Rentrée littéraire : Delphine de Vigan, Les loyautés. Coup de coeur!

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Les loyautés, Delphine de Vigan

Editions JC Lattès, janvier 2018

Rentrée littéraire

Un roman d’une justesse époustouflante, sur ces lois de l’enfance qui sommeillent en nous, ces promesses qui guident nos actes et nos pensées et nous conduisent à garder le silence. Un coup de cœur de cette rentrée littéraire !

Dès le début de la rentrée scolaire, Hélène, institutrice, est alertée par le comportement de Théo. Son regard fuyant, son désir de transparence lui parlent. Et de se revoir en lui, jeune fille, tandis qu’elle était violentée par son père. Même si Théo ne se plaint pas, même si aucune marque extérieure n’évoque une maltraitance physique, Hélène en est convaincue : Théo est en souffrance. Alors qu’elle pensait son passé dépassé, il lui rejaillit en pleine face. A moins qu’elle ne se fasse des idées, voyant des signes de maltraitance partout, hantée par sa propre expérience ? « Je sais que les enfants protègent leurs parents et quel pacte de silence les conduit parfois jusqu’à la mort ». Hélène veut agir, réagir, comme elle l’aurait aimé qu’on le fît pour elle. Comme une promesse qu’elle a faite à son enfant intérieur.

De son côté, Théo, enfant écartelé entre ses parents divorcés, se tait, pris par un pacte tacite de non trahison entre ses deux parents. Il s’arrange pour dissimuler les signes de son mal-être et noie ses problèmes dans l’alcool. Une addiction dans laquelle il entraine son meilleur ami Mathis. Si la mère de Mathis, Cécile, remarque bien que son fils touche à l’alcool, elle est trop préoccupée par la face cachée de son mari, qu’elle a récemment découverte, pour réellement s’interroger et venir en aide à son fils. Ces quatre personnes parviendront-elles à s’entraider ?

Dans ce roman à 4 voix, Delphine de Vigan traite de thèmes très contemporains : le pacte de silence des enfants divorcés à l’égard de leurs parents, le rôle des enseignants dans la détection de la maltraitance, les addictions chez les jeunes. Avec beaucoup de finesse, de justesse dans l’analyse psychologique des personnages, elle évoque cette violence silencieuse, celle qui n’est pas perceptible au premier regard, celle dont on a parfois honte, mais dont les dégâts sont immenses. Un roman bouleversant qu’il est impossible de reposer avant de l’avoir terminé.

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Rentrée littéraire 2018 : Jours brûlants à Key West, Brigitte Kernel

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Jours brûlants à Key West, Brigitte Kernel

Editions Flammarion, janvier 2018

Rentrée littéraire 2018

Quand Françoise Sagan croise Tennesse Williams, Carson Mc Cullers et Frank Merlo, une nouvelle histoire s’écrit, pas sur du papier mais dans leur vie…

En mars 1954, une jeune inconnue répondant au nom de plume de Françoise Sagan, connait un succès fulgurant avec Bonjour Tristesse. Elle n’a que 19 ans. Très vite, ce roman connaît un retentissement mondial au parfum de soufre. Une jeune fille qui s’immisce dans les relations amoureuses tumultueuses de son père, voilà qui choque les esprits puritains.

Alors qu’elle en assure la promotion aux Etats-Unis en 1955, Françoise Sagan est exténuée. Le rythme des interviews, les séances photo, les apparitions publiques et diners mondains l’épuisent autant qu’ils l’ennuient. Enfermée dans sa chambre d’hôtel à New-York, elle déprime.

Tennesse Williams, qui corrige La chatte sur un toit brûlant, entouré de son amant Franck Merlo et d’une autre romancière, Carson McCullers, est dans sa propriété de Key West quand la presse américaine s’embrasse au sujet de la jeune Sagan. Cette jeune femme capable d’impertinence, qui bouscule les conventions, déclare dans une interview être une grande admiratrice de Carlson McCullers et de Tennesse Williams. Il n’en faut pas plus à ce dernier pour avoir envie de l’inviter chez lui.

