Le bonheur se cache parfois derrière les nuages, Sonia Dagotor

Le bonheur se cache parfois derrière les nuages

Quand l’amour conjugal s’effiloche, on peut choisir de fermer les yeux, de s’en accommoder. Ou de réagir. Un roman feel-good qui montre que le bonheur est possible à tout âge

Bonheur conjugal et temps qui passe

Francine et Michel, son mari, se sont unis depuis 39 ans. Pour fêter ces noces de crêpes, Francine décide d’aller au théâtre, puis dans leur restaurant préféré. Quant à Michel, se souvient-il seulement qu’ils se sont mariés il y a pile 39 ans aujourd’hui ? Ce qui aurait dû être une soirée chaleureuse, aimante, festive, vire à l’amertume. Francine observe son époux, penché sur son smartphone à jouer à Candy Crush, son passe-temps favori. Comme d’habitude.

Mais cette fois, cela ne passe pas. Francine n’en peut plus de se sentir transparente, seule, négligée.

Quand leur relation a commencé à se déliter ? Quand a-t-elle commencé à devenir transparente dans le regard de Michel ? En attendant les plats, perdue dans ses pensées, Francine rembobine le fil de leur existence conjugale. Bruno, son premier amour, sa rencontre avec Michel, ses enfants, ce fils tant espéré, les coups de canif dans le contrat de mariage, les déceptions surmontées, ravalées, Les bonheurs aussi. Bonheurs de moins ne moins nombreux.

« Parfois on sait, parfois on ne sait pas et parfois on fait semblant de ne pas savoir ». A présent Francine sait. Elle a pleinement conscience de ne plus être heureuse avec Michel. Mais trouvera-t-elle la force de le quitter ? De se donner la possibilité d’être épanouie ?

Un roman feel-good sur le couple

Avec Le bonheur se cache parfois derrière les nuages, Sonia Dagotor nous offre un roman feel-good sur les affres de la vie de couple au fil du temps. Sur cet embrasement qui parfois, se réduit après quelques années à un tas de cendres. Mais pas seulement. Son héroïne, Francine, a bien perçu leurs désaccords, a senti que certaines limites avaient été franchies : mais partir, admettre que l’on s’est trompé, que l’autre ne contribue plus à notre bonheur, n’est pas pour autant une décision facile à prendre. Ce sont ces atermoiements, ces petites et grosses déceptions cumulées que la romancière nous relate. Jusqu’à la déception de trop. Celle qui fait éclater l’orage.

Informations pratiques

Le bonheur se cache parfois derrière les nuages, Sonia Dagotor – éditions Robert Laffont, mai 2021 – 282 pages -17€

Célestine du bac, Tatiana de Rosnay

Celestine du bac

Une magnifique histoire d’amitié entre deux êtres que tout semble opposer : un jeune homme de bonne famille et une SDF sans âge rongée par l’alcool.

Une rencontre improbable

Depuis le décès accidentel de sa mère alors qu’il n’était âgé que de deux an, Martin Dujeu vit seul avec son père, les conquêtes de ce dernier et son inséparable chien Germinal. En terminale dans une boite à bac réputée, lui autrefois excellent élève s’apprête encore à redoubler. Car la préoccupation de Martin, ce grand rêveur et amoureux de Zola, n’est absolument pas de décrocher son bac. Mais de terminer l’écriture de son premier roman, roman qu’il rédige en cachette de son père. Un père avec lequel la communication est d’ailleurs réduite aux formules de politesses.

Alors qu’il promène dans le quartier, il remarque une SDF d’un âge indéfinissable, assise sous un porche. Elle dit se prénommer Célestine du Bac. Quelques mots échangés à chaque passage. Un peu d’argent déposé à son intention la fois suivante. Des vêtements et des couvertures à l’arrivée du froid. Ce rituel devient important pour Martin, qui contre toute attente s’attache à la femme rongée par l’alcool, le froid et la dureté de la vie dehors. Une femme qui partage visiblement avec lui la passion pour l’écriture. Que consigne-t-elle dans son cahier ? Un mystère que Martin aimerait bien percer, à l’image de celui qui entoure la disparition de sa mère.

