Rentrée littéraire : coup de coeur pour Les crayons de couleur, de Jean-Gabriel Causse (Flammarion)

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Les crayons de couleur, Jean-Gabriel Causse

Flammarion, septembre 2017.

Rentrée littéraire 2017 

Il y a 3 ans, je vous avais parlé du précédent ouvrage de Jean-Gabriel Causse, designer coloriste de profession : Le pouvoir des couleurs (éditions du Palio). Un ouvrage fascinant. L’auteur nous revient cette année avec son thème de prédilection – les couleurs, mais sous forme de roman cette fois. Un coup de coeur !

Imaginez que toutes les couleurs disparaissent…

Cette journée s’annonçait comme les autres, quand soudain, toutes les couleurs s’évanouissent. Tout n’est plus qu’un camaïeu de gris. Au sein de la population, c’est la panique. Bien que vénérant ces dernières années le noir, le blanc et le gris, que ce soit dans la mode, l’industrie, ou l’habitat, à la perspective de ne pas retrouver les couleurs les individus se sentent envahis d’une indicible angoisse. Et font grise mine.

Spécialistes et scientifiques sont mobilisés. Charlotte Da Fonseca, docteur en neurosciences et spécialiste des couleurs, se voit confier une émission quotidienne sur France Inter. Les auditeurs veulent savoir, comprendre, réagir. La population est-elle touchée d’achromatopsie ?

Dessiner avec le cœur

C’est alors qu’un miracle opère. Quand la fille de Charlotte, Louise, dessine, la couleur du crayon qu’elle utilise redevient visible pour tout un chacun. Mais cela n’est possible qu’avec certains crayons fortement dosés en pigments, les crayons Gaston Cluzel dernière génération. Une denrée rare. Et un pouvoir qui suscite l’intérêt de beaucoup, dont la mafia chinoise…Car les couleurs ont des pouvoirs et non les moindres : elles modifient nos perceptions et nos comportements. Le temps est compté. L’heure grave.

 

Ce roman qui revêt toutes les couleurs des émotions, est un vrai coup de cœur. Les personnages sont indiciblement attachants, l’intrigue haletante, l’humour et la tendresse omniprésents. Un roman Feel good qui vous fera non seulement échapper à la grisaille de la rentrée, mais vous enseignera aussi le fascinant pouvoir des couleurs.

Un roman qui va colorer votre vie !

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Manège, Daniel Parokia : un roman qui va vous faire tourner la tête!

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Rentrée littéraire

Manège, Daniel Parokia

Editions Buchet Chastel, août 2017

Manège, deuxième roman de Daniel Parokia, entraîne le lecteur dans le monde d’hier aux résonances émouvantes et fitzgeraldiennes.

La vie est un manège, les choses passent, vont. Et reviennent. On pense le passé dépassé, la page tournée, et soudain. Soudain une voiture vous renverse et sa conductrice n’est autre que votre premier amour.

C’est ce qui arrive à Matteo Bellini. Tandis qu’il git au sol, l’épaule démise, il se retrouve face à face avec une femme aux cheveux blonds, aux yeux agate, dont les traits lui rappellent quelqu’un. Et pour cause, il s’agit de Mathilda D’Encey, la femme qu’il a tant aimée. Et de se projeter 26 années plus tôt, au milieu des années 60, lorsqu’il fit sa connaissance. Une banale annonce de vente de scooter par une riche famille lyonnaise, un jeune homme d’origine modeste désireux d’acquérir sa première Vespa, rien qui ne présageait un quelconque amour.

Et pourtant, lorsqu’il se rend chez les propriétaires de la Vespa, ce n’est pas seulement le luxe de la propriété qui subjugue Mattéo. Mais aussi la jeune fille de la maison. Très vite, la revoir devint une obsession.  Et une réalité.

Mais ce coup de foudre est-il vraiment réciproque ? Le hasard est-il le seul à avoir décidé de cette rencontre, où ce jeune couple est-il manipulé? Qui est aux commandes du manège de leur vie ?

