Jeu concours : gagnez l’intégralité de la rentrée littéraire des éditions Flammarion!

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C’est encore Noël en janvier avec les éditions Flammarion! Gagnez non pas un, ni deux, ni même trois mais…treize livres de la rentrée 2019 !

Vous avez envie de découvrir les nouvelles publications de Flammarion, de Michel Houellebecq à Véronique Ovaldé, en passant par Serge Pey? Rien n’est plus simple. Il vous suffit de cliquer sur ce lien : Jeu concours Flammarion

Vous avez jusqu’au 31 janvier pour participer. Un gagnant sera alors tiré au sort et remportera les treize titres.

Tous à vos claviers!

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Rentrée littéraire : Vigile, Hyam Zaytoun (Le tripode)

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Vigile, Hyam Zaytoun

Editions Le Tripode, janvier 2019

Rentrée littéraire

Le combat d’une femme et mère, Hyam Zaytoun, dont le compagnon fait un arrêt cardiaque à ses côtés. Face à la mort qui menace, comment tenir debout, garder espoir, être là pour ses enfants ? Un récit intense, émouvant.

Vigile : personne dont la mission est de surveiller. C’est ce nouveau rôle que la vie a imposé à Hyam Zaytoun sur la scène conjugale. Elle qui est actrice de théâtre, n’a cette fois pas choisi son personnage, ni anticipé les situations, l’enchaînement des scènes, pas plus que les rebondissements de cette pièce noire. Elle la découvre brutalement, quand au cœur de la nuit elle se rend compte qu’Antoine, son mari et père de ses enfants, ne respire plus.

Dès lors, elle plonge cœur et âme dans sa mission de vigile, puise en elle des ressources insoupçonnées pour combattre la peur qui la tenaille, le doute quant aux chances d’Antoine de s’en sortir sans séquelles voire vivant. Massage cardiaque pendant trente minutes jusqu’à l’arrivée des secours, journées passées entre les enfants et Antoine plongé dans le coma en service de réanimation. Elle court toujours. Reste debout malgré la terreur qui la ronge. Mais la culpabilité la rattrape. Aurait-elle dû prêter une plus grande attention aux douleurs thoraciques dont il souffrait la soirée où il a fait cet infarctus ? Aurait-elle dû le ménager davantage, lui épargner la fatigue des jeunes enfants qu’ils ont eu ensemble tandis qu’il a seize ans de plus qu’elle ?

Hyam Zaytoun nous relate cinq ans après les faits, ces jours de cauchemars, mais de lumière aussi. La lumière venue des enfants, de la famille, des amis, tous soudés autour d’elle et d’Antoine. La lumière de l’espoir qu’elle a su entretenir envers et contre tout. La lumière de son courage et de sa combativité. Pas de pathos ici, mais un témoignage émouvant, sincère, une mise à nu de ces peurs, de ces doutes qui nous assaillent quand se dessine le spectre de la perte d’un être cher. D’une intensité magnifique.

Rentrée littéraire : La nuit se lève, Elisabeth Quin (Grasset)

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La nuit se lève, Elisabeth Quin

Editions Grasset, janvier 2019

Rentrée littéraire – Récit

Un récit touchant, sincère, un compte à rebours effrayant contre une possible nuit totale, celle qui se dessine à cause d’un double glaucome.

« La vue va de soi, jusqu’au jour où quelque chose se détraque dans ce petit cosmos conjonctif et moléculaire de sept grammes, objet parfait et miraculeux, nécessitant si peu d’entretien qu’on le néglige. » Voir est un sens dont il nous paraît normal, naturel, légitime de bénéficier. Presque un dû. Nous ne prenons bien souvent conscience de notre chance de voyant, comme de notre chance tout court, que le jour où cette chance n’est plus nôtre ou menace de ne plus l’être…

Quand Elisabeth Quin consulte un spécialiste de renom dans un centre hospitalier, le couperet tombe, tranchant, sans anesthésie : « Vous avez un double glaucome, chère Madame. » Comme son père quelques années plus tôt. A l’indélicatesse totale et à la désinvolture ignominieuse de l’annonce s’ajoute la gravité de la pathologie : le risque, à terme, de perdre complètement la vue si les tentatives pour maintenir la pression intra-oculaire sous son niveau dangereux pour le nerf optique, échouent. Le glaucome est en effet la deuxième cause de cécité dans les pays développés.