Un roman lumineux

Tatiana de Rosnay a écrit ce roman, Célestine du Bac en 1990. Puis l’a laissé dormir pendant 30 ans. On ne peut donc que se réjouir qu’elle l’ait retrouvé à la faveur d’un déménagement. Cette histoire d’amitié est en effet si belle, si bouleversante, et Martin comme Célestine si attachants, qu’il eût été dommage de ne pas les rencontrer.

C’est la rencontre entre deux univers opposés, celui du milieu bourgeois de Martin et celui du dépouillement le plus total de la rue. Mais c’est aussi la rencontre de deux belles âmes, de deux êtres viscéralement humains, animés par la passion de l’écriture. Si en apparence tout les séparent, en profondeur leurs valeurs humaines les rassemblent. Alors chacun va aider l’autre à avancer, à mettre du soleil dans son existence. A faire du reste de sa vie la plus belle partie de son existence.

Un roman lumineux, bienveillant, qui met du soleil dans les esprits à défaut de le voir briller dans le ciel de Paris ce moi de mai !

Informations pratiques

Célestine du bac, Tatiana de Rosnay – éditions Robert Laffont, mai 2021- 352 pages – 21,50€

Luna, Serena Giuliano

Luna Serena Giuliano
serena Giuliano

Après Ciao Bella et Mamma Maria !, Serena Giuliano nous offre un nouveau voyage sous le soleil de l’Italie avec Luna. Embarquez pour Naples, ville de contrastes, et laissez-vous gagner par la beauté des personnages et de l’histoire.

Retour aux sources

Voilà 7 ans que Luna n’a plus mis un pied dans sa ville natale de Naples. Et ce n’est pas de gaieté de cœur qu’elle y revient. Mais elle n’a pas eu le choix : son père est hospitalisé en neurochirurgie et a besoin d’elle à son chevet. Un père qu’elle n’a pas souhaité revoir jusqu’alors, rejetant tout en bloc : son père, sa ville, son passé. C’est à Milan qu’elle a refait sa vie, loin de la mer et de l’effervescence napolitaine. Elle s’y épanouit en tant qu’artiste peintre, entourée des ses fidèles amies, de son amour et de sa mère.

Que s’est-il passé pour que ce père dont elle était si proche, ce héros qui se pliait en quatre pour qu’elle et sa mère ne manquent de rien, devienne ce presque étranger ? Peut-on renier ses racines, son histoire, son identité ?

Alors que Luna était sure d’elle, de ses choix, le retour sur ses terres natales et ses retrouvailles avec sa cousine Gina, confidente de la première heure, ébranlent ses certitudes.

Pardon et acceptation

J’avais adoré Ciao Bella et Mamma Maria, ces voyages emplis de parfums, de couleurs, d’accents chantants, de personnages attachants. J’attendais donc avec impatience le troisième roman de Serena Giuliano, Luna, paru aux éditions Robert Laffont.

Et la magie d’opérer. Serena Giuliano a le don de vous embarquer dans son univers en l’espace de quelques lignes. Ouvrir un de ses livres, c’est embarquer pour l’Italie, ses personnages hauts en couleurs, sa gastronomie incomparable, ses paysages magiques, ses expressions napolitaines inénarrables. C’est déconnecter du quotidien pour se fondre dans le décor des personnages. C’est rire et se laisser attendrir. C’est rêver. Voyager.

J’ai été très touchée par la galerie de personnages du roman, de la tendre et esseulée Filomena, à la bande de copines milanaises, en passant par la fantasque Gina. L’auteure sait leur donner tant de chair, qu’on referme le livre avec le sentiment de les connaître, de pouvoir les croiser un jour ou l’autre au détour d’une rue de Naples. C’est une explosion de senteurs, de soleil, d’émotion dans toute ses acceptions, qui nous assaillent au fil des pages. Un pur bonheur en ces temps de confinement et autres nouvelles moroses.

