Charlotte, David Foenkinos : nouvelle édition avec des gouaches de Charlotte Salomon!

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Charlotte, David Foenkinos

Éditions Gallimard-Beaux livres, octobre 2015

Charlotte est un livre à part dans l’œuvre de David Foenkinos. Un livre à part tout court. Puissant, bouleversant. D’une force vitale époustouflante.

C’est presque par hasard que l’auteur va découvrir l’artiste, il y a 8 ans, à la faveur d’une exposition. Et là, c’est un choc artistique. Une rencontre. LA rencontre. « La connivence immédiate avec quelqu’un. La sensation étrange d’être déjà venu dans un lieu. J’avais tout cela avec l’œuvre de Charlotte. Je connaissais ce que je découvrais. » (P.70) Et de se sentir appelé par ces toiles et par celle qui les a peintes. Et d’investiguer. Et de se rendre sur ses lieux de vie, d’interroger les témoins.

Ce qu’il découvre sur cette femme au talent bien trop méconnu achève de le bouleverser. Car Charlotte Salomon n’est pas seulement une artiste d’exception, mais une femme d’exception. Une fragilité forte habitée par son art. Charlotte a grandi à Berlin dans une famille frappée par une succession de drames. Sa tante, sa mère, sa grand-mère ont toutes mis fin à leur jour. A croire qu’une malédiction les frappe. Sera t-elle la prochaine sur la liste? Ce serait mal connaître la force de vie qui l’anime. Malgré l’extrême solitude affective qui est sienne, malgré le vide laissé par les absents, malgré la montée du nazisme qui l’exclut de toutes les sphères de la société, Charlotte tient debout. Car elle a trouvé sa planche de salut, car elle a trouvé sa voie : la peinture. Là est sa survie. Là est sa raison de vivre. Exilée dans le sud de la France de 1940 à 1942, après avoir quitté son père, sa belle-mère, son grand amour, ses amis, ses lieux chers, elle va se donner corps et âme à son art et peindre plus de 1300 gouaches comme autant de témoignages de ce qu’elle a vécu, enduré, surmonté. Celle qui chantait si souvent et empruntait à son chant son inspiration scripturale, va faire jaillir de la noirceur de son histoire la lumière de la création.

Un exemple de résilience magistral.

Des œuvres qu’elle confiera dans une valise à son médecin avant d’être déportée et de mourir dans un camp de concentration en 1943 à tout juste 26 ans. Et de préciser à cet homme en lui tendant ledit bagage: « C’est toute ma vie. »

Toute une vie dans cette valise, écrin de son talent, témoin de son courage et de sa capacité extraordinaire à sublimer sa vie et à transcender ses souffrances par l’art.

Dès lors, on comprend aisément combien il fut délicat pour David Foenkinos de rendre hommage à cette femme admirable en tout point sans craindre d’être en deçà de l’émotion et de la fascination qu’elle exerce sur lui. Pendant des années, il va porter ce roman en gestation, jusqu’au jour où il trouvera les mots sur mesure à même de revêtir le corps de ses émotions.

Et le résultat est juste éblouissant.

Le style, avec ces phrases courtes, des passages à la ligne après chaque point, porte les émotions véhiculées par le texte avec une puissance phénoménale. Le lecteur est catapulté au cœur de la vie de Charlotte Salomon, de ses œuvres, désireux, à l’image de David Foenkinos quelques années plus tôt, de découvrir plus avant celle dont la vie fut un exemple de dépassement de soi.

Ce livre initialement paru en août 2014, Prix Renaudot et Prix Goncourt des lycéens, connaît une seconde vie dans une édition intégrale illustrée, accompagnée de cinquante gouaches de Charlotte Salomon choisies par David Foenkinos, et d’une dizaine de photographies représentant Charlotte et ses proches.  

Un coup de coeur!

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J’ai rendez-vous avec toi, de Lorraine Fouchet (éditions Héloïse d’Ormesson)

Lorraine Fouchet, J’ai rendez-vous avec toi

Editions Héloïse d’Ormesson, Mars 2014

Lorraine Fouchet nous offre un témoignage touchant, dialogue entre un père et sa fille à qui le destin a laissé le temps de s’aimer mais pas de se parler… Une histoire vraie qui se lit comme un roman d’aventures.

