Ma liste de livres à offrir pour le Noël des grands enfants, parfois appelés « adultes » !

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C‘est bientôt Noel et, comme chaque année, vous vous arrachez les cheveux pour trouver des idées de cadeaux. La calvitie vous menace, le départ de la luge du père Noel est imminent, ses rennes garés en double-file piaffent d’impatience. Vous stressez. Pour vous éviter l’angoisse de la page blanche devant la lettre au père Noël, je me propose de vous donner douze idées de cadeaux pour petits et grands. Elle n’est pas belle la vie ? 😊 Bien sûr, nous partirons du postulat de départ que tout le monde a été trèèèèèès sage 😉

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Vous cherchez un cadeau personnalisé, divertissant, instructif, qui fasse voyager et puisse être partagé ? Stop !!!!! Ne cherchez plus, j’ai la perle rare : LE cadeau idéal, qui cumule toutes ces particularités (et celle de ne pas vous ruiner, donc vous pouvez en offrir plusieurs), existe : c’est LE LIVRE 😊 Et là vous souriez, avant de vous raviser : un livre, oui, mais quel livre ? Rassurez-vous, j’ai la liste miracle !

  • Dix-sept ans, Eric Fottorino, éditions Gallimard : Un roman juste MAGNIFIQUE. D’une émotion vibrante. Eric Fottorino fait de nous les témoins bouleversés d’une double naissance : celle d’une femme en tant que mère, celle d’un homme en tant que fils. Parce qu’il n’est jamais trop tard, tant qu’on est vivants, pour se dire je t’aime…
  • Sous les branches de l’Udala, de Chinelo Okparanta, aux éditions Belfond : Chinelo Okparanta explore d’une manière saisissante la culture d’une oppression bien particulière, celle du sexe et du genre. Le récit marquant du combat d’une femme nigérienne qui cherche à revendiquer son identité au cœur d’un pays qui la méprise. Coup de cœur de cette rentrée littéraire.
  • Tenir jusqu’à l’aube, de Caroles Fives, aux éditions Gallimard : Dans ce roman, Carole Fives analyse avec une incroyable justesse la situation de ces femmes qui élèvent seules leurs enfants, par choix ou non. Ces mamans solos auxquelles la société ne pardonne rien, comme elle ne pardonne rien à toute personne qui ose sortir de la norme. Avec beaucoup de sensibilité, elle soulève les vraies questions, pointe du doigt les contradictions et esquisse les réponses. Un roman magnifiquement rédigé, indiciblement touchant.
  • Avec toutes mes sympathies, Olivia de Lamberterie, éditions Stock : Le roman d’un amour puissant entre un frère et une sœur, un amour que ni les océans, ni le temps, ni même la mort n’a altéré. Un portrait touchant, vivant, d’un homme et frère qui a choisi de mettre fin à sa vie.
  • Trancher, un roman d’Amélie Cordonnier, aux éditions Flammarion : Ce premier roman d’Amélie Cordonnier est d’une furieuse justesse. Il transforme le lecteur en spectateur d’un combat dans lequel les armes sont des mots. Des mots qui pulvérisent toute confiance en soi, toute estime de soi, toute gaieté. On comprend alors la difficulté de ces femmes à quitter leur conjoint violent. Car il n’est pas que violent, alterne avec des phases de grande douceur, de prévenance, d’amour tendre. Or le quitter, c’est aussi renoncer à ces merveilleux moments, à l’autre face de l’homme, la face lumineuse. A ce titre, ce roman n’est pas un énième roman sur la violence conjugale. Il a le mérite de répondre à la question si souvent posée à ces femmes : « Pourquoi tu restes ? »
  • Toutes les histoires du monde, de Baptiste Beaulieu, éditions Mazarine : Amour conjugal, amour filial, amour de soi, l’amour est ici merveilleusement décliné à tous les « t’aime ». Baptiste Beaulieu est en effet un merveilleux architecte de l’amour. Avec sa plume d’une vibrante sensibilité, d’une profonde humanité, il érige des ponts entre les êtres, renforce les édifices fragilisés par les aléas de la vie, redonne de l’impulsion aux cœurs affaiblis, pour leur permettre de battre à nouveau. Plus fort. Plus loin.
