Rentrée littéraire : K.O., Hector Mathis

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K.O., Hector Mathis

Editions Buchet Chastel, août 2018

Rentrée littéraire

Un premier roman nerveux, incisif. Une partition de vies chaotiques, traversées par la maladie, la mort, l’errance, la précarité, l’amitié. Une odyssée moderne féroce.

Sitam revient en banlieue, une banlieue qu’il avait fuie avec sa compagne, la môme Capu, au moment des attentats. De retour de son périple en Europe, il tombe sur Archibald, un SDF fou de musique. Entre deux quintes de toux, ce dernier l’interroge sur son parcours, ses rencontres.

Sitam, dont les jours sont comptés du fait de la maladie, se confie à lui dans une forme d’urgence. Les phrases cognent. Les mots frappent. Il vomit sa colère, sa rage envers les médias avides de sensationnalisme, envers le système qui transforme les hommes en machines sans cerveau. Il n’a plus qu’un désir, qu’un impératif : trouver les mots justes pour achever son manuscrit, pour toucher le cœur de la cible. Asséner les phrases comme des uppercuts. « Coup dur sur coup dur, je m’en vais me noyer dans le langage. Plus la vie est dégueulasse, plus j’ai le terme précis, la formule qui claque sur la langue, la phrase qui fout le palais en charpie ».

Si je n’affectionne pas particulièrement ce style d’écriture, force est de reconnaître le talent de l’auteur pour la puissance de son texte, la hargne qui l’anime. Les mots comme un dernier combat contre les maux.

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Rencontre avec Émilie Frèche pour son roman Vivre ensemble : « La fraternité n’est pas quelque chose de naturel, il faut la construire à chaque instant »

En cette rentrée littéraire, Emilie Frèche nous offre une réflexion très intéressante sur le « vivre ensemble ». Réalité ou utopie? Point de départ ou objectif de vie? Rencontre avec l’auteur.

  • Quel est le projet de ce livre?

On entend parler de vivre ensemble partout. Il me semblait quon avait à faire une escroquerie linguistique par le fait de lavoir substantivée, parce que c’était un projet quon voulait nous vendre, alors quil me semblait plutôt que c’était un point de départ de vivre ensemble. Et donc vraiment le projet de ce livre, cest de rendre une réalité à ces deux mots. Jai fait quelques recherches et je me suis rendu compte que cette escroquerie-là, cela faisait un moment quon nous la vend. Alors, outre le fait que cest le titre que donne Roland Barthes à un de ses cours au Collège de France en 1977, et qu’il nous dit tout de suite que cest impossible de vivre ensemble, il ny a que les bancs de poissons qui arrivent à vivre ensemble, je me suis rendu compte que ces deux mots apparaissaient dans la vie politique française à un moment très particulier, un moment de basculement, cest en 1983 à Dreux. Cest la première fois que la droite républicaine sallie au Front National et la candidate socialiste en face nomme sa liste Vivre ensemble. Jai eu envie dexplorer ce que voulait réellement dire ces deux mots en les explorant sur le champ de lintime qui est le champ par excellence du roman.

  • Il s’agit d’un couple qui forme une famille recomposée

Cest dans lhistoire de Déborah et Pierre qui nous ressemblent à tous, qui sont des miraculés du terrorisme, qui réchappent de justesse aux attentats des terrasses en novembre 2015, que se déroule le roman. Dans une sorte d’état durgence émotionnel, ils décident de vivre ensemble. Mais pour eux ce nest pas seulement une déclaration dintention comme pour les politiques, cest une réalité concrète, parce quils vont prendre un appartement tous les deux. Ils ont chacun un fils et cest le début du cauchemar, parce que ces enfants ne se sont pas choisis, n’ont pas choisi leurs deux parents. Et jen suis très vite arrivée à la conclusion que vivre ensemble c’était partager un territoire, partager une salle de bain, partager une famille. Et jai choisi de mettre en scène lenfant de Pierre,qui est le résultat dun couple qui na jamais réussi à vivre ensemble puisque c’est un enfant qui na pas été désiré et qui a une différence.

