Rentrée littéraire 2018 aux éditions Stock : pour vous mettre l’eau à la bouche…

C’était ce matin à L’Institut du Monde Arabe. Les éditions Stock présentaient à la presse les romans qui paraîtront en août/septembre 2018. Une rentrée littéraire, qui, nous promet Manuel Carcassonne (directeur général des éditions Stock), sera exceptionnelle. 

 

Une mention particulière à la souriante Valentine Layet, qui a encore une fois organisé cette présentation avec brio!

 

 

Certes, il n’est pas question de dévoiler ici la richesse de ces publications, il vous faudra attendre la dernière semaine d’août pour retrouver ici les chroniques consacrées à ces romans. Mais d’ores et déjà, voici un petit avant-goût en images de ce qui vous attend à la rentrée. Plus que deux mois 1/2!

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Manuel Carcassonne présente les auteurs de la rentrée d’août 2018.

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Olivia de Lamberterie, critique littéraire qui cette fois prend la plume!

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Florence Noiville dont j’avais tant aimé L’illusion délirante d’être aimée nous revient avec un nouveau roman!

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Deuxième roman pour Julie Estève après le remarqué Moro-sphinx

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Emilie Frèche s’inspire de l’actualité pour son roman à paraître le 22 août

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La pétillante Clara Dupont-Monod nous fait faire un voyage dans le temps. Cap sur le Moyen-âge!

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Christophe Boltanski, auteur de La cache, nous revient avec un livre très intime, mais chuttt je n’en dis pas plus pour le moment.

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Adrien Bosc, Grand prix du roman de l’Académie française en 2014 avec Constellation, nous embarque à bord d’un bateau.

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Tobie Nathan, ethnopsychiatre, nous fera lire dans les esprits. Si, si ! 😉

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Judith Sibony nous parle d’amour pluriel

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Boris Razon nous met résolument à l’heure du tout numérique

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Voyage en Syrie avec Samar Yazbek

Patience, patience, dans deux mois je reviens avec les chroniques consacrées à ces livres!

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Play boy, Constance Debré : un livre coup de poing

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Play boy, Constance Debré

Editions Stock, janvier 2018 

Direct, tranché, décomplexé, vivant, le roman de Constance Debré l’est assurément. Témoignage d’une quadra authentique et cash.

Quadra, avocate, maman d’un petit garçon, issue d’un milieu bourgeois, Constance Debré détonne, étonne, en révolte contre sa famille, les codes du milieu bourgeois, les modes de pensée étriqués, ces cases dans lesquelles on cherche à nous enfermer. Libre d’être, de penser, de dire, d’écrire. Sans ambages.

Avec une rage de vivre qui frôle parfois la rage du désespoir, elle témoigne de son enfance dans un milieu bourgeois avec des parents camés, de ses 20 années maritales avec le père de son enfant, de son amour déclaré pour les femmes, de son métier d’avocat « un métier d’homme où on porte une robe ».

Les pages se transforment en ring de boxe. Les phrases cognent. Les mots écorchent. Constance Debré n’est pas là pour faire de la figuration, fille d’une famille de renom. Elle n’est pas là pour paraître. Elle est. Et elle le dit. Que cela plaise ou non, que son vocabulaire cash irrite ou non. Que ses propos agacent ou pas. Authentique.

« A quatre ans j’étais homosexuelle. Je le savais très bien et mes parents aussi. Après c’est un peu passé. Aujourd’hui ça revient. C’est aussi simple que ça. »

Ce livre dérangera certains par le caractère cru du vocabulaire, par les préjugés qu’il envoie valser. Mais un livre n’a-t-il pas aussi pour rôle de déranger, comme un caillou dans la chaussure ? Rudoyer les consciences pour inviter à réfléchir, engager le débat. Ce qui est sûr, c’est que ce livre coup de poing ne laissera pas indifférent.

 

L’Archipel du chien, Philippe Claudel

 

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L’Archipel du chien, Philippe Claudel

Editions Stock, mars 2018

A mi-chemin entre réalité et fable, Philippe Claudel nous offre un roman au suspens haletant, qui interroge sur notre rôle, en tant qu’individu, dans la dynamique du monde. Ou les dangers qui guettent l’homme s’il persiste dans sa cécité feinte et dans son égoïsme.

L’Archipel du chien est une île à la localisation géographique volontairement floue, que l’on imagine volontiers être en méditerranée. Sur cette île, relativement riche grâce à ses vignobles, ses oliviers, sa pêche, les habitants vivent pratiquement en autarcie, comme coupés du reste du monde, de ses guerres, de ses problématiques, de sa dynamique.

Jusqu’à cette matinée de septembre où trois cadavres de jeunes hommes noirs s’échouent sur la plage. Des hommes embarqués à bord d’une frêle embarcation au départ de l’Afrique, comme nombre de leurs congénères, dans l’espoir de trouver une vie meilleure en Europe. Des hommes que des passeurs peu scrupuleux auront dépouillés de leurs maigres économies et laissés livrés à eux-mêmes au milieu de l’océan.