Serena nous interroge sur nos racines, sur ce qui forge notre identité : peut-on réellement se couper de son passé, s’épanouir en s’étant amputé de son socle ? Faire la paix avec son passé, pardonner, est le premier pas vers l’acceptation et la construction d’un avenir serein. Un avenir lumineux et tout en rondeurs comme un ciel de pleine lune.

Informations pratiques

Luna, Serena Giuliano- Editions Robert Laffont, mars 2021 – 215 pages – 17,50€

Autres chroniques sur Serena Giuliano

Pour retrouver les chroniques que j’avais rédigées sur ses deux précédents romans, il vous suffit de cliquer sur leur titre !

C’est arrivé la nuit, Marc Lévy

Quand neuf jeunes « Robin des Bois » des temps modernes décident de mettre leur génie informatique au service du Bien. Les puissants, politiquement, économiquement, ont du souci à se faire…

Neufs hackers au service du Bien

Le « Groupe », c’est une entité secrète qui compte neuf génies en informatique, disséminés aux quatre coins du globe. Des personnes qui ne se sont jamais rencontrées, ne connaissent que les prénoms des membres et le son de leur voix. Mais des êtres mus par le même souci de justice et d’équité, les mêmes valeurs, les mêmes objectifs, les mêmes codes de conduite. Des êtres virtuoses de l’informatique, devenus de véritables amis au fil du temps, auxquels aucun système de sécurité ou presque, ne résiste durablement.

Des groupes pharmaceutiques peu scrupuleux, qui s’entendent de manière illicite pour faire flamber le prix de certains traitements, au risque que nombre de patients ne puissent plus se soigner. Des hommes politiques extrémistes, prêts à tout pour attiser la haine contre les migrants en particulier et la haine des l’étrangers en général, afin de s’attirer des voix aux élections. Les combats ne manquent pas. Les dangers non plus. Car de tels puissants ne se laissent pas détrôner ni démasquer aussi facilement. L’enjeu économique, l’enjeu de pouvoir est si grand, qu’ils ne lésineront pas sur les moyens à mettre en œuvre pour éliminer ces jeunes hackers.

Ces neuf petits génies feront-ils le poids face à des oligarques qui contrôlent les medias, les ressources agro-alimentaires et pharmaceutiques, les réseaux sociaux et autres moyens de communication? Ou se sont-ils montrés cette fois trop ambitieux?

La collecte d’informations sur le net

Dans C’est arrivé la nuit, Marc Lévy nous offre un roman ancré dans l’actualité : concentration des médias mondiaux dans les mains d’un petit nombre, ententes illicites entre grands groupes, utilisation massive des réseaux sociaux dans l’information et la désinformation, l’auteur s’intéresse ici à la corruption à grande échelle. Et à ceux qui luttent dans l’ombre contre elle : les Grey Hat, autrement dit des hackers qui œuvrent secrètement pour instaurer un monde plus juste. Et qui risquent gros, alors que les criminels qu’ils poursuivent restent souvent impunis. Un livre très documenté sur le piratage informatique, tout en restant très accessible. Mais surtout, un roman qui se distingue nettement des précédents ouvrages de Marc Lévy, qui surprend ici ses lecteurs en prenant des risques. Pour le meilleur.

Un roman qui se lit d’une traite, comme un thriller.

Interview de Marc Lévy

Informations pratiques

C’est arrivé la nuit, Marc Lévy – éditions Robert Laffont/Versilio, novembre 2020 – tome 1 de la série « 9 » – 397 pages – 21,90€

Les roches rouges, Olivier Adam

Les roches rouges, Olivier Adam
©Karine Fléjo photographie

Un roman bouleversant, viscéralement humain, dont les personnages nous hantent longtemps. Magnifique!