  • Il est beaucoup question d’altérité

On parle beaucoup de laltérité et moi javais envie de prendre un personnage qui est un peu particulier : le fils de Pierre a un QI de 150 donc il est extrêmement intelligent mais extrêmement inadapté et très vite Déborah, sa belle-mère, va vivre avec la peur. Jaimais beaucoup transposer dans le champ de lintime, la peur de lautre. Déborah a cette insécurité permanente dans son foyer, et finalement, on ne sait pas trop si cest le choc des attentats qui a créé ça chez elle et l’a rendue parano ou si c’est cet enfant qui a réellement un problème. Elle a à chaque instant de sa vie dans lintime la peur que ça explose.

  • On sait que ce gamin est porteur de violence car à chaque fois quil est le témoin de la violence du monde , il est incapable de canaliser ses émotions. Tout prend des proportions phénoménales de chagrin, de colère et faute de canaliser ses émotions il déverse sa violence sur Deborah.

Cest le propre de la précocité, ce sont des enfants qui sont extrêmement sensibles et qui sont finalement inadaptés. Salomon dont les parents nont jamais vécu ensemble, qui na pas été désiré, est porteur de cette histoire. Javais très envie de revisiter le mythe dAbel et Caïn, car on a trop tendance à oublier que lhistoire qui fonde notre civilisation, la première fraternité, est un fratricide. La fraternité nest pas quelque chose de naturel, pas du tout il faut la construire à chaque instant. Cest ce quil mintéresse dexplorer dans le champ de lintime.

  • Pierre a du mal à gérer les problèmes avec son fils, à contrario il sinvestit beaucoup et se bat pour aider les réfugies de Calais, ceux qui sont mis à l écart de la société

Pierre a passé 20 ans de sa vie en tant quavocat spécialisé dans le droit de la famille et donc 20 ans à gérer comment on vit ensemble quand on n’est plus ensemble… Et quand on a des enfants, on continue forcément à avoir un lien avec le conjoint précédent et donc il intervient dans la vie des gens aux moments les pires. Ces attentats nous ont tous bousculés et lui était au premier rang de ce carnage et a besoin de sengager pour sauver le monde à défaut de sauver sa propre famille. Je crois que cest un échappatoire, que quand on sengage, on se répare beaucoup plus soi-même quon ne répare les autres. Et donc il abandonne sa compagne parce quil est incapable de vivre avec une femme tout comme il était incapable de vivre avec sa précédente compagne non plus. Donc cest toute lambiguïté de ce personnage qui va essayer de sauver les autres et qui narrive pas à se sauver lui-même.

  • Le livre est très tendu, en essayant de résoudre le problème de la violence intime, vos personnages s’interrogent sur la violence extérieure. Il y a un aller -retour permanent entre intime et vie extérieure.

Jespère que le livre est très tendu en effet. Je vais envie que dans la couleur de ce roman, la musique,  ce soit un peu comme un thriller psychologique, quelque chose quon ne peut pas arrêter. Oui, je crois quil ny a pas de frontières entre lintime et politique, il y a une conversation permanente entre les deux et évidemment que cette famille-là au cœur de Paris en 2015, 2016, 2017 est une éponge de tout ce qui se passe dans le monde. Et elle fait comme elle peut.

Retrouvez en cliquant sur ce lien la chronique que j’avais consacrée à ce roman : Chronique de Vivre ensemble

Rentrée littéraire : Tenir jusqu’à l’aube, Carole Fives (Galimard)

 

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Tenir jusqu’à l’aube, Carole Fives

Editions L’arbalète Gallimard, août 2018

Rentrée littéraire

Un roman sur le quotidien d’une mère célibataire face à l’intransigeance de notre société. Une analyse psychologique et sociologique d’une redoutable justesse. Une histoire qui pose les bonnes questions. Un coup de cœur de cette rentrée littéraire !

