Rentrée littéraire : Le syndrome de la vitre étoilée, Sophie Adriansen

image

Le syndrome de la vitre étoilée, Sophie Adriansen

Fleuve édition, août 2016

352 P. ; 19,50€

Un roman qui démarre comme le chemin de croix d’une jeune femme, mais qui, très vite, frappe par son humour, sa lucidité, sa cruauté et prend la forme du journal rétroéclairé d’une femme qui découvre le pouvoir d’être libre. Le roman d’une renaissance.

Stéphanie et Guillaume sont en couple depuis dix ans. Parmi leurs amis fleurissent des annonces joyeuses de grossesses, de naissances. Une joie à laquelle ils espèrent eux-mêmes goûter. Mais pour l’heure, faute d’y parvenir, ils multiplient chacun les examens éprouvants tant physiquement que moralement, suivent des traitements contraignants, subissent les remarques parfois déplacées et maladroites de leur entourage, l’indélicatesse du corps médical.

Un désir qui très vite tourne à l’obsession. « J’y pense chaque jour. Chaque heure. Chaque minute. »

Un désir qui mine les fondations du couple aussi assurément qu’une armée de termites.

Un désir qui détruit tout, y compris l’estime de soi, faute d’être assouvi.

Tous deux conviennent que le désir s’est transformé, que l’amour a fait place au mieux à une grande tendresse. Et qu’il convient de se séparer.

Pour Stéphanie, il s’agit davantage de l’aube d’une nouvelle vie, que de la fin de son monde. Certes, elle n’échappe pas au deuil de sa relation, au manque de l’autre, mais cette tristesse se mêle à l’intuition exaltante que quelque chose de grand, de beau l’attend. Que tout est encore possible. Y compris de devenir mère, puisque les examens ont révélé que rien dans son fonctionnement ne s’oppose à une maternité. Le problème venait de son conjoint.

Reste à trouver sa voie, à identifier ce dont elle a envie et besoin, ses urgences et ses priorités. Reste surtout et avant tout à se trouver. Une période de tâtonnements, de peurs à surmonter. Pas à pas elle avance doucement mais sûrement vers elle-même. Une reconquête de soi qui passe par le corps. Le yoga sera à ce titre salutaire. « Je me répète ce que je commence à comprendre. Je suis quelqu’un d’important. Le personnage principal de ma propre vie. »

C’est avec beaucoup de finesse et de sensibilité que Sophie Adriansen évoque le parcours de cette jeune femme, ses souffrances, ses doutes, ses peurs. Ses émerveillements et espoirs aussi. Dans une construction très originale, mêlant souvenirs, remarques de proches, analyses biologiques, extraits de livres ou d’articles, ou encore statistiques, elle fournit au lecteur les pièces du puzzle de son existence. Peu à peu se dessinent les contours de cette nouvelle vie, les formes de ce corps désormais en accord, le relief d’un esprit et d’un cœur apaisés. Le tableau d’une émouvante renaissance.

Parce qu’il n’est jamais trop tard pour être soi.

Publicités

Eh bien dansons maintenant !, Karine Lambert (Editions JC Lattès)

110606399

Eh bien dansons maintenant !, Karine Lambert

Editions JC Lattès, mai 2016

 

Un roman d’une tendresse infinie qui montre qu’il n’est jamais trop tard pour faire du reste de sa vie, la plus belle partie de son existence. Pour vivre enfin.

 vieux3

Quand son mari décède, Marguerite se sent démunie. Habituée à se conformer à ses moindres désirs, à faire et dire ce qu’il attendait d’elle, soumise, dévouée, sage, elle s’est complètement oubliée. Sacrifiée. Elle a si souvent rêvé de légèreté, de fantaisie, de gourmandise, de folie douce, tout l’opposé de ce qu’il lui a offert – imposé. Mais aujourd’hui qu’elle n’est plus une marionnette entre les mains d’un homme maladivement rigide, elle ne sait que faire de cette liberté nouvelle. Car à 78 ans, il est trop tard. Elle est passée à côté de sa vie.

