Glissez Philippe Routier dans votre poche!

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L’enfant du parc, de Philippe Routier

Editions J’ai lu, janvier 2016

6,70€

 

Philippe Routier marie avec maestria tension psychologique et suspense dramatique. À travers une histoire efficace aux multiples rebondissements, il évoque avec tendresse et humanité les difficultés de couple, les amours déçues, l’implacabilité du monde du travail, le désir et l’absence d’enfant.

Renan n’a pu se résoudre à accepter la demande de divorce de sa femme, Élisabeth. Alors, enferré dans le désespoir, il commet cet acte insensé d’enlever leur fils Thomas et de lui faire un monstrueux chantage. Pour qu’elle ait peur comme lui. Pour qu’elle ait mal comme lui. Pour la punir de sa décision. Mais le scénario tourne au drame…

Abandonné dans un parc, Thomas erre à la recherche de ses parents. Il ignore que tous deux ont perdu la vie tragiquement, juste quelques heures après que son père l’ait kidnappé puis laissé seul. Assis sur le rebord du bassin, recroquevillé sur lui-même, il pleure en silence. Une détresse que Juliette, 37 ans, en balade avec sa meilleure amie Marion, perçoit aussitôt. Impossible de rester insensible au chagrin du petit garçon. Un enfant qui eût pu être le sien, si seulement son désir viscéral d’être mère avait été assouvi… Si seulement elle n’avait pas perdu de temps avec son compagnon, reconnu stérile. Très vite, elle fait le lien avec ce fait divers dont les médias se font l’écho. Et alors que la raison voudrait qu’elle se rende au commissariat avec lui, elle bifurque à 180 degrés sous le regard sidéré de Marion. C’est décidé, elle le gardera avec elle. Coup de folie? Désir affiché de protéger l’enfant de la mort de ses parents, de lui éviter l’orphelinat? Comment durablement cacher à tous la présence d’un enfant recherché par la police?

La survenue de Franck dans l’existence de Juliette, mais aussi dans celle de tous ceux qui vont ensuite le croiser – amis, proches, parents, va changer profondément son (leur) destin, agir comme un puissant révélateur de ce qu’ils sont, de ce à quoi chacun aspire vraiment…

Avec L’enfant du parc, Philippe Routier nous offre un roman viscéralement humain. Le style fluide de sa plume, le rythme soutenu, l’intimité extraordinaire qu’il crée d’emblée avec les personnages, capturent le lecteur dès la première page pour ne le relâcher qu’à la toute fin, otage consentant et heureux des transports qu’il a connus. Car Philippe Routier est un merveilleux passeur d’émotions…. Et ne vous y trompez pas : ce n’est pas la tristesse, mais une infinie tendresse qui colore ces pages. Une tendresse mâtinée d’espoir. Car chacun va voir sa vie changer pour le meilleur, après avoir côtoyé le pire…

A lire absolument!

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Le premier pas, de Marie-Laure Bigand

Le premier pas, Marie-Laure Bigand

Editions HQN, novembre 2015

Ebook

Irène, la quarantaine, divorcée, a la garde de sa fille Solenne. Depuis la dislocation de son couple, c’est la fuite en avant. Pas le choix. Avancer, ne pas penser, tenir. Pour elle, pour sa fille. Or Solenne va l’obliger à interrompre sa course. Entre la mère et l’adolescente, la communication se délite. Les joutes verbales font place à la complicité originelle. Les cris et la révolte à la tendresse et la compréhension.

Car Solenne lui reproche le départ de son père. Et les tentatives d’Irène pour restaurer le dialogue sont vaines. Rejetée de l’univers de sa fille de 15 ans, elle n’est plus reliée à elle que par le pont que constitue ce duel oratoire. Un bras de fer entre rancune et raison. Epuisant. Douloureux.

Une solution transitoire est alors trouvée : Solenne ira passer l’été chez son père et sa nouvelle compagne. La distance et le temps permettront à chacune de faire le point, de souffler. Et qui sait, de faire revenir Solenne sur son désir de vivre chez son père désormais.

Seule pour la première fois, Irène éprouve alors l’irrépressible besoin de renouer avec ses racines, celles du réconfort que lui procurait son ineffable amitié avec Patricia. Patricia, l’amie d’enfance, la complice, la confidente. Patricia, sa « fausse » jumelle. Son double.

Mais plus de vingt années se sont écoulées sans qu’elle n’ait de nouvelles de son amie. N’est-il pas illusoire de vouloir retisser des liens sur une trame mitée par un si long silence ? Son désir de reprendre un chemin commun là où le carrefour de leur existence les a séparées, sera-t-il partagé par Patricia ? Leur si riche vécu commun influera t-il sur le cours de leurs destinées ? Irène l’ignore. Ce dont elle est certaine, c’est qu’elle est prête à faire le premier pas.

