Rentrée littéraire : Le chien rouge, Philippe Ségur

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Le chien rouge, Philippe Ségur

Editions Buchet Chastel, août 2018

Rentrée littéraire

Le chien rouge dresse le portrait psychologique d’un homme épris d’idéal et victime de sa propre révolte. C’est aussi une critique radicale de notre société.

Peter Seurg, proche de la cinquantaine, est un homme qui, de l’extérieur, a une vie épanouie : un métier socialement enviable de professeur d’université, une femme bien lisse et trois enfants. Pourtant, il étouffe et dans son travail et dans sa vie privée. « A l’université je travaillais comme une machine au profit d’une organisation qui demandait toujours plus à ses membres sans se souvenir qu’il pouvait être juste de parfois les récompenser. » Quant à la maison, ce n’est qu’une apparence de bonheur ménager avec Neith, sa femme.

Alors il décide de tout quitter, femme, enfants et travail, de cesser de se fondre dans le moule des attentes des autres, dans une existence stéréotypée. Il se dépouille de tout le superflu et se sent libre, enfin. Brûler la vie par les deux bouts en s’essayant à toutes sortes d’expédients (alcool, drogue). Vivre. Vivre intensément. Atteindre une forme d’authenticité personnelle. Le chien rouge en lui n’a plus à aboyer, à sortir les crocs, furieux de devoir vivre une vie qui n’est pas la sienne. Il est libre, court, jappe de joie. Mais vivre ses idéaux ne se révèle pas forcément un idéal de vie…

Le chien rouge est un roman dont le thème est très intéressant et brillamment traité : quête d’une vie conforme à ses besoins, à ses propres attentes, sans contraintes extérieures, sans stéréotype tout tracé. Un thème dans lequel se reconnaîtront les personnes en recherche d’une plus grande authenticité, lasses de passer à côté de leur vie. Pour autant, j’ai eu du mal à entrer en empathie avec le personnage, à ne pas me perdre dans certaines longueurs. Un sentiment mitigé, donc.

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La Kar’Interview de Thi Bich Doan : « La meilleure chose qu’on puisse faire pour nous et les autres, c’est d’être pleinement dans notre place et non de suivre des modèles qui ne sont pas nous »

Partie 2

Je vous ai parlé en janvier dernier du livre de Thi Bich Doan, Un an entre les mains de l’univers, paru aux éditions Flammarion. Quête de soi et quête de sens, quiconque s’intéresse au fonctionnement de l’esprit humain appréciera cet étonnant et passionnant voyage, où la vie intérieure guide le cheminement extérieur. Un témoignage profond et personnel, et donc parfaitement universel ! L’auteur a accepté de me rencontrer avec une extrême gentillesse, pour se prêter à une Kar’Interview.

Le livre : Après douze ans de recherches scientifiques et vingt ans de pratique méditative, Thi Bich Doan décide de prendre un virage et de vivre en pleine conscience pendant un an. Elle quitte Paris, amis, appartement et travail pour entamer un voyage intérieur, avec pour seule règle de ne rien programmer et ne rien décider. Son périple à travers le monde l’amène à traverser des joies et des épreuves qui lui feront comprendre l’essence du véritable lâcher-prise. 

Suite de l’interview publiée hier…  :

Un retard, une épreuve ne sont pas à diaboliser, à vous lire. Vous considérez en effet que  chaque situation, y compris les contretemps, les épreuves, ont leur raison d’être, ont quelque chose à nous apprendre.

Quand on est dans la réalité de qui on est, la vie est chaotique. C’est nous qui mettons des étapes logiques, pour nous rassurer. Non seulement quand il nous arrive quelque chose et qu’on se demande quelle expérience on en tire, c’est toujours positif, mais à posteriori j’ai même réalisé que c’était parfait ce qui m’était arrivé, surtout ce qui était difficile. Seulement à posteriori, je me suis dit : « j’avais besoin de cela pour aller non pas là où je voulais aller mais là où j’avais besoin d’aller, pour dégommer ce qui m’empêchait d’être moi-même ». C’est une forme d’acceptation sans résignation, c’est cette attitude qui enclenche l’énergie qui va faire que les choses vont se débloquer. C’est pour apprendre à avoir confiance quand on n’a rien.

Vous parlez beaucoup du non-agir dans le livre, non-agir qui ne signifie pas passivité :

Ce n’est pas du tout de la passivité en effet. Ce n’est pas une acceptation de la situation mais une acceptation de ma réaction face à la situation.  Le fait que j’accepte totalement cette situation, que je sois dans l’être, me permet de ne pas émettre de résistance qui ne me permettrait de ne voir que la partie de la situation qui me heurte.

…répondre et non réagir ?

Oui, car si je réagis et agis tout de suite, alors je ne vais voir qu’une partie de la situation et vais réagir avec un champ limité de perceptions. Si je fais une pause de non agir, à contrario j’élargis mon champ de vision, mon champ de conscience et alors la solution, la direction à prendre, apparaissent comme une évidence.

Etre à sa place, cultiver sa façon unique d’être au monde, être soi, ce doit être notre quête ?

