Rentrée littéraire : A tombeau ouvert, Bernard Chambaz (Stock)

A tombeau ouvert, Bernard Chambaz

Éditions Stock, août 2016

Rentrée littéraire

Qui ne se souvient pas de l’accident qui coûta la vie à Ayrton Senna, le 1er mai 1994, sur le circuit italien d’Imola ? Aficionado de la course automobile ou pas, sa mort reste dans la mémoire de chacun. Mais que sait-on de l’homme, du pilote ? C’est le parcours de ce champion, mais aussi celui de Juan-Manuel Fangio, Jules Bianchi, ou encore Andrea de Cesaris, que nous propose Bernard Chambaz dans ce roman.

Initié au pilotage dès 4 ans, à bord d’un kart confectionné par son père, sous le regard admiratif de ce dernier et celui, craintif, de sa mère, Ayrton montre déjà des dispositions. A dix ans, celui qui a pour Idole Jim Clark, reçoit un nouvel engin sur lequel il va perfectionner sa conduite : maîtrise de la force centrifuge, calcul au plus près de la courbe des virages, exploration des mécanismes du moteur. Rien n’échappe à l’enfant, perfectionniste, passionné et véritablement doué. Premières compétitions à l’adolescence. Et premiers succès. Dès lors, ses études achevées, plus rien ne l’arrêtera, pas même le souhait de son père qu’il prenne sa succession dans les affaires. « Tout se passe comme un de ces romans de formation où le jeune héros fait ses premières armes, franchit des obstacles et en tire des leçons. Et dans cette aventure, il va particulièrement vite. » Il remporte la plupart des courses qu’il dispute dans sa catégorie, animé d’une rage de vaincre hors-normes : « Il brigue le record du tour. Il a un besoin vital d’être devant, quitte à paraître « sauvage », à excéder ses adversaires au point d’en venir, une fois, aux mains. »

C’est donc un roman d’apprentissage que nous offre Bernard Chambaz. Celui d’un pilote brésilien adulé par les hommes comme les femmes, un des plus grands pilotes de l’histoire de la Formule 1, élevé depuis sa mort au rang de demi-dieu. Pour ceux qui admirent « Magic Senna » et ceux qui désirent mieux le connaître.

Rentrée littéraire : L’indolente de Françoise Cloarec(Stock)

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L’indolente, Françoise Cloarec

Editions Stock, août 2016

Rentrée littéraire

Amateur d’art ou non, tout le monde connaît le peintre Pierre Bonnard. Celui qui ne se revendique d’aucune école, désireux de faire quelque chose de purement personnel, laisse derrière lui une œuvre conséquente, riche en couleur, qui exalte la lumière. Une œuvre très étroitement liée à sa muse, son modèle favori, son âme-soeur et plus grand amour, le support de sa création : sa femme Marthe Bonnard. Mais qui est cette personne qui a partagé près de 50 ans de sa vie, qui ment sur son âge, son nom, ses origines? Cette femme qui offre très souvent sa nudité sur les toiles, habille à contrario son passé de tenues opaques et épaisses. Le peintre lui-même ne connaît d’elle que ce qu’elle veut bien lui dire ou lui montrer, autrement dit peu de chose datant d’avant leur rencontre.

C’est ce mystère que Françoise Cloarec tente de percer.

Elle nous entraine sur les pas d’une femme caractérielle, à la santé fragile, aux phobies desquelles Pierre Bonnard se plie avec dévotion, quitte à ne plus pouvoir voir ses amis ou sortir en société. Une femme qui, à la rencontre de son futur mari, décide de s’inventer une nouvelle identité : Maria Boursin, née dans une famille modeste, orpheline de père, devient Marthe de Méligny, fille naturelle d’un aristocrate issu d’une famille noble et ruinée dont elle est censée être la dernière représentante. Une femme qui n’existe que dans et par le regard de l’homme qu’elle aime.

