L’île des absents, Caroline Eriksson (Presses de la Cité) : un premier thriller suédois

L’île des absents, Caroline Eriksson

Editions des Presses de la cité, juin 2018

Un premier roman suédois, sur des disparitions inquiétantes au milieu d’un lac à l’eau noire et stagnante, surnommé Cauchemar. De quoi faire frissonner ? Pour ma part, j’ai eu du mal à accoster sur l’île de Caroline Eriksson…

Greta, Alex et leur fille Smilla sont en vacances et décident à cette occasion d’aller faire un tour en hors-bord sur un ilot situé au cœur d’un lac aux eaux sombres et maudites depuis la nuit des temps, surnommé le Cauchemar. Mais arrivés à proximité de l’îlot, Greta préfère rester sur le bateau. Alex et Smilla vont explorer l’île comme deux vrais pirates.

Or les heures passent et Greta ne les voit toujours pas revenir. Aucun bruit, aucun appel, elle décide d’aller à leur rencontre sur l’île. En vain, aucune trace de leur passage. Elle décide alors de rentrer au cottage. Qui sait, ils lui ont peut-être joué un tour et l’attendent bien tranquillement, jubilant de leur farce, à la maison ? Mais quand elle arrive au cottage, seul Tirith, le petit animal de Smilla, l’attend.

Jusqu’ici, je nageais en eaux à peu près claires avec ce roman… Puis l’auteur a prolongé l’intrigue en multipliant les rebondissements tordus, les invraisemblances, les longueurs, de sorte que je ne suis pas parvenue à trouver une réelle crédibilité à cette histoire. Comment expliquer que Greta aille bien tranquillement se coucher, prenne ses repas tout aussi tranquillement, si son conjoint, qui se révèlera être son amant, et la petite Smilla, ont disparu ? Comment expliquer qu’elle fasse des bonds de kangourou au moindre bruit, panique quand elle voit son ombre, mais attend plusieurs jours avant d’alerter la police sur leur disparition ? Certes, Greta souffre de déséquilibres psychologiques issus de son enfance traumatique et a des réactions pour le moins bizarres, mais quand même…Cela ne m’a pas paru bien cohérent.

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Au rendez-vous des élégantes, Susana Lopez-Rubio (Presses de la cité)

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Au rendez-vous des élégantes, Susana Lopez Rubio

Editions Presses de la cité, mai 2018

Offrez-vous un voyage dans l’espace et dans le temps. Avec ce roman, partez dans le Cuba des années 50, son exubérance, sa musique, son apparente insouciance, mais aussi sa mafia, sa criminalité, sa dictature. Passionnant.

En 1947, âgé de 19 ans, Patricio a tout perdu. Son père a été tué par des franquistes. Sa mère a été assassinée par des républicains pour avoir abrité une cousine religieuse chez elle. Alors il décide de tenter le tout pour le tout, de fuir la misère en Espagne et de vendre la bague de sa grand-mère pour se payer un billet de bateau Madrid-La Havane. Repartir à zéro. Au bout du monde.

Car Patricio est tout sauf résigné. Il veut transformer l’essai, faire de sa vie à la Havane la plus belle existence qui soit. Pour cela, il peut compter sur son courage, son extraordinaire bagout, son imagination sans bornes, sa jeunesse. Mais aussi et surtout, sur son inextinguible faim : faim de vie, d’avenir, de couleurs.

« A l’école de la nécessité, on apprend plus qu’à l’université. » (P.58)

Dans un Cuba gangréné par la corruption, la violence, mais un Cuba relativement riche, avec un niveau de vie à la Havane proche de celui des Etats-Unis, Patricio obtient rapidement un poste dans le prestigieux magasin de luxe : El Encanto. Et de gravir rapidement les échelons, débrouillard et déterminé. Tout semble lui dessiner un avenir radieux, quand il croise la mystérieuse Gloria, cliente fortunée. Première ombre au tableau : elle est mariée. Deuxième ombre au tableau : son mari n’est autre que le chef de la mafia, un homme redoutable qui ne s’encombre pas de la vie de ceux qui s’opposent à lui.

Ce roman est plein de couleurs et de parfums, une véritable peinture de Cuba avant la révolution. Le lecteur s’engouffre dans le sillage des mots de l’auteur, happé par le courage et la détermination des personnages, fasciné par cette page d’histoire qui se dessine, aube d’une révolution aussi bien personnelle pour Patricio, que historique pour le peuple cubain. Un véritable page-turner.

La cavalcade des enfants rois, Raphaël Delpard : un éclairage édifiant sur le rôle de la jeunesse sous l’Occupation

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La cavalcade des enfants rois, Raphaël Delpard

Editions des Presses de la cité, septembre 2017

 En 1941, dans la Sarthe, trois jeunes enfants s’engagent dans un réseau de résistance. Une page essentielle et méconnue de l’histoire : le rôle de la jeunesse sous l’Occupation. 