Dans un premier temps, l’arrivée de Françoise Sagan apporte un souffle nouveau dans le trio, grâce à sa fraicheur, son humour, sa verve, sa gaieté. Mais au fil des jours, la jeune fille va entrainer une certaine confusion des sentiments dans le groupe, jouer le rôle de révélateur pour chacun…

Brigitte Kernel se glisse dans la peau de Franck Merlo pour nous raconter ce séjour de Sagan à Kay West. Avec beaucoup de finesse, elle dissèque l’âme humaine, déshabille les cœurs pour mieux observer les sentiments, rivalités et combats qui les animent.

 

Rentrée littéraire. Vous connaissez peut-être, Joann Sfar (Albin Michel)

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Vous connaissez peut-être, Joann Sfar

Editions Albin Michel, août 2017

Rentrée littéraire

 

Une histoire autobiographique sur les dangers des réseaux sociaux, les mirages de l’image. Un sujet intéressant en soi mais traité ici de façon trop brouillonne et tirée par les cheveux… Déception de cette rentrée littéraire.

La femme dont il est éperdument amoureux, et qu’il surnomme « le bibelot » est pour l’auteur la femme idéale à un détail près : elle est mariée. Et de souffrir de cette interminable attente, de sa promesse jamais tenue de quitter son mari. Entre sport, psychanalyse et dessin, il tente vainement de l’oublier. Sa fille lui conseille alors de cesser de chercher à tout prix une femme et d’adopter un chien : « c’est moins de travail pour s’en occuper et tout aussi affectueux ». Aussitôt dit, aussitôt fait. Après avoir surfé sur le net en quête d’un animal à la bouille rassurante, le choix se porte sur Marvin, un bull-terrier très agité. Agitée aussi sera sa cohabitation avec les chats de la maison qu’il n’a d’autre ambition que de chercher à tuer.

Tandis qu’il dessine l’ordinateur allumé, Facebook lui adresse un de ses traditionnels messages d’invitation : « Vous connaissez peut-être ? » S’affiche alors le visage d’une très jolie jeune femme, une certaine Lili M. A. de Tel Aviv. Un prénom et un visage proches de ceux de sa mère. Troublant. Commencent des échanges écrits et téléphoniques entre eux. Ne vaut-il pas mieux investir dans cette relation que dans la chimère que représente son couple avec le « bibelot » ? Mais de même que la cohabitation avec Marvin se révélera très éloignée des joies qu’il avait imaginées, les promesses du beau visage de l’inconnue de Facebook ne seront pas tenues. Mirage des images qui vendent du rêve…

J’ai eu beaucoup de mal avec ce livre. L’auteur tourne longtemps autour du sujet, trop longtemps, au point qu’il en détourne le lecteur. On cherche le fil, on le perd, on croit le retrouver, on le reperd. Une déception en ce qui me concerne.

Rentrée littéraire. Une poule sur un mur, Julie Dénès (Michalon)

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Une poule sur un mur…, Julie Dénès

Editions Michalon, août 2017

Récit

Le récit autobiographique d’une soumission totale, une histoire de violences conjugales dont la crudité ne tient ni de la provocation ni de l’exercice de style.

Timide, hypersensible, avec peu d’estime d’elle-même, une peur incommensurable de déplaire, Eve n’en revient pas quand un bel homme métis l’interpelle dans la rue. Que peut-il bien lui trouver ? Etudiante en droit, désireuse de devenir juge pour enfants, elle vient d’arriver dans cette ville universitaire où elle ne connait personne. Aussi cette rencontre est-elle providentielle. Et de tomber instantanément sous le charme de cet inconnu, un certain Éric.