C’est le roman d’une histoire d’amour passionné que nous relate l’auteur. Touche par touche, elle peint le portrait de celle qui a inspiré le chef de file du mouvement nabi et dont le véritable visage sera dévoilé à la mort de Pierre Bonnard, lors des procès liés à sa succession. Quatre nièces de « Maria Boursin » surgissent en effet au décès du maître et réclament leur part d’héritage…

Rentrée littéraire : Lucie ou la vocation, Maëlle Guillaud (Editions EHO)

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Lucie ou la vocation, Maëlle Guillaud

Éditions Héloïse d’Ormesson, août 2016

Rentrée littéraire

Fille unique auprès de parents aimants et d’une grand-mère merveilleuse, toujours accompagnée de sa meilleure amie Juliette, Lucie, brillante élève de Khâgne, est très bien entourée. Pourtant, elle sent un appel auquel elle ne peut pas résister. Un appel qui va la conduire à renoncer aux siens, à leur présence, à leurs rêves pour elle. Mais IL donne un sens à sa vie. Et de décider de se consacrer à Lui, entièrement, exclusivement, de l’aimer et de l’imposer à son entourage, dussent-ils tous désapprouver son choix.

Elle pousse alors la porte du couvent niché au cœur de Paris. C’est irrévocable : elle consacrera son existence à Dieu.

Mais dans ce monde clos par de hauts murs, la réalité est autre que ce qu’elle avait imaginé. Guerres intestines pour briguer la place de supérieure du prieuré, violences physiques et psychologiques, humiliations, gavage, dislocation des liens avec les familles et amis, absence de soins, Lucie étouffe. Mais elle résiste, rêve d’absolu. Jusqu’à la découverte d’un secret qui va la cribler de doutes… Que faire, renoncer à sa foi , retourner à sa vie d’avant? Et si c’était LUI qui lui envoyait cette épreuve pour la tester ?

Avec ce premier roman, Maëlle Guillaud nous fait pénétrer dans l’enceinte de ce monde mystérieux qu’est le couvent, avec ses règles de vie austères, ses codes impénétrables. Un monde dans lequel les sœurs, aussi ferventes soient-elles, n’en restent pas moins des êtres humains donc dotés de faiblesses, porteurs de défauts comme de qualités. L’auteur analyse avec beaucoup de justesse les difficultés auxquelles se heurte la novice, les doutes qu’il lui faut combattre sur le chemin de la foi, la force qu’il lui faut pour résister à l’incompréhension des siens. Un roman singulier.

Rentrée littéraire : L’enfant qui mesurait le monde, Metin Arditi (Grasset)

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L’enfant qui mesurait le monde, Metin Arditi

Editions Grasset, août 2016

Rentrée littéraire

Un roman positif, humain, sur l’amitié d’un jeune enfant autiste et d’un vieillard blessé.

Metin Arditi entraîne le lecteur en Grèce, sur l’île de Kalamaki. Une île dévastée par la crise, sur laquelle le projet de construire un complexe hotelier paraît pour beaucoup être salutaire sur le plan économique.

D’autres s’interrogent sur le bien-fondé de cette construction, comme Eliot, architecte retraité revenu vivre sur l’île où il a perdu sa fille 15 années plus tôt. Inconsolable, il est à Kalamaki pour achever l’étude qu’elle avait entreprise, à la recherche du nombre d’or. Marcher sur ses pas est une façon de la maintenir vivante. Perclus de solitude, il se laisse convaincre par le prêtre Kosmas, de venir en aide à Maraki, une jeune femme qui élève seule son fils autiste, Yannis. La femme vient en effet de perdre son père et n’a plus personne pour veiller sur son enfant, tandis qu’elle part la nuit à la chasse au palangre pour assurer les revenus-fussent-ils maigres, de la maisonnée.

Yannis est un enfant enfermé dans sa bulle de silence, qui ne parle pas, ne soutient pas le regard. Un enfant fasciné par les chiffres. Les habitants de l’île l’ont pris sous leur aile, habitués à ses tocs de comptage des pesées ou des clients à la terrasse du café. Une façon pour le garçon de canaliser son angoisse face au désordre du monde.

