La graine de la compassion , par sa Sainteté le Dalaï-Lama

La graine de la compassion, Dalaï-Lama

Pour la première fois, le Dalaï-lama s’adresse aux enfants. Un livre magnifique, qui délivre aux plus jeunes un message d’amour et de paix universelle, et les invite à cultiver la compassion.

Le Dalaï-Lama partage son expérience

Prix Nobel de la paix en 1989, le Dalaï-lama parcourt le monde entier pour répandre son message de paix, ses valeurs de compassion et de bienveillance. Et, fait inédit, il a accepté pour la première fois de parler dans un livre pour enfants de son parcours, d’évoquer avec eux les valeurs qui lui sont chères. Car c’est dès le plus jeune âge qu’il faut faire pousser ces graines de compassion qui sommeillent en chacun d’entre nous. 

Sa Sainteté le quatorzième Dalaï-lama, est né dans une modeste famille de fermiers, au nord du Tibet. Nourri par l’amour de ses parents, des êtres généreux, bienveillants, qui lui ont enseigné à prendre soin des autres, il a cependant été arraché très tôt à sa famille. Dès l’âge de 2 ans en effet, il est reconnu comme la réincarnation du Dalaï-Lama. Direction Lhassa. Commence alors une nouvelle vie, 

Cultiver la compassion

 C’est un livre absolument merveilleux, tant par le fond que par la forme, que publient les éditions Fleurus. Les illustrations  chaleureuses et tendres de Bao Luu, transportent  le lecteur au coeur du Tibet, de la campagne au temple de Lhassa, sur les traces du petit Tenzin Gyatso, futur Dalaï-lama . Avec un texte très profond, à la portée des enfants et illustré de nombreux exemples très parlants, il les invite à ouvrir leur coeur aux autres, à prendre soin d’eux. Une attitude qui doit prendre racine dans le plus jeune âge, afin de gagner en force au fil du temps et de contribuer à bâtir un monde plus heureux, plus compatissant. Un monde basé sur l’être et non sur l’avoir. Sur l’esprit et non sur le matériel. 

Un livre lumineux et inspirant, à offrir sans modération.

Informations pratiques

La graine de la compassion – Leçons de vie et enseignements à l’usage des enfants, par sa Sainteté le Dalaï-Lama – Illustrations Bao Luu – Préface de Matthieu Ricard – éditions Fleurus, mai 2020 – 14,95€

Se réjouir de la fin, Adrien Gygax

Se réjouir à la fin par Adrien Gygax

©Karine Fléjo photographie

Un petit bijou de sagesse, d’humanité et de tendresse, servi par une magnifique écriture. Ne passez pas à côté de ce livre!

La sagesse de l’âge

Il aimait trop sa maison pour la quitter. A fortiori pour une maison de retraite, « un bloc de béton » comme il dit. Mais il n’a plus eu le choix quand sa santé s’est dégradée. Alors, au lieu de s’insurger ou de déprimer,  il lâche prise, cesse de lutter contre l’inéluctable et s’attache à savourer chaque instant, à recueillir chaque bonheur le plus infime du quotidien. Condamné par la maladie, il décide de consigner par écrit « ses bonheurs de vieux », ce que la vie lui a appris, offert, repris. Avec une infinie sagesse, il évoque ces biens matériels que l’on accumule au fil de sa vie, puis le temps venu que l’on donne. Accumulation et don, tous deux sources de bonheur et préludes à un bonheur plus grand encore : celui où vient l’heure du détachement, de la liberté et de la légèreté procurés par l’absence de toute possession.

Il égrène ses souvenirs, voit s’éteindre chaque jour des résidents et envisage calmement son propre départ, se réjouit d’une lettre arrivée au courrier. « Il fallait voir ce que c’était une boîte aux lettres de mon temps! Ça grouillait de nouvelles, débordait de vie! » Il savoure un bon verre de vin, une nuit où le sommeil est venu sans somnifère, la sérénité offerte par ces heures passées sous le marronnier.