Balade romantique en bord de mer, douceur des sourires échangés, promesse d’un lendemain heureux, jusqu’ici, tout se présente pour le mieux. Pourtant, après cette première sortie tous les deux, Éric reste étrangement silencieux, ne répond ni aux messages ni aux appels. Alors qu’elle n’ose plus espérer un signe de lui, il l’appelle, sans préciser autrement que par « plus tard », quand il la reverra. Suffisamment pour lui redonner espoir toutefois. Suffisamment pour la mettre en position d’attente, pour asseoir son emprise. Ce n’est que le début des douches écossaises, d’un bonheur en montagne russe où la joie paroxystique de certains moments partagés alterne avec l’angoisse abyssale de ses silences et l’horreur de sa violence. Dans sa tête, elle chante comme un mantra cette comptine : « Une poule sur un mur, qui picote du pain dur ». Pour ne pas entendre les cris. Pour ne pas sentir les coups.

L’auteur évoque ici avec beaucoup de courage sa propre expérience de relation toxique, explique comment l’emprise de l’autre, aussi inadmissible et inconcevable soit-elle, parvient à s’étendre. Un éclairage intéressant sur la raison du silence des victimes de violences tant physiques que morales. Un témoignage édifiant.

Rentrée littéraire. Nos richesses, Kaouther Adimi

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Nos richesses, Kaouther Adimi

Editions du Seuil, août 2017

Rentrée littéraire

 

Le roman d’une librairie mythique, à Alger, des années 1930 à nos jours.

  1. De retour d’un séjour parisien, Edmond Charlot a un projet qui lui tient à cœur : transposer le modèle de l’extraordinaire bibliothèque parisienne d’Adrienne Monnier à Alger. L’idée est de construire une librairie qui en aurait l’esprit, à savoir une librairie qui vendrait aussi bien du neuf que de l’ancien, où l’on ferait du prêt d’ouvrages et où on organiserait des rencontres auteurs-lecteurs. Un lieu pour les passionnés de littérature et de la Méditerranée. A la fois librairie, bibliothèque et maison d’édition. Son nom : Les vraies richesses. Son slogan, rédigé en français et en arabe sur la vitrine : Un homme qui lit en vaut deux. Et pour inaugurer son catalogue, Edmond Carlot de décider de publier le premier roman d’un jeune inconnu : Albert Camus.

2017. Ryad, étudiant parisien, vient passer quelques jours à Alger. Il a une mission : vider entièrement l’ancienne librairie d’Edmond Charlot, se débarrasser des milliers de livres et tout repeindre en blanc en vue de l’ouverture en ces murs d’un magasin de beignets. Une mission qu’il entend mener à bien sans état d’âme particulier, lui qui ne s’intéresse ni de près ni de loin à la littérature.

Kaouther Adimi nous propose un récit en deux temps, passé et présent, dont l’épicentre est l’incroyable aventure littéraire d’Edmond Charlot, homme passionné s’il en était. Si j’ai été très intéressée par l’histoire de cette librairie, sa génèse, son envol, sa disparition, je ne suis pas parvenue à me laisser emporter par le roman, gênée par le style journalistique du carnet d’Edmond Charlot, ces instantanés de vie très nombreux, que l’auteur effeuille tout au long du roman. Et qui m’ont un peu perdue en chemin… Un accueil mitigé, donc.

 

Rentrée littéraire : le bandeau rouge influe-t-il beaucoup sur les ventes? Le sondage GfK y répond.

Les Français sont fidèles au rendez-vous proposé par les auteurs et éditeurs. Et si l’attribution des Prix ne débute qu’en Novembre, GfK révèle que la saison littéraire connait une activité forte dès la fin Août.

 

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1- L’impact du label sur les ventes

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Tout d’abord, le label a un impact mesurable sur les ventes.  Ainsi, les Français achètent 3,4 millions d’exemplaires estampillés « rentrée littéraire » par an, soit près d’1 roman contemporain sur 5 (hors format poche).