Dès lors, Elisabeth Quin ne voit plus comme elle respire, mais voit avec sursis. Avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Et de chercher des solutions dans les traitements médicaux et dans les médecines parallèles, dans les sciences occultes, pour retarder voire éviter l’échéance de la nuit. Et de s’interroger sur ce que serait sa vie au cœur de cette nuit : Quel rapport conserve-t-on au corps, à son image, quand aucun miroir ne peut plus vous refléter, quand vous ne savez plus à qui ou à quoi vous ressemblez, quand le choix de vos vêtements n’est plus guidé par la quête d’une harmonie ? Le désir dans le couple en est-il affecté ? Et qu’en est-il des dommages collatéraux :  si le conjoint devient aveugle, l’autre devient invisible à ses yeux, comment le vit-il ? Questionnements et aussi tâtonnements : dans la vie de tous les jours, Elisabeth essaie de se projeter en fermant les yeux pour prendre sa douche, en assistant à un concert à l’opéra sans ouvrir les paupières. Mais pour l’heure, elle a encore cette chance de pouvoir mettre un terme à ces nuits mimées.

Ce récit personnel a une dimension universelle : il évoque sans pathos, avec une grande sincérité et un profond courage, les peurs, les questionnements, les forces insoupçonnées qui sont nôtres, quand on perd ou que l’on est menacé de perdre l’une de nos facultés. Que ce soit à l’issue d’une maladie, d’un accident, il nous faut repenser notre vie, nos priorités. Il nous faut vivre autrement. Avec la maladie. Une épreuve douloureuse, effrayante, mais aussi riche en enseignements, en sagesse. Un récit indiciblement émouvant, touchant, celui d’une course contre la montre. D’une course contre la nuit.

Quand Dieu boxait en amateur, Guy Boley (Grasset)

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Quand Dieu boxait en amateur, Guy Boley

Editions Grasset, août 2018

Rentrée littéraire

Après la mort de son père, Guy Boley  décide de prendre la plume pour lui rendre sa couronne de gloire, tressée de phrases splendides, en lui écrivant le grand roman qu’il mérite.

« J’en eus les larmes aux yeux. Je venais de réaliser que mon père n’était pas qu’un artiste amateur, avec tout ce que ce terme comporte fréquemment de mépris, de suffisance et de ricanements. C’était un véritable artiste. La vie l’avait taillé pour ça mais pas son destin. » En effet, dans cette France ouvrière provinciale, rêver de scène, de littérature, est inconcevable, sauf dans l’esprit du père de l’auteur, René, dont il dresse un portrait émouvant ici.

Orphelin de père, élevé par une mère très dure, René ressent très tôt des aspirations artistiques. Ce qui n’est pas du goût de sa mère. A Besançon, on forge, on travaille comme cheminot dans le dépôt voisin, on répare, les mains abimées par le travail. « Les livres, ça zigouille les méninges et ça abime les yeux. Les histoires inventées, elle les nomme des romances de gonzesses. » Pour que son fils devienne un homme et non une « gonzesse », elle l’oriente vers des cours de boxe à l’âge de 14 ans. Et c’est la révélation. Il deviendra même champion de France de boxe amateur, en parallèle de son métier de forgeron. Et jamais ne délaissera les lettres qu’il aime tant, plongé dès qu’il le peut dans les définitions du dictionnaire, rédigeant des poèmes, cherchant en vain à obtenir la fierté de sa mère, à être davantage qu’une esquisse d’homme à ses yeux.

Heureusement, faute d’une mère aimante, sur le plan humain il a une âme sœur en la personne de Pierrot. Un ami. Un frère. Tous deux partagent la même passion pour les lettres.

C’est un hommage très touchant que Guy Boley fait à son défunt père. « Il ne sait pas que ce sera son fils qui, plus tard, arrachera au Petit Larousse des mots d’or, et de jade, de porphyre et de marbre, pour le glorifier. Le déifier. Et sanctifier son nom sur cet autel païen qu’on nomme littérature. » Un portrait plein d’amour, de reconnaissance, avec des mots simples et purs, à l’image de ce père disparu.

Rentrée littéraire : Federica Ber, Mark Greene (Grasset)

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Federica Ber, Mark Greene

Editions Grasset, août 2018

Rentrée littéraire

Un matin, alors qu’il lit distraitement le journal en mangeant un croissant, le narrateur est interpellé par un fait divers : en Italie, un jeune couple, architectes connus et reconnus par leurs pairs, a été retrouvé mort au pied d’une falaise. Point étrange : ils étaient ligotés l’un à l’autre. Meurtre ? Suicide en duo ? Ce qui frappe le narrateur, c’est l’évocation d’une troisième personne, laquelle aurait été aperçue en compagnie du couple les heures précédentes mais demeure introuvable depuis. Il s’agit d’une certaine Federica Bersaglieri.

Il demeure interdit. Federica Bersaglieri, il en est intimement convaincu, est la jeune femme fascinante qu’il a rencontrée 20 ans plus tôt sur les grands boulevards. Une personnalité étrange, si particulière, si sauvage, si libre et mystérieuse. Une femme qui l’avait arraché à sa solitude et l’avait entrainé dans son sillage léger. Et de se remémorer la sublime semaine qu’ils avaient passé tous les deux, s’amusant à mimer les passants, à tester la literie des magasins, à escalader les toits de Paris pour passer la nuit sous les étoiles. Jusqu’à sa volatilisation aussi brutale que son arrivée dans sa vie.