Seconde guerre mondiale. Dans la Sarthe, Julien, jeune orphelin de 12 ans, décide de quitter la famille d’accueil qui l’a recueilli et le malmène. Fuir plutôt que de subir. Et de rêver d’embarquer au port de Brest pour regagner l’Amérique, le pays d’Hopalong Cassidy, son héros. Mais il est capturé en chemin et enfermé dans un centre d’éducation pour jeunes délinquants et vagabonds. Dans ce type de centre, créé par le gouvernement de Vichy en 1941, est menée une expérience proche de l’eugénisme allemand. La répression y est extrêmement sévère. Les enfants réduits à n’être que des numéros de matricules. Ces orphelins, qui ont pour seule richesse et seuls repères leur identité, se voient ici dépossédés de tout.

Dans ce centre, Julien rencontre Tristan, plus âgé que lui. Un enfant juif en fuite, sans nouvelles de sa sœur, après que ses parents aient été déportés lors d’une rafle à Paris. Tous deux se rapprochent, se soutiennent. Et décident de s’allier pour fuir le centre, cachés sous une charrette. En chemin, ils croisent Marie, une fillette bossue, placée chez des fermiers qui la maltraitent. Tous trois repartent ensemble et s’engagent dans la résistance. Un combat de plus dans une vie déjà riche en épreuves.

Ce roman de Raphaël Delpard est intéressant à plus d’un titre. Outre l’histoire bouleversante de ces courageux enfants, il met en lumière des pans peu connus de la seconde guerre mondiale : les terribles centres d’éducation pour jeunes délinquants et vagabonds, mais aussi l’importance du rôle de la jeunesse dans la résistance. Un roman édifiant, véritable hymne à la vie, au courage et à la jeunesse.

Jeux de clés, Dominique Marny

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Jeux de clés, Dominique Marny

Editions Presses de la cité, octobre 2016 

Un roman généreux, intimiste et sensible, avec des personnages attachants.

 

La marque de papeterie crée par Capucine connaît un joli succès. Un travail auquel elle s’adonne corps et âme pour oublier le vide de sa vie privée. Depuis la mort d’Hugo, elle n’est en effet plus parvenue à s’attacher à personne. Les hommes qu’elle côtoie sont juste de passage, ne marquent pas leur empreinte. A sa mère, inquiète de la voir seule et sans enfant, elle répond être devenue « une infirme du sentiment. » Et se résigne à l’être.

Heureusement, à défaut d’amoureux dans sa vie, il y a des amis. Et quand ces derniers l’invitent pour une pendaison de crémaillère, elle répond aussitôt avec enthousiasme. Un enthousiasme qui va retomber comme un soufflé quand, à l’issue d’un jeu auquel elle a perdu, ainsi qu’Octave, un autre invité, elle se voit attribuer un gage : échanger les clés de son appartement avec les clés de l’appartement de ce dernier le temps d’une nuit. Furieuse contre ses amis à l’idée de laisser pénétrer un inconnu chez elle et devoir de même squatter chez lui, elle n’a pourtant pas d’autre choix que d’obtempérer. Mais maudira-t-elle ses amis longtemps ou verra-t-elle ce gage au final comme une bénédiction ?

Dans un Paris fragilisé par les attentats, Dominique Marny dresse une galerie de portraits attachants, sensibles, ceux de personnes en quête de sens. Un véritable instantané de notre époque.

 

 

Matin d’écume, Anne Michel (Presses de la cité) : un premier roman chaleureux et sensible

 

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Matin d’écume, Anne Michel

Editions Presse de la Cité, mai 2017

Collection Terres de France

 

Le charme et les jours d’un petit monde insulaire conjuguant la douleur de l’absence et les vrais élans du cœur. Un premier roman chaleureux et sensible.

 

Sur l’île d’Adrec, en Bretagne, tout le monde se connaît. Et les caractères des insulaires sont à l’image de la nature environnante : entiers. Abrupts parfois. Authentiques toujours. Résistants aussi, face aux tempêtes de l’existence. Un sentiment d’appartenance à une même communauté, de référence à de mêmes valeurs, qui conduit les habitants à s’entraider.

Quand François, le médecin de famille, se blesse, c’est Lucas qui le remplace. Or un médecin sur une île est bien plus qu’un médecin. C’est le soignant, le confident, le frère, le père, l’ami. Lucas va donc devoir se familiariser avec les habitants, leurs histoires, leurs forces et leurs failles, afin que ces derniers le considèrent comme un des leurs. A l’image de la place qu’occupait François avant lui. Les iliens, ce sont Ismael, jeune ado mutique depuis le décès de son père, mais aussi Adam et Nathalie qui veillent sur ce dernier. C’est Jan, le vieil homme de la forge, un taiseux au cœur tendre. C’est Edith, qui chaque jour va glisser des petits mots sous un rocher à l’intention de son défunt mari, inconsolable. Ou encore la douce Marie, veillant sur sa mère Christina, figure et mémoire de l’île. C’est tout ce petit monde que Lucas, mais aussi Lise, jeune femme venue sur les traces de son mari, vont devoir apprivoiser.