  • Tu t’appelais Maria Schneider, de Vanessa Schneider, aux éditions Grasset : Le portrait indiciblement touchant d’une femme libre et sauvage, courageuse, actrice phare du Dernier tango à Paris, un film qui se voulait être un tremplin pour sa carrière et se transforma en plongeoir. Maria Schneider sous la plume sensible et belle de sa cousine, Vanessa Schneider.
  • Chien-Loup, de Serge Joncour, éditions Flammarion :  L’histoire, à un siècle de distance, d’un village du Lot. En mettant en scène un couple moderne aux prises avec la nature et confronté à la violence, Serge Joncour nous montre avec brio que la sauvagerie est un chien-loup, toujours prête à surgir au cœur de nos existences civilisées. Un roman d’une densité rare. Gros coup de coeur!
  • La révolte, de Clara Dupont Monod, aux éditions Stock  : Clara Dupont-Monod nous offre un roman historique extraordinairement vivant. A l’image d’un cheval lancé au galop, sa plume cavale d’une bataille à une autre, de Richard Cœur de Lion à Aliénor, sans temps mort, sans faux pas. Instructif, passionné et passionnant, puissant, ce roman nous catapulte au cœur de l’Histoire, nous fait découvrir une femme extraordinaire servie par une plume alerte.
  • Même les monstres, Thierry Illouz, éditions de l’Iconoclaste : Une vibrante plaidoirie. D’une écriture à l’oralité saisissante, Thierry Illouz, avocat, livre un récit intime. Il retrace un parcours, une vocation. Et nous exhorte à regarder l’autre. Celui qui nous effraie. Celui que l’on condamne.Un essai brillant, passionnant, édifiant.
  • Un fils obéissant, de Laurent Seksik, éditions Flammarion : Ce livre du père, odyssée et drame personnel, retrace l’aventure commune d’un fils et de son père, deux êtres qui vécurent dans l’adoration l’un de l’autre. Dans un style virtuose d’une rare puissance émotionnelle, l’auteur des « Derniers jours de Stefan Zweig » signe son livre le plus intime et le plus universel. Un bouleversant roman d’amour.
  • Vivre ensemble, d’Emilie Frèche, éditions Stock : Avec ce nouveau roman, Emilie Frèche transpose le vivre ensemble prôné par les politiques à la sphère de l’intime. La petite et la grande histoire se mêlent, se répondent, s’interpellent. Vivre ensemble, une belle escroquerie ? La tension monte au fil des pages, le drame se profile, angoissant, tel un loup tapi dans l’ombre. Mais d’où va-t-il bondir ? Un roman qui se lit en apnée, rédigé avec une justesse telle dans l’analyse des situations et de la psychologie des personnages, que le lecteur devient le témoin d’une histoire, la vit, la voit, la ressent, l’entend.
  • La vraie vie, Adeline Dieudonné, éditions de l’Iconoclaste : Adeline Dieudonné nous offre un premier roman fascinant, bouleversant, cruel et sensuel à la fois, aux personnages forts, à la tension permanente. Un roman d’apprentissage dans lequel une fillette sort brutalement du monde de l’enfance, confrontée à la réalité de la vie, à la perte des illusions. Mais pas à la perte de sa combativité, de son énergie, de sa volonté. De son espoir de sauver son frère. Un roman qui vous hantera longtemps…

—> Rendez-vous demain pour ma liste de livres pour le Noël des petits!

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Help me ! de Marianne Power (Ed. Stock) : les livres de développement personnel peuvent-ils VRAIMENT changer votre vie? Une expérience inédite.

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Help me ! de Marianne Power

Editions Stock, octobre 2018

Lire des livres de développement personnel, c’est bien. Mais les mettre en pratique, est-ce mieux ? Dans ce livre plein de verve, d’humour, l’auteur nous fait part de son incroyable expérience : suivre au mot douze livres de développement personnel pendant douze mois, pour tenter de devenir une femme parfaite.

