres femmes de son pays. En 2018, Shaparak Shajarizadeh a été distinguée par la BBC comme l’une des « 100 femmes les plus inspirantes au monde ». En février 2020, elle a été lauréate du Women’sRight Award .

Un témoignage édifiant.

 

15 livres à offrir pour Noël : ma sélection

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Vous cherchez un cadeau personnalisé, divertissant, instructif, qui fasse voyager et puisse être partagé ? Stop !!! Ne cherchez plus, j’ai la perle rare : LE cadeau idéal, qui cumule toutes ces particularités (et celle de ne pas vous ruiner, donc vous pouvez en offrir plusieurs), existe. C’est LE LIVRE 😊 Et là vous souriez, avant de vous raviser : un livre, oui, mais quel livre ? Rassurez-vous, j’ai la liste miracle! Voici ma sélection de 15 livres parus ces six derniers mois.

NB : il vous suffit de cliquer sur le titre du livre pour pouvoir lire sa chronique. Elle n’est pas belle la vie? 🙂

🎄Pour un Noël parfait 🎄

Mon coup de cœur absolu ❤ de ces six derniers mois, c’est ce livre profond, sensible, d’un humour absolument jubilatoire : Feel Good, de Thomas Gunzig aux éditions Le Diable Vauvert . Attention ce n’est pas un feel good, mais un roman savoureusement drôle, qui, à travers ses attachants personnages, et un humour féroce, se révèle être une satire de notre société en général et du milieu de l’édition en particulier. A lire ABSOLUMENT. Et à offrir, forcément!

🎄Pour un Noël solidaire 🎄

13 à table, Collectif aux éditions Pocket. Un livre acheté 5€ =4 repas offerts. Pour la 6ème année, les éditions Pocket et leur directrice éditoriale Charlotte Lefèvre, s’associent aux restos du cœur en publiant un recueil de nouvelles, intitulé 13 à table, rédigé par 17 talentueux auteurs, dont les bénéfices sont reversés intégralement aux Restos du cœur. Les auteurs : Philippe BESSON • Françoise BOURDIN • Michel BUSSI • Adeline DIEUDONNÉ • François d’EPENOUX • Éric GIACOMETTI • Karine GIEBEL • Philippe JAENADA • Yasmina KHADRA • Alexandra LAPIERRE • Agnès MARTIN-LUGAND • Nicolas MATHIEU • Véronique OVALDÉ • Camille PASCAL • Romain PUÉRTOLAS • Jacques RAVENNE • Leïla SLIMANI

🎄Pour un Noël plein de rires 🎄

Daddy gaga, de Julien Chavanes, aux éditions Plon. Comment endormir votre bout de chou alors que Pimpinou le doudou lapin, quelque peu décati et charriant des bactéries non encore identifiées par la science, a fugué loin de son tortionnaire mâchouilleur d’oreilles? Comment habiller ce petit ange le matin, alors qu’à 10 minutes de la sonnerie de l’école, il est encore en slip et le dentifrice plein les cheveux au milieu du salon? Si vous avez envie de passer un moment de lecture jubilatoire, entre couches, biberons et bain du petit dernier, alors plongez-vous dans Daddy gaga, ou les tribulations hilarantes d’un jeune papa. Un pur bonheur!

🎄Pour un Noël passionnant 🎄

Honoré et moi, de Titiou Lecoq aux éditions de L’iconoclaste : Vous pensiez tout savoir sur Balzac ? Vous l’avez pris en grippe lors de vos années au lycée ? Les biographies académiques vous ennuient ? Alors ce livre est fait pour vous ! Balzac, comme vous ne l’avez jamais vu, jamais lu, sous la plume jubilatoire de Titiou Lecoq.

On ne meurt pas d’amour, de Géraldine Dalban-Moreynas, aux éditions Plon : Un premier roman extrêmement fort, percutant, saisissant, sur une histoire d’amour adultérine particulièrement addictive et destructrice. L’emprise affective servie par la plume incisive de Géraldine Dalban-Moreynas.

Khalil, de Yasmina Khadra, aux éditions Pocket : Quand Yasmina Khadra se glisse dans la tête d’un terroriste prêt à se faire sauter. La radicalisation décortiquée de l’intérieur. Fascinant, brillant. Essentiel.

Une bête au paradis, de Cécile Coulon aux éditions de l’Iconoclaste : Le roman de deux générations de femmes littéralement possédées par leurs terres. Un roman envoûtant, ensorcelant. Magistralement écrit.