Avec une plume alerte, un vocabulaire simple et limpide, des situations d’une vibrante authenticité, Marie-Laure Bigand nous entraîne le cœur battant sur les pas de ses personnages. Et nous lecteurs de marcher dans leurs empreintes, lesquelles se mêlent parfois aux nôtres tant ils nous sont proches. Tant ils nous ressemblent…

Un roman très touchant vers lequel vous pouvez faire le premier pas les yeux fermés !

 

Les corps inutiles, de Delphine Bertholon (JC Lattès) : à lire!

Les corps inutiles, de Delphine Bertholon
Editions JC Lattès, janvier 2015

Le corps, arme et armure.
Portrait intime de l’adolescence, drame psychologique aux accents de roman policier, Les corps inutiles déroule le fil d’une vie tourmentée par les démons du passé.

La soirée s’annonçait légère pour Clémence. A titre exceptionnel, du haut de ses quinze ans, elle avait en effet obtenu l’autorisation de se rendre à la fête de fin d’année donnée par sa copine de classe.
La rencontre qu’elle fit au détour de la rue avec « l’homme blond » en décida autrement.

Et sa vie de basculer.

La banalisation de l’agression par son camarade de classe Virgile, seule personne à laquelle elle se confia du bout des lèvres ce soir-là, scella sa détermination à n’en parler à personne d’autre. Jamais. « Parce qu’en vérité, personne ne pouvait comprendre ce qui s’était passé, ce soir-là, dans cette rue-là. Personne n’avait senti ce qu’elle avait senti. Vécu ce qu’elle avait vécu. » Et de se répéter les propos de Virgile, tel un mantra : « Allons Clémence, ce n’est pas si grave ! »
Mais son corps refuse d’oublier le traumatisme, se rebelle, se fait le porte-parole de ses cris et de sa peur enfouis. Qui n’a entendu la révolte de son corps, quand la violence des maux n’est que le reflet du silence des mots ? Ce dernier devient comme anesthésié, fermé à toute sensation, douleur comme douceur. Une armure. Mais aussi une arme, celle de Clémence devenue vengeresse. Chaque 29 du mois, date anniversaire maudite de son agression, elle offre en effet ce corps à des inconnus de passage, pour tenter de conjurer le sort, de reprendre le pouvoir: « Ils ne me prendront rien : je me donnerai d’abord. » Question de survie.

Avec ce nouveau roman, Delphine Bertholon nous prouve une fois encore, si besoin était, sa capacité extraordinaire à véhiculer les émotions, à disséquer avec intelligence et sensibilité les âmes au scalpel de sa plume. Le lecteur suit avec une vive émotion Clémence à 15 et 30 ans, le poids des traumatismes engendrés par les mots autant que par l’agression elle-même, la geôle invisible du silence dans laquelle elle s’enferme, la honte et la culpabilité qui grandissent en elle. Mais aussi, sa capacité extraordinaire à s’en sortir. Car la vie resurgit. Plus forte que tout.
Une réussite.
A lire !

Pardonnable, impardonnable, de Valérie Tong Cuong (éditions JC Lattès) : un roman incontournable!

Pardonnable, impardonnable, de Valérie Tong Cuong

Éditions Jean-Claude Lattès, janvier 2015

 

Les saisons du pardon.

Le dixième roman de Valérie Tong Cuong explore la difficulté à trouver sa place au sein du clan, les chagrins et la culpabilité, mais aussi et surtout la force de l’amour.

Quand Milo, 12 ans, parti faire du vélo avec sa tante, est victime d’un grave accident, ses proches se ruent à son chevet. Et les interrogations de naître autour de ce corps plongé dans le coma. Pourquoi se trouvait-il sur son vélo alors qu’il était censé être bien sagement à la maison à faire ses devoirs? La douleur, l’incompréhension et la colère sont telles, qu’il faut trouver un coupable, une personne sur laquelle les déverser. La famille jusqu’alors apparemment unie, vole en éclats. Car cet accident joue le rôle de détonateur, fait exploser les rancœurs, les non-dits, les rivalités entre membres du clan où chacun achoppe à trouver sa place. Et chacun de désigner un coupable, SON coupable.

L’amour inconditionnel qui les lie à Milo, se heurte dès lors à la colère qui gronde en eux, à la haine puis à la vengeance qui grandissent à l’égard de celui ou de celle jugé(e) responsable : il faut faire payer la personne qui a conduit Milo à flirter avec la mort. Il faut sa tête.