Le monde extérieur les rattrape.

Dès lors, les habitants se retrouvent confrontés à une grave décision : que faire de ces corps, lesquels représentent une menace pour la tranquillité et la réputation de l’île ? Les déclarer aux autorités et ainsi attirer l’attention du monde extérieur sur leur havre de paix, ou… se débarrasser des corps et faire comme s’ils n’avaient jamais existé, comme si le monde en dehors de leur île n’existait pas ? Les avis divergent, les consciences des uns rudoient l’absence de culpabilité des autres. Un drame qui joue le rôle de révélateur de la vraie nature des hommes. Ces derniers dévoilent leur côté sombre, leur petitesse, leur égoïsme, les crocs aussi acérés que ceux des chiens. Prêts à mordre. Enragés.

« La plupart des hommes ne soupçonnent pas chez eux la part sombre que pourtant tous ils possèdent. Ce sont souvent les circonstances qui la révèlent, guerres, famines, catastrophes, révolutions, génocides. Alors quand ils la contemplent pour la première fois, dans le secret de leur conscience, ils en sont horrifiés et ils frissonnent. »

Dans ce roman construit comme un roman policier, Philippe Claudel capture le lecteur à la première page et ne le relâche plus avant la fin. Il l’oblige à ouvrir grand les yeux sur ces vérités qu’il fuit, sur sa responsabilité vis-à-vis de ses pairs, sur l’indispensable solidarité à établir entre les hommes. Tous les hommes.

« Le monde est devenu commerce, vous le savez. Il n’est plus un champ de savoir. La science a peut-être guidé l’humanité pendant un temps, mais aujourd’hui, seul l’argent importe. (…) Seuls les hommes détruisent les choses, et détruisent les hommes, et détruisent le monde des hommes. » A méditer…

Les bouées jaunes, Serge Toubiana (Stock)

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Les bouées jaunes, Serge Toubiana

Editions Stock, janvier 2018

L’hommage émouvant de Serge Toubiana à celle qui partagea et illumina sa vie pendant 27 ans : Emmanuèle Berheim.

« Ecrire pour être à ses côtés et prolonger le bonheur d’avoir vécu auprès d’elle. Ecrire pour combler le vide, l’absence. Pour raconter le film de sa vie. Et faire en sorte qu’il ne soit jamais interrompu. » Quand Serge Toubiana, ancien directeur de la Cinémathèque française et des Cahiers du cinéma, perd sa compagne Emmanuèle Berheim des suites d’une longue maladie en mai 2017, le chagrin le submerge. Pour ne pas se noyer, il s’accroche à l’écriture comme à une bouée. Chaque jour, pour la maintenir vivante à ses côtés, il nage vers elle dans un océan de mots. Elle qui adorait nager longuement à l’île aux Moines, jusqu’aux bouées jaunes au loin, peut le voir désormais la rejoindre, dans les flots du souvenir.

Avec beaucoup de sensibilité, un amour et une admiration qui transparaissent à chaque phrase, Serge Toubiana nous dresse le portrait de cette romancière et scénariste indépendante, passionnée de boxe et de tir au pistolet, qui n’hésitait pas à chahuter l’ordre moral. Une férue d’art contemporain, de découvertes en tous genres, aimante et attentionnée avec chacun. Mais sous ces facettes lumineuses de cette amoureuse de la vie, à l’humour inénarrable, se cachait aussi une femme plus sombre, tourmentée, qui a longtemps dû batailler avec ses pulsions autodestructrices, avec les rapports complexes qu’elle entretenait avec ses parents.

Si ce témoignage est indiciblement touchant, si les mots de l’auteur interprètent une vibrante ode à l’amour et évitent avec soin l’écueil du pathos, j’ai été gênée par contre, par ce besoin non justifié à mes yeux, de faire étalage dans ce livre du nom des célébrités qui entourent le couple (Michel Houellebecq, Catherine Deneuve, François Ozon, Laure Adler, Claude Lanzmann,…), et ce, à de multiples reprises. Ceux qui ont appelé, ceux qui ont écrit, ceux qui se sont succédé à son chevet à l’hôpital, l’auteur nous en fournit de longues listes qui alourdissent le récit et ne lui apportent rien. Amis connus ou inconnus, quelle importance ? L’essentiel n’est-il pas davantage d’être entouré d’amis chers, peu importe qu’ils soient médiatisés ou non ? C’est donc un sentiment mitigé que j’éprouve à l’égard de ce récit, émouvant, sincère, vibrant, mais non dénué de longueurs et de précisions peu utiles.

Prix Grands destins du Parisien magazine 2017 : Anne et Claire Berest !

Nombre d’écrivains, auteurs de biographies romanesques et d’enquêtes littéraires célèbrent de grands héros de l’histoire (politique, artistique, littéraire…). Le Parisien a souhaité leur rendre hommage. Voilà pourquoi, depuis 2013, le magazine prime un auteur qui met dans la lumière ces personnages extraordinaires, héros illustres ou figures méconnues.