C’est un roman d’ambiance, qui nous plonge avec délice dans l’insouciance de la jeunesse, ses rêves, ses projets. Ses désillusions aussi. Une histoire sous forme de puzzle, dont l’auteur nous dévoile avec subtilité une à une les pièces, maintenant le lecteur en haleine jusqu’à la toute fin. Une belle écriture, des personnages attachants, une histoire captivante, vous ne descendrez pas du manège en route !

 

Rentrée littéraire : Jean-Louis Fournier, Mon autopsie (Stock). Coup de coeur!

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Mon autopsie, Jean-Louis Fournier

Editions Stock, août 2017

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Jean-Louis Fournier nous revient plus vivant que jamais dans « Mon autopsie », un savoureux livre décalé. Un autoportrait sans compassion. Un concentré d’humour, de tendresse et de vie.

 

Jean-Louis Fournier : une écriture inimitable.

L’écriture de Jean-Louis Fournier, c’est avant tout une signature. Inimitable. Inimitée. Des phrases courtes dépouillées du superflu, la prouesse de faire sourire de ce qui d’ordinaire accable grâce à un inénarrable humour, une pudeur infinie. C’est tout cela et tant d’autres choses encore. Un fleurettiste du verbe. Un archer de la formule.

Quand l’auteur met sa mort en scène dans Mon autopsie.

Toute sa vie, J. L. Fournier a voulu faire rire. Et ce nouvel ouvrage, malgré ce que son titre laisserait présager de sombre, ne fait pas exception à la règle. L’auteur prend le parti de fantasmer sur ce que serait sa mort, et plus exactement son autopsie. Un sujet grave, voire tabou pour certains. Il surprend, étonne, provoque. Tandis que l’adorable jeune femme, qu’il surnomme Egoïne, le dissèque, il évoque ce à quoi chaque partie de son corps fait écho dans sa vie. Ce cœur maladroit qui a tant aimé et si peu su le montrer, cette peau bronzée pour séduire la gente féminine, ces mains promptes aux caresses, ces yeux secs de crainte d’être débordés, ces bras qui auraient tant aimé enserrer sa fille, cette langue bavarde mais pudique. Il passe ainsi tout son corps au scalpel de sa plume.

 

Le but de ma vie a toujours été de faire rire et de faire pleurer, d’émouvoir (P.29) Cher Jean-Louis Fournier, le but est une fois encore atteint. Et ô combien brillamment ! Ce livre fait partie de mes coups de cœur de cette rentrée littéraire.

Rentrée littéraire : Sa mère, Saphia Azzeddine (Stock) : un roman coup de poing

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Sa mère, Saphia Azzeddine

Editions Stock, août 2017

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Marie-Adélaïde ne se projette pas dans cet emploi qu’elle exerce à la Miche dorée. Cette boulangerie où pour deux baguettes achetées, la troisième est offerte, ne lui inspire que mépris. C’est juste un job en attente de mieux. Quoi, elle ne le sait pas. Mais son assistante sociale le lui a affirmé : sa situation n’est pas pourrie, elle est juste « transitoire ».

Un transitoire qui a la fâcheuse tendance à se pérenniser depuis sa naissance. Et à nourrir une indicible révolte en elle. Révolte contre son milieu, contre les conventions quelles qu’elles soient. En effet, Marie-Adélaïde est née sous X.