Dans un vide-grenier, un dimanche matin, l’auteur tombe sur un livre bleu signé par son père, Christian Fouchet : ce sont ses mémoires, rédigées 40 ans plus tôt. Elle l’achète. Un euro. Un euro pour un voyage 40 ans en arrière, de la vie intime de ce père illustre, acteur de l’histoire de France, décédé alors qu’elle avait dix-sept ans, à sa vie publique en tant qu’homme politique. Un euro, c’est le prix du visa pour entrer sur le territoire de cet homme fascinant, grande figure du gaullisme, qui avait pour amis Charles de Gaulle, Saint-Exupéry, Alexandra David Neel ( La femme aux semelles de vent) ou encore André Malraux.

« T’écrire c’est remailler une passerelle. C’est m’assurer que je pourrai l’emprunter jusqu’à la fin de ma vie. » Sur la trame délicate de ses mots, un dialogue s’engage entre Lorraine Fouchet et son père, avec le lecteur pour témoin. Des mots tendres, drôles et émouvants, qui évitent avec brio l’écueil du pathos. Car c’est un portrait indiciblement vivant que Lorraine Fouchet dresse de celui qui n’est plus. Avec sensibilité, délicatesse, elle nous fait voyager sur les ailes de sa plume, se plonge dans les mémoires et les agendas annotés de ce grand homme (pas seulement par son mètre 96, mais aussi par ses actes) et nous conduit de Moscou à Calcutta, en passant par Alger, Varsovie, le Danemark et bien sûr Paris. Elle nous invite à partager le quotidien du père et du Ministre, ses combats, ses nobles causes, ses blessures aussi.

Ou quand la petite histoire rencontre la grande Histoire…

Prenez rendez-vous avec ce magnifique roman! Vous aurez alors rendez-vous avec le portrait intime et bouleversant d’un grand homme, mais aussi avec l’indéniable talent de l’auteur.

P.56 : J’étais un médecin qui écrivait. Je suis un écrivain qui a été médecin. C’était une question de vie ou de mort, c’est maintenant une question de vie et de mots. Un « r » en moins change la donne.

P.233 : On n’archive pas le bonheur ou la tendresse, on les garde en mémoire. Mais on archive les actes des hommes qui ont été caressés par les ailes de l’Histoire.

Vanessa Paradis, La vague à l’âme. Biographie de Erwan Chuberre-Saunier

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Vanessa Paradis, La vague à l’âme. Biographie de Erwan Chuberre Saunier

Éditions Didier Carpentier, février 2013

 

Le tourbillon de sa vie…

« Joe le taxi , c’est sa vie, du rhum au mambo, embouteillage… ». Qui n’a pas en tête ce tube qui déferla sur les ondes au printemps 1987? Qui ne se souvient pas de la touchante adolescente à la voix si singulière qui l’interprétait alors? Encensée par certains, vilipendée par d’autres, s’il est une évidence, c’est que la jeune fille avec ses trois millions de singles vendus ne laisse personne indifférent. Mais face à la critique, et ce, malgré sa fragilité apparente et son jeune âge, Vanessa Paradis tient bon. Les propos acerbes à son endroit façonnent un caractère de battante qui lui sera utile tout au long de sa carrière.  Coachée par son oncle, Didier Pain, l’adolescente entend bien montrer que la chanson n’est pas une lubie ni ce succès un feu de paille. Pas plus qu’elle n’est une marionnette dont on tire les ficelles.

Il faudra attendre 1990 et ses débuts au cinéma dans Noce blanche pour que ses détracteurs se calment un peu, pour qu’une légitimité en tant qu’artiste lui soit accordée. Meilleure interprète féminine lors des 5èmes Victoire de la musique, prix Romy Schneider, César du meilleur espoir féminin, son nom n’est plus synonyme de femme à abattre mais gage de qualité. Et les plus grands de travailler avec elle. De Gainsbourg qui la surnommera sa « lolycéenne », à la marque Chanel, de Jean-Baptiste Mondino à Jean-Paul Goude, de Lenny Kravitz à René Manzor, en passant par Patrice Leconte ou encore Matthieu Chédid, Vanessa Paradis fascine, touche, inspire.

C’est un portrait très vivant que nous offre Erwan Chuberre Saunier. Avec beaucoup de sensibilité, sans voyeurisme, il nous entraine dans les coulisses de la vie de l’artiste, de la femme et mère. Une personne attachante aux talents pluriels.