🎄Pour un Noël sous le signe du suspens 🎄

Ne t’enfuis plus, de Harlan Coben aux éditions Belfond : Drogue, emprise, secte, secrets de famille sont au programme du thriller haletant de Harlan Coben aux éditions Belfond. Et en filigrane, cette question : jusqu’où seriez-vous prêts à aller pour sauver votre enfant ?

Pour un Noël en enfance

Jules César, de Anne-Dauphine Julliand, aux éditions Les arènes : Après « Deux petits pas sur le sable mouillé » et le film documentaire « Et les mistrals gagnants », Anne-Dauphine Julliand, journaliste, signe son premier roman. Un roman aussi lumineux que bouleversant, dans lequel l’auteure nous interroge : jusqu’où serions-nous prêts à aller pour sauver la vie d’un enfant ?

Le rêve de la baleine, de Ben Hobson, aux éditions Rivages. Après le décès de sa mère, Sam, 13 ans, doit composer avec son chagrin et avec celui de son père. Un homme taiseux, qui a l’habitude de s’absenter plusieurs mois pour aller dépecer les baleines dans une usine. Comment vivre avec la douleur et l’absence ? Comment réinventer sa vie, tant pour le fils que pour le père ? Un conte initiatique d’une grande beauté.

🎄Pour un Noël viscéralement humain🎄

Le cœur battant du monde, de Sébastien Spitzer, aux éditions Albin Michel : Médecin, il n’en peut plus d’aider ces femmes à avorter. Cette fois, il va sauver la vie du bébé. En secret. Or cet enfant n’est autre que le fils adultérin de Karl Marx. Un roman passionnant, émouvant, magnifique, sur le parcours d’un enfant qui doit se construire en l’absence de racines.

Les guerres intérieures, de Valérie Tong Cuong aux éditions Jean-Claude Lattès: Valérie Tong Cuong nous offre un roman fascinant et une analyse d’une grande justesse sur ces guerres intérieures que nous menons contre notre culpabilité, notre mauvaise conscience, nos regrets et remords. Un coup de cœur pour la lumineuse plume de Valérie!

La dernière fois que j’ai vu Adèle, Astrid Eliard, aux éditions Mercure de France : Après Danser, roman que j’avais plébiscité en 2016, c’est avec ferveur que je vous recommande La dernière fois que j’ai vu Adèle, le nouveau roman d’Astrid Eliard. Un roman sur la double sidération d’une mère, quand elle apprend la disparition de son enfant et découvre qu’elle s’est embrigadée. Percutant, captivant, admirablement traité.

Je ne suis pas seul à être seul, de Jean-Louis Fournier aux éditions JC Lattès : Un livre délicat, sensible et facétieux sur la solitude. Ou quand Jean-Louis Fournier excelle à nous faire sourire de ce qui est grave, à nous émouvoir d’une phrase, d’un mot, d’un silence.

Les victorieuses , de Laetitia Colombani aux éditions Grasset : Après l’immense succès de La tresse, Laetitia Colombani nous offre un deuxième roman tout aussi viscéralement humain, Les victorieuses. Un roman qui donne la parole à ces femmes malmenées par la vie, courageuses et généreuses, recueillies par l’Armée du salut au Palais de la femme. Un véritable hymne à la solidarité.

🎄Pour un Noël riche en découvertes🎄

Méditer, le bonheur d’être présent, de Fabrice Midal aux éditions Philippe Rey : Un roman graphique passionnant, sur ce qui a amené Fabrice Midal à la méditation et en quoi elle lui a sauvé la vie. Le partage d’une expérience riche, superbement scénarisé et illustré. Ou la méditation vue de l’intérieur.

Entre ombre et lumière, de Stéphane Allix, aux éditions Flammarion : Un livre très personnel sur l’itinéraire du grand reporter Stéphane Allix, illustré par ses magnifiques photographies. Et bien plus encore : le partage d’expériences humaines indiciblement riches qui ouvrent à d’autres perceptions du monde.

 

Daddy Gaga, Julien Chabanes : HILARANT

Daddy Gaga par Julien Chabanes aux éditions Plon

©Karine Fléjo photographie

Vous avez envie de passer un moment de lecture jubilatoire, entre couches, biberons et bain du petit dernier? Alors plongez-vous dans Daddy gaga, ou les tribulations hilarantes d’un jeune papa. Un pur bonheur!

Les tribulations désopilantes d’un jeune papa

  • Vous avez envie de mettre du soleil dans votre esprit au coeur de l’automne ?
  • Vous n’avez pas peur de passer pour un(e) fêlé(e) en riant dans les transports en commun à la lecture d’un livre?
  • Vous avez envie d’accompagner un homme raide dingue de son bout de chou dans ses premiers pas de papa, ou plutôt, de Daddy Gaga?