« Une naissance pareille, quelle humiliation. Je m’en serais foutue, moi, de ne pas partir avec les mêmes chances dans la vie ; ce que j’aurais voulu, c’est partir avec elle. Qu’elle me choisisse, qu’elle m’aime n’importe comment, j’aurais voulu être son erreur, son boulet, j’aurais préféré être tout ça à la fois, mais m’en plaindre dans ses bras. Je l’aurais aimée à la rage, à la fureur, je l’aurais aimée de toute mon âme, de tous mes os, je l’aurais fumée d’amour, cette mère, si elle m’avait serrée contre elle comme une camisole de force. »

Mais par fierté, Marie-Adélaïde tait ce manque, feint se moquer de tout, comme une « seconde peau », pour ne pas craquer. De familles en foyers d’accueil, elle s’est construite tant bien que mal, sans la colonne vertébrale qu’est l’amour d’une mère. Seule trace de cette dernière, le doudou qu’elle lui a laissé dans son berceau et qui ne l’a jamais quittée depuis : un éléphant rose. Vingt-huit ans ont passé. Le manque d’elle demeure. Béant.

Comment se construire, s’élever, quand on n’a pas de racines ? Comment savoir où l’on va quand on ignore d’où l’on vient ? Comment s’aimer quand on se vit comme une faute, un délit, un boulet ? C’est un roman coup de poing que nous livre Saphia Azzedine. Un roman fort, à l’image de la rage qui anime l’héroïne. Un roman qui frappe, cogne, malmène.

 

 

Rentrée littéraire : Une fille au bois dormant, Anne-Sophie Monglon (Mercure de France)

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Une fille au bois dormant, Anne-Sophie Monglon

Editions Mercure de France, août 2017

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Avec ce premier roman, Anne-Sophie Monglon peint la trajectoire d’une femme moderne confrontée à la violence du monde du travail, qui tente de se réapproprier sa vie et de lui donner un sens.

A son retour de congé maternité, Bérénice, cadre sup dans une grande entreprise de communication, a bien remarqué quelques changements. Ses tâches ont été réduites, mais elle met cela sur le compte de la crise et de l’arrivée du nouveau PDG. Une conviction qui peu à peu laisse place au doute, inquiétant, envahissant : et s’il s’agissait d’une mise progressive au placard ? Est-elle dangereuse, ses compétences risquent-elles de faire de l’ombre à son supérieur ? Ne se met-elle pas assez en avant, pas assez visible, pas assez sûre d’elle-même ? Est-ce de sa faute ?

Femme en retrait depuis toujours, dans sa vie amoureuse comme dans sa vie professionnelle, Bérénice encaisse, dans un état de sidération. Comme anesthésiée. Elle laisse la vie la traverser, abandonne les commandes aux autres. En surface, rien n’a changé. Mais à l’intérieur, une indicible anxiété l’étreint quand elle pénètre dans l’entreprise, la broie, l’étouffe. Anxiété que son bébé ressent à son retour du travail et s’emploie par un langage non verbal à apaiser. Heureusement, l’amour maternel est un ancrage face aux tempêtes de l’existence et permet à Bérénice de résister. Mais combien de temps encore ?

Une fille au bois dormant n’est pas un conte, mais la dure réalité d’une femme moderne confrontée à la violence du monde du travail. Comment la faire sortir de sa torpeur ? Comment l’aider à se réveiller, à sortir de cette soumission, de cette transparence ? C’est avec beaucoup de sensibilité et une analyse psychologique très fine des personnages, que Anne-Sophie Monglon nous entraine sur les pas d’une renaissance. Mieux, d’une naissance. Celle d’une femme à elle-même. A la vie.

Rentrée littéraire : La petite danseuse de 14 ans, de Camille Laurens

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La petite danseuse de 14 ans, Camille Laurens

Editions Stock, aout 2017

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Une enquête personnelle et passionnée de Camille Laurens pour le centenaire de la mort de Degas.

Depuis des années, Camille Laurens est fascinée par cette sculpture ô combien célèbre de Degas. Dans chaque musée ou elle la croise, dans chaque livre où sa photo apparait, une indicible émotion la submerge. Pourquoi? Elle ne se l’explique pas. Quand elle se documente sur la danseuse, grand est son étonnement de ne presque rien trouver la concernant. Comment est-il possible que l’oeuvre soit si connue et son modèle si méconnu? Qui est cette jeune fille de 14 ans? D’où venait-elle? Qu’est-elle devenue? Elle a besoin de savoir. Un besoin obsessionnel.