La meilleure chose qu’on puisse faire pour nous et les autres, c’est d’être pleinement dans notre place et non de suivre des modèles qui ne sont pas nous, par désir de réussite sociale ou autre. Se transformer en profondeur, changer son mode de fonctionnement, de pensées, de comportement, c’est très long. Car cela doit se faire au niveau de toutes les strates de notre corps, de notre être. Je le vois dans les soins énergétiques que je prodigue. Quand vous avez un trauma d’enfance qui s’est engrammé, qui se lit dans les cellules, qui a créé des défenses et a été réactualisé avec plein d’autres circonstances, cela demande du temps pour l‘identifier. Et la personne doit être prudente dans la façon dont elle le lâche, car si elle le lâche d’un coup c’est dangereux. Il faut donc du temps pour être aligné. Plus on est dans son alignement, moins c’est intellectuel et plus c’est indicible. Les actes qu’on pose à partir de cette énergie coulent de source. Quand on vit une transformation, elle agit indirectement sur les personnes autour de soi, sans qu’elles aient besoin de la vivre. Car il y a toujours une interconnexion entre les êtres.

Partager ce que vous avez vécu dans ce livre, vous qui n’aimez pas vous mettre en avant, ce fut difficile ?

Oh oui, parler de moi qui suis quelqu’un de très en retrait, a été très violent. Mais c’était la chose la plus efficace, car il fallait que les gens puissent toucher mon expérience et s’en approprier. Eux, c’est la même chose sauf qu’ils ont besoin d’un petit diapason qui leur fait résonner ce qu’ils ont à l’intérieur. Cela m’était demandé par l’univers puisque c’était l’année au cours de laquelle je devais tout accepter En plus, je n’ai parlé que de moi pour être au plus proche de ce que je vivais et non pas de gens que j’avais croisés. De toute façon, j’avais remarqué que tout ce qui est autour de moi est le reflet de ce que je suis. Plus on est proche de cette essence de nous-même, plus on est dans l’universel. Plus on comprend ce qui se passe en nous, plus on est ouvert et dans l’amour des autres.

Un dernier mot sur le livre ?

Ce livre n’a pas été écrit pour plaire, pas du tout, mais pour proposer une proximité avec soi-même à travers des histoires, qui, si elles résonnent, vont permettre à la personne de se mettre encore plus en proximité avec elle-même.

—> Et pour plus d’informations sur le livre, retrouvez l’article que je lui avais consacré en cliquant ici : Un an entre les mains de l’univers, chronique

Citation du jour

« Ma conception du voyage avait changé : la destination importe moins que l’abandon. Partir, ce n’est pas chercher, c’est tout quitter, proches, voisins, habitudes, désirs, opinions, soi-même. Partir n’a d’autre but que de se livrer à l’inconnu, l’imprévu, à l’infinité des possibles, voire même à l’impossible. Partir consiste à perdre ses repères, la maîtrise, l’illusion de savoir, et à creuser en soi une disposition hospitalière qui permet à l’exceptionnel de surgir » de Eric-Emmanuel Schmitt, dans La nuit de feu (Albin Michel)

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Il faut tenter de vivre, de Eric Faye (Stock) : fascinant!

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Il faut tenter de vivre, Eric Faye

Éditions Stock, août 2015

Rentrée littéraire

 

Il y a 23 ans, le narrateur croise la route d’une jeune femme fascinante lors d’une soirée chez une amie commune. D’elle on lui dira qu’elle vit à Bruxelles, qu’en France elle est « recherchée ». Et qu’elle répond au nom de Sandrine Broussard. De quoi intriguer le jeune homme.

Les jours suivants, il s’arrangera pour la rencontrer à nouveau, attiré par le magnétisme qui se dégage de cette sulfureuse personne. Curieux d’en savoir davantage sur son parcours. Et de découvrir une femme qui s’avère être son exact contraire.

Après avoir cherché en vain à exister dans le regard de sa mère, Sandrine s’est fait une promesse à elle-même : un jour, elle vivra dans le luxe, s’adonnera à sa passion pour la mode, aimantera le regard des hommes, désirée et désirable. Pour vivre son rêve, elle commence par de petits délits : séduire les hommes par le biais de petites annonces et leur extorquer de l’argent. Mais son empathie n’est jamais loin : si l’homme en question accuse le coup trop violemment, elle le rembourse. Elle ne veut pas accabler ses victimes, juste se prouver qu’elle vaut mieux que la repoussante image que sa mère lui a renvoyée. Mais très vite, il lui faut augmenter les risques, les délits perdent de leur pouvoir d’excitation avec l’usage et en appellent donc de nouveaux. Tout se passe comme si elle provoque inconsciemment l’angoisse qu’elle veut fuir, comme si elle a besoin de se remplir de sensations fortes pour se sentir exister, comme s’il lui faut du danger pour combler le vide en elle, se donner une consistance, une densité. Pour se sentir vivante. Elle brûle la vie par les deux bouts et seule cette sensation de brûlure la tient.

Jusqu’au jour où, après des années de clandestinité, elle se sent usée, consumée de l’intérieur. Dopée aux amphétamines et à l’alcool, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Celle qui s’est battue pour devenir celle qu’elle est, est « passée maître dans l’art de ne pas être elle-même. » (p. 91) Alors, prenant conscience de l’urgence de vivre et non plus de survivre, Sandrine va entamer son ultime mue, pour être et ne plus juste par-être.

Un roman fascinant, à l’image de l’héroïne, qui interpellera chacun d’entre nous. La quête de soi n’est-elle pas notre plus long voyage ?

A lire !