Il tente alors d’imaginer la rencontre entre Federica et ce couple, la fascination que cette dernière a exercée sur eux comme celle qu’elle exerça sur lui autrefois.

C’est un roman à l’atmosphère très particulière. Une forme d’éloge de la lenteur, de l’étrangeté, du mystère. Une histoire d’amour d’un autre genre, qui a survécu au temps et à l’éloignement, réunissant deux solitudes sans rogner sur leurs libertés. Un amour aussi atypique que la personnalité de Federica.

Trancher, Amélie Cordonnier (Flammarion) : une justesse époustouflante

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Trancher, Amélie Cordonnier

Editions Flammarion

Rentrée littéraire

Les mots frappent. Les phrases cognent. Les pages se transforment en rings de boxe. Amélie Cordonnier nous livre le combat d’une femme confrontée à la violence conjugale. Époustouflant de justesse, de puissance évocatrice.

Elle pensait le passé derrière elle. Aurélien avait changé, s’était apaisé, s’impliquait à la maison, s’occupait des enfants, faisait d’elle sa priorité, attentif, aimant. Même sa façon de lui parler avait totalement changé : plus d’insultes, de mépris, de colères intempestives, de mots qui vous font l’effet d’un uppercut en plein cœur. Non, l’Aurélien violent n’était plus. Et de se féliciter de n’avoir finalement pas rompu il y a sept ans, de lui avoir donné une deuxième chance.

« Tu ignorais qu’on ne réussit jamais à se dépêtrer de la violence. Tu ne savais pas qu’elle peut se mettre en veilleuse, en sourdine, se planquer dans un coin de la maison, rester tapie dans l’ombre, sous le paillasson pour mieux ressurgir le moment venu, et nous sauter dessus quand on s’y attend le moins. »

C’est donc un coup terrible qu’Aurélien lui porte quand sa violence sort de sa léthargie. « Ferme ta gueule une bonne fois pour toute connasse, si tu ne veux pas que je la réduise en miettes ». Elle reste KO. Sonnée. Une humiliation d’autant plus grande qu’il a porté le coup devant les enfants. Une douleur d’autant plus forte, que sa violence affecte aussi les enfants.

Dans quelques jours, le 3 janvier, elle aura 40 ans. Dans sa tête, elle se donne jusqu’à cette date pour trancher : partir ou rester.

Ce premier roman d’Amélie Cordonnier est d’une furieuse justesse. Il transforme le lecteur en spectateur d’un combat dans lequel les armes sont des mots. Des mots qui pulvérisent toute confiance en soi, toute estime de soi, toute gaieté. On comprend alors la difficulté de ces femmes à quitter leur conjoint violent. Car il n’est pas que violent, alterne avec des phases de grande douceur, de prévenance, d’amour tendre. Or le quitter, c’est aussi renoncer à ces merveilleux moments, à l’autre face de l’homme, la face lumineuse. A ce titre, ce roman n’est pas un énième roman sur la violence conjugale. Il a le mérite de répondre à la question si souvent posée à ces femmes : « Pourquoi tu restes ? » Un vrai coup de cœur.

Rentrée littéraire : K.O., Hector Mathis

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K.O., Hector Mathis

Editions Buchet Chastel, août 2018

Rentrée littéraire

Un premier roman nerveux, incisif. Une partition de vies chaotiques, traversées par la maladie, la mort, l’errance, la précarité, l’amitié. Une odyssée moderne féroce.

Sitam revient en banlieue, une banlieue qu’il avait fuie avec sa compagne, la môme Capu, au moment des attentats. De retour de son périple en Europe, il tombe sur Archibald, un SDF fou de musique. Entre deux quintes de toux, ce dernier l’interroge sur son parcours, ses rencontres.

Sitam, dont les jours sont comptés du fait de la maladie, se confie à lui dans une forme d’urgence. Les phrases cognent. Les mots frappent. Il vomit sa colère, sa rage envers les médias avides de sensationnalisme, envers le système qui transforme les hommes en machines sans cerveau. Il n’a plus qu’un désir, qu’un impératif : trouver les mots justes pour achever son manuscrit, pour toucher le cœur de la cible. Asséner les phrases comme des uppercuts. « Coup dur sur coup dur, je m’en vais me noyer dans le langage. Plus la vie est dégueulasse, plus j’ai le terme précis, la formule qui claque sur la langue, la phrase qui fout le palais en charpie ».

Si je n’affectionne pas particulièrement ce style d’écriture, force est de reconnaître le talent de l’auteur pour la puissance de son texte, la hargne qui l’anime. Les mots comme un dernier combat contre les maux.