Immergée dans l’esprit de chaque personnage, Valérie Tong Cuong nous fait vivre le drame avec plusieurs regards, plusieurs angles de vue, tous aussi attachants, sensibles, intelligents et justes les uns que les autres. Et force est de constater que personne n’est tout blanc dans cette affaire. Personne n’est innocent.

Le flot de haine qui submerge la famille ne noie pas les tensions, ne dissout pas les problèmes. Au contraire : il irrigue les sillons de maux plus grands encore. Alors, après l’hiver de l’amertume, qui a laissé les cœurs et les esprits gelés, vient le printemps du pardon : en chacun germe le désir de faire table rase du passé, de comprendre et d’accepter l’autre tel qu’il est, mais aussi et surtout, de s’accepter tel qu’il est. Car pardonner, c’est non seulement pardonner à l’autre, mais se pardonner à soi.

Un roman choral extrêmement brillant, dans lequel chaque personnage nous interpelle, nous émeut, nous interroge. Une histoire viscéralement humaine, magistralement rédigée, qui prend le lecteur en otage dès les premières lignes et en fait la victime consentante d’une lecture en apnée. Valérie, nous te pardonnons ces heures volées au sommeil faute de pouvoir reposer ton livre!

Un roman INCONTOURNABLE de cette rentrée littéraire 2015.

Un ÉNORME coup de cœur à lire, à relire, à offrir…ou vous ne vous pardonnerez pas d’être passé à côté de ce livre!

L’oeil du prince, de Frédérique Deghelt (éditions J’ai lu)

L’oeil du prince, de Frédérique Deghelt

Éditions J’ai lu, septembre 2014

L’oeil du prince. Un titre qui évoque, dans la terminologie du théâtre, la place particulière donnée au spectateur, à savoir un angle de vue qui lui permet de visualiser la perspective du décor sans déformation. Une place privilégiée qui devient celle du lecteur ici, lequel peut seul avoir une vision d’ensemble des vies successives des personnages, des liens secrets entre eux, à travers l’espace et le temps. Car si de prime abord ces destinées semblent évoluer sur des parallèles, la plume habile et sensible de l’auteur a en réalité tissé une toile très serrée entre eux.

Nous suivons cinq personnages à un moment charnière de leur vie : Mélodie la jeune cannoise qui ne supporte plus le milieu bourgeois qui est sien dans les années 80; Yann, New-yorkais qui dans un accident a perdu femme et enfant; Benoit, 20 ans plus tard, dont le couple sombre tandis que sa carrière s’envole; Alceste et Agnès, deux résistants qui, pendant la seconde guerre mondiale érigent leur amour en rempart contre la haine ambiante; une femme qui, au crépuscule de sa vie, ouvre enfin le carton de lettres que lui avait laissé sa mère. Cinq êtres qui vont s’efforcer de prendre ou de reprendre leur destin en main, d’identifier les émotions qui les animent, de comprendre ce qui est en jeu. Et avancer tels des funambules fragiles sur le fil de la vie.

Avec beaucoup de sensibilité et de justesse, Frédérique Deghelt nous livre les destins croisés d’hommes et de femmes très attachants. Un roman admirablement bien construit, qui peint un tableau délicat, aux couleurs subtiles, des scènes de la vie, des émotions qui la colorent.

P. 16 : Ce n’est pas l’absence qui pousse vers une nourriture de l’esprit, c’est le manque.

P.50 : L’aventure, ça se vole, le destin, ça se fabrique, l’avenir il faut l’attraper au lasso et tenir sur la selle de ce cheval sauvage qu’est la vie non désirée.

Pars avec lui, de Agnès Ledig (Albin Michel) : magnifique!

Pars avec lui, de Agnès Ledig

Éditions Albin Michel, septembre 2014

 

On retrouve dans Pars avec lui, l’univers tendre et attachant d’Agnès Ledig, avec ses personnages un peu fragiles, qui souvent nous ressemblent.

 

Juliette est infirmière au service de réanimation de l’hôpital. Une femme passionnée par son métier, dévouée, humaine. Cependant sa vie privée est loin d’être aussi épanouissante que sa vie professionnelle. La difficulté à avoir un enfant, l’attitude méprisante et rabaissante de son compagnon, rendent l’ambiance à la maison relativement tendue. Mais tel un punching-ball, Juliette encaisse en silence.

