Prix Handi-Livres 2016

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La cérémonie de remise du Prix littéraire Handi-Livres s’est tenue le 5 décembre 2016 au Centre Georges Pompidou. Le Prix Handi-Livres a pour but d’encourager les auteurs et de mettre en lumière des personnes handicapées ou des ouvrages traitant du handicap. Il est l’occasion de réunir chaque année les personnes handicapées ainsi que tous les acteurs du handicap (associations, personnel du médico-social, personnalités du monde du handicap,…).

Cette année encore la soirée a été animée avec talent par Vincent Lochmann, journaliste à Vivre FM, en présence des représentants du Fonds Handicap & Société, de ses partenaires, des membres du jury, des auteurs sélectionnés et d’un public venu nombreux…

Pour cette 11ème édition, c’est dans une ambiance chaleureuse et conviviale, présidé par Axel Khan, que plus de 200 personnes étaient présentes pour découvrir les heureux lauréats.

Une sélection de 30 livres, répartis dans les 6 catégories en lice, a été soumise à un jury composé de professionnels du handicap, de journalistes et d’écrivains. Le jury a décidé, en plus de ces six prix, de décerner une Mention Spéciale pour saluer la qualité de l’ouvrage de Sylvie CALLET intitulé Les murs noirs – Parcours de vie des « jeunes filles incurables » d’Ainay publié par les Éditions Les Presses du Midi. Par ailleurs, le Président du jury a également souhaité récompenser par un Coup de cœur l’ouvrage de Sylvain LAURENT intitulé Chandolinades, en auto-édition.

Meilleur roman : 

L’homme qui n’a pas inventé la poudre, de Stéphanie CLAVERIE – Éditions de la Différence

Meilleure biographie

Le voleur de brosse à dents de Églantine ÉMÉYÉ – Robert Laffont

Meilleur guide

Réussir son orientation et sa vie professionnelle quand on est DYS, de la Fédération Française des Dys sous la direction d’Olivier BURGER – Belin

Meilleur livre jeunesse Enfant

On n’est pas si différents, de Sandra KOLLENDER et Claire CANTAIS – La Ville brûle

Meilleur livre jeunesse Adolescent

Mon frère, mon enfer, mon bel enfer, de Sandrine ANDREWS et Christine DEROIN – Oskar Éditeur

Meilleur livre adapté

Un parfum de victoire – Avoir un enfant quand on est en situation de handicap, du Collectif sous la direction de Marie-Anne DIVET – Histoires Ordinaires Éditions

Mention spéciale

Les murs noirs – Parcours de vie des « jeunes filles incurables » d’Ainay, de Sylvie CALLET – Les Presses du Midi

Coup de ❤ du jury

Chandolinades, de Sylvain LAURENT – Auto-édition

 

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L’école du tonnerre, Sylvie Deshors

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L’école du tonnerre, Sylvie Deshors

Editions Rue du monde

Sélection du Prix Handi-Livres 2015

Thibo vient de déménager. Nouveau quartier, nouvelle maison, et enfin une école normale comme il dit. Mais bien vite, il comprend que malgré ses efforts, il a du mal à se faire accepter tel qu’il est, lui et ses appareils auditifs. Un matin, c’est trop : malgré le sourire de sa copine Lou, Thibo disparaît…

Roman écrit à la première personne, où tout passe par le regard du héros malgré lui, Sylvie Deshors fait preuve d’une grande rigueur dans les détails des difficultés de Thibo : supporter et entretenir les appareils auditifs, passer d’une langue à une autre lorsqu’il aborde l’anglais, se déplacer en ville… Sous-jacente, la dimension documentaire éclaire la réalité vécue par les enfants sourds. En empathie avec son héros, et pour les besoins de l’intrigue, elle dénonce les petitesses fréquentes du milieu scolaire. Madame Chevalier, enseignante enfermée dans ses certitudes, cristallise, au risque d’une certaine caricature, la lourdeur et l’incapacité de notre société à accepter les différences. Mais Sylvie et Malik Deshors parviennent à entraîner le lecteur dans l’itinéraire de Thibo : les jeunes lecteurs l’adopteront.

Un petit roman efficace, aux personnages attachants, accessible à tous.