Le vieil homme accepte de soutenir la femme et son fils. Et de nouer avec eux des liens profonds. Seul Eliot va en effet percer le secret de l’univers de Yannis, trouver les mots à même d’ériger un pont entre lui et l’enfant. Il lui raconte les grands mythes de l’antiquité, la vie des Dieux, l’associe à ses recherches, l’aide à prendre confiance en lui. Et partage avec lui cet amour des chiffres. Une amitié bouleversante naît.

L’enfant qui mesurait le monde, c’est la rencontre de trois solitudes, la naissance de liens authentiques entre trois êtres blessés. Un roman positif et humain, avec un autre regard sur l’autisme.

Rentrée littéraire : Le sanglier, Myriam Chirousse

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Le sanglier, Myriam Chirousse

Editions Buchet-Chastel, août 2016

Rentrée littéraire.

 

Carole et Christian habitent une maison délabrée en location, quatre kilomètres après le dernier village. Un choix de vie en adéquation avec leurs faibles revenus, mais aussi avec leur besoin d’une vie authentique. Une fois par mois, ils sortent de leur isolement pour se rendre dans la zone commerciale la plus proche. Une sortie invariablement assortie d’une visite chez la grand-mère, elle-même précédée d’un repas chinois acheté au Mandarin céleste. Une vie où tout semble réglé et sans surprise.

Pourtant, ce samedi comme les autres n’en sera pas un. Il suffira que Carole s’arrête en chemin pour aller aux toilettes et c’est toute la mécanique bien huilée qui s’enraye. Chaque nouveau grain de sable fait alors surgir les failles, les blessures de chacun. Chaque infime contretemps est révélateur d’un malaise plus profond. Le racket à l’école, les choix amoureux, le rejet, … On sent combien chaque minute peut être le théâtre d’une explosion, combien chaque nouvelle contrariété peut porter en elle son lot de terreur.

Avec ce troisième opus, Myriam Chirousse nous offre un roman très différent des précédents, lesquels avaient ma préférence. Un roman sur la vie ordinaire de gens ordinaires, vie qui peut rapidement virer au cauchemar, si on réveille les vieux fantômes.

 

Rentrée littéraire : La mort de Mitali Dotto, de Anirban Bose (Mercure de France). Coup de coeur!

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La mort de Mitali Dotto, Anirban Bose

Traduit de l’anglais (Inde) par Josette Chicheportiche

Editions Mercure de France, septembre 2016

Un roman au suspens haletant, particulièrement édifiant sur l’Inde d’aujourd’hui, avec ses disparités d’accès aux soins, son système de corruption, ses castes. Et une belle aventure humaine aussi. Coup de cœur de cette rentrée littéraire !

C’est plein d’enthousiasme que le docteur Neel Dev-Roy est revenu en Inde pour exercer, après une riche expérience de 15 années aux Etats-Unis. C’est donc munis de deux allers simples que sa femme et lui arrivent à New Delhi.

Mais très vite, le docteur Dev-Roy se heurte aux lourdeurs administratives et aux aberrations liées à la corruption et au système de castes. Le système de santé en Inde se caractérise en effet par le sous-équipement de ses infrastructures publiques et par la gestion erratique de son personnel soignant. A ces problèmes structurels s’ajoutent le manque de régulation d’un secteur privé en pleine croissance, les disparités d’accès aux soins entre riches et pauvres et la corruption. Pour consulter, les malades doivent choisir entre un secteur privé coûteux et peu encadré et des hôpitaux publics mal approvisionnés et surchargés. Si de surcroît ces derniers n’ont pas les moyens de payer de pot de vin, ils ne peuvent espérer de traitement de qualité. Mais Neel, intègre et scrupuleux, n’est pas du genre à baisser les bras ni à s’accommoder d’injustices et de petits arrangements. Tout particulièrement quand il se retrouve confronté au cas de la belle et mystérieuse Mitali Dotto.

Une indocilité qui va lui coûter cher.

