Coup de coeur de la rentrée littéraire : Sous les branches de l’udala, Chinelo Okparanta

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Sous les branches de l’udala, Chinelo Okparanta

Editions Belfond, aout 2018

Rentrée littéraire

Chinelo Okparanta explore d’une manière saisissante la culture d’une oppression bien particulière, celle du sexe et du genre. Le récit marquant du combat d’une femme nigérienne qui cherche à revendiquer son identité au cœur d’un pays qui la méprise. Coup de cœur de cette rentrée littéraire.

Au Nigéria, dans les années 70, la guerre civile fait rage. Ijeoma, âgée de 11 ans, voit son père mourir lors du bombardement de leur maison. Elle doit alors prendre la relève pour trouver à manger, assurer le quotidien, car sa mère est trop submergée par le chagrin pour faire quoi que ce soit. Jusqu’au jour où sa mère, dépassée par la guerre, par cette vie sans son mari, par la vie, par cette fille devenue un fardeau, lui annonce qu’elle va la placer chez un couple d’enseignants, amis de son défunt père, dans une ville voisine.

Et de se retrouver bonne à tout faire chez ce couple. Un jour, elle croise en chemin une jeune orpheline de son âge et la fait embaucher à ses côtés chez le couple. Ce qui était une amitié naissante entre les deux jeunes filles se révèle bien plus fort au fil des jours. Une attirance irrépressible. Un véritable amour. Mais à cette époque au Nigéria, et toujours à ce jour, l’amour entre deux personnes de même sexe est jugé criminel, passible de prison, voire, dans certains états, passible de lapidation. Aussi, quand les enseignants découvrent la nature de leur relation, cette « abomination » au nom de la religion et de la loi, c’est le scandale.

Ijeoma essaye alors de rentrer dans les rangs, de faire ce que les autres, au nom de la religion et des traditions, attendent d’elle. Mais peut-on dompter ses sentiments ? Peut-on durablement renoncer à son identité sexuelle sans se perdre soi ?

Chinelo Okparanta nous offre un récit fascinant, édifiant, riche en couleurs, en parfums, en folklore. Un roman sur le combat d’une jeune femme pour se faire accepter telle qu’elle est, au péril de sa vie. Un roman d’apprentissage d’une puissance inouïe, qui montre que rien, pas même le poids des traditions, l’étau de la religion, la désapprobation de l’entourage, ne peuvent aller à l’encontre d’un amour véritable et pur. Bouleversant. Puissant. Un roman qui vous hante longtemps.

 

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Avant la haine, Thierry Cohen (Flammarion)

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Avant la haine, Thierry Cohen

Éditions Flammarion, novembre 2015

Un roman d’une brûlante actualité.

Deux enfants, Raphaël et Mounir, un juif et un musulman, deviennent amis. Très proches amis. Frères de cœur. Tous deux marocains, partageant les mêmes traditions, les mêmes racines, ils se retrouvent en France, dans la région lyonnaise où leurs parents viennent de s’installer. De cette émigration, tous deux ont hérité de l’ambition commune de devenir français, de s’intégrer dans ce pays d’accueil. De réussir. Mais le racisme anti-français est un obstacle bien réel et difficilement franchissable. Heureusement, nos deux amis se serrent les coudes, luttent ensemble pour se faire une place en dépit des préjugés et autres murs érigés devant les étrangers qu’ils demeurent aux yeux des autochtones.

Dans ce roman choral, on suit tour à tour Mounir et Raphaël tout au long de leur existence. Une existence marquée par une actualité internationale tourmentée, comme en 1982 avec les événements du massacre de Chabra et Chatilla. Premières divergences de points de vue entre les deux protagonistes. Première fissure dans leur amitié qu’ils croyaient indéfectible. Et les brèches de se multiplier au fil des conflits, chaque communauté revendiquant la légitimité de ses revendications, de ses actions. Jusqu’à la haine. « Nous n’aurions jamais pensé que la confrontation des opinions se muerait, trente ans après, en haine capable de conduire au meurtre. »

Un roman d’une actualité on ne peut plus brûlante, qui enrichit le débat, ouvre le regard et suscite la réflexion. Un appel à la tolérance. Un roman au sujet duquel Saint-Exupéry aurait pu écrire : « Pourquoi nous haïr? Nous sommes solidaires, emportés sur la même planète, équipage d’un même navire. Et s’il est bon que des civilisations s’opposent pour favoriser des synthèses nouvelles, il est monstrueux qu’elles s’entre-dévorent. »

La nuit de feu, Eric-Emmanuel Schmitt (Albin Michel)

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La nuit de feu, Eric Emmanuel-Schmitt

Editions Albin Michel, septembre 2015

Rentrée littéraire

 

Dans ce livre où l’aventure se double d’un immense voyage intérieur, Eric-Emmanuel Schmitt nous dévoile pour la première fois son intimité spirituelle et sentimentale, montrant comment sa vie entière, d’homme autant que d’écrivain, découle de cet instant miraculeux.