Drames familiaux

A 18 ans, à un âge où l’on fourmille de projets, d’envies, de rêves, il a au contraire le sentiment d’avoir la vie derrière lui. Depuis le drame qui s’est déroulé il y a 18 mois, son passé n’est plus dans son dos : il lui fait face, de jour comme de nuit, l’écrase sous une chape de culpabilité suffocante. Etudes, stage, il a tout envoyé valsé et a trouvé refuge dans la picole et les joints, squatte chez ses parents dans une banlieue d’un mortel ennui. Sa sœur Lise ne lui adresse plus la parole, ce qu’il comprend et accepte au regard de ce qui s’est passé. Il doit payer, expier. Tout juste si à ses yeux il mérite de vivre.

Jusqu’au jour où il croise Leila, une femme de 8 ans de plus que lui, dont il tombe éperdument amoureux. Sa vie prend alors un sens, une consistance. Seulement voilà, Leila est mariée. Et à un homme violent de surcroit. Mais sans travail, avec un petit garçon à charge, elle se sent prisonnière de son couple.

Deux drames familiaux, deux êtres blessés par la vie dont la rencontre va peut-être bouleverser le cours de leur existence. Et si rien n’était jamais perdu? Et si aider autrui nous permettait de nous aider nous-même? Et s’il était possible de pardonner, de se pardonner?

Prendre son destin en main

Les roches rouges d’Olivier Adam est un roman qui vous prend aux tripes, vous secoue comme la mer quand il y a du ressac et laisse sur vous le sel de sa magnifique histoire. Violence conjugale, culpabilité, amour, entraide sont les principaux thèmes de ce bouleversant roman, dont les personnages vous hantent longtemps après la fin de la lecture. Des êtres touchants, attachants, courageux, qui décident d’unir leurs forces pour ne plus subir la vie. Pas de pathos ici, mais une peinture très fine et très juste de notre société et une magnifique luminosité dans l’écriture. Car la vie n’est pas que remous, fracas contre les rochers, elle peut aussi se montrer furieusement belle.

Un énorme coup de cœur!

Informations pratiques

Les roches rouges, Olivier Adam – éditions Robert Laffont, juin 2020 – 17,90€ – 219 pages

Ces petits riens qui nous animent, Claire Norton

Ces petits riens qui nous animent, Claire Norton

Un livre plein d’humanité, aux personnages indiciblement attachants, sur le pouvoir fabuleux de la solidarité, de l’amitié et de l’empathie. Ou quand l’union fait la force. Captivant et émouvant.

Hasard ou destin ?

Aude, Alexandre et Nicolas ne se connaissaient pas. Jusqu’à ce que leurs pas les amènent un jour de printemps au Parc des Buttes Chaumont, dans le nord-est parisien, pour évacuer dans cet océan de verdure leurs soucis respectifs.

Aude est tombée sur son mari accompagné d’une maîtresse et ne sait plus quelle suite donner à son couple. Alexandre est né dans une famille très conventionnelle et se trouve écartelé entre les attentes parentales et son choix amoureux.

Nicolas, quant à lui, est préoccupé par l’attitude de son frère auquel il est si soudé. Ce dernier a en effet annulé leur rendez-vous, ce qui n’est pas dans ses habitudes.

Chacun, perdu dans ses pensées, est alors interpelé par une jeune fille, suspendue dans le vide, qui menace de sauter. Impossible de rester simple spectateur à cet acte désespéré. Tous les trois émergent de leurs ruminations pour voler à son secours. Mais la jeune fille accepte de renoncer à sauter à condition que les trois inconnus consentent à remplir une étrange mission pour elle.  La vie de chacun prend alors un virage à 180 degrés. Pour le meilleur ou pour le pire ?

Un roman impossible à lâcher

Après En ton âme et conscience, Malgré nous, Claire Norton nous revient avec un troisième roman parfaitement abouti : Ces petits riens qui nous animent. Un roman admirablement construit, qui tient le lecteur en haleine du début à la fin, happé par l’histoire de ces êtres indiciblement attachants.

