Nous aurons été vivants, Laurence Tardieu (Stock) : un hymne à la vie

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Nous aurons été vivants, Laurence Tardieu

Editions Stock, janvier 2019

 « On peut se sortir de tout, de toutes les nuits. (…) quelque chose en nous demeure à jamais invincible » (P.270). Tel est le message délivré par ce bouleversant roman de Laurence Tardieu. Un roman sur le temps, sur la vie qui passe, fragile, imprévisible, mais belle malgré tout et surtout.

Quand Hannah croît apercevoir sa fille Lorette sur le trottoir d’en face, sa fille unique disparue 7 ans plus tôt sans aucune explication ni aucun signe précurseur, c’est un séisme. Deux bus passent. Le trottoir d’en face est vide. Était-ce Lorette ou quelqu’un qui lui ressemblait ? Peu importe, car le mal est fait. Cet édifice qu’Hannah a eu tant de mal à reconstruire, cette force qu’elle a eu tant de peine à mobiliser pour rester debout après ce drame, ce passé qu’elle s’est efforcée de mettre à distance, tout lui explose en pleine face.

Ce même jour, d’autres personnes liées à Hannah voient leur vie basculer. Il s’agit de Simon, son frère cancérologue, complètement démuni face à une femme initialement condamnée mais dont il constate que la tumeur a disparu. C’est Lydie, la meilleure amie et le plus puissant soutien d’Hannah, qui soudain prend conscience de la vacuité de son métier de publiciste et ne trouve plus la force de se rendre au bureau. C’est enfin Paul, le compagnon de Lydie, qui voit resurgir dans sa vie une femme à laquelle il a donné des cours de musique 30 ans auparavant, femme qui va mettre son couple en péril. Tous ces êtres, en cette matinée d’avril, se trouvent à un point charnière de leur existence. Une existence fragile, comme toute existence…

Hannah rembobine alors le fil de sa vie, du temps où elle était artiste peintre, phagocytée par ses créations, créations qu’elle a délaissées depuis la disparition de sa fille. Puis il y eut la naissance de Lorette, un lien mère-fille qui a mis du temps à ses tisser mais dont la trame est devenue belle et forte, jusqu’à l’année de ses 19 ans où elle a disparu.

Peut-on se relever de tout ? A-t-on en soi des ressources insoupçonnées ? Oui, nous répond Laurence Tardieu, dans ce roman qui est un hymne à la vie. Même si les drames nous laissent le cœur et l’âme en lambeaux, la vie est plus forte que tout, nous rassemble, nous relève. A l’image d’un peintre, Laurence Tardieu dresse le portrait de nos existences fragiles par essence, surprenantes, incontrôlables, dures parfois, joyeuses à d’autres moments. Riches toujours. Du pinceau de sa délicate plume, elle pose les couleurs sombres des drames, les fissures et les craquelures, puis fait soudain jaillir la lumière, éblouissante, enchanteresse. Laurence Tardieu dit avoir pris un plaisir fou à rédiger ce roman. Il donne en effet le sentiment d’une libération, du parti pris de la vie sur la mort, de l’espoir sur le chagrin, de la résilience sur l’effondrement. Un roman touchant, d’une sensibilité à fleur de plume.

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Rentrée littéraire : Le procès du cochon, Oscar Coop-Phane (Grasset)

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Le procès du cochon, Oscar Coop-Phane

Editions Grasset, janvier 2019

Rentrée littéraire

Un roman étrange, qui nous entraîne entre le 12ème et le 18ème siècle au théâtre de l’absurde : le procès d’un cochon, meurtrier d’un bébé. D’une langue tranchante et pénétrante, Oscar Coop-Phane fouille les sentiments humains, la peur, la colère, la cruauté et la soif de vengeance, mais aussi l’empathie ou la peine. Un texte allégorique où chacun reconnaîtra dans l’animal, le porc qu’il voudra.

Après une marche pénible en pleine campagne et une nuit perturbée par l’orage, il était arrivé aux abords d’une jolie maisonnette blanche, avec sur le devant, posé sur la pelouse, un bébé dans un panier en osier.

Il s’est alors approché et n’a pas pu résister à l’appel de cette chair dodue, avant de retourner sous un arbre se repaître de ses agapes.

Un repos de courte durée. Les hommes sont à ses trousses, assoiffés de vengeance.