Marianne Power est une irlandaise de 36 ans. Sa vie ne la satisfait pas. Certes, elle a un travail plutôt plaisant, mais elle ne s’aime pas, est toujours célibataire, trop dépensière, trop fêtarde. Alors indubitablement, elle lit beaucoup de livres de développement personnel, dans l’espoir d’y trouver les recettes d’une vie meilleure, mais elle se contente de les parcourir. Pas d’en appliquer les conseils.

Jusqu’au jour où son ras-le-bol est tel, qu’elle décide de passer à la pratique. Et de se fixer un challenge ô combien difficile : choisir douze livres de développement personnel et, chaque mois, se consacrer à l’application des préceptes de l’un d’eux. Elle a un an pour mettre son plan à exécution, sans dérobade possible, avec l’espoir, au bout du compte, de gommer tout ce qu’elle ne supporte plus chez elle et devenir une femme irréprochable. Une femme parfaite.

De Tremblez mais osez de Susan Jeffers, à Transformez votre vie de Louise Hay, en passant notamment par Le pouvoir du moment présent de Eckhart Tolle ou encore Rien à foutre de John C. Parkin, Marianne ne se ménage pas. Elle fait tous les exercices à la lettre, la peur au ventre, mais bien déterminée à ne pas laisser sa réserve ou ses phobies décider de sa vie. Et de se retrouver à poser nue lors d’un cours de dessin, de monter sur scène pour une stand-up, d’aborder un homme qui lui plait dans un café, de marcher sur des braises, de sauter en parachute, de se baigner en hiver dans une eau glacée, ou autres expériences toutes plus incroyables les unes que les autres. Marianne repousse ses limites à chaque fois, tremble, pleure, mais ne renonce pas.

Alors, les livres de développement personnel ont-ils vraiment changé sa vie ? Ont-ils assouvi son désir de perfection ? Ou lui ont-ils montré que la perfection n’est pas de ce monde, qu’il est bon de s’accepter tel que l’ont est, d’apprécier ce que l’on a ? Avec une énergie extraordinaire, beaucoup d’humour et d’autodérision, Marianne Power partage avec les lecteurs les leçons tirées de son expérience. « Si les changements n’étaient pas ceux que j’avais visés en me lançant dans cette aventure, j’avais fait mieux. Je n’avais pas réparé ce qui clochait chez moi, j’étais devenue moi-même ». Ou quand la quête de l’estime de soi se transforme en l’accès à l’amour de soi. Un livre édifiant et touchant.

Retrouvez l’article que j’ai consacré à l’interview de l’auteur en cliquant ici : Interview de Marianne Power

 

Rencontre avec Marianne Power, auteur de Help me! aux éditions Stock : « Pour être heureux, rien ne sert de vouloir combler tous nos désirs, il suffit de voir combien tout ce que l’on a déjà participe à notre bonheur. »

Marianne Power était à Paris pour présenter son livre Help me!, dans lequel elle relate son expérience incroyable : mettre en application les préceptes de 12 livres de développement personnel pendant 12 mois. Rencontre avec une femme charmante, pétillante et pleine d’humour, à l’image de son livre.

 

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Pourquoi avez-vous choisi d’écrire ce livre Help me! ?

J’avais 35 ans et j’étais assez malheureuse dans ma vie, célibataire, avec des dettes, lisant beaucoup de livres de développement personnel. Un jour, j’ai réalisé que je me contentais de lire ces livres mais que je n’appliquais jamais aucun de leurs conseils. Tout à coup, je me suis dit : « Cette fois-ci, je vais le faire! » J’ai décidé pendant un an de suivre les conseils à la lettre de 12 livres de développement personnel, à raison d’un livre par mois.

Quel était votre objectif?

L’idée était que si je suivais tous les conseils des livres de développement personnel pendant un an, alors au terme de cette année je serais parfaite! 🙂

Au cours de cette année quel a été votre livre de développement personnel préféré?

