Comme elle l’imagine, Stéphanie Dupays

comme-elle-l-imagine-stephanie-dupays

Après « Brillante », Stéphanie Dupays nous revient avec un nouveau livre « Comme elle l’imagine ». Elle s’interroge sur l’impact des réseaux sociaux comme Facebook sur les rencontres amoureuses, sur les codes de la séduction. Une rencontre en ligne peut-elle donner lieu à un amour réel ? L’amour 2.0 sous la brillante plume de Stéphanie Dupays.

Rencontre sur Internet : de nouveaux codes de séduction

Quand Laure a débarqué à la fin de ses études à Paris, elle ne connaissait personne. Si faire des rencontres dans la vie réelle, à fortiori dans une grande ville, lui est difficile, sur Internet aborder l’autre protégé par son écran est aisé. Sur Facebook, elle a ainsi tissé un réseau de 250 « amis » en quelques mois.

Facebook était le seul espace où le proverbe « Un de perdu, dix de retrouvés » était vérifié et fournissait une assurance parfaite contre la solitude.

C’est à la suite d’un de ses posts sur un film de Rohmer qu’elle a rencontré Vincent. Enfin, « rencontré » n’est pas vraiment le terme approprié. Mise en contact plutôt. Car si Vincent est très présent et même omniprésent dans son quotidien, s’ils passent des heures à se parler chaque jour, cinq mois après le début de leurs échanges, elle ne l’a toujours pas rencontré.

Ce grand écart entre ses propos amoureux et ses actes, entre ses déclarations enfiévrées et son manque d’envie de la voir inquiètent Laure. Elle se met alors à le traquer sur la toile, à guetter les moments où il est connecté, à surveiller celles et ceux qui échangent sur Facebook avec lui. Elle veut être partout où il est, savoir ce qu’il dit et fait, de façon obsessionnelle. Phagocytée par Vincent.

Facebook est un peu une salle de shoot. On peut se sevrer avec des images, les regarder indéfiniment jusqu’à se convaincre de la présence de l’autre.

Laure parviendra-t-elle à décider Vincent à la rencontrer ? Et si cette rencontre advient, survivra-t-elle au portrait idéalisé de l’autre que Laure s’est construit ?

Mon avis sur le nouveau livre de Stéphanie Dupays

C’est un livre résolument contemporain dans son sujet et brillant dans la façon dont il est traité. Stéphanie Dupays analyse avec beaucoup de finesse l’évolution des rapports humains, en l’occurrence ici des rapports amoureux, à l’ère d’internet et de Facebook. En effet, Internet introduit de nouveaux rapports au temps. Avant Facebook et les réseaux sociaux, la rencontre amoureuse passait obligatoirement par une rencontre physique, puis par une découverte progressive l’un de l’autre. Avec les réseaux sociaux, il est désormais possible de « tout » découvrir ou presque de l’autre, avant même de l’avoir rencontré : photos publiées, passions affichées, parcours professionnel, pays visités et autres publications révèlent en un clic ce qu’il fallait plusieurs semaines, voire plusieurs mois pour découvrir. La communication s’est accélérée : que ce soit par sms, mail, téléphone, réseaux sociaux, chacun est joignable partout, tout le temps. Plus d’attente du passage du facteur pour avoir des nouvelles, d’une sonnerie de téléphone pour entendre l’autre. Désormais, l’échelle temps est celle de l’immédiateté. En amitié comme en amour, tout va plus vite. Très vite. Trop vite ?

Autre écueil de cet amour 2.0 : l’idéalisation de l’être aimé est accrue. En effet, toute rencontre amoureuse commence par une phase d’idéalisation de l’autre, phase qui prend fin quand le couple se confronte à la réalité du quotidien. Or la rencontre sur internet prolonge cette idéalisation, voire l’accroît : que ce soit avec les logiciels de retouche de photos, avec le choix des publications, chacun donne une image idéale et flatteuse de lui-même nous dit l’auteur.

« La vie exhibée sur les réseaux sociaux n’avait rien d’une image volée à l’intimité d’inconnus ; c’était au contraire une construction soigneusement choisie, cadrée, filmée, même quand elle prenait le masque de la spontanéité. (…) Tout ce que Laure n’aimait pas : la façade, l’apparence, le désir mondain de se montrer sous son meilleur jour »

Plus grand est donc le risque que le passage du virtuel au réel fasse apparaître un fossé difficile à combler. Un roman au style fluide, qui emporte le lecteur dans les tourbillons amoureux de ses personnages et l’invite à réfléchir sur ces évolutions fulgurantes des technologies de l’information, pour le meilleur comme pour le pire. Un coup de cœur !

 

 

Glissez Stéphanie Dupays dans votre poche!

IMG_5498

Brillante, Stéphanie Dupays

Editions J’ai lu, octobre 2017

« Ce qui n’est pas vu n’a pas d’existence ».

Brillante, c’est le qualificatif qui définit le mieux Claire, jeune trentenaire fraîchement diplômée d’une grande école, aujourd’hui cadre supérieure dans une entreprise agro-alimentaire. Jusqu’ici, pas un seul faux pas dans sa trajectoire bien huilée : un poste enviable, un compagnon lui-même cadre supérieur, un bel appartement dans un quartier chic, des amis triés sur le volet dans cette même sphère sociale, le désir non contrarié de mener de front vie privée et professionnelle. La réussite telle qu’elle l’entend.