« On présente la solo comme une battante, la superwoman des années 80 s’est dotée d’un nouveau pouvoir, en plus de travailler et de rester jeune, elle élève ses enfants elle-même. Elle est libre, totalement libre cette fois. De quoi se plaint-elle ? La solo a parfois poussé le bouchon jusqu’à faire un bébé toute seule, c’est son choix, son problème, elle n’a qu’à assumer et bien se tenir. » Tel est le diktat de notre société aujourd’hui, laquelle se montre intransigeante avec ces femmes qui sortent de la norme, ces femmes qui n’observent pas le modèle familial père + mère + enfants et osent élever leur petit seule. Une situation que l’héroïne de ce roman connaît bien. Mais qu’elle n’a pas choisie. Le père de l’enfant est en effet parti un beau jour sans la moindre explication, la laissant seule avec l’enfant aujourd’hui âgé de deux ans.

Depuis deux ans, elle vit donc en vase clos avec son fils, entièrement dévouée à ses besoins, à son bien-être. S’oubliant chaque jour un peu plus. Mais comment faire pour joindre les deux bouts quand il faut s’occuper de l’enfant à longueur de journée faute de place en crèche ? Comment honorer des rendez-vous professionnels et décrocher des contrats, quand on n’a ni famille, ni amis proches pour le garder ? Comment s’occuper du petit et travailler en même temps à la maison, au milieu des rires, des cris et des pleurs ? Quand se reposer et avoir un tout petit moment pour soi, pour se vivre en tant que femme et pas seulement en tant que mère ?

Elle étouffe.

Mais à qui en parler ? Sur quelle épaule trouver du réconfort ? La jeune femme se trouve abyssalement seule…

Alors elle erre sur les forums, à la recherche de mères ayant vécu une expérience similaire. A la recherche de réconfort. Mais ces forums sont le reflet de l’intransigeance de notre société. D’aucuns jugent derrière leur écran et ces échanges se transforment en cour de justice dans laquelle être mère exclut toute légitimité à la moindre plainte, au moindre désir d’avoir du bonheur en dehors de l’enfant, au moindre ras-le-bol.

Dans ce roman, Carole Fives analyse avec une incroyable justesse la situation de ces femmes qui élèvent seules leurs enfants, par choix ou non. Ces mamans solos auxquelles la société ne pardonne rien, comme elle ne pardonne rien à toute personne qui ose sortir de la norme. Avec beaucoup de sensibilité, elle soulève les vraies questions, pointe du doigt les contradictions et esquisse les réponses. Un roman magnifiquement rédigé, indiciblement touchant. Un coup de cœur de cette rentrée littéraire!

 

Rencontre avec Adeline Dieudonné pour son roman La vraie vie : « L’humour vient comme une expression du désespoir »

Adeline Dieudonné rencontre un très vif succès avec son magnifique premier roman, La vraie vie, paru aux éditions de l’Iconoclaste. Prix du Roman Fnac 2018, sélection du Prix Goncourt et du Prix Renaudot 2018, les débuts de la romancière sont fulgurants. Rencontre avec la charmante Adeline Dieudonné au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris. 

  • Il est beaucoup question de domination dans ce livre, notamment de domination masculine. Le père est très violent, alcoolique. Le frère lui-même, suite à un accident dont il va être témoin, va verser dans la violence.

Oui bien sûr, on parle complètement de cela, de domination masculine avec ce personnage du père qui est un braconnier, violent, mais aussi de domination vis-à-vis de la nature. Le père est dans un rapport extrêmement binaire au monde : « C’est manger ou être mangé » dit-il . Vis-à-vis de sa fille, de sa femme, de ces animaux qu’il braconne, il se considère comme un prédateur. Sa femme et sa fille sont des proies. Si sa femme, terrorisée, accepte ce statut de proie, sa fille s’y refuse. Elle refuse que la vie n’offre que deux alternatives, être prédateur ou proie, et va conquérir sa liberté pour devenir autre chose.

  • Le règne animal est très présent dans ce roman. La mère notamment ne trouve du réconfort qu’en s’occupant de ses chèvres, de ses perruches.

Cette femme a profondément besoin de se sentir indispensable. Au moins ses animaux dépendent complètement d’elle et donc elle s’en occupe. Alors qu’elle considère qu’elle ne se sent même pas à la hauteur de la tâche d’élever ses enfants. Elle ne se sent pas utile vis-à-vis d’eux, donc elle ne s’en occupe pas….