Rien à foutre, l’ultime voie spirituelle de John C. Parkin. Ainsi que Le pouvoir du moment présent de Eckhart Tolle.

Est-ce que, à posteriori, certains des challenges que vous avez relevés vous font honte ?

Non, je ne ressens pas de sentiment de honte. Quand j’ai réussi à relever certains challenges comme draguer un homme dans le métro de Londres et même si c’était très embarrassant je me suis dit « Yes, je l’ai fait! J’ai réussi ! Donc je ne regrette rien, même si cela fut parfois très gênant . Et je suis allé tellement loin dans ces défis, qu’aujourd’hui je suis beaucoup moins gênée au quotidien pour oser faire des petites choses.

Quels sont les deux défis relevés dont vous êtes la plus fière?

Le stand-up, car ce style de comédie n’est pas du tout ma tasse de thé et c’était hyper effrayant pour moi. Pourtant je l’ai fait et les gens ont apprécié mon spectacle. Le deuxième défi est celui qui a consisté à draguer un homme qui me plaisait dans un café à Londres. Cela m’a pris quatre heures d’oser l’aborder, mais je l’ai fait! D’ailleurs nous sommes toujours en contact.

Quelle est la plus grande leçon que vous avez tirée de cette expérience ?

Au départ, je pensais qu’il avait quelque chose qui n’allait pas avec moi, que j’avais un problème. Or je me suis rendu compte que ce n’était pas vrai du tout. Je pensais qu’en faisant un travail sur moi-même, qu’en faisant beaucoup d’efforts, j’allais me débarrasser de tous mes défauts, devenir parfaite. Or j’ai réalisé que personne n’est parfait et qu’il est vain de vouloir le devenir.

Pensez-vous au final que ces livres de développement personnel vous ont été utiles?

Pour moi ces livres ont été utiles dans le sens où il faut parfois se frapper beaucoup la tête contre un mur pour admettre les choses, pour comprendre qu’on est bien tel que l’on est. A chaque nouveau livre, mes attentes envers la vie ont monté d’un cran, je ne voulais pas juste une vie heureuse, je voulais une vie exceptionnelle! Or j’ai compris au bout de cette année d’efforts, que pour être heureux rien ne sert de vouloir combler tous nos désirs, il suffit de voir combien tout ce que l’on a déjà participe à notre bonheur.

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Vivre ensemble, Emilie Frèche : une utopie? Coup de coeur de la rentrée!

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Vivre ensemble, Emilie Frèche

Editions Stock, août 2018

Rentrée littéraire

Tout le monde parle du « vivre ensemble » mais, au fond, qui sait vraiment de quoi il retourne, sinon les familles recomposées ? Vivre ensemble c’est se disputer un territoire.

Pierre et Déborah sont des miraculés des attentats de novembre 2015. Ils étaient eux aussi en terrasse, à quelques mètres de là, une poignée de minutes avant que les terroristes ne fassent leur carnage. Cette tuerie précipite alors tout. Dans une forme d’urgence émotionnelle, ils décident brusquement de vivre ensemble, de partager le même appartement avec chacun leur fils respectif. Déborah avec le doux Léo, et Pierre avec le véhément Salomon.

Le soir de l’emménagement dans leur appartement commun, Salomon annonce la couleur à Déborah et à son fils : « Je ne veux pas vivre ici ! Je voudrais être mort pour vous avoir jamais connus ! » Si Pierre et Déborah se sont choisis, les enfants de cette famille recomposée n’ont eux rien choisi du tout. Et si Léo, né dans un couple aimant, paraît s’en accommoder tant bien que mal, Salomon, enfant non désiré dont les parents n’ont jamais vécu ensemble, peine à envisager de partager la présence et l’affection de son père avec ces deux étrangers.