En portant assistance à la jeune fille, Aude, Nicolas et Alexandre vont s’aider eux-mêmes aussi, découvrir et dépasser leurs limites, apprendre à se respecter, à s’aimer tels qu’ils sont, à ne plus se soumettre au regard et aux attentes des autres. A exister, enfin. Ce que chacun hésitait à entreprendre seul, devient plus aisé grâce à l’amitié qui nait entre eux, à l’écoute bienveillante que chacun a envers l’autre, à l’énergie positive qui circule entre eux. Les montagnes deviennent dunes. Les obstacles ne le sont plus.

Une captivante histoire d’amour et d’amitié, véritable ode à l’entraide et à l’empathie.

A lire absolument !

Informations pratiques

Ces petits riens qui nous animent, Claire Norton – Editions Robert Laffont, juin 2020 – 451 pages – 20 €

Les fleurs de l’ombre, Tatiana de Rosnay

Les fleurs de l'ombre Tatiana de Rosnay

Nous sommes dans un futur proche, dans ces maisons et appartements connectés, dans lesquels l’intelligence artificielle rivalise avec celle de l’homme. Progrès ou menace pour notre intimité ?

Progrès technique ou perte de liberté ?

Clarissa doit trouver un logement au plus vite après la découverte de la liaison qu’entretient son mari. Certes, jusqu’alors, il lui avait déjà été infidèle, mais une liaison de cette nature, jamais. Impossible de rester un seul jour de plus sous le même toit. Aussi, quand elle entend parler d’une résidence d’artistes flambant neuve, CASA, elle dépose sa candidature. En tant qu’écrivain franco-britannique, elle est en effet tout à fait éligible.

Et d’être retenue, pour sa plus grande joie. Une joie de courte durée cependant. N’a-t-elle pas agi de façon trop précipitée ? Car elle qui a toujours accordé une si grande importance aux lieux, qui a toujours sondé leur âme, s’est jetée sur cet appartement sans vraiment le respirer, le ressentir, l’écouter.

Certes l’appartement offre une vue imprenable sur l’hologramme de la Tour Eiffel, tour détruite dans un des nombreux attentats qui ont marqué le monde ces dernières années. Certes, il est vaste, lumineux, avec un loyer très attractif et tout le confort. Certes, il est équipé des dernières technologies et son assistante virtuelle, une certaine Mrs Dalloway, répond à ses moindres demandes. Mais.

Mais elle se sent oppressée en ces lieux, cauchemarde, entend des bruits étranges, voit des pans entiers de son douloureux passé refaire surface. Même son chat, Chablis, réagit étrangement, comme apeuré. Sur la défensive. Fragilisée par un deuil quelques décennies plus tôt, son entourage la considère encore fragile. Aussi, quand elle partage son malaise avec sa fille Jordan, cette dernière pense qu’elle fait une rechute dans la dépression. Sans compter qu’en tant que romancière, Clarissa a une imagination débordante : ce sentiment d’être constamment épiée ne sortirait-il pas tout droit de son imagination ?

Seule sa petite fille, Andy, semble ne pas la prendre pour une folle.

Alors, paranoïa ou menace fondée ? Qu’est devenu Jim Perrier, l’autre résident à partager ses craintes ? Quelles sont les réelles intentions du docteur Dewinter, médecin très intrusif qui suit les habitants de la résidence ? Et toutes ces caméras dans l’appartement, visent-elles vraiment à assurer sa sécurité ou à épier ses moindres faits et gestes? Que cherchent-ils à apprendre d’elle?

Paranoïa ou réelle menace ?

Parmi les thèmes de prédilection de Tatiana de Rosnay, il y a la mémoire des murs, la façon dont les lieux influencent la vie de ceux qui s’y succèdent. Et Les fleurs de l’ombre ne font pas exception. La romancière fait monter le malaise au fil des pages, crée une atmosphère inquiétante, joue avec les nerfs du lecteur. Qui doit-il croire : Clarissa ou sa fille ? De quel côté doit-il pencher : paranoïa ou réelle menace ?

Le monde a changé, La planète a fait les frais des excès de l’homme : canicule, inondations, ouragans se sont succédé. Les attentats ont détruit les lieux les plus remarquables à travers la planète. L’homme s’est adapté, a imaginé des espaces de vie dans lesquels la technologie a pris une place de plus en plus grande. Trop grande ? Quel est le prix à payer pour plus de confort, plus de rapidité dans l’assouvissement de nos besoins ? Quels sont les dangers du tout connecté ? Quel est le coût du,progrès technologique pour l’homme?