« Se réjouir de la fin » : bouleversant, magnifique, humain

J’ai lu ce livre dans un émerveillement croissant face à la beauté du style et à la profondeur du propos. Je découvre Adrien Gygax avec ce roman, dont c’est le deuxième ouvrage et suis tellement enthousiaste que je ne sais pas par où commencer pour vous en parler. Je pourrais presque me contenter de vous dire :  » Lisez-le, vous comprendrez! » Mais je vais étayer mes propos.

Dans ce roman, l’auteur se glisse dans la peau d’un vieil homme en fin de vie. Et le regard qu’il porte sur l’existence, sur ses joies, sur ses peines, sur ce qui est important ou accessoire, est tellement troublant de justesse, que l’on a vraiment le sentiment de lire les confidences d’un vieil homme sage. Mieux, on a envie d’aller lui rendre visite à la maison de retraite pour ajouter des rayons au soleil de sa vie, en remerciement des lignes lumineuses qu’il nous a confiées. Un texte poétique, émouvant et non dénué d’humour.

« Ainsi passe la vie. On saute d’une peine à l’autre en quête d’un peu de répit. Et on est heureux quand même. »

Je pourrais vous citer des passages entiers du livre qui m’ont bouleversée, émerveillée, transportée..mais alors je vous recopierais presque tout le livre et je préfère donc  que vous le découvriez par vous même 😉

« Se réjouir de la fin » m’a empêchée de me réjouir de la fin du livre, tant j’aurais aimé prolonger cette parenthèse émouvante et tendre au cœur de ces pages…

Allez, je vous mets un passage pour clore cet article, mais vous l’aurez compris : il s’agit d’un livre dont on ne peut que se réjouir!

« Je n’ai cessé de cueillir des joies partout où elles ont fleuri : celles qui viennent avec la sensibilité du corps, celles qui ne sont atteignables que par l’agilité de l’esprit, celles qui se cachent derrière la douleur, celles qu’il faut saisir au vol, celles qu’il faut récolter dans la boue, celles qu’il faut arracher à quatre mains, celles qu’il faut sécher d’une pluie de larmes, et toutes les autres. »

 

Le petit chat est mort, Xavier de Moulins

Le petit chat est mort Xavier de Moulins

©Karine Fléjo photographie

Un récit indiciblement touchant, sur les vertus d’un petit chat venu agrandir la maisonnée. Et si nous avions beaucoup à apprendre de ces félins ?

Adopter un chat

Prendre un chat, voilà une idée qui n’enchantait pas Xavier de Moulins. La corvée de litière, le problème des vacances, les poils en décoration sur les vêtements, les griffes en signature sur les tapis et meubles, la valse des vases, ce n’était pas pour lui. Sans compter l’égoïsme et l’ingratitude légendaires du chat.

Mais ça, c’était avant.

Avant qu’il ne cède au désir d’une de ses filles et ne tombe raide dingue d’une petite boule de poils. En l’espace de quelques mois, les quelques mois de la trop courte vie de ce chaton né avec une malformation cardiaque, la maisonnée se trouve transformée, apaisée. Ce félin se révèle être protecteur, consolateur de chagrins. Face aux épreuves et aux deuils que ses humains traversent, il apporte son immuable soutien, sa chaleureuse présence et sa sérénité contagieuse.

Pour Xavier, il agira même comme un révélateur, comme si par son exemple, ce chat lui ouvrait les yeux sur les autres, sur la vie. Comme si par son comportement, il lui enseignait plus de richesses et de sagesse, que tous les livres de développement personnel réunis. La preuve par l’exemple.

Le chat, un maître de vie

Depuis l’antiquité, le chat fascine. Son intelligence, sa capacité d’attention et sa spiritualité naturelle sont la plupart du temps très supérieures aux nôtres. Observer un chat nous offre de belles leçons de vie, c’est la conclusion qui s’est imposée à Xavier de Moulins en adoptant ce chaton.

Le chat ignore le futur et vit intensément l’instant présent. Cet hédoniste nous montre le bonheur ineffable d’une sieste dans un rayon de soleil, d’une pâtée offerte par une main amie, d’un câlin sur son pelage soyeux. Chaque minute est vécue pleinement comme si ce devait être la dernière.