Et d’enquêter.

Une enquête difficile, délicate, qui sera l’occasion de plonger dans le monde des petits rats de l’Opéra, et plus largement, dans la société de cette fin du 19 âme siècle. Ce livre de Camille Laurens est en effet une forme d’essai sur l’art, en tant que témoin d’une époque. Un tableau très documenté sur la société française à l’aube du 20ème siècle, et tout particulièrement sur la condition, terrible, des enfants. Nous sommes alors bien loin de l’image actuelle des jeunes danseurs de l’Opéra Garnier, porteurs de rêve, de magie, de légèreté et de grâce. Avoir 14 ans dans les années 1880 est tout sauf vivre dans la légèreté et l’insouciance. Il faut déjà songer à gagner sa vie, à subvenir aux besoins de la famille. Dussent les fillettes pour cela poser nues ou offrir leur corps. Les enfants pauvres sont ni plus ni moins traités comme des esclaves ou des bêtes.

Hantée par l’exactitude, c’est un livre très fouillé, très riche en informations historiques, sociales et artistiques, que nous offre l’auteur. Presque une étude, dirais-je. Après sa lecture, vous ne regarderez plus jamais la petite danseuse de la même façon!

Rentrée littéraire : coup de coeur pour Qui ne dit mot consent, d’Alma Brami (Mercure de France)!

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Qui ne dit mot consent, Alma Brami

Mercure de France, Août 2017

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Dans ce terrible huis clos, Alma Brami dresse brillamment le portrait d’une femme meurtrie pour qui le couple est devenu un piège.  Un roman d’une puissance émotionnelle rare, véritable coup de cœur de cette rentrée ! 

Son mari n’avait pas eu trop de mal à la convaincre de s’installer à la campagne avec ses enfants. Il en avait besoin. Trop de stress, de travail, de bruit. Elle avait compris. Et l’avait soutenu. En l’espace de quelques semaines, il avait tout réglé. Et Emilie s’était retrouvée catapultée dans une maison loin de toute agitation, loin de tous. Mais que n’eût-elle pas fait par amour ? N’était-ce pas le rôle d’une femme aimante ?

Puis il avait proposé d’inviter une femme à la maison, pour qu’elle se sente moins seule. Du moins était-ce le motif affiché. Et ce fut bientôt un défilé « d’amies ». Emilie devait mesurer sa chance d’avoir un mari si soucieux de son bien-être. Fallait-il être ingrate pour lui en vouloir d’inviter son harem à la maison, alors qu’il la gardait comme l’Unique, la seule pérenne ? Les autres ne faisaient que passer, que pouvait-elle leur envier ? Pas de quoi faire une crise, enfin, son mari ne le lui répète-t-il pas assez?

A chaque incartade de son mari, Emilie se remet en question, culpabilise, doute d’elle-même, de sa capacité à être aimable au sens digne d’être aimée. Elle ravale sa tristesse, colle un sourire de façade, déploie des trésors d’attentions pour être et demeurer le gâteau et non juste la cerise, aux yeux de l’homme qu’elle aime.  Pour continuer à recevoir des mots caresses, des mots velours. Pour continuer à exister dans son regard. Au milieu des autres.

Ce roman d’Alma Brami est d’une intensité émotionnelle rare. Au fil des pages, le masque tombe, l’enfer se dessine, la pression monte. Sans jamais forcer le trait, sans jamais verser dans le pathos, l’auteur lève le voile sur la violence conjugale, la manipulation mentale, l’avilissement de l’autre réduit à n’être qu’un objet. Une violence silencieuse, insidieuse, qui ne se mesure pas en termes de décibels ni de mots acérés, mais de mots tendres et susurrés enveloppant des actes d’une cruauté sans nom. Jusqu’où peut-on aller par amour, ou plus exactement, par illusion de l’amour ? Un roman magistralement écrit, d’une extraordinaire justesse. Coup de coeur!