Arniban Bose, médecin né en Inde, a longtemps exercé aux Etats-Unis. Ce roman aborde donc avec brio un sujet qu’il connaît de l’intérieur. Comment pallier les disparités d’accès aux soins, la corruption ? Comment se situer quand on revient au pays avec le regard d’un occidental, ses absolus moraux, sans relativisme ni contexte ? Un livre passionnant, qui tient le lecteur en haleine tout au long de cette double enquête : qui est cette femme, Mitali Dotto, délaissée par tous ? Quelles sont les motivations sous-jacentes du retour du Dr Dev-Roy  en Inde? Ont-elles un rapport avec son père, absent depuis des années ?

Un coup de cœur de cette rentrée littéraire !

Rentrée littéraire : Beaux rivages, Nina Bouraoui

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Beaux rivages, Nina Bouraoui

Editions JC Lattès, août 2016

Rentrée littéraire

Personne n’est protégé contre la fin d’un amour… Un roman d’une grande sensibilité et d’une infinie justesse. Coup de cœur !

Janvier 2015. Alors que le contexte terrifiant des attentats rappelle l’urgence de vivre, d’aimer, A. doit faire face à un séisme intérieur. Depuis 8 ans, elle et Adrian filaient le parfait amour. Elle vit à Paris, lui à Zurich, et cette distance n’a jamais été un obstacle à leur relation. Jusqu’à ce jour où Adrian annule sa venue. Motif jamais ne serait-ce qu’envisagé jusqu’alors : il a rencontré une autre femme. C’est la sidération pour A.. Incrédule, elle imagine vivre un cauchemar dont tôt ou tard elle va forcément se réveiller. Avec lui à ses côtés.

Mais force lui est d’admettre qu’elle ne rêve pas. Cette douleur térébrante est bien sa réalité.

Dévastée par le chagrin, elle se sent comme une frêle embarcation, véritable jouet des flots du doute, de la colère, de la jalousie. Et coule peu à peu. A quelles souffrances plus anciennes cette douleur-là fait-elle écho ?Y avait-il des signes prémonitoires qu’elle n’a pas su ou pas voulu voir ? Qui est cette Autre pour laquelle il l’a quittée ? Et d’enquêter avec fébrilité sur les réseaux sociaux, à l’heure où internet fait de chacun un potentiel inspecteur. A l’heure où il est difficile de couper tout contact—fût-ce virtuel, avec celui ou celle qui nous fait souffrir.

Avec une justesse chirurgicale, Nina Bouraoui fait l’autopsie d’un amour révolu. Au scalpel de sa brillante plume, elle analyse les émotions qui traversent A., ses doutes, sa douleur, ses espoirs quant à sa capacité à renouer avec Damien, voire à aimer et refaire confiance à un autre homme. Elle sonde son âme, son cœur, tandis que l’hémorragie continue. Et pose des perfusions d’espoir.

Qui n’a pas vécu de chagrin d’amour ? Et de réaliser qu’aussi intimes et personnelles soient ces drames amoureux, ils revêtent un caractère universel. Quels que soient le sexe, la nationalité, l’âge, le milieu social, personne n’est à l’abri d’une rupture.

Un roman brillant qui se lit en apnée.

Extrait : « L’amour véritable est rare et discret. Quand il survient, il est aisé à reconnaître. Il rend grand alors que l’on se croyait petit. Il rend brave alors que l’on se croyait lâche. Il e demande rien et n’attend rien en retour. Il se déploie en silence, avec lenteur. Il a tout son temps car le temps est son allié. Cet amour est une science. Elle est ardue, compliquée, mais elle n’est pas impossible. »

Rentrée littéraire : La suture, Sophie Daull

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La suture, Sophie Daull

Editions Philippe Rey, août 2016

Rentrée littéraire.

 

Auteur du bouleversant livre Camille, mon envolée, Sophie Daull revient avec La suture, fin de son diptyque autour de sa fille et de sa mère Nicole. Un roman en forme d’enquête généalogique.