C’est à contrario une vie de couple idyllique qu’a vécue Marcel auprès de celle qu’il a connue dans sa plus tendre enfance en Algérie, Nora. Et son chagrin, plusieurs mois après son décès, est à la mesure de ce que fut la force de leurs liens : incommensurable. L’avenir s’annonce sombre et solitaire. Car comment envisager de tomber amoureux à 73 ans ? Et quand bien même ce serait le cas, une nouvelle histoire ne trahirait-elle pas son histoire merveilleuse et unique avec Nora ?

Avec beaucoup de sensibilité, d’humour, de vivacité, Karine Lambert nous offre un roman d’une infinie tendresse sur l’amour des seniors. Mais pas seulement. A travers ses personnages, l’auteur nous montre qu’il n’est jamais trop tard pour oser s’affirmer, être et non paraître. Pour vivre selon nos choix et non selon ce que les autres attendent de nous.

 

 

 

 

Journal d’un vampire en pyjama, Mathias Malzieu (Albin Michel)

9782226321824g

Journal d’un vampire en pyjama, Mathias Malzieu

Editions Albin Michel, janvier 2016

 

« Me faire sauver la vie est l’aventure la plus extraordinaire que j’ai vécue ».

Véritable homme-volcan, Mathias Malzieu, écrivain, auteur-compositeur-interprète du groupe Dionysos, mène de front et avec brio carrière musicale et carrière littéraire. Rien ne semble pouvoir arrêter sa boulimie créative, pas même cette fatigue intense qu’il ressent depuis quelque temps. Priorité au tournage du clip de Jack et la mécanique du cœur. Il n’est pas l’heure de s’écouter. Mais la mécanique se grippe. Et menace même de s’arrêter. Le verdict tombe : aplasie médullaire. Une maladie auto-immune aussi rare que grave, dans laquelle ses propres anticorps se retournent contre lui. Un pronostic vital est engagé. Une greffe est envisagée. Dans l’immédiat, en ce début du mois de novembre 2013, ce seront des transfusions sanguines en milieu stérile.

Dès la nouvelle de la maladie, Mathias Malzieu consigne par écrit ce quotidien chahuté qui est le sien, celui d’un homme qui a besoin du sang des autres pour survivre. Celui d’un vampire en pyjama. « Ce livre est le vaisseau spécial que j’ai dû me confectionner pour survivre à ma propre guerre des étoiles. Panne sèche de moelle osseuse. Bug biologique, risque de crash imminent. Quand la réalité dépasse la (science-) fiction, cela donne des rencontres fantastiques, des déceptions intersidérales et des révélations éblouissantes. »

Car même très affaibli, isolé en chambre stérile, Mathias Malzieu veillera à ce que sa source créative ne tarisse jamais. Dans l’enfer qu’il traverse, c’est elle et l’amour des siens qui le maintiennent en vie. A partir de la glaise-réalité, aussi dure soit-elle, il sculpte au couteau de sa poétique plume un livre magnifique, modèle un nouvel album pour son groupe. Comme autant d’hymnes à la vie. Comme autant de pieds de nez à la maladie. Dame Oclès peut bien régulièrement lui rendre visite et lui rappeler qu’il est dans l’antichambre de la mort, la création le garde férocement ancré à la vie.

Ce livre est un véritable morceau de bravoure. Sans jamais nous faire perdre de vue la gravité de la situation, l’auteur évite avec succès l’écueil du pathos et du voyeurisme. Avec une sensibilité aussi vibrante que belle, il nous fait part de la montagne russe sur laquelle il évolue entre craintes abyssales et espoirs fabuleux, partage avec nous le supplice de l’attente d’une greffe, les joies qui se nichent dans les plus infimes sourires ou regards, le pouvoir magistral de l’amour, les peurs qu’il faut museler -les siennes et celles des proches. Et enfin, au bout de ce tunnel, il chante cette renaissance, plus belle et plus intense que jamais, où le normal devient extraordinaire. Car bien davantage qu’un livre sur la maladie, l’auteur nous interprète par la voix de son encre une ode à la vie.

On referme le livre avec le désir farouche d’aimer deux fois plus fort, de savourer la vie plus intensément encore…et de remercier l’auteur.