Son regard pousse à l’introspection. Que déchiffrer dans ses « prunelles mystiques » chantées par Baudelaire ? C’est un vieux sage ronronnant. Observez-le : le chat ne s’énerve que si on le pousse à bout alors qu’il se livre à une activité importante. Sinon, il demeure la vivante image de la méditation et de la maîtrise de soi. «L’idée du calme est dans un chat assis », notait Jules Renard. Être serein en toutes circonstances, voilà ce dont il témoigne.

Par ailleurs, l’amour propre chez le chat est si grand, qu’il n’y a en lui ni attentes, ni besoins de réassurance ni espoir d’une double dose d’amour en retour. Avec lui, contrairement aux hommes, l’amour n’est pas un troc « je te donne, tu me rends » mais un don. Il est gratuit. Et si nous nous en inspirions au lieu de nous prendre la tête dans nos relations aux autres?

Le chat a un besoin? Il l’exprime sans détour, là où bien souvent nous tergiversons, parlons du bout des lèvres dans l’espoir que l’autre comprenne. Par peur de déplaire, peur d’être abandonné. Et si l’autre n’a pas entendu ce que nous n’avons pas clairement formulé, nous nous renfermons sur nous-mêmes, tristes et parfois rancuniers. Et si on apprenait à miauler nos besoins et nos envies, sans peur, au lieu de gémir sur notre sort?

Si la malformation cardiaque du chaton, découverte sur le tard, a abrégé prématurément le séjour du craquant félin parmi la famille de Moulins, l’empreinte qu’il y a laissée n’est pas prête de s’effacer. Et Xavier de Moulins de conclure :

«  Ma place parmi les vivants est d’être un peu plus chat moi aussi. »

Au fil des pages, la carapace de l’auteur se fendille, pour laisser apparaître un homme qui s’autorise à être lui-même, à montrer sa sensibilité, à prendre du recul, révélé par un chat. Une mise à nu très pudique, tout en délicatesse, tout en finesse, comme les pas légers d’un chat sur le clavier d’un piano. Des confidences servies par une écriture très épurée et des mots choisis avec grâce. Un témoignage émouvant, sur une expérience particulière à portée universelle : l’influence des chats sur le bien-être des humains.

CHAT-peau Xavier!

 

Livre pour enfant : Le si petit roi, Alice Brière-Haquet

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©Karine Fléjo photographie

Une fable orientale, véritable leçon de sagesse pour les enfants, magnifiquement illustrée par les aquarelles de Julie Guillem. Ou l’art de savourer l’instant présent.

Pour enfants à partir de 7 ans.

Sagesse et expérience

Quand le roi, adulé de son peuple et réputé pour son extrême sagesse, décède, son fils se trouve démuni pour prendre sa suite. Il se sent si jeune, si petit pour être roi à son tour! Comment rivaliser avec le savoir, l’expérience et la sagesse d’un si grand homme? Comment être aussi fort que lui?

Alors il convoque ses meilleurs conseillers et leur demande d’aller glaner à travers le monde tous les savoirs, tous les arts et toutes les sciences. Mais quand ces derniers reviennent, dix ans plus tard, avec des chariots chargés d’objets de toutes sortes, le jeune roi réalise qu’il n’aura jamais le temps de tous les passer en revue.

Il leur demande alors de lui recenser tout cela dans des documents écrits. Ce qui leur prend encore dix ans.

Les années passent, le jeune roi demande à chaque fois à ses conseillers plus de concision. Jusqu’à ce jour où ces derniers reviennent vers lui avec une seule phrase inscrite sur une lamelle de bois, laquelle contient en ses mots tous les savoirs du monde :

VIVRE L’INSTANT.

Les éditions HongFei

Je ne connaissais pas la maison d’édition HongFei Cultures, qui célèbre pourtant ses dix ans d’existence et avoue être très séduite par cette découverte. « HongFei, signifie « Grand oiseau en vol ». Ce nom emprunté à un poème de Su Dongpo (XIe siècle) évoque la beauté de la découverte par le voyage et la liberté qu’il procure. Ce mot résonne particulièrement avec une ligne éditoriale singulière qui valorise l’expérience sensible de l’altérité, en lien avec le monde chinois. » Et en effet, les premiers ouvrages que je lis chez cet éditeur incarnent cette invitation au voyage, cette ouverture au monde, ce regard bienveillant sur l’autre.