 

« Ma mère avait 26 ans quand je suis née, 45 quand elle est morte, moi 19. » Tandis qu’elle vient de perdre brutalement sa fille Camille âgée de 16 ans, qu’il lui faut lutter au quotidien contre le vide abyssal laissé par son absence, Sophie Daull éprouve le besoin de partir à la rencontre d’une autre absente : sa mère. Du moins, à la rencontre des personnes qui l’ont connue ou simplement croisée.

A partir des maigres éléments contenus dans une boîte à chaussures (cartes postales, bulletins de salaire, quelques photos, une cassette de dictaphone, une lettre manuscrite), lesquels constituent les seuls fragments du réel, elle va tenter de compléter le puzzle. Et d’inventer les pièces manquantes si nécessaire.

« Je peux broder, comme on dit mentir. Je vais tisser une étole à réchauffer mes mortes, composer une histoire à me repeupler, pour épaissir mon sang que l’absence du leur a rendu trop liquide, trop rapide (…) Je vais inventer leurs hivers et leurs printemps, ranimer leurs souffle éteint, repulper leurs lèvres aimantes dont j’aimais tant les baisers. »

Ceux qui comme moi ont lu l’an passé le poignant livre Camille mon envolée, retrouveront ici la magnificence de l’écriture de Sophie Daull. Une écriture d’une musicalité exquise et d’une grande poésie. Une écriture qui habille sur mesure le corps des émotions. A contrario, j’ai eu beaucoup de mal à me laisser embarquer dans l’histoire elle-même, dans ces multiples tentatives, vaines souvent, pour recueillir des renseignements sur cette mère tant aimée. Un sentiment mitigé, donc.

 

201 P. ; 17€

Rentrée littéraire : Le syndrome de la vitre étoilée, Sophie Adriansen

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Le syndrome de la vitre étoilée, Sophie Adriansen

Fleuve édition, août 2016

352 P. ; 19,50€

Un roman qui démarre comme le chemin de croix d’une jeune femme, mais qui, très vite, frappe par son humour, sa lucidité, sa cruauté et prend la forme du journal rétroéclairé d’une femme qui découvre le pouvoir d’être libre. Le roman d’une renaissance.

Stéphanie et Guillaume sont en couple depuis dix ans. Parmi leurs amis fleurissent des annonces joyeuses de grossesses, de naissances. Une joie à laquelle ils espèrent eux-mêmes goûter. Mais pour l’heure, faute d’y parvenir, ils multiplient chacun les examens éprouvants tant physiquement que moralement, suivent des traitements contraignants, subissent les remarques parfois déplacées et maladroites de leur entourage, l’indélicatesse du corps médical.

Un désir qui très vite tourne à l’obsession. « J’y pense chaque jour. Chaque heure. Chaque minute. »

Un désir qui mine les fondations du couple aussi assurément qu’une armée de termites.

Un désir qui détruit tout, y compris l’estime de soi, faute d’être assouvi.

Tous deux conviennent que le désir s’est transformé, que l’amour a fait place au mieux à une grande tendresse. Et qu’il convient de se séparer.

Pour Stéphanie, il s’agit davantage de l’aube d’une nouvelle vie, que de la fin de son monde. Certes, elle n’échappe pas au deuil de sa relation, au manque de l’autre, mais cette tristesse se mêle à l’intuition exaltante que quelque chose de grand, de beau l’attend. Que tout est encore possible. Y compris de devenir mère, puisque les examens ont révélé que rien dans son fonctionnement ne s’oppose à une maternité. Le problème venait de son conjoint.

