Rentrée littéraire : Beaux rivages, Nina Bouraoui

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Beaux rivages, Nina Bouraoui

Editions JC Lattès, août 2016

Rentrée littéraire

Personne n’est protégé contre la fin d’un amour… Un roman d’une grande sensibilité et d’une infinie justesse. Coup de cœur !

Janvier 2015. Alors que le contexte terrifiant des attentats rappelle l’urgence de vivre, d’aimer, A. doit faire face à un séisme intérieur. Depuis 8 ans, elle et Adrian filaient le parfait amour. Elle vit à Paris, lui à Zurich, et cette distance n’a jamais été un obstacle à leur relation. Jusqu’à ce jour où Adrian annule sa venue. Motif jamais ne serait-ce qu’envisagé jusqu’alors : il a rencontré une autre femme. C’est la sidération pour A.. Incrédule, elle imagine vivre un cauchemar dont tôt ou tard elle va forcément se réveiller. Avec lui à ses côtés.

Mais force lui est d’admettre qu’elle ne rêve pas. Cette douleur térébrante est bien sa réalité.

Dévastée par le chagrin, elle se sent comme une frêle embarcation, véritable jouet des flots du doute, de la colère, de la jalousie. Et coule peu à peu. A quelles souffrances plus anciennes cette douleur-là fait-elle écho ?Y avait-il des signes prémonitoires qu’elle n’a pas su ou pas voulu voir ? Qui est cette Autre pour laquelle il l’a quittée ? Et d’enquêter avec fébrilité sur les réseaux sociaux, à l’heure où internet fait de chacun un potentiel inspecteur. A l’heure où il est difficile de couper tout contact—fût-ce virtuel, avec celui ou celle qui nous fait souffrir.

Avec une justesse chirurgicale, Nina Bouraoui fait l’autopsie d’un amour révolu. Au scalpel de sa brillante plume, elle analyse les émotions qui traversent A., ses doutes, sa douleur, ses espoirs quant à sa capacité à renouer avec Damien, voire à aimer et refaire confiance à un autre homme. Elle sonde son âme, son cœur, tandis que l’hémorragie continue. Et pose des perfusions d’espoir.

Qui n’a pas vécu de chagrin d’amour ? Et de réaliser qu’aussi intimes et personnelles soient ces drames amoureux, ils revêtent un caractère universel. Quels que soient le sexe, la nationalité, l’âge, le milieu social, personne n’est à l’abri d’une rupture.

Un roman brillant qui se lit en apnée.

Extrait : « L’amour véritable est rare et discret. Quand il survient, il est aisé à reconnaître. Il rend grand alors que l’on se croyait petit. Il rend brave alors que l’on se croyait lâche. Il e demande rien et n’attend rien en retour. Il se déploie en silence, avec lenteur. Il a tout son temps car le temps est son allié. Cet amour est une science. Elle est ardue, compliquée, mais elle n’est pas impossible. »

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Comment j’ai perdu ma femme à cause du tai chi, Hugues Serraf : jubilatoire!!!

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Comment j’ai perdu ma femme à cause du tai chi, Hugues Serraf
Editions de L’Aube, parution le 20 août 2015
Rentrée littéraire

Histoire à la fois d’amour et de rupture, portée par une écriture férocement drôle et moderne.
Ma chronique pourrait se résumer à cette simple affirmation : coup de cœur assuré ! En effet, ce premier roman de Hugues Serraf, journaliste, est absolument jubilatoire. Un pur bonheur de lecture.
Le héros se retrouve en prison. Pour le meurtre supposé de sa femme dont il était séparé. Supposé car on n’a pas retrouvé le corps, mais juste un sabre au milieu d’une flaque de sang et les empreintes de son ex-mari. Pas de quoi rire me direz-vous. Vous vous trompez. Car cette histoire est portée par un humour inénarrable, noir, caustique. Chaque page est source de rires, de sourires, appelle à la tourner pour dévorer la suivante.
Quand notre héros découvre les codes de la vie en prison, qu’il ne connaissait guère qu’à travers les séries télévisées, et raconte ce que fut sa vie de couple avec cette femme passionnée de tai chi dont toutes les vacances à la Bidochon finissaient dans des villages vacances aseptisés avec la belle-sœur en remorque, le lecteur devient aussi attentif que Coloc, son codétenu belge. Et d’être prisonnier non pas dans une cellule, mais du récit du héros, incapable de reposer le livre avant la dernière page, laquelle réserve une chute qui n’a pas volé son nom.
Que faites-vous encore devant votre écran à me lire ? Vous devriez déjà être chez votre libraire pour acheter Comment j’ai perdu ma femme à cause du tai chi, de Hugues Serraf !

Informations pratiques :
Prix éditeur : 16€
Nombre de pages : 141

Entorse, de Philippe Mathieu.

Entorse -

Entorse, De Philippe Mathieu

Editions Buchet Chastel, janvier 2014

Entorse raconte un moment charnière dans la vie du narrateur qui, à la suite d’une rupture amoureuse, va lâcher prise.