Il y a un peu plus de 25 ans, Eric-Emmanuel Schmitt est amené à se rendre en Algérie, à Tamanrasset, pour préparer le film consacré au marabout blanc, Charles de Foucaud, film dont il est le scénariste.

Agé de 28 ans, déjà normalien, agrégé, docteur, l’auteur ne s’imagine pourtant pas suivre le chemin que ses aînés ont tracé pour lui. Finir au Collège de France ? Une destination certes prestigieuse mais qui n’enchante pas l’enfant en lui, lequel y voit bien davantage une cage dorée. En effet, s’il aime son domaine d’études, il déplore d’avoir pour ce faire dû sacrifier sa fantaisie, sa créativité, sa folie, ses envies de toucher à tout. Pour ne pas étouffer, il s’est donc adonné en parallèle à sa passion pour l’écriture. Des textes remarqués qui vont lui valoir de se voir proposer l’écriture du scénario du film consacré à Foucaud. Une opportunité salutaire.

Pour autant, Eric-Emmanuel Schmitt était loin de s’imaginer à quel point cette aventure allait changer diamétralement sa vie. Tandis qu’une caravane d’une dizaine de personnes, dont lui, part pour une randonnée en plein désert du Hoggar au Sahara, il s’égare. Sans nourriture ni eau. Ce qui aurait pu signer sa mort, va se révéler être le début d’une deuxième vie…

Un récit autobiographique brillamment rédigé, qui interroge sur la foi, les préjugés, les dogmes, la quête de soi. Les plus beaux voyages ne se font-ils pas à l’intérieur de soi ?

P.27 : La victoire réside dans le combat, pas dans son issue.

P.63 : Sur terre, ce ne sont pas les occasions de s’émerveiller qui manquent, mais les émerveillés.

P.160 : Ma conception du voyage avait changé : la destination importe moins que l’abandon. Partir, ce n’est pas chercher, c’est tout quitter, proches, voisins, habitudes, désirs, opinions, soi-même. Partir n’a d’autre but que de se livrer à l’inconnu, l’imprévu, à l’infinité des possibles, voire même à l’impossible. Partir consiste à perdre ses repères, la maîtrise, l’illusion de savoir, et à creuser en soi une disposition hospitalière qui permet à l’exceptionnel de surgir.

P 178 : Un talent reste vain s’il s’engage au service de lui-même, sans autre objectif que de se faire reconnaître, admirer ou applaudir ; un vrai talent doit transmettre des valeurs qui le dépassent et qui le portent.

Mon coeur de père, de Marco Koskas : De l’amour d’un père

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Mon coeur de père, Marco Koskas

Editions Fayard, récit, janvier 2012

 

De l’amour d’un père.

    Dans ce magnifique récit livré sous forme de journal, Marco Koskas nous fait partager ses tourments, son amour, ses inquiétudes de père. Ceux qu’éprouvent un papa se définissant lui-même comme « juif-buissonnier », face à la décision imparable de son fils âgé de 16 ans de devenir juif orthodoxe. Fiston, comme il le surnomme affectueusement, a pour cela décidé d’aller dans une pension en Israël, une yéchiva à 4 kilomètres seulement de Gaza. A portée des tirs de roquettes…
Et l’auteur de trembler.
    Une décision que le père respecte. Mais une conviction religieuse et une détermination qui suscitent en lui autant de craintes que d’admiration. Alors il cherche à comprendre pourquoi ce refuge dans la religion. Fiston y cherche peut-être des repères stables, repères fournis par ces rituels immuables des prières? Des repères qu’il ne trouve pas dans le couple parental déchiré, entre sa mère à la vie sentimentale chaotique et son père artiste. Comprendre pour ne pas perdre le lien. Accepter malgré les conflits qui se multiplient entre le père et le fils au sujet de la doxa religieuse. Un rapport de forces permanent où chacun campe sur ses positions. Coups de gueule parfois. Amour toujours.
    Des chroniques quotidiennes qui ne sont pas uniquement l’objet de cette relation père-fils. Dans ce  journal, l’auteur nous dépeint aussi Israël et la vie à Tel Aviv. Des cafés, des restaurants et des plages qu’il aime fréquenter, en passant par les Telavivoises bobos avec leur petit toutou, ses amours, sa vie d’artiste, le déracinement de sa Tunisie natale, le tableau est riche et vivant.

    Avec « Mon coeur de père », Marco Koskas nous livre une magnifique ode à l’amour. Celle d’un père pour son fils. Celle de Marco pour Moshe.

P. 131 : «  C’est un garçon extraordinaire, je ne le sais pas assez. Il aurait pu mal finir, devenir un petit voyou, se défoncer, mais il est juste habité par une fois inébranlable. »

 

 

Informations pratiques :

Nombre de pages : 200
Prix éditeur :16€

ISBN : 978 2213 668 475