Reste à trouver sa voie, à identifier ce dont elle a envie et besoin, ses urgences et ses priorités. Reste surtout et avant tout à se trouver. Une période de tâtonnements, de peurs à surmonter. Pas à pas elle avance doucement mais sûrement vers elle-même. Une reconquête de soi qui passe par le corps. Le yoga sera à ce titre salutaire. « Je me répète ce que je commence à comprendre. Je suis quelqu’un d’important. Le personnage principal de ma propre vie. »

C’est avec beaucoup de finesse et de sensibilité que Sophie Adriansen évoque le parcours de cette jeune femme, ses souffrances, ses doutes, ses peurs. Ses émerveillements et espoirs aussi. Dans une construction très originale, mêlant souvenirs, remarques de proches, analyses biologiques, extraits de livres ou d’articles, ou encore statistiques, elle fournit au lecteur les pièces du puzzle de son existence. Peu à peu se dessinent les contours de cette nouvelle vie, les formes de ce corps désormais en accord, le relief d’un esprit et d’un cœur apaisés. Le tableau d’une émouvante renaissance.

Parce qu’il n’est jamais trop tard pour être soi.

Rentrée littéraire : Repose-toi sur moi, un petit bijou de Serge Joncour! (Flammarion)

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Repose-toi sur moi, Serge Joncour

Flammarion, août 2016

427 P. ; 21 €

Aujourd’hui en librairie!

Un roman d’une intensité rare, qui se vit tout autant qu’il se lit, tant Serge Joncour est un passeur d’émotions exceptionnel. Énorme coup de cœur de cette rentrée littéraire pour cette histoire de l’amour et du désordre.

Aurore est une styliste au talent connu et reconnu, qui a monté sa propre maison 8 ans plus tôt avec un associé, Fabian. Un mari qui réussit brillamment dans les affaires, deux enfants, un bel appartement, une entreprise dans les quartiers chics, Aurore affiche tous les codes de la réussite, tant personnelle que professionnelle.

Dans la cage d’escalier voisine, desservant des appartements beaucoup plus modestes, vit Ludovic, ancien agriculteur reconverti dans le recouvrement de dettes. Veuf inconsolable, il vit de plus en plus mal son métier, cette pression qu’il doit mettre pour récupérer des impayés chez des gens en détresse.

Deux êtres, deux mondes amenés à cohabiter, jamais à se croiser. Si ce n’est pour résoudre un problème de voisinage bruyant : des corbeaux ont en effet élu domicile dans la cour et glacent le sang d’Aurore. Qu’à cela ne tienne, Ludovic prend une carabine et la libère de ces importuns ailés. Cet élan solidaire, sans même qu’elle ne demande rien, la touche plus qu’elle ne veut d’abord l’admettre. Mais la raison aussitôt de balayer son intuition première : « Ce serait inimaginable d’en faire un allié, encore moins un ami, ni quoi que ce soit d’autre, et pourtant cet être-là la rassurait, là sur le moment, sa présence l’accompagnait. » Une confusion semblable naît dans l’esprit de Ludovic. Et ce même sentiment qu’il est vain de se faire des illusions, ils ne sont pas du même univers, n’ont rien en commun.

Cependant, en lui tendant la main, c’est son bras, puis son cœur, son esprit et son corps, qui se trouvent peu à peu pris dans un tourbillon vertigineux à la saveur de l’interdit.

Qu’est-ce qui définit le monde auquel nous appartenons ? La sphère sociale, à savoir la profession, le domicile, la voiture, les tenues vestimentaires ? Ou bien est-ce nos valeurs, notre éthique, nos priorités, nos aspirations, nos rêves ? Leurs mondes sont-ils finalement si distants que cela ? Serge Joncour nous livre ici un roman d’une intensité et d’une densité rares, rédigé avec une sensibilité à fleur de mots et une tension extrême. Les personnages sont indiciblement attachants, authentiques, humains, dans cette histoire d’amour brillamment menée. Des êtres qui nous habitent, nous hantent, et ce, longtemps après avoir refermé le livre.

Lire Serge Joncour, c’est VIVRE l’histoire qu’il a rédigée, tant il excelle à distiller les émotions.

Lire Serge Joncour, c’est plonger au coeur de l’humain, au cœur de l’être et non du paraître.

Lire Serge Joncour, c’est avoir envie …de le relire !

Si ce livre est un coup de cœur ? Oui, ENORME !