Et d’être arrêté.

Sauf que le coupable n’est pas un être humain mais un animal. Plus exactement, un cochon. Qu’à cela ne tienne, il aura un procès, comme tout meurtrier. Ainsi en était-il jusqu’à la fin du 18ème siècle.

Sous la forme d’une pièce de théâtre en quatre actes (le crime, le procès, l’attente, le supplice), Oscar Coop-Phane nous fait vivre le procès de l’animal, coupable non doté de parole. Comment comprendre ce qui a motivé son crime, s’il ne peut l’expliquer à la cour ? Car pour juger, pour émettre une sentence, il faut comprendre, savoir quelles sont les motivations du tueur, au risque sinon, de juger de façon arbitraire et d’être aussi criminels que celui que l’on juge. Une réflexion très contemporaine sur la justice, les notions de responsabilité et de culpabilité, l’empathie, le danger des émotions qui prennent le pas sur la raison. Un roman hors du commun.

La rentrée littéraire 2019 aux Editions Stock : des livres prometteurs

Ce mardi 29 janvier, dans le décor magnifique du Musée Gustave Moreau, les éditions Stock, en présence des auteurs, dévoilaient leur rentrée littéraire d’hiver.

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Avant de revenir sur chaque livre par le biais de chroniques qui s’égrèneront au fil des semaines, je vous propose un aperçu de ce qui vous attend en librairie. Des univers riches, variés, des auteurs connus ou primo-romanciers, vos bonheurs seront multiples. ❤

  • Raphaëlle Liebaert, nous a présenté Trouble, de l’écrivain Jeroen Olyslaegers, paru dans la collection La Cosmopolite. Récompensé par le plus prestigieux prix littéraire belge, Trouble interroge la frontière entre le bien et le mal et fait surgir un temps passé qui nous renvoie étrangement à notre présent.

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  • Laurence Tardieu est venue nous parler de ce roman qu’elle a pris un plaisir fou à écrire : Nous aurons été vivants, paru dans la collection La bleue.  Un hymne à la vie que je suis en train de lire avec émotion.

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  • Julien Blanc-Gras, quant à lui , nous offre une chronique de la paternité, avec Comme à la guerre, paru dans la collection La Bleue. Roman d’une vie qui commence, manuel pour parents dépassés, réflexion sur la transmission, cette chronique de la paternité dans le Paris inquiet et résilient des années 2015-2018 réussit le tour de force de nous faire rire sur fond de tragédie.

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  • Dominique de Saint-Pern nous a parlé d’Edmonde, son roman à paraître fin février dans la collection La bleue. Elle y retrace la métamorphose d’Edmonde Charles-Roux en femme libre. Une fresque fascinante.

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  • Paula Jacques a choisi une héroïne sans principe ni morale, Louison Desmarais, dans son nouveau roman paru dans la collection La bleuePlutôt la fin du monde qu’une écorchure à mon doigt. Un roman captivant et délicieusement irrévérencieux.

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  • Louis-Henri de la Rochefoucauld, critique musical, évoque son roman désopilant, faussement initiatique, La prophétie de John Lennon. « Le christianisme s’en ira. Je n’ai pas besoin de débattre de cela. J’ai raison et l’avenir le prouvera. Aujourd’hui, nous sommes plus populaires que Jésus. » Ainsi parlait Lennon en 1966. Avait-il raison?

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  • Après Trois jours à Oran, roman qui évoquait sa relation avec son père, Anne Plantagenet évoque son grand-père italien et sa relation avec sa mère dans D’origine italienne à paraître fin février.

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  • Théodore Bourdeau, avec beaucoup d’humilité, présente son premier roman paru dans la collection Arpège, Les petits garçons. Un premier roman enlevé, à l’humour réjouissant, qui entremêle la douceur de l’enfance, les erreurs de jeunesse et le nécessaire apprentissage de la vie.

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  • Caroline Caugant creuse la puissance familiale dans Les heures solaires, paru dans la collection Arpège. Et de nous interroger : les monstres engendrent-ils toujours des monstres ?

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  • Agathe Ruga, primo-romancière, présente Sous le soleil de mes cheveux blonds, à paraître fin février dans la collection Arpège. Un roman, qui a séduit la directrice littéraire, Caroline Laurent : « Ce roman a un vrai ton, une maîtrise narrative. On dévore le livre, on a envie d’avoir la conclusion de cette histoire d’amour très romanesque. C’est un premier roman très réussi. »

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Une mention spéciale à Valentine Layet-le Mauff qui a organisé la présentation dans ce lieu magique.

