L’oeil du prince, de Frédérique Deghelt (éditions J’ai lu)

L’oeil du prince, de Frédérique Deghelt

Éditions J’ai lu, septembre 2014

L’oeil du prince. Un titre qui évoque, dans la terminologie du théâtre, la place particulière donnée au spectateur, à savoir un angle de vue qui lui permet de visualiser la perspective du décor sans déformation. Une place privilégiée qui devient celle du lecteur ici, lequel peut seul avoir une vision d’ensemble des vies successives des personnages, des liens secrets entre eux, à travers l’espace et le temps. Car si de prime abord ces destinées semblent évoluer sur des parallèles, la plume habile et sensible de l’auteur a en réalité tissé une toile très serrée entre eux.

Nous suivons cinq personnages à un moment charnière de leur vie : Mélodie la jeune cannoise qui ne supporte plus le milieu bourgeois qui est sien dans les années 80; Yann, New-yorkais qui dans un accident a perdu femme et enfant; Benoit, 20 ans plus tard, dont le couple sombre tandis que sa carrière s’envole; Alceste et Agnès, deux résistants qui, pendant la seconde guerre mondiale érigent leur amour en rempart contre la haine ambiante; une femme qui, au crépuscule de sa vie, ouvre enfin le carton de lettres que lui avait laissé sa mère. Cinq êtres qui vont s’efforcer de prendre ou de reprendre leur destin en main, d’identifier les émotions qui les animent, de comprendre ce qui est en jeu. Et avancer tels des funambules fragiles sur le fil de la vie.

Avec beaucoup de sensibilité et de justesse, Frédérique Deghelt nous livre les destins croisés d’hommes et de femmes très attachants. Un roman admirablement bien construit, qui peint un tableau délicat, aux couleurs subtiles, des scènes de la vie, des émotions qui la colorent.

P. 16 : Ce n’est pas l’absence qui pousse vers une nourriture de l’esprit, c’est le manque.

P.50 : L’aventure, ça se vole, le destin, ça se fabrique, l’avenir il faut l’attraper au lasso et tenir sur la selle de ce cheval sauvage qu’est la vie non désirée.

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