Au fil des jours, l’impression première de Déborah se confirme : Salomon est « différent » et pas seulement parce qu’il a un QI de 150. A l’heure où on prône l’altérité, l’ouverture à la différence, doit-elle se sentir coupable d’avoir pourtant peur de cet enfant ? De s’en méfier ? A l’image des gens qui se regardent les uns les autres dans les lieux publics et les transports en commun, qui se demandent si telle personne avec son imposant sac à dos est une potentielle terroriste, si cette autre pourrait cacher un couteau dans sa poche, Déborah ne sait plus que penser. Ne transpose-t-elle pas à tort le sentiment d’insécurité ambiant dû aux attentats à son intimité ? Voit-t-elle le mal partout ou Salomon a-t-il un réel problème de comportement, voire est-il dangereux pour son intégrité physique et celle de son fils ? Et Pierre, fuyant, préférant tenter de sauver les réfugiés de Calais à défaut de parvenir à sauver sa famille et son couple, ne lui est d’aucun soutien.

Avec ce nouveau roman, Emilie Frèche transpose le vivre ensemble prôné par les politiques à la sphère de l’intime. La petite et la grande histoire se mêlent, se répondent, s’interpellent. Vivre ensemble, une belle escroquerie ? La tension monte au fil des pages, le drame se profile, angoissant, tel un loup tapi dans l’ombre. Mais d’où va-t-il bondir ? Un roman qui se lit en apnée, rédigé avec une justesse telle dans l’analyse des situations et de la psychologie des personnages, que le lecteur devient le témoin d’une histoire, la vit, la voit, la ressent, l’entend. Un gros coup de cœur !

 

Rencontre avec Olivia de Lamberterie :  » Je vais essayer d’inventer une manière joyeuse d’être triste »

Le 22 août dernier, les éditions Stock ont publié le premier livre d’Olivia de Lamberterie : Avec toutes mes sympathies. Rencontre avec l’auteur.

Comment est née l’idée de ce livre ? 

 J’étais à ce point anéantie de chagrin, que je ne pouvais plus lire. Or lire était mon métier. Donc je me suis dit, qu’est-ce que je vais faire, je ne vais pas devenir critique de patinage artistique ?  Les livres faisaient partie de ma vie. J’avais toujours refusé d’écrire parce que je trouvais que je n’avais rien à dire. Et là, pour la première fois, écrire était vraiment un besoin vital. D’abord, parce que mon frère me l’avait demandé une des dernières fois où je l’avais vu. Et j’aimais tellement mon frère que je crois que s’il m’avait demandé de traverser l’enfer en auto-stop, j’y serais allée. Donc là je me suis dit, OK je vais faire. Et pas du tout dans une visée thérapeutique, mais parce que j’ai trouvé que c’était un personnage de roman, qu’il était très flamboyant, que depuis l’enfance il m’avait portée dans son sillage. Et que j’avais envie de lui rendre hommage.

Vous dites : « Nous sommes presque des amnésiques ». C’est-à-dire qu’à travers cette histoire, vous réalisez qu’autant vous avez la mémoire des autres, autant vous avez une mémoire très impressionniste sur votre enfance Et ce livre vous pousse à vous interroger sur la famille, sur vos liens, sur le passé.

 Oui tout d’un coup tout est remonté, tous les souvenirs d’enfance. On a toujours été très très proches avec mon frère et soudain, devant mon ordinateur, je me souvenais de ce petit garçon blond, qui adorait jouer au cow-boy. On regardait d’ailleurs ensemble le samedi après-midi Les mystères de l’Ouest, ce qu’il avait rendu fou des cow-boys. Et je lui avais dit : comment vais-je pouvoir jouer avec toi, car les cow-boys c’est très genré, il n’y a pas de cow-girl. Et soudain il a pris la table à repasser, l’a mise devant moi et m’a dit : « toi tu feras la fille du saloon, voici le bar ». Ces souvenirs sont donc remontés de même que ceux de notre famille. Car on est une famille à la fois traditionnelle, une famille très fantaisiste, qui a le triste record du monde du nombre de suicidés. En même temps, c’est une famille très joyeuse, très fantaisiste. J’avais par exemple un grand-père qu’on adorait, mais qui était très étrange, et qui pensait que tout le monde voulait le voler et notamment les banques. Alors il avait rangé son argent dans des Tupperware en plastique, qu’il avait enterrés dans le jardin de sa maison de Cannes, où on passait nos étés. Et il a oublié où il les avait enterrés. Alors le soir, à mes sœurs, mon frère et moi, il nous donnait des pelles et des râteaux de plage en plastique et on devait chercher les trésors dans le jardin.