Une voix dans la nuit, Guillemette Comby

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Une voix dans la nuit, Guillemette Comby

Éditions SEDRAP

Sélection du Prix Handi-livres 2015 

La délicatesse du bruit du vent dans les branches, le son rassurant de la voix de sa sœur, la douceur de la pierre sous ses doigts, c’est cette sensation de liberté qu’aime Kevin dans l’escalade. À 17 ans Kevin est un garçon comme les autres, enfin presque… Il s’accroche à ses rêves d’évasion et d’autonomie comme aux prises du mur sur lequel il a l’habitude de monter. Heureusement, dans cette obscurité qui l’entoure, une lumière vient l’éclairer. Cette lueur répond au doux nom d’Alice. Guidé par ses amis et sa sœur Marion, petit à petit il prend de la hauteur pour percevoir le monde différemment…

Le livre de Guillemette Comby aborde la question du handicap sous l’angle de la perte d’autonomie que cela génère : en situation de handicap visuel, Kevin est dépendant de son entourage pour évoluer dans son environnement quotidien. L’auteur rappelle ici à juste titre qu’être privé de l’un de ses sens ne doit pas faire oublier la capacité que l’on n’a à déployer les autres. L’histoire explique à travers des anecdotes comment le héros se sert de ses autres facultés pour compenser celle qui lui fait défaut : le toucher pour évaluer sa coupe de cheveux, l’odorat à la parfumerie mais aussi et surtout l’ouie qui donne son nom au titre.

C’est également un livre qui montre l’importance d’une inclusion réussie au sein du système scolaire, d’autant plus que la personne se trouve en situation de handicap. Souffrant d’un père qui ne cesse de lui montrer un certain mépris, c’est dans un univers étranger au foyer familial, le lycée, que le héros va trouver une forme d’accomplissement, symbolisé par l’escalade du mur.

À noter enfin que tous les mots techniques ou difficiles sont expliqués par un lexique facilitant ainsi la lecture au jeune public.

Les aventures de Manon et Lucas, de Emmanuelle Kohl, Aurélia Rivage et Véronique Cantrel

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Les aventures de Manon et Lucas, de Emmanuelle Kohl, Aurélia Rivage et Véronique Cantrel.

Editions Association Faleac

Sélection du Prix Handi-Livres 2015

Il n’existe pas dans la littérature jeunesse de livres adaptés aux adolescents déficients intellectuels, ayant un niveau de lecture semblable à un élève de CP/CE1 mais ayant des goûts d’adolescent. Ce livre propose de remédier à ce vide avec une version classique de l’histoire sur la page de gauche et une version dite « facile à lire et à comprendre » sur celle de droite. Vol de bonbons à la colonie est le premier tome des Aventures de Manon et Lucas, une série de romans destinés aux jeunes ayant des troubles cognitifs.

Avec cet ouvrage, l’association Faleac comble un vide éditorial : celui des livres adaptés aux adolescents atteints d’une déficience mentale. Concrètement il s’agit de proposer deux niveaux de lecture : une lecture dite classique et une autre qui permet de surmonter les difficultés relatives à ce type de handicap : des phrases courtes, des mots plus simples, régulièrement répétés pour faciliter la compréhension, des verbes au présent, des lettres muettes grisées, l’emploi du style direct, des illustrations, etc. Une lecture et une mise en page qui sont finalement réfléchies pour que le lecteur comprenne l’histoire sans entrave. À ce titre, les auteurs ont eu recours aux règles de transcription édictées par l’UNAPEI (union nationale des associations de parents d’enfants inadaptés). La juxtaposition des deux lectures, page de gauche et page de droite, permet également à l’adolescent d’établir lui-même son chemin de lecture.

Une initiative qui mérite donc d’être valorisée afin d’encourager l’édition en faveur de ce public, pour qui l’ accès à la lecture reste clos.

De l’autre côté du mur, Yaël Hassan

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De l’autre côté du mur, Yaël Hassan

Editions Casterman

Depuis son accident de cheval, survenu un an plus tôt, Louise se déplace en fauteuil roulant et ne veut voir personne. elle passe ainsi ses journées dans la maison, provoquant l’inquiétude de ses parents qui ne savent plus que faire pour lui redonner goût à la vie. Mais un jour, au fond du jardin, de l’autre côté du mur, elle rencontre un homme âgé en fauteuil roulant lui aussi. Cette voix va l’encourager à rompre son isolement et aller vers la vie, dans ses secrets les plus enfouis de l’Histoire, celle d’un voisinage fort singulier marqué par la seconde guerre mondiale et les camps, celle d’une émotion naissante avec Leo. Le vieil homme et son charmant petit-fils parviendront peu à peu à lui redonner confiance en elle et à lui faire retrouver le sourire.

Comment réapprendre à vivre suite à l’accident ? Comment reprendre confiance en soi lorsque le corps ne répond plus ? Voici les questions posées par Yael Hassan dans ce récit qui réussit brillamment à mettre en scène les difficultés de communication au moment de l’adolescence et comment lui handicap génère très souvent la rupture sociale entre la personne concernée et son entourage. « Pourquoi me sentirais-je vais mieux qu’hier ? Pourquoi aurais-je soudain envie de renouer avec la vie ? Pourquoi aurais-je à nouveau des envies, tout simplement ? » interroge ainsi Louise dans son amertume.

On referme le livre sourire aux lèvres avec une profonde conviction que l’adulte en devenir a besoin de cette socialisation pour réapprendre à apprécier les joies de la vie. Ce livre est un formidable support pour les enfants en rupture scolaire dont la nécessité d’une socialisation bienveillante n’est plus perçue comme telle.