Un roman au suspens savamment entretenu, envoûtant, dans lequel Tatiana de Rosnay offre à ses lecteurs un cadeau que son héroïne Clarissa aurait perçu comme un luxe : la liberté. Celle de trancher.

La tête sous l’eau, Olivier Adam: une lecture en apnée

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La tête sous l’eau, Olivier Adam

Editions Robert Laffont, août 2018

Rentrée littéraire

Quand le couple décide de quitter Paris et de s’installer en bord de mer en Bretagne avec leurs enfants Léa et Antoine, cela promet d’être le paradis. Du moins pour les parents, car les ados considèrent cela davantage comme un enfer, surtout Léa, leur fille aînée. Pour cette ado, quitter Paris, son amour, ses amis, pour une province où elle ne connait personne et où il n’y a pas grand-chose à faire en dehors de l’été, c’est tout sauf un choix.

Mais l’enfer va au final les concerner tous.

Peu de temps après leur arrivée, Léa disparait brusquement lors d’un concert avec son oncle. Ses proches sont submergés par les flots de l’angoisse, du chagrin, du doute : que lui est-il arrivé ? Chacun tente de garder la tête hors de l’eau, de ne pas sombrer dans le désespoir, tandis qu’ils sont secoués comme dans le tambour d’un lave-linge.

Quand après plusieurs mois de recherches, Léa est retrouvée saine et sauve, la famille pense que la tempête est derrière eux, qu’ils vont enfin pouvoir à nouveau surfer sur une mer glassy. Mais ils se trompent…

Avec La tête sous l’eau, Olivier Adam surfe avec brio sur les remous qui secouent les victimes mais aussi leur entourage, lors d’un drame. L’analyse psychologique des personnages est si juste, que le lecteur est lui-même ballotté par les flots du doute, de la peur, mais aussi de l’incompréhension face au silence de la rescapée. Il faut à chacun du temps pour réapprivoiser les vagues de l’existence, pour se reconstruire plus fort, plus loin. Un roman d’une grande sensibilité, d’une écriture aussi fluide que l’eau, qui se lit en apnée.

 

 

 

Le voleur de brosses à dents, de Clémentine Eméyé

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Le voleur de brosses à dents, de Clémentine Eméyé

Éditions Robert Laffont, septembre 2015.

Récit intime d’une jeune mère confrontée au quotidien du handicap, mais aussi témoignage sans fard sur un fait de société qu’on occulte : impossible de rester indifférent au cri d’amour de cette maman qui pourrait être nous.

Déjà maman d’un petit garçon, Clémentine Eméyé met au monde un deuxième enfant, Samy. Très vite, elle sent qu’il y a un problème. Le bébé est semblable à une poupée de chiffon, ne tient pas seul sa tête, n’a aucun tonus, semble insensible à son environnement. Et d’alerter le corps médical. Et systématiquement de s’entendre répondre qu’elle s’inquiète pour rien. Que toutes les mamans s’inquiètent de trop.

Sauf qu’elle ne se trompait pas.

Il faudra attendre les 7 mois de Samy pour qu’enfin un diagnostic tombe, lourd. Autisme, AVC, épilepsie. « Autisme : être confrontée à cette maladie c’est comme pénétrer lentement dans des sables mouvants, en entraînant le reste de ma petite famille avec moi. » On pourrait penser que les causes identifiées, il sera plus facile de venir en aide à l’enfant et à sa famille. Or non. Force est de constater qu’il n’existe en France aucune institution adaptée au cas de Samy en particulier et très peu à celui des autistes en général. Il y a pourtant urgence. Au fil des mois, des années, Samy devient violent envers lui-même, s’auto-mutile, crie, frappe. Et ne dort pas. Sa maman, exsangue, essaye de l’apaiser, de trouver des solutions et à défaut, d’en imaginer, d’en créer. Il lui faut au quotidien penser et panser son enfant, maman et thérapeute à la fois. Tout en ne négligeant pas son fils aîné.