Emportée dans un véritable tourbillon, son rythme de travail fou ne laisse aucune place à une remise en question. Jusqu’à ce moment où, brusquement, Claire tombe en disgrâce. Non pas qu’elle n’ait pas été performante ou non conforme à ce que l’entreprise attendait d’elle. Au contraire. Son excellence fait de l’ombre à sa chef, femme dont jusque-là elle était la protégée. Et de se retrouver au placard. C’est la sidération.

Isolement, absence de tâches, relégation à la transparence, humiliation, l’entreprise présentée comme le lieu d’épanouissement de l’individu devient dès lors celui de son dépérissement. Le harcèlement moral menace de la broyer. Physiquement. Moralement.

Comment Claire la battante, dont toute la vie s’est construite autour de cette image de réussite, va t-elle pouvoir rebondir ? Quelles seront les conséquences sur son couple, sur ses amitiés, dans la mesure où ses relations reposent sur ces mêmes principes et idéaux de succès? Cette expérience malheureuse va t-elle remettre en cause ses valeurs ?

C’est un roman passionnant et édifiant sur le monde de l’entreprise que nous offre Stéphanie Dupays. Un monde où sous le vernis des apparences humanistes, bienveillantes, se cache parfois une réalité tout autre, faite de pressions, de violence, de rivalités qui ne disent pas leur nom. Avec une justesse chirurgicale, l’auteur dissèque au scalpel de sa plume le système de management de l’entreprise « humaniste », ses répercussions sur les individus tant au sein de l’entreprise que dans leur vie privée. Un roman qui se lit d’une traite, dans une tension permanente, à l’image de celle que vit l’héroïne au quotidien.

Un ENORME coup de cœur !

Prix Exbrayat 2016 : Stéphanie Dupays pour Brillante (Mercure de France)

Créé en souvenir de l’écrivain stéphanois éponyme, le prix Charles Exbrayat récompense chaque année un roman paru récemment et écrit dans la veine de l’auteur disparu.

Ce sont les lecteurs des bibliothèques participant à l’évènement qui lisent et votent pour élire le lauréat.

En 2015, les lecteurs des bibliothèques participantes, dont la médiathèque de Bourg-Argental, avaient plébiscité « Je vous écris dans le noir » de Jean-Luc Seigle, paru aux éditions Flammarion.

Cette année, le trio finaliste, désigné par un comité de lecture parmi une première sélection de huit livres, se composait de :

exbrayat_2016-99453

  • « Brillante » de Stéphanie Dupays (éditions Mercure de France)
  • « J’enquête » de Joël Egloff (éditions Buchet-Chastel)
  • « Rhapsodie française » d’Antoine Laurain (éditions Flammarion)

Et la lauréate est Stéphanie Dupays, pour son roman Brillante, aux éditions Mercure de France !

Retrouvez la chronique que j’avais consacrée à ce roman en cliquant sur ce lien : Chronique de Brillante

Brillante, Stéphanie Dupays (Mercure de France) : énorme coup de coeur!

Brillante, de Stéphanie Dupays

Éditions Mercure de France, janvier 2016

Rentrée littéraire.

« Ce qui n’est pas vu n’a pas d’existence ».

Brillante, c’est le qualificatif qui définit le mieux Claire, jeune trentenaire fraîchement diplômée d’une grande école, aujourd’hui cadre supérieure dans une entreprise agro-alimentaire. Jusqu’ici, pas un seul faux pas dans sa trajectoire bien huilée : un poste enviable, un compagnon lui-même cadre supérieur, un bel appartement dans un quartier chic, des amis triés sur le volet dans cette même sphère sociale, le désir non contrarié de mener de front vie privée et professionnelle. La réussite telle qu’elle l’entend.

Emportée dans un véritable tourbillon, son rythme de travail fou ne laisse aucune place à une remise en question. Jusqu’à ce moment où, brusquement, Claire tombe en disgrâce. Non pas qu’elle n’ait pas été performante ou non conforme à ce que l’entreprise attendait d’elle. Au contraire. Son excellence fait de l’ombre à sa chef, femme dont jusque-là elle était la protégée. Et de se retrouver au placard. C’est la sidération.

Isolement, absence de tâches, relégation à la transparence, humiliation, l’entreprise présentée comme le lieu d’épanouissement de l’individu devient dès lors celui de son dépérissement. Le harcèlement moral menace de la broyer. Physiquement. Moralement.

Comment Claire la battante, dont toute la vie s’est construite autour de cette image de réussite, va t-elle pouvoir rebondir ? Quelles seront les conséquences sur son couple, sur ses amitiés, dans la mesure où ses relations reposent sur ces mêmes principes et idéaux de succès? Cette expérience malheureuse va t-elle remettre en cause ses valeurs ?

C’est un roman passionnant et édifiant sur le monde de l’entreprise que nous offre Stéphanie Dupays. Un monde où sous le vernis des apparences humanistes, bienveillantes, se cache parfois une réalité tout autre, faite de pressions, de violence, de rivalités qui ne disent pas leur nom. Avec une justesse chirurgicale, l’auteur dissèque au scalpel de sa plume le système de management de l’entreprise « humaniste », ses répercussions sur les individus tant au sein de l’entreprise que dans leur vie privée. Un roman qui se lit d’une traite, dans une tension permanente, à l’image de celle que vit l’héroïne au quotidien.

Un ENORME coup de cœur !