Un jour, un pompier de 25 ans, Roméo, est amené dans son service après une grave chute du 8ème étage lors d’une intervention. Si la sagesse veut qu’il ne lui faille pas trop s’attacher aux patients, elle fera cette fois exception pour cet homme. Comment rester en effet insensible au désarroi qui est sien, tandis qu’il ne sait s’il recouvrera l’usage de ses membres? Comment ne pas être touchée par les soins avec lesquels il entoure sa petite sœur Vanessa, promise sinon à un foyer d’accueil? Comment ne pas désirer tendre la main à un homme qui passe sa vie à secourir celle des autres? Et qui sait si un jour, ce ne sera pas lui qui à son tour volera à son secours?…

Dans ce nouveau roman, Agnès Ledig tisse avec subtilité et émotion la toile de destins croisés, ceux d’êtres fragilisés par la vie, qui jamais ne s’appesantissent sur leur sort. Leurs forces? L’entraide, l’écoute, mais aussi et surtout, le respect. Respect de soi et des autres. «  L’amour sans respect n’est pas l’amour. En prendre conscience et le fuir ne constitue ni un échec ni même une défaite, mais une grande, une très grande victoire. »

L’auteur fait montre cette fois encore d’une sensibilité à fleur de plume, d’une capacité extraordinaire à créer une vraie intimité entre le lecteur et les personnages, personnages auxquels non seulement on s’attache mais on s’identifie. Lire Agnès Ledig, c’est plonger au cœur de l’humain, c’est reprendre foi en lui et en sa capacité à rebondir en toutes circonstances, c’est se faire éponge et absorber mille et une émotions toutes plus fortes les unes que les autres. Lire Agnès Ledig, c’est vibrer, vivre, aimer, grandir, avancer.

Un roman magnifique, véritable bijou d’émotion pure servi dans un écrin de talent. Un gros coup de coeur!

P.342 : « J’ai une certitude : on apprend la vie toute sa vie. Je crois que même en mourant on apprend encore la vie. »

P.348 : Nous sommes la somme de nos choix mais aussi de nos non-choix. Il faut assumer, et les regrets ne changent pas le passé.

Toute ressemblance avec le père, de Franck Courtès (JC Lattès) : coup de coeur!

Toute ressemblance avec le père, de Franck Courtès

Editions JC Lattès, août 2014

Rentrée littéraire

 

Perdre un être cher est un événement bouleversant. On a l’impression qu’on ne pourra jamais surmonter sa peine et pour ce faire, il est nécessaire de passer par un douloureux travail intérieur, le « travail de deuil ». Afin d’accepter la disparition et de définir un avant et un après. Afin de pouvoir avancer.

Quand Jacques décède accidentellement, sa femme Mireille, sa fille Vinciane et son fils Mathis se trouvent confrontés au vide de son absence. Ou plus exactement, à la présence de son fantôme, des souvenirs vivaces qu’il a laissés, de son empreinte si forte dans les esprits. Et chacun de réagir différemment, de s’approprier à sa façon l’image du défunt.

Pour Mireille, et ce, quand bien même il fut notoirement volage, c’est l’image d’un mari merveilleux qui prédomine, de sorte qu’aucun autre homme ne saurait plus exister à ses yeux. Et peu à peu de se replier sur elle-même, éteinte sans la lumineuse présence de son Jacques. « C’est sa façon de lui être fidèle et d’être fidèle à l’image qu’elle a d’elle-même, la femme qu’elle était à cette époque. » (P.414)

Vinciane, archéologue de formation, va décider de mettre une distance physique entre le lieu du drame et elle. Elle part sur des chantiers au bout du monde, s’abrutit de travail, enfouit au plus profond d’elle un secret de famille tandis qu’elle déterre ceux des autres. Mais n’est-ce pas une fuite illusoire? N’emporte t-on pas ses démons avec soi?

Pour Mathis, âgé de seize ans lors du drame, le fantôme du père est écrasant. Un fantôme qu’il va devoir tuer pour exister. Alors il se cherche, cumule les aventures amoureuses comme son père jadis, se perd pour mieux se retrouver. Touche par touche, comme sur une toile de Seurat, se dessine ce à quoi il aspire, l’homme en devenir. Chaque erreur de parcours affine sa trajectoire, le centre sur son essentiel, le conduit vers sa (re)naissance.

Avec ce brillant premier roman, Franck Courtès nous livre une réflexion profonde, sensible et juste, sur la transmission. Comment est reçu l’héritage parental, ailes ou cage? Comment vivre avec les absents quand leurs fantômes sont si présents? Une plume délicate, viscéralement humaine, qui emporte le lecteur dans le tourbillon léger de ses mots. Une histoire intime au caractère universel.

A lire!

P. 349 : Il ne s’agissait pas de pardon. Le pardon vous place au dessus des autres, les forts pardonnent aux faibles.

Informations pratiques :

Nombre de pages : 390

Prix éditeur : 19,50€

ISBN : 9782709646550