Le texte est organisé en courtes strophes, avec un message clair et fort, d’un accès facile pour les enfants. Une invitation à profiter de l’instant présent, à se poser, au lieu de s’engager dans une course sans fin. Car rien ne vaut une vie pleinement vécue! Une leçon de sagesse d’une tendresse infinie, à l’image des illustrations si poétiques qui l’accompagnent.

Je vous recommande vivement cet ouvrage,  véritable pépite de douceur et de bienveillance!

Site des éditions HongFei : site de l’éditeur

 

Il n’est jamais plus tard que minuit, Isabelle Never

Il n'est jamais plus tard que minuit Isabelle Never

©Karine Fléjo photographie

Elle a perdu son mari et ses deux filles dans un accident d’avion en Birmanie. La reconstruction lumineuse d’une femme qui a perdu tous ses repères : une femme sans homme, une mère sans ses enfants, une parisienne en Asie. L’histoire touchante d’une résilience matinée de sagesse orientale.

Tout perdre et tout reconstruire

Le sol s’est ouvert sous ses pieds quand le ciel lui a volé ses deux filles et son mari dans un accident d’avion. Eux qui vivaient si heureux, si insouciants en Birmanie et croyaient avoir la vie devant eux. Mais la narratrice se retrouve aujourd’hui seule, avec le sentiment que sa vie est derrière elle.

« Chaque jour qui passait était une sorte de choix. Cette existence que je ne désirais plus me retenait, ou je m’y accrochais malgré moi. Comment trouvais-je la force de vivre tout en souhaitant à chaque instant que tout s’arrête ? »

Paris la déprime, lui fait ressentir par sa grisaille et sa pluie l’absence des êtres chers. Elle décide alors de prendre un aller simple pour Rangoun, là où ils vécurent si heureux. Au fil des rencontres avec des amis et inconnus birmans, elle découvre une autre conception de la vie et de la mort, de la solitude, de la douleur. Une forme de sagesse.

« Toutes les épreuves ont un sens, si on les regarde sous le bon angle. »

Au fil des semaines, la narratrice apprend à traverser la vie, à ne pas entrer en résistance avec les difficultés, les douleurs et le chagrin rencontrés. Elle se reconnecte progressivement avec elle, ses besoins, son essentiel.

« Seule. Je le suis. Seule, c’est à moi qu’il revient de décider ce que sera ma vie. Pas me résigner, juste apprendre à accepter. Pas perdre l’espoir, mais gagner la sagesse. »

 

Le voyage est une fuite et une quête

Ce roman ne doit pas effrayer par son sujet. Certes, la perte des siens est une terrible épreuve, la plus terrible même, mais ce roman porte essentiellement sur la renaissance à la vie, la renaissance à une forme de sagesse. C’est donc un roman d’espoir, de reprise en mains des rênes de sa vie. Si le voyage de la narratrice était au tout début une fuite, fuite de la douleur, fuite de la solitude, fuite des souvenirs, il devient une quête : quête de sérénité, quête de sagesse, quête d’une meilleure connaissance de soi. Un regard très intéressant d’Isabelle Never, sur la culture birmane, culture qu’elle connaît bien car son travail dans l’humanitaire l’a conduite à vivre plusieurs années en Birmanie et actuellement au Laos. Comme le dit ce proverbe birman : «  Il n’est jamais plus tard que minuit », car après minuit, commence un nouveau jour.

Un roman très touchant, très profond, une écriture sensible et très vivante. Et une immersion passionnante dans la culture et la sagesse orientales.

Citation du jour

Le sage est en harmonie avec la réalité, il se rend compte que les circonstances, qu’elles lui plaisent ou non, sont ce qu’elles sont. Il sait par ailleurs qu’avant de pouvoir améliorer le monde, il convient de s’améliorer soi-même.

Alejandro G. Roemmers – Le retour du jeune prince (City éditions)

livre le retour du jeune prince

Citation du jour

Parce qu’espérer c’est désirer sans savoir, sans pouvoir, sans jouir, le sage n’espère rien. Il a cessé de désirer autre chose que ce qu’il sait, ou ce qu’il peut, ou ce dont il jouit. Il ne désire plus que le réel dont il fait partie.

André Comte-Sponville Le bonheur désespérément

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