  • Il est notamment question d’une hyène qui est une figure centrale de ce livre. Pouvez-vous nous en parler ?

Dans la maison, plus précisément dans la chambre des cadavres, il y a une hyène empaillée qui fait extrêmement peur à la petite fille. Comme les enfants sont un peu animistes, elle va considérer que cette hyène vit, qu’elle incarne le mal, la mort, la violence. Quand son frère va commencer à changer, suite au trauma, elle va se dire que c’est la hyène qui contamine son petit frère.

  • La petite fille ressent qu’elle a une forme d’animalité en elle, une forme de bestialité.

Oui, la question est de savoir ce qu’on fait de l’animal en nous, dans tout ce qu’il peut avoir d’extrêmement effrayant, brutal, mais aussi d’extrêmement beau, car cela commence quand elle a 10 ans et ça finit quand elle en a 15 ans et donc elle va aussi découvrir sa sensualité, le plaisir charnel, le désir qui va naître et qui est aussi une forme d’animalité. Comment elle va faire cohabiter tout cela en elle, comment elle va apprivoiser tous ces animaux là, c’est un peu la problématique.

  • La scène finale est incroyable. Comment l’avez-vous écrite?

Ce n’est pas toujours facile d’écrire. Il y a des jours où c’est dur, où j’écris trois phrases.  D’autres jours où ça coule tout seul. La fin m’a surprise. Pour ce premier roman, mon éditrice me suivait. Elle m’avait demandé de lui faire un plan, de lui expliquer comment je voyais la fin, comment je voyais l’évolution du récit. Et j’ai fait exactement l’inverse de ce que je lui avais promis. Parce que je me suis complètement laisser surprendre par la logique de l’histoire c’est-à- dire qu’il y a un moment où il y a vraiment quelque chose qui ne nous appartient plus, c’est-à-dire qu’il y a quelque chose d’organique qui se passe. Et c’est super jouissif en tant qu’auteur de se laisser emmener et de sentir que l’histoire existe presque avant nous. Mon éditrice a fait un vrai travail d’éditeur c’est qu’il n’a visiblement si courant quand je parle avec d’autres auteurs. Et entre la première version que je lui ai envoyée et la version finale, il y a un monde de différence. Elle m’a vraiment aidée, dirigée et ça c’est vraiment génial.

  • Le second degré et l’humour noir sont très présents dans ce roman. Était-ce nécessaire ?

Il y a toujours quelque chose d’un peu désespéré dans mon écriture, et comme il y a ce désespoir, il y a l’humour qui vient non pas contrebalancer le désespoir, mais l’humour vient comme une expression du désespoir. Car il n’y a plus que ça.

Vivre ensemble, Emilie Frèche : une utopie? Coup de coeur de la rentrée!

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Vivre ensemble, Emilie Frèche

Editions Stock, août 2018

Rentrée littéraire

Tout le monde parle du « vivre ensemble » mais, au fond, qui sait vraiment de quoi il retourne, sinon les familles recomposées ? Vivre ensemble c’est se disputer un territoire.

Pierre et Déborah sont des miraculés des attentats de novembre 2015. Ils étaient eux aussi en terrasse, à quelques mètres de là, une poignée de minutes avant que les terroristes ne fassent leur carnage. Cette tuerie précipite alors tout. Dans une forme d’urgence émotionnelle, ils décident brusquement de vivre ensemble, de partager le même appartement avec chacun leur fils respectif. Déborah avec le doux Léo, et Pierre avec le véhément Salomon.

Le soir de l’emménagement dans leur appartement commun, Salomon annonce la couleur à Déborah et à son fils : « Je ne veux pas vivre ici ! Je voudrais être mort pour vous avoir jamais connus ! » Si Pierre et Déborah se sont choisis, les enfants de cette famille recomposée n’ont eux rien choisi du tout. Et si Léo, né dans un couple aimant, paraît s’en accommoder tant bien que mal, Salomon, enfant non désiré dont les parents n’ont jamais vécu ensemble, peine à envisager de partager la présence et l’affection de son père avec ces deux étrangers.