Prix Handi-Livres 2015 : les lauréats

Cérémonie de remise des prix Handi-Livres 2015

Les lauréats 10ème édition du Prix littéraire Handi-Livres, prix dont j’ai eu le bonheur et l’honneur d’être membre du jury cette année,  ont été dévoilés le mardi 24 novembre 2015 à la BPI du Centre Georges Pompidou. Cette cérémonie revêtait un caractère tout particulier, puisqu’elle fêtait les 10 ans de ce prix dédié à la littérature autour du handicap, l’occasion de faire un retour sur les 10 années écoulées et de se projeter dans le futur.

Le Prix Handi-Livres a pour but d’encourager les auteurs et de mettre en lumière des personnes handicapées ou des ouvrages traitant du handicap. Il est l’occasion de réunir chaque année les personnes handicapées ainsi que tous les acteurs du handicap (associations, personnel du médico-social, personnalités du monde du handicap,…).

Parrainé par Robert Hossein depuis sa création, le prix connaît un véritable succès. « Les personnes handicapées ont beaucoup de choses à raconter et certainement à nous apprendre », précise-t-il avant d’ajouter : « contrairement à d’autres personnes valides, leur handicap ne vient pas du cœur!».

Bandeau Institutionnel

Meilleur Roman :  L’enfant roman, de Fabienne THOMAS / Editions Passiflore

Meilleure Biographie : L’art d’être différent – Histoires de handicaps , de Nicolas BISSARDON, Marie DECKER, Deza NGUEMBOCK, Lalie SEGOND et Benoît WALTHER/Editions Erès

Meilleur Guide Handicap : affectivité, sexualité et dignité Collectif « les Défis de civilisation » sous la direction de Ryadh SALLEM et Valérie DELATTRE / les Défis de civilisation

Meilleur Livre Jeunesse Enfant : L’école du tonnerre Sylvie DESHORS / Editions Rue du Monde

Meilleur Livre Jeunesse Adolescent : Mon truc en plus Noël LANG et Rodrigo GARCIA / Steinkis Editions

Meilleur Livre adapté :  Les aventures de Manon et Lucas. Vol de bonbons à la colonie Emmanuelle KOHL / Association FALEAC

Coup de Cœur  : Les exilés mentaux Jeanne Aubert / Bayard

Mon truc en plus, Noel Lang et Rodrigo Garcia

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Mon truc en plus, Noel Lang et Rodrigo Garcia

Editions Steinkis

Sélection du Prix Handi-Livres 2015

Pablo dit Blo est un petit garçon comme les autres qui aimerait devenir un jour footballeur et astronaute, parce que footballeur c’est uniquement le dimanche. Ou chanteur pour écrire de jolies chansons à Bibi sa fiancée préférée. En attendant, il aime partager son temps avec ses amis et son amoureuse sans quitter des yeux son disque favori, un disque de Petula Clark, une sorte de doudou en vinyle qui traîne jusque sur la plage ou sur le terrain de jeux. Oui, Pablo est un petit garçon comme les autres… enfin presque. Car Pablo a un truc en plus du côté des chromosomes…

Dans sa préface, Cécile Dupas (présidente Trisomie 21) a raison de rappeler que cet ouvrage entre dans la lignée de Peanuts et de Mafalda : l’univers de l’enfance caricaturant le monde des adultes est l’un des sujets de  » Mon truc en plus » et les deux auteurs parviennent à faire rire autant qu’à sensibiliser le lecteur à la question du handicap. Il y a très souvent dans ce genre d’exercice, un risque de glisser dans la pitié et le pathos, que l’humour parvient à éviter. Pablo et ses compagnons sont drôles, agréablement ciniques dans les questions qui les préoccupent : le régime hypocalorique est présenté comme un régime totalitaire, les filles regrettent l’absence de Patrick Swayze et de John Travolta dans leurs écoles, etc. Alors certes Pablo a ce chromosome 21 qui le différencie de ses camarades, mais cela importe peu dans les relations qu’il entretient avec les autres enfants. Il n’est d’ailleurs pas davantage le héros du livre que ses camarades : tous participent avec la même intensité aux questionnements qui sont les leurs ( l’amour, le travail, la société, le sens de la vie, …). Les auteurs ont également pris soin de créer des personnages sensibles au regard des autres : Pierrot est en situation de surpoids, Benjamin souffre de trichotillomanie (arrachage compulsif de ses propres cheveux et poils), mais dans ce monde tel que les enfants le perçoivent, ces différences ne comptent plus et les hiérarchies sont gommées. Parce que comme le conclut l’ouvrage : « les gens disent que nous sommes des enfants spéciaux, et c’est vrai, nous le sommes. »

Un gros coup de coeur pour cet ouvrage d’une tendresse, d’une candeur et d’une justesse infinies.