Le Jury

  • Un écrivain. Plusieurs fois en lice dans les précédentes éditions du prix, Laurent Seksik fait cette année partie du jury. On lui doit notamment une biographie d’Albert Einstein et le roman biographique Les Derniers Jours de Stefan Zweig.
  • Trois libraires. Chaque semaine depuis cinq ans, les libraires partagent dans nos Le Parisien leurs coups de coeur du moment. Ils sont associés à ce prix depuis sa création. Cette année, Morgane Steinmetz, de la librairie Millepages, à Vincennes (Val-de- Marne), Caroline Paumier, de la Librairie Fontaine, à Paris, et Franck Brunet, du Furet du Nord, à Lille, comptent parmi nos jurés.
  • Trois journalistes du Parisien magazine. Yves Derai, rédacteur en chef, Lucas Bretonnier, chef du service culture, Nedjma Van Egmond, journaliste en charge des pages livres.

Les lauréates : 

Après une première sélection de 8 ouvrages, c’est Gabriële, de Anne et Claire Berest, qui s’est vu décerner le prix.

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Gabriële, l’inspiratrice méconnue

Une figure presque trop belle pour être vraie. Gabriële Buffet-Picabia fut l’épouse du peintre Francis Picabia, la maîtresse de Marcel Duchamp, l’amie de Guillaume Apollinaire. Et l’arrière-grand-mère des deux soeurs qui signent ce texte. Un roman-récit passionnant mêlant histoire de l’art, histoire d’amour et tragédie familiale.

Stock, 450 p., 21,50 €.

 

Rentrée littéraire : Demain sera tendre, Pauline Perrignon

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Demain sera tendre, Pauline Perrignon

Editions Stock, août 2017

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 Ce texte repose sur une belle alchimie : il expose avec franchise, humour et douceur le regard d’une fille sur son père parti trop tôt. Un premier roman touchant.

Pour l’auteur, demain sera surtout un avenir sans son père, un homme aimant, trop tôt décédé. Dernière enfant d’une fratrie de quatre filles, elle n’a pas eu le temps de le connaître suffisamment. Un manque térébrant qu’elle tente de palier en allant à la rencontre de ceux qui l’ont côtoyé aux diverses périodes de sa vie, de ses études à l’ESJ de Lille, à ses articles pour Le Matin, en passant par le service de presse de la CFDT. Une vie marquée par quatre maîtres-mots- liberté, amour, révolution, bonheur, lesquels sont aujourd’hui inscrits dans son propre ADN.

Touche par touche, au gré des informations recueillies et des souvenirs partagés, l’auteur peint le portrait de cet homme tendre et entêté, protecteur envers ses proches. Un homme aux convictions politiques bien affirmées, assoiffé de justice et de liberté, mais aussi fin mélomane. Deux années ont passé depuis son décès, mais le vide laissé par son absence est toujours aussi lancinant.

Avec Demain sera tendre, Pauline Perrignon met des mots sur ses maux et redonne vie à cet homme dans un vibrant hommage.

Rentrée littéraire : Jean-Louis Fournier, Mon autopsie (Stock). Coup de coeur!

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Mon autopsie, Jean-Louis Fournier

Editions Stock, août 2017

Rentrée littéraire 

Jean-Louis Fournier nous revient plus vivant que jamais dans « Mon autopsie », un savoureux livre décalé. Un autoportrait sans compassion. Un concentré d’humour, de tendresse et de vie.

 

Jean-Louis Fournier : une écriture inimitable.

L’écriture de Jean-Louis Fournier, c’est avant tout une signature. Inimitable. Inimitée. Des phrases courtes dépouillées du superflu, la prouesse de faire sourire de ce qui d’ordinaire accable grâce à un inénarrable humour, une pudeur infinie. C’est tout cela et tant d’autres choses encore. Un fleurettiste du verbe. Un archer de la formule.

Quand l’auteur met sa mort en scène dans Mon autopsie.

Toute sa vie, J. L. Fournier a voulu faire rire. Et ce nouvel ouvrage, malgré ce que son titre laisserait présager de sombre, ne fait pas exception à la règle. L’auteur prend le parti de fantasmer sur ce que serait sa mort, et plus exactement son autopsie. Un sujet grave, voire tabou pour certains. Il surprend, étonne, provoque. Tandis que l’adorable jeune femme, qu’il surnomme Egoïne, le dissèque, il évoque ce à quoi chaque partie de son corps fait écho dans sa vie. Ce cœur maladroit qui a tant aimé et si peu su le montrer, cette peau bronzée pour séduire la gente féminine, ces mains promptes aux caresses, ces yeux secs de crainte d’être débordés, ces bras qui auraient tant aimé enserrer sa fille, cette langue bavarde mais pudique. Il passe ainsi tout son corps au scalpel de sa plume.

 

Le but de ma vie a toujours été de faire rire et de faire pleurer, d’émouvoir (P.29) Cher Jean-Louis Fournier, le but est une fois encore atteint. Et ô combien brillamment ! Ce livre fait partie de mes coups de cœur de cette rentrée littéraire.