Léo, 35 ans, désoeuvré, quitte tout et se laisse porter par les courants – sans réflexion, sans volonté. Il nage, dans des piscines car il ne se verrait pas bien dans des eaux sans limite. Mais s’il était maître de sa vie, et s’il avait du goût pour les voyages, il serait explorateur – ce qu’il n’est pas, mais alors pas du tout.

De toute manière, pour cela, il lui faudrait s’alléger parce qu’il est encombré d’un chat qu’il s’est laissé imposer. Encombré de Florence, de Mathilde, de Pierre, peut-être de Charlotte, de sa mère et de l’absence de son père, de souvenirs qu’il n’a pas, et aussi d’une vocation inhabituelle de pianiste de bar…

Ironie et finesse. Entorse, premier roman de Philippe Mathieu, dessine le portrait attachant d’un homme qui ne sait pas choisir.

 

Mobile de rupture, de Cookie Allez : mon mari, son téléphone et moi…

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Mobile de rupture, de Cookie Allez

Éditions Buchet-Chastel, février 2014

Au théâtre de la vie, on ne sait jamais sur quel mot le rideau se ferme…

Pour fêter leur trois ans de mariage, Régis a réservé pour Sibylle et lui une table dans un lieu qui tient une place particulière dans leur panthéon intime : le restaurant Le Parc aux saveurs, temple réputé de la gastronomie mais aussi et surtout, cadre de leur premier tête à tête cinq ans plus tôt. Une attention touchante, si ce n’est qu’un hôte indélicat s’invite sur la belle nappe au milieu des verres en cristal, des assiettes en miroir moucheté et autres escadrons de couverts rutilants. Un invité petit par sa taille, mais grand par la place qu’il occupe. Cet intrus, c’est le plus fidèle ami de son mari, l’objet de son admiration, le prolongement de son bras : « All-in-one », téléphone portable dernier cri. Impensable pour Régis de l’éteindre voire de s’en séparer ne fût-ce que le temps d’un repas. Un charme technologique qui laisse Sybille de marbre. Pire, une bestiole qui l’horripile.

Peu à peu, ce qui s’annonçait comme une soirée en amoureux mitonnée avec tendresse tourne au vinaigre. La sauce ne prend pas, ne prend plus. La recette qui avait séduit Sybille a aujourd’hui un goût amer. Certes, Régis a toujours beaucoup de charisme et de charme, mais… Mais dans son attitude il y a des traits de caractère que Sibylle ne supporte pas, face à elle se tient un homme différent de l’image qu’elle s’était faite de lui lors de leur rencontre. Silencieuse, ravalant l’exaspération que suscitent les sonneries et alertes SMS intempestives, elle repasse par le menu le film de leur rencontre, de leur vie ensemble ces cinq dernières années, y compris ce secret de famille qu’elle porte seule et qui la dévore.

Et la moutarde de lui monter au nez.

Quand arrivera la surprise que son mari lui a réservée pour le dessert, surprise partagée avec All-in-One, ce sera la cerise sur le gâteau.

« Il y a une mortalité terrible chez les sentiments » disait Romain Gary. Avec un humour grinçant, des réparties cuisinées aux petits oignons, Cookie Allez nous a concocté un roman savoureux, épicé et enlevé et une recette de l’amour qui ne s’accommode pas des téléphones portables et autres communications virtuelles.

Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, de Marianne Rubinstein, aux Editions Albin Michel

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Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, de Marianne Rubinstein

Editions Albin Michel, aout 2012 

     Trois septembre. Le sol s’ouvre sous les pieds de Yaël. Son mari la quitte. Pour une autre femme. Une de ses amies de surcroît. Comme les feuilles au dehors, elle tombe. Une chute vertigineuse dans le chagrin, le repli sur soi, la douleur de la trahison. Seule la présence de son fils Simon, trois ans, en garde alternée, rythme encore sa vie. A la quarantaine à peine passée, Yaël s’interroge sur cet âge charnière : « C’est quoi pour toi la quarantaine? » demande t-elle inlassablement à ses amies.

     Qu’est-ce que la quarantaine en effet, pour Yaël? L’âge de l’effondrement de son couple, le mi-parcours de son chemin de vie, ou l’aube d’une nouvelle existence?

     Au fil des saisons, Yaël consigne dans son journal la couleur des sentiments qui l’animent. Automne, hiver, printemps, été, ce n’est pas la vie qui continue, c’est une nouvelle vie qui commence. Peu à peu, la jeune femme s’ouvre aux autres, trouve des écho à son ressenti dans la littérature, étend le cercle de ses relations, élargit la palette de ses sentiments. Et découvre la saveur de cette liberté toute neuve, le bonheur de vivre pleinement l’instant présent. Comme une sève nouvelle qui la parcourt.

     Un roman plutôt agréable, mais qui a suscité en moi un enthousiasme automnal plus que printanier…

P. 40 : La colère protège aussi, elle préserve de la souffrance si aigüe qu’elle en tue, elle en diffère l’effet, elle permet au poison de s’infiltrer dans le sang de manière moins brutale.