Au fil des jours, l’impression première de Déborah se confirme : Salomon est « différent » et pas seulement parce qu’il a un QI de 150. A l’heure où on prône l’altérité, l’ouverture à la différence, doit-elle se sentir coupable d’avoir pourtant peur de cet enfant ? De s’en méfier ? A l’image des gens qui se regardent les uns les autres dans les lieux publics et les transports en commun, qui se demandent si telle personne avec son imposant sac à dos est une potentielle terroriste, si cette autre pourrait cacher un couteau dans sa poche, Déborah ne sait plus que penser. Ne transpose-t-elle pas à tort le sentiment d’insécurité ambiant dû aux attentats à son intimité ? Voit-t-elle le mal partout ou Salomon a-t-il un réel problème de comportement, voire est-il dangereux pour son intégrité physique et celle de son fils ? Et Pierre, fuyant, préférant tenter de sauver les réfugiés de Calais à défaut de parvenir à sauver sa famille et son couple, ne lui est d’aucun soutien.

Avec ce nouveau roman, Emilie Frèche transpose le vivre ensemble prôné par les politiques à la sphère de l’intime. La petite et la grande histoire se mêlent, se répondent, s’interpellent. Vivre ensemble, une belle escroquerie ? La tension monte au fil des pages, le drame se profile, angoissant, tel un loup tapi dans l’ombre. Mais d’où va-t-il bondir ? Un roman qui se lit en apnée, rédigé avec une justesse telle dans l’analyse des situations et de la psychologie des personnages, que le lecteur devient le témoin d’une histoire, la vit, la voit, la ressent, l’entend. Un gros coup de cœur !

 

Concours : un roman de la rentrée à gagner aux éditions Presse de la cité!

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Vous aimez lire? Vous aimez jouer? Alors tentez de gagner un des livres de la rentrée littéraire 2018, aux éditions des Presses de la cité.

Pour jouer, c’est simple : cliquez sur ce lien Concours,  puis remplissez le formulaire. Des tirages au sort seront effectués à tout moment d’ici le 30 septembre.

A vous de jouer!

Rencontre avec Inès Bayard, pour son roman Le malheur du bas ( Albin Michel)

 

Le malheur du bas, premier roman de Inès Bayard, paru aux éditions Albin Michel, a reçu le prix des Talents Cultura 2018. Rencontre avec l’auteur : 

  •  Comment est né ce roman choc ? 

Je l’ai écrit sans imaginer qu’il allait être publié. C’était une écriture très solitaire, très personnelle. Je ne sais pas si l’on peut vraiment parler de choc, parce que tout le monde me dit que ce livre a choqué, j’en suis désolée. C’est plutôt un livre de compréhension par rapport au corps.

  • Quelle est l’émotion qui vous a poussée à écrire ce livre ?

Le point de départ de ce livre était le désir de parler du corps féminin, c’était un sujet qui m’intéressait depuis pas mal d’années et qui était traité à la fois dans la littérature française et dans les médias, d’une façon qui ne me convenait pas. Il n’y a que dans la littérature étrangère que je le trouvais traité de façon suffisamment forte.

  • Est-ce que vous pouvez définir ce que vous ne plaisait pas ou plutôt la façon dont vous vouliez en parler ?

Pour moi, il y a toujours un problème quand on parle du corps féminin et plus particulièrement d’une agression sexuelle, il y a toujours un décalage entre ce que les victimes de ces agressions disent dans leur témoignage et le traitement dans les médias. Les débats restent très superficiels. Ils ne vont pas c’est dans le détail. Ils n’expliquent pas les ressorts physiques. On a toujours tendance à évoquer la psychologie féminine, mais très peu le corps dans ses détails. Or cela me paraît problématique surtout en ce qui concerne les agressions sexuelles. Revenir à ces débats dans le fond me paraissait important.

Le roman : Le malheur du bas

« Au cœur de la nuit, face au mur qu’elle regardait autrefois, bousculée par le plaisir, le malheur du bas lui apparaît telle la revanche du destin sur les vies jugées trop simples. »
Dans ce premier roman suffoquant, Inès Bayard dissèque la vie conjugale d’une jeune femme à travers le prisme du viol. Un récit remarquablement dérangeant.