Les heures solaires, Caroline Caugant

Les heures solaires de Caroline Caugant

©Karine Fléjo photographie

Un très beau premier roman de Caroline Caugant, dans la collection Arpège chez Stock. Envoûtant, magnétique, il dresse le portrait de trois générations de femmes liées par les tourments d’une rivière. Secret de famille, psychogénéalogie, ou quand les mots tus génèrent des maux sur plusieurs générations.

Secret de famille et malédiction d’une rivière

Billie est une trentenaire, artiste peintre. Elle a fui son village de V. il y a plusieurs années et a commencé une nouvelle vie à Paris, à deux pas du cimetière du Père Lachaise. Mettre une distance physique avec V., pour mettre une distance dans son esprit avec le drame qui s’y est déroulé. Mettre des couleurs sur la toile pour chasser les ténèbres de ses angoisses. Elle pense le passé dépassé quand il resurgit suite à un appel. Sa mère, Louise, est décédée. Noyée. Comme sa sœur de cœur, son double, son inséparable amie Lila, vingt ans plus tôt. A croire qu’une malédiction la poursuit, que cette rivière qui a servi de linceul à Lila et à Louise n’en finira pas de faire couler du malheur et des larmes.

Le passé n’est pas dans son dos. Il lui fait face.

Et de devoir retourner sur les lieux de son enfance. Mais Billie est confiante. Elle est déjà parvenue une fois à terrasser ses fantômes. Elle y parviendra à nouveau. Elle va assister à l’enterrement, mettre la maison familiale en vente, effacer toutes les traces. Ne rien garder. Et reprendre le travail sur ses toiles en vue de l’exposition à venir.

Mais cela ne se passe pas comme prévu. Elle apprend que sa mère, Louise, tenait un journal dans lequel étaient glissées de nombreuses lettres de sa grand-mère Adèle. Quand elle met la main sur ce journal, caché dans la maison de Louise, non seulement les cliquetis des chaines de ses fantômes continuent de bruire, mais s’y ajoutent désormais les fantômes de sa mère. Les mots qu’elle va découvrir dans ces écrits vont-ils la délivrer de ses maux et mettre un terme à la malédiction qui frappe les femmes de cette famille ? Quand les flots souterrains de la rivière jailliront au grand jour, les monstres cesseront-ils d’engendrer des monstres ?

Un roman magnifiquement construit, un thème fascinant

Caroline Caugant nous fait voyager dans le temps, aux côtés des trois femmes d’une même famille, sur trois générations. Grâce à une construction sans failles et à une tension narrative permanente, elle emporte le lecteur dans le tourbillon de la rivière et ne le relâche que sur la rive de la dernière page. L’auteure aborde au fil de l’eau un sujet passionnant, celui de la psychogénéalogie. Le principe de cette thérapie est de découvrir ce qui, dans la vie de nos aïeux, peut impacter nos vies actuelles, sans même parfois que nous en ayons conscience. Maux inexpliqués, échecs à répétition, cauchemars, manque de confiance en soi trouvent parfois leurs racines dans les mémoires transgénérationnelles, dans les faits heureux ou malheureux de la vie de nos aïeux. Surtout si ces événements ou informations ont été cachés, comme c’est le cas avec les secrets de famille. Un roman aux personnages attachants, touchants, qui vous hantent comme leurs fantômes. Un roman sur la renaissance d’une femme, délivrée de son passé. A lire !

 

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Sur la route de ses rêves, Marie-Laure Bigand :coup de coeur!

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Sur la route de ses rêves, Marie-Laure Bigand

Éditions Il était un bouquin, 2016

Un roman choral d’une sensibilité à fleur de plume, viscéralement humain.

Cyril ne s’est jamais remis du décès de son premier amour, Laureen, une jeune femme rencontrée au lycée. Une blessure demeurée à vif dont il se s’est ouvert à personne et dont le souffle du souvenir ravive régulièrement la brûlure. Faute de mots à même d’apaiser ses maux, il est incapable de vivre une nouvelle relation. Et de fuir dès qu’une femme s’attache un peu trop à lui. Aimer est synonyme de souffrance, de peur, de risque.

Gabrielle est une jeune femme qui s’est construite sans la colonne vertébrale qu’est l’amour maternel. Entre une mère défaillante et absente, un père qui a refait sa vie, une place difficile à trouver au sein de la famille recomposée, elle a dû essentiellement compter sur elle-même pour se protéger et trouver une forme d’équilibre.

Jeanne est quant à elle une vieille femme d’une tendresse infinie dont la vie fut riche. Riche de l’amour qui l’unissait à Henri, son mari. Riche du bonheur que lui procurait son métier passionnant de chapelière. Un métier dévorant, chronophage, qui l’a conduite à être une mère insuffisamment présente auprès de sa fille adoptive. Ce que cette dernière n’aura de cesse de lui reprocher.Au crépuscule de sa vie, elle a encore de nombreux rêves, dont un lui tient particulièrement à cœur. Mais elle sait son temps compté…

Trois personnages attachants, trois êtres blessés, que rien ne prédestinait à se rencontrer, si ce n’est la découverte d’une mystérieuse valise, sous le plancher d’un immeuble en voie de démolition. Que contient ce bagage ? Qui l’a laissé dans cette cache ? Quel secret de famille renferme t-il ?

Marie-Laure Bigand nous offre un roman bouleversant, viscéralement humain, et crée dès les premières pages une telle intimité entre les personnages et le lecteur, qu’on vit cette histoire bien davantage qu’on ne la lit. Le lecteur s’engouffre dans le sillage de sa plume, vibre, tremble, sourit, espère, incapable de poser le roman tant qu’il n’est pas rassuré sur leur sort.

Un roman positif, qui redonne foi en l’être humain.

Un roman qui montre qu’il ne faut jamais renoncer à prendre la route de ses rêves.

Coup de cœur !