Ce premier roman est vraiment une belle réussite. Avec beaucoup de sensibilité, de finesse dans l’analyse psychologique des personnages, Anne Michel nous entraine sur cette île au climat un peu rude, mais si belle, si authentique. A l’instar de ceux qui y vivent. Ou quand la solidarité, le dialogue et la bienveillance viennent durablement éclairer le ciel de vies obscurcies.

Un roman positif et viscéralement humain.

Une mer si froide, de Linda Huber (Presses de la cité) : un page-turner redoutable!

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Une mer si froide, Linda Huber

Traduit de l’anglais par Cécile Leclère

Editions Presses de la cité, mai 2017

 

Construite comme un thriller, rythmée par l’implacable mécanique du suspense, une poignante histoire de deuil, de maternité et de résilience. Un véritable page-turner !

 

En ce mois d’août, Colin, sa femme Maggie et leurs deux jeunes enfants passent des vacances complices et joyeuses au bord de la mer, en Cornouailles. Jusqu’à ce moment où leur fille Olivia, trois ans, échappe à leur surveillance. Et le cauchemar de commencer. Malgré des recherches intensives menées en mer et sur terre, le petit corps d’Olivia n’est pas retrouvé. Sans classer l’enquête, la police conclut à une mort par noyade. Culpabilité, désespoir rongent le couple. Comment rester debout face à la perte de son enfant ? Comment faire le deuil quand on n’a pas de corps et que tout espoir de la retrouver vivante, aussi illusoire et infime soit-il, n’est pas perdu ?

A quelques kilomètres de là, Jennifer est une maman comblée. Enceinte de jumeaux, elle va donner un frère et une sœur à sa petite Hailey, 5 ans. Mais un nuage vient obscurcir son ciel : le comportement de Hailey n’est pas celui d’une petite fille aimante. Distante, apeurée, elle n’a de cesse de la contrarier, de contrarier ses plans et les espoirs qu’elle fonde en elle. Un comportement étrange que notera l’institutrice d’Hailey, Katie. Que se passe-t-il dans la tête et l’intimité de cette enfant pour qu’elle soit si apeurée et mutique à l’école ? Katie, très attachée à la petite, est bien déterminée à le découvrir.

Avec une mécanique du suspense redoutable, Linda Huber prend son lecteur en otage et ne le libère qu’à la toute dernière page, consentante victime d’une lecture en apnée. Aucun temps mort, des indices savamment distillés, une analyse psychologique très fine des personnages, vous ne pourrez pas reposer le roman une fois la lecture commencée ! Un très bon page-turner.

 

La menace, S.K. Tremayne (Presses de la cité)

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La menace, S.K Tremayne

Editions des Presses de la cité, mars 2017 

Dans les paysages grandioses et tourmentés d’une Cornouailles battue par les vents, un suspens glaçant qui capture le lecteur pour ne le délivrer qu’à la dernière page. 

Rachel n’est pas peu fière de partager son bonheur tout neuf avec ses amies. Elle vient en effet d’épouser un riche avocat, David Kerthen, et va partir s’installer dans sa vaste demeure familiale avec Jamie, le fils de ce dernier. Dans un décor naturel fascinant, sur la péninsule de Cornouailles, elle va prendre un nouveau départ. Loin de tout.

C’est du moins ce qu’elle projetait. Car à peine arrivée dans l’immense propriété entourée de mines d’étain et de cuivre à l’abandon, sur lesquelles autrefois la famille de son mari a bâti sa fortune, Rachel s’interroge. Jamie a en effet un comportement étrange et affirme avoir des rêves prémonitoires effrayants. Faut-il y voir un simple traumatisme lié au décès accidentel de sa maman dix-huit mois plus tôt ? Ou doit-elle prêter attention à la légende selon laquelle les Kerthen sont dotés d’un sixième sens ? Dans un premier temps, elle tait ses inquiétudes à son mari, désireuse de préserver leur familial naissant. Mais quand Jamie revient à la charge en lui annonçant cette fois qu’il a rêvé qu’elle mourrait à Noël, catégorique, Rachel craque. Et s’en ouvre à David. Cependant ce dernier ne lui réserve pas l’accueil et le soutien bienveillants espérés.

Naît en Rachel le sentiment que son mari ne lui dit pas tout. Que sait-elle vraiment de la mort de sa première femme ? Est-elle réellement accidentelle ? De son côté, David est convaincu que Rachel a une influence néfaste sur son fils, comme une forme de folie qui déteint sur lui. Et chacun d’investiguer de son côté.

Dans des décors magnifiques et sauvages – la Cornouailles est presque un personnage à part entière de ce page-turner –  l’auteur brouille les pistes avec talent, joue avec les nerfs des lecteurs. Et leur réserve une chute aussi vertigineuse qu’un saut du haut des falaises anglaises !