Dans ce témoignage magnifique, Clémentine Eméyé pointe la solitude extrême dans laquelle se retrouvent les parents d’enfants handicapés. Non seulement c’est à eux de trouver des solutions, mais les lourdeurs administratives sont telles, que chaque démarche, chaque initiative, relève du parcours du combattant. Un récit sans fard, honnête, entier, où l’auteur crie tantôt sa colère, tantôt son espoir retrouvé, mais aussi son amour indéfectible envers ses enfants, lesquels sont sa colonne vertébrale, son oxygène, son énergie. Un récit bouleversant, qui malgré la gravité du sujet, n’est pas exempt d’humour. Un récit d’une force vitale époustouflante.

A lire !

Chuuut!, de Janine Boissard, aux éditions Robert Laffont : savoir replanter sur du pardon…

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Chuuut!, de Janine Boissard

Éditions Robert Laffont, mars 2013

 

Savoir replanter sur du pardon.

     « Il y a toutes sortes de silences. On parle de silence « religieux », de silence « de mort ». Il peut y en avoir aussi de respect, de regret, de honte. » (P.133) Dans la famille Saint Junien, le silence est protection. Protection de l’unité du clan. Protection des liens du sang. Envers et contre tous. Envers et contre tout.

     Tous, Edmond et Delphine de Saint Junien, leurs quatre enfants, beaux-enfants et petits enfants vivent au château, près de Cognac. Tous ou presque. Car Roselyne manque à l’appel, partie pour Amsterdam avec un certain Werner quelques années plus tôt. Une absence douloureuse scellée par le silence. Jusqu’à ce jour où ils apprennent son décès, laissant derrière elle un fils, Nils, âgé de dix-huit ans. A cette nouvelle, une évidence : ce dernier doit rejoindre les siens au château.

     Pour celui qu’on a baptisé Nils, en référence au récit « Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède », la vie semble alors être un conte. De courte durée toutefois. Lorsque le corps de la petite Maria est découvert sans vie, Nils est le coupable tout désigné. Face au drame, le clan explose. D’un côté, ceux qui croient en son innocence. De l’autre, ceux qui l’accablent. Et Nils de se battre pour obtenir sa réhabilitation. Avec patience. Avec droiture. Sans haine. Sans violence. Car s’il a grandi dans un terreau hostile, stérile, il ne s’est pas laissé dépérir dans le manque. Il y a puisé un surcroît de vie, de courage, de combativité, a fait germer en lui une noblesse de coeur et d’âme exemplaires.

     Qui a donc tué Maria? Comment confondre l’assassin? Les liens du sang résisteront-ils à l’épreuve de la vérité?

     Dans Chuuut!, Janine Boissard capture son lecteur dès la première page et fait de lui la victime consentante d’une lecture en apnée. Un roman captivant, résolument optimiste, où l’amour, la famille, l’intégrité sont les meilleures armes pacifiques face à l’adversité.

     Il faut savoir « replanter sur du pardon ».

     A lire absolument!

P. 133 : D’une enfance trop difficile, trop tôt exposée aux coups de la vie, d’où la chaleur et la lumière ont été absentes, certains en sortent l’âme démantibulée (…). D’autres, victimes d’une même enfance, ont eu la chance, la force, de savoir exploiter chaque parcelle d’amour, chaque lumière à eux donnée. Nourris d’espoir, le jour où leur vie s’éclaire enfin, ils sont prêts à en accueillir, en savourer toutes les joies, à saisir toutes les mains qui se tendent. Ayant été blessés, ils s’efforceront à l’indulgence, ayant souffert, ils sauront reconnaître la souffrance des autres et s’emploieront à les réconforter.

P. 220 : On ne replante pas sur du malheur. On replante en remplaçant les mauvaises images par les bonnes, les larmes par des sourires, sans pour autant oublier ceux qui sont partis.