Alors n’hésitez plus, ce livre est fait pour vous!

Dans Daddy Gaga, nous suivons les premiers pas d’un homme dans ce monde à la fois merveilleux, magique, mais aussi inconnu et donc un peu inquiétant, de la paternité. Alors certes, il y a pléthore de guides sur l’accompagnement du nouveau-né, mais ce que nous propose Julien Chabanes est cent fois, que dis-je, mille fois mieux : il nous parle de sa propre expérience à la naissance de sa fille, de ses tâtonnements, de ses émerveillements, de ses questionnements, avec un humour cocasse. Du blocus des selles à son ÉNORME fièvre de 37,8°, en passant par la prise de tête pour l’endormir, on rit à chaque page. Et surtout, l’auteur n’hésite pas à rire de lui-même, de ses peurs, de ses maladresses.

Quand il faut changer sa couche , le faire dormir, manger, quand il est constipé, fiévreux, quand tu décides de l’emmener au resto, quand tu le confies pour la première fois, quand il entre à l’école, quand c’est l’heure de l’histoire du soir, quand il pose un milliard de questions, ce sont pas moins de 30 situations ordinaires de la vie d’un parent, que Julien Chabanes transforme en 30 extraordinaires fous-rires.

Un inénarrable humour mâtiné de tendresse

Julien Chavanes est rédacteur en chef du magazine NEON. Vous avez peut-être lu certaines de ses chroniques de nouveau papa dans ce magazine, chroniques savoureuses relatives à son expérience de la paternité. Eh bien, dans ce livre que je conseille VIVEMENT à chacun d’entre vous (il devrait être remboursé par la sécurité sociale !), ce sont pas moins de trente aventures sur le territoire inconnu de la paternité, que nous offre notre heureux papa alias Daddy Gaga. Des mésaventures pleines de tendresse, de malice, de drôlerie. D’amour.

Comment endormir votre bout de chou alors que Pimpinou le doudou lapin, quelque peu décati et charriant des bactéries non encore identifiées par la science, a fugué loin de son tortionnaire mâchouilleur d’oreilles? Comment habiller ce petit ange le matin, alors qu’à 10 minutes de la sonnerie de l’école, il est encore en slip et le dentifrice plein les cheveux au milieu du salon? Vous ne changerez jamais plus un enfant ou ne chercherez jamais plus son doudou sans avoir une pensée souriante pour Daddy Gaga. Un papa qui s’est lancé à cœur et à corps perdu dans l’aventure, fou d’amour pour sa progéniture. Un super papa!

Si j’ai aimé ce livre? Non, je ne l’ai pas aimé, je l’ai ADORÉ !

 

On ne voit bien qu’avec le cœur, Maria Doyle (éditions Plon)

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On ne voit bien qu’avec le cœur, Maria Doyle

Editions Plon, septembre 2018

Récit

Aveugle depuis l’âge de neuf ans, Maria Doyle retrace son parcours depuis l’Irlande où elle est née au début des années 60, jusqu’à aujourd’hui : le destin étonnant d’une fillette et femme qui a décidé que son handicap ne serait pas un obstacle à la réalisation de ses rêves. Et y est parvenue.

Maria est venue au monde dans une famille irlandaise très modeste au début des années 60, une famille dans laquelle on connaît la faim et le froid. Quand sa vue se brouille en classe et que le verdict de l’ophtalmologue tombe, « maladie génétique incurable », elle refuse, du haut de ses neuf ans, de se laisser abattre. « Maintenant tu vas devoir apprendre à vivre autrement car ta maladie va encore évoluer jusqu’à ce que tu perdes complètement la vue. Tu vas donc être obligée de modifier certaines choses. » Une perspective inconcevable pour l’enfant. « Je ne veux pas m’adapter à la maladie ! C’est la maladie qui va s’adapter à moi ! ».

Et de s’en tenir à sa volonté farouche de mener une existence comme les voyants. Elle s’enfuira de l’école pour aveugles et fera 40 kilomètres à pied pour regagner la maison de ses parents. Et réintégrera l’école classique.

Elle continuera les activités sportives, développera une mémoire phénoménale pour retenir ses cours à défaut de les visualiser. Sa passion ? Le chant. Après un rôle décroché dans une comédie musicale, elle ira représenter l’Irlande à l’Eurovision, entamera une carrière aux Etats-Unis. Rien ne l’arrête.