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Une première raison à cela : le label « rentrée littéraire » représente un rituel, côté éditeurs mais aussi côté lecteurs. « La rentrée littéraire place les titres concernés sous les feux des projecteurs, entre articles, émissions culturelles et animations en points de vente. explique Sandrine Vigroux, Consultante Senior Panel Consommateurs Biens Culturels. Ce qui joue sur la préméditation des achats. Nos études ont ainsi révélé que dans plus d’1 cas sur 2, le consommateur sait exactement quel titre il va acheter avant même de se rendre en magasin. »

2- Le livre, cadeau idéal de fin  d’année

 

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Autre élément : les cadeaux de fin d’année. GfK constate que le mois de décembre représente 25% des ventes de romans estampillés Rentrée littéraire. Et le phénomène s’amplifie lors de « l’attribution d’un prix littéraire, véritable caution au moment d’effectuer les cadeaux de fin d’année, précise Anne Filiot, Consultante Senior Panel Livre. Que ce soit sur internet ou dans les magasins, le mois de décembre représente ainsi 34% des ventes d’exemplaires primés en 2016*, soit près de 3 fois plus que pour les romans contemporains. »

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3- Prix littéraire : succès librairie garanti !

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Si l’obtention d’un prix est un véritable accélérateur des ventes, son impact n’est pas le même et dépend également du public visé. Selon les données de ventes de 2012 à 2016 (hors format poche), GfK constate ainsi qu’un prix littéraire d’automne va générer entre 40 000 et plus de 440 000 ventes additionnelles.

A propos de GfK :  GfK fournit une information de référence sur les marchés et les comportements des consommateurs. Plus de 13 000 experts des études de marché combinent leur passion à 80 années d’expérience en analyse des données.

 

Rentrée littéraire : Mon père, ma mère et Sheila, de Eric Romand (Stock)

Mon père, ma mère et Sheila, Eric Romand

Editions Stock, aout 2017

Rentrée littéraire

Un premier roman tout en sensibilité sur fond de nostalgie douce amère et d’humour salutaire.

L’auteur nous entraîne sur les pas de son enfance, à bord de la Renault 12 de son père, dans les années 70-80. Une famille modeste dans laquelle il essaye non sans difficulté de se faire une place, entre les disputes de ses parents, l’adultère de son père, la tristesse de sa mère. Il nous offre des instantanées de vie, et plus encore. Ce sont des images, des parfums, des musiques, des ambiances, distillés sous la forme de paragraphes aussi courts que percutants, de mots aussi acérés que les lames d’un rasoir.

Les phrases claquent comme des coups de fouets, témoignent des chagrins, des regrets, de la douleur du manque. Mais les cicatrices, bien que toujours présentes, sont atténuées par le baume lénifiant de l’humour. C’est l’époque des mange-disques, des minivélos, des sous-pulls en nylon, de Guy Lux et de Nounours, Pimprenelle et Nicolas. C’est un temps où l’homosexualité naissante de l’auteur n’est pas bien tolérée dans la société et encore moins chez ses parents. « Mon père m’appelait Riquette en singeant mes attitudes, le petit doigt en l’air. Chacune de ses imitations me paralysait de honte et m’obligeait à me maîtriser jusqu’à ce que ni mouvement de tête, ni geste de la main ne lui fournissent l’occasion de m’affubler de ce surnom. »

Heureusement, il y a le doux cocon qu’est l’épicerie de ses grands-parents.  Et il y a Sheila, ses combinaisons lamées, ses danses parfaitement chorégraphiées, son sourire lumineux, sa joie de vivre, pour permettre au petit garçon de s’évader. Il rêve de lui ressembler, s’envole sur les titres de ses chansons, l’imite devant le miroir avec pour micro le rasoir électrique du grand-père. Des parenthèses chantées et enchantées.

Avec ce premier roman, Eric Romand nous offre un texte court mais d’une intensité rare, d’une sensibilité à fleur de plume. Un album de famille composé d’images brutes, authentiques, saisissantes. Un livre marquant. Un auteur à suivre.