En faisant un portrait de ce frère, c’est aussi votre portrait que vous faites, en parlant de vos lectures d’enfance, de ce qui vous a construit, et c’est une façon de se rendre compte que ce que l’on est aujourd’hui est la somme de tous ces instants partagés avec des êtres qui nous sont chers dans l’enfance.

Oui, je me suis rendu compte que je ne pourrais pas faire l’économie de cet autoportrait et de cette relation très forte, que nous avons nouée dans l’enfance et qui ne s’est pas distendue avec le départ de mon frère à Montréal quand il a été nommé directeur artistique de Ubisoft. Je me souviens que quelques jours avant sa mort je lui ai écrit un mail en lui disant : « Si je tends la main, malgré l’océan je peux te toucher ». Et il m’a répondu sans mots, en m’adressant la photo de nous enfants, qui figure en couverture de ce livre.

Vous n’entrez pas dans le schéma du deuil, qui consisterait à mettre de côté, gentiment mais de côté, l’être aimé. Mais au contraire, il y a cette volonté d’intégrer son absence comme une présence au quotidien.

 Oui, car après sa mort, beaucoup de gens m’ont dit, « Il faut que tu fasses ton deuil », ou cette phrase que je trouve relativement atroce « ça va passer ». Et moi, très vite, je me suis rendu compte que je ne voulais pas que ça passe. Et puis en même temps, je suis mariée, j’ai trois fils, mon frère était très joyeux, même si la mélancolie a fini par gagner, et moi je crois être une personne assez joyeuse. Et du coup, j’ai beaucoup réfléchi et je me suis dit : « Je ne veux pas que cela passe, je vais essayer d’inventer une manière joyeuse d’être triste, je vais essayer d’apprivoiser la mort ». Et de manière plus générale, plus universelle, je ne voulais pas que ce soit un récit fermé, je voulais que ce soit un récit ouvert, qui interroge sur ce que l’on fait des morts aujourd’hui. On ne peut pas juste se dire qu’on va mettre des vêtements noirs, qu’on va pleurer, qu’on va faire du yoga et que ça va passer.  Non, moi je veux réfléchir là-dessus et me dire, comment en étant vivant, comment en étant heureux, vivre en bonne compagnie avec les morts.

 

 

 

Rentrée littéraire : Confessions d’une cleptomane, Florence Noiville (Stock)

Confessions d’une cleptomane, Florence Noiville

Editions Stock, août 2018

Rentrée littéraire

Florence Noiville poursuit ici avec brio son exploration du psychisme humain à travers la plus romanesque des addictions : la kleptomanie. Le portrait d’une femme pour laquelle le vol est jouissif.

Valentine de Lestrange mène une vie à l’abri du besoin. Et pour cause, épouse d’un ministre, elle fait partie des privilégiés, dépense sans compter. Mais voilà, sa vie bourgeoise ne la comble pas. Pire, le travail très prenant de son mari la conduit à être souvent seule et à s’ennuyer. Or Valentine est allergique à l’ennui, comme on peut l’être au lactose ou au gluten. Il lui faut du piment, de l’adrénaline, du danger, de la vie quoi ! Puisque sa vie est trop fade, elle y met du sel en subtilisant des objets de toutes sortes. Oh, pas forcément des objets de valeur, car ce qui compte est l’acte plus que le butin. Mais elle ne peut pas s’en empêcher, fût-ce un énième rouge à lèvres ou une simple bouteille d’eau dans une station-service. Dans pareils moments, tandis qu’elle doit s’assurer qu’aucune caméra de surveillance ne la filme, que le vigile n’est pas dans le rayon, que l’article n’a pas d’antivol, alors elle se sent vibrer, vivre. Pleinement vivre.

« Ce qu’elle ressentait, c’était un plaisir épatant. L’excitation