Ce témoignage de Maria Doyle, aujourd’hui heureuse maman de sept enfants, vise à montrer à chacun combien le regard que l’on porte sur son handicap est essentiel. Face au handicap, à la maladie, on peut s’effondrer dans un fauteuil de lamentations et devenir spectateur de sa vie ou…décider de se battre pour donner vie à ses rêves, garder espoir toujours. Être acteur. Un portrait touchant, plein d’humour. Une ode à la combativité.

Agatha, Frédérique Deghelt (éditions Plon)

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Agatha, Frédérique Deghelt

Editions Plon, mai 2017

Que se passe-t-il dans la tête d’un auteur victime du syndrome de la page blanche ? Quand les évènements douloureux s’enchaînent et privent Agatha Christie de son inspiration, elle transforme sa vie en fiction…

Dans ce roman entièrement rédigé à la première personne, sous forme de soliloque, Frédérique Deghelt se glisse avec brio dans le cerveau de la reine du crime, à un moment de bascule dans sa vie. Très proche de sa mère, Agatha se retrouve complètement désemparée à la mort de cette dernière, privée de ses conseils, de son écoute, de son amour. Certes, il y a son mari à ses côtés. Mais justement. Ce dernier lui fait part de son brusque désir de divorcer. Une douleur térébrante déchire alors le cœur et l’âme de la romancière. Les deux piliers affectifs de sa vie s’effondrent. Celle qui connaît un succès grandissant, baptisée la reine du crime, se retrouve soudain sans plus aucune inspiration.

« Tu laisses une femme qui, dès que tu as eu le dos tourné pour rejoindre la tombe, a reçu de plein fouet ne vie tragique dont elle ignorait même l’existence. »

Submergée de douleur, rien n’émerge de son cerveau. Pas la moindre phrase. Pas le moindre mot. Elle décide alors de disparaître. Et de mettre en scène sa disparition. Voire son crime. Où quand la vie flirte avec la fiction, que vous devenez votre personnage et ne maîtrisez plus l’histoire…

C’est sur ce chapitre précis, empli d’ombre, que revient Frédérique Deghelt. Car celle qui a vendu plus de 4 milliards de livres à ce jour, a laissé planer le mystère sur cette disparition jusqu’à son dernier souffle. Folie passagère ? Réelle amnésie post-traumatique ? Acte désespéré d’une femme trahie ? Opération médiatique ? Suicide ? Meurtre ? Tandis que les médias de l’époque s’emparent de l’affaire et émettent plusieurs hypothèses, Frédérique Deghelt en imagine une version.

Ce roman se lit d’une traite, rédigé dans une écriture très fluide, au plus près des émotions du personnage. Une réussite, donc. Mais. Mais ce qui m’a beaucoup gênée, c’est ce sentiment de déjà vu, de déjà lu. En effet, Brigitte Kernel avait déjà consacré un brillant roman à cette disparition d’Agatha : « Agatha Christie, le chapitre disparu » (Flammarion, janvier 2016). Outre le fait que cet épisode m’était donc déjà connu, j’ai préféré l’angle sous lequel Brigitte Kernel l’a traité : celui du thriller psychologique.

Le vertige des falaises, Gilles Paris (éditions Plon): envoûtant!

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Le vertige des falaises, Gilles Paris

Editions Plon, avril 2017

 

Gilles Paris nous offre un roman dans lequel, une nouvelle fois, il excelle à évoquer les sujets graves avec légèreté, avec cette candeur propre à l’enfance. Un coup de cœur.

 

C’est sur une île quelque peu hostile et inquiétante, dans une maison appelée Glass, à l’architecture étrange de verre et d’acier, que vit le clan matriarcal des Mortemer. La grand-mère Olivia, protectrice et aimante, la fille Rose qui lutte contre la maladie. Et l’intrépide et insolente petite-fille Marnie. En l’espace d’un an, le fils Luc, mais aussi le mari d’Olivia sont décédés. A croire que les hommes ne sont pas les bienvenus en ces lieux. Les voisins sont d’ailleurs des voisines : la gouvernante et sa fille aveugle.

Dans ce coin sauvage, à l’écart du continent, les êtres comme la côte sont battus par les vagues, chahutés par les tempêtes de la vie. Mais chacun reste debout, véritable phare dans la tourmente. Chacun résiste, à l’image de la structure d’acier de Glass. Mais nul n’a la transparence de son verre. Car chaque habitant de l’île couve son secret, inquiétant, obsédant. Pourquoi les hommes ont-ils été ainsi décimés ? Quels sont les secrets de cette famille Mortemer ? Et si une personne détenait à elle seule la clef de tous ces mystères ?

 

Dans ce roman choral au suspens hitchcockien, Gilles Paris se glisse avec talent dans la peau d’une enfant de 14 ans, Marnie. Avec l’innocence apparente de son regard d’adolescente, il aborde des sujets aussi graves que la violence conjugale, l’abandon, la maladie, la mort, mais avec la légèreté d’une plume. De sa plume. Car c’est une des qualités de ce romancier : cette capacité extraordinaire à évoquer les thèmes les plus sombres avec la lumière de l’enfance, de l’espoir et du cœur. De sorte que l’aube n’est jamais très loin de la nuit. Vous serez envoûtés par les lieux, hantés par les personnages. Et ne découvrirez qu’à la toute fin le secret du clan. Une chute aussi vertigineuse que les falaises !

Andy, de Brigitte Kernel aux éditions Plon : Warhol sur le divan de Brigitte Kernel

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Andy, de Brigitte Kernel

Editions Plon, février 2013

    

     Qui ne connaît pas Andy Warhol, un des plus fervents innovateurs du pop art mais aussi producteur, acteur, auteur de films avant-gardistes? Qui n’a pas en mémoire ses reproductions par sérigraphie, ses boîtes de soupe Cambell’s, son allure déjantée? Pour autant qui est la personne derrière l’extravagant personnage? Qui est Andrew Warhola?

     Nul mieux qu’un psy ne pouvait sonder l’être sous le par-être. Nulle mieux que la plume si fine de Brigitte Kernel ne pouvait mettre à nu son âme torturée.

     Ce sont ainsi onze séances chez un psy New-yorkais que nous livre l’auteur. Onze séances comme les onze organes atteints suite à l’attentat dont il a été victime. Onze comme l’âge de celui qui l’a une première fois « tué ». « 11 le chiffre de l’enfer sur terre. Le chiffre du malin. » Lui qui peinait à se sentir exister de son vivant, ne sait plus s’il est vivant ou mort après ce coup de revolver tiré par Valérie Solanas. Et la torpeur qui fait place de faire ressurgir ses vieux démons. Avec force. La mort de sa soeur, son homosexualité réprimée, son rapport fusionnel avec sa mère, ce voyeurisme obsessionnel qui l’anime, ce sentiment d’usurper une place au sein des artistes, sa fascination de midinette pour les célébrités, Brigitte Kernel se fait le porte-parole de ses angoisses avec une énergie époustouflante. Onze séances menées à toute plume. Vers une chute vertigineuse…

L’aimer ou le fuir, Delphine de Malherbe : la brûlure

 

La brûlure

      Mariée à Henri de Jouvenel, rédacteur en chef du journal Le Matin et politicien de renom, Colette découvre que ce dernier la trompe. Meurtrie, déjà échaudée par les frasques de son précédent mari Willy, elle se réfugie dans sa propriété bretonne. C’est alors que Bertrand, le fils d’Henri,17 ans, de trente ans son cadet, la rejoint et lui déclare sa flamme…

      Que faire ? L’aimer ou le fuir?

      Un dilemme insoutenable pour Colette, chantre de la liberté, de la transgression des règles, à la vie rythmée par les battements de son cœur et l’assouvissement de ses désirs bien davantage que par la voix de la morale bien pensante. Une femme qui a toujours inventé la mode et prend comme un reniement à ses valeurs le fait de se plier à la norme. Car si la raison lui dicte de maintenir ce jeune homme promis à un grand avenir à distance, force lui est de reconnaître qu’il l’attire. Fortement. Et ce n’est pas tant l’écart d’âge qui soit un problème, que le fait qu’il soit son beau-fils.

      Avec une infinie sensibilité, une ineffable sensualité et une plume d’une justesse chirurgicale, Delphine de Malherbe nous livre les réflexions de Colette, lors d’une unique séance de psychanalyse fictive. Une séance où le lecteur est pris à témoin des émotions contradictoires qui l’animent, où les failles de cette femme « alchimie subtile de fragilité humaine et de force inhumaine », s’ouvrent sous nos yeux. Car si tous voient en elle un génie, une personne élégante, solide, c’est une vision bien restrictive de sa personnalité. Esclave de la tyrannie de Willy pendant des années, lequel lui a volé son travail, son nom, son talent, l’a trompée à tout va, Colette est restée une écorchée vive. «  Une souffrance aussi aiguë demeure égale au fil du temps. »

      L’amour de Bertrand pourrait-il être un baume lénifiant, un remède à ses blessures ?

      Des interrogations que Delphine de Malherbe mène à un rythme effréné, avec une énergie absolument époustouflante.

Un livre MAGISTRAL.