 

 

Jeu concours : gagnez l’intégralité de la rentrée littéraire des éditions Flammarion!

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C’est encore Noël en janvier avec les éditions Flammarion! Gagnez non pas un, ni deux, ni même trois mais…treize livres de la rentrée 2019 !

Vous avez envie de découvrir les nouvelles publications de Flammarion, de Michel Houellebecq à Véronique Ovaldé, en passant par Serge Pey? Rien n’est plus simple. Il vous suffit de cliquer sur ce lien : Jeu concours Flammarion

Vous avez jusqu’au 31 janvier pour participer. Un gagnant sera alors tiré au sort et remportera les treize titres.

Tous à vos claviers!

Rentrée littéraire : Vigile, Hyam Zaytoun (Le tripode)

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Vigile, Hyam Zaytoun

Editions Le Tripode, janvier 2019

Rentrée littéraire

Le combat d’une femme et mère, Hyam Zaytoun, dont le compagnon fait un arrêt cardiaque à ses côtés. Face à la mort qui menace, comment tenir debout, garder espoir, être là pour ses enfants ? Un récit intense, émouvant.

Vigile : personne dont la mission est de surveiller. C’est ce nouveau rôle que la vie a imposé à Hyam Zaytoun sur la scène conjugale. Elle qui est actrice de théâtre, n’a cette fois pas choisi son personnage, ni anticipé les situations, l’enchaînement des scènes, pas plus que les rebondissements de cette pièce noire. Elle la découvre brutalement, quand au cœur de la nuit elle se rend compte qu’Antoine, son mari et père de ses enfants, ne respire plus.

Dès lors, elle plonge cœur et âme dans sa mission de vigile, puise en elle des ressources insoupçonnées pour combattre la peur qui la tenaille, le doute quant aux chances d’Antoine de s’en sortir sans séquelles voire vivant. Massage cardiaque pendant trente minutes jusqu’à l’arrivée des secours, journées passées entre les enfants et Antoine plongé dans le coma en service de réanimation. Elle court toujours. Reste debout malgré la terreur qui la ronge. Mais la culpabilité la rattrape. Aurait-elle dû prêter une plus grande attention aux douleurs thoraciques dont il souffrait la soirée où il a fait cet infarctus ? Aurait-elle dû le ménager davantage, lui épargner la fatigue des jeunes enfants qu’ils ont eu ensemble tandis qu’il a seize ans de plus qu’elle ?

Hyam Zaytoun nous relate cinq ans après les faits, ces jours de cauchemars, mais de lumière aussi. La lumière venue des enfants, de la famille, des amis, tous soudés autour d’elle et d’Antoine. La lumière de l’espoir qu’elle a su entretenir envers et contre tout. La lumière de son courage et de sa combativité. Pas de pathos ici, mais un témoignage émouvant, sincère, une mise à nu de ces peurs, de ces doutes qui nous assaillent quand se dessine le spectre de la perte d’un être cher. D’une intensité magnifique.

Rentrée littéraire : La nuit se lève, Elisabeth Quin (Grasset)

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La nuit se lève, Elisabeth Quin

Editions Grasset, janvier 2019

Rentrée littéraire – Récit

Un récit touchant, sincère, un compte à rebours effrayant contre une possible nuit totale, celle qui se dessine à cause d’un double glaucome.

« La vue va de soi, jusqu’au jour où quelque chose se détraque dans ce petit cosmos conjonctif et moléculaire de sept grammes, objet parfait et miraculeux, nécessitant si peu d’entretien qu’on le néglige. » Voir est un sens dont il nous paraît normal, naturel, légitime de bénéficier. Presque un dû. Nous ne prenons bien souvent conscience de notre chance de voyant, comme de notre chance tout court, que le jour où cette chance n’est plus nôtre ou menace de ne plus l’être…

Quand Elisabeth Quin consulte un spécialiste de renom dans un centre hospitalier, le couperet tombe, tranchant, sans anesthésie : « Vous avez un double glaucome, chère Madame. » Comme son père quelques années plus tôt. A l’indélicatesse totale et à la désinvolture ignominieuse de l’annonce s’ajoute la gravité de la pathologie : le risque, à terme, de perdre complètement la vue si les tentatives pour maintenir la pression intra-oculaire sous son niveau dangereux pour le nerf optique, échouent. Le glaucome est en effet la deuxième cause de cécité dans les pays développés.

Dès lors, Elisabeth Quin ne voit plus comme elle respire, mais voit avec sursis. Avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Et de chercher des solutions dans les traitements médicaux et dans les médecines parallèles, dans les sciences occultes, pour retarder voire éviter l’échéance de la nuit. Et de s’interroger sur ce que serait sa vie au cœur de cette nuit : Quel rapport conserve-t-on au corps, à son image, quand aucun miroir ne peut plus vous refléter, quand vous ne savez plus à qui ou à quoi vous ressemblez, quand le choix de vos vêtements n’est plus guidé par la quête d’une harmonie ? Le désir dans le couple en est-il affecté ? Et qu’en est-il des dommages collatéraux :  si le conjoint devient aveugle, l’autre devient invisible à ses yeux, comment le vit-il ? Questionnements et aussi tâtonnements : dans la vie de tous les jours, Elisabeth essaie de se projeter en fermant les yeux pour prendre sa douche, en assistant à un concert à l’opéra sans ouvrir les paupières. Mais pour l’heure, elle a encore cette chance de pouvoir mettre un terme à ces nuits mimées.

Ce récit personnel a une dimension universelle : il évoque sans pathos, avec une grande sincérité et un profond courage, les peurs, les questionnements, les forces insoupçonnées qui sont nôtres, quand on perd ou que l’on est menacé de perdre l’une de nos facultés. Que ce soit à l’issue d’une maladie, d’un accident, il nous faut repenser notre vie, nos priorités. Il nous faut vivre autrement. Avec la maladie. Une épreuve douloureuse, effrayante, mais aussi riche en enseignements, en sagesse. Un récit indiciblement émouvant, touchant, celui d’une course contre la montre. D’une course contre la nuit.

Quand Dieu boxait en amateur, Guy Boley (Grasset)

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Quand Dieu boxait en amateur, Guy Boley

Editions Grasset, août 2018

Rentrée littéraire

Après la mort de son père, Guy Boley  décide de prendre la plume pour lui rendre sa couronne de gloire, tressée de phrases splendides, en lui écrivant le grand roman qu’il mérite.

« J’en eus les larmes aux yeux. Je venais de réaliser que mon père n’était pas qu’un artiste amateur, avec tout ce que ce terme comporte fréquemment de mépris, de suffisance et de ricanements. C’était un véritable artiste. La vie l’avait taillé pour ça mais pas son destin. » En effet, dans cette France ouvrière provinciale, rêver de scène, de littérature, est inconcevable, sauf dans l’esprit du père de l’auteur, René, dont il dresse un portrait émouvant ici.

Orphelin de père, élevé par une mère très dure, René ressent très tôt des aspirations artistiques. Ce qui n’est pas du goût de sa mère. A Besançon, on forge, on travaille comme cheminot dans le dépôt voisin, on répare, les mains abimées par le travail. « Les livres, ça zigouille les méninges et ça abime les yeux. Les histoires inventées, elle les nomme des romances de gonzesses. » Pour que son fils devienne un homme et non une « gonzesse », elle l’oriente vers des cours de boxe à l’âge de 14 ans. Et c’est la révélation. Il deviendra même champion de France de boxe amateur, en parallèle de son métier de forgeron. Et jamais ne délaissera les lettres qu’il aime tant, plongé dès qu’il le peut dans les définitions du dictionnaire, rédigeant des poèmes, cherchant en vain à obtenir la fierté de sa mère, à être davantage qu’une esquisse d’homme à ses yeux.

Heureusement, faute d’une mère aimante, sur le plan humain il a une âme sœur en la personne de Pierrot. Un ami. Un frère. Tous deux partagent la même passion pour les lettres.

C’est un hommage très touchant que Guy Boley fait à son défunt père. « Il ne sait pas que ce sera son fils qui, plus tard, arrachera au Petit Larousse des mots d’or, et de jade, de porphyre et de marbre, pour le glorifier. Le déifier. Et sanctifier son nom sur cet autel païen qu’on nomme littérature. » Un portrait plein d’amour, de reconnaissance, avec des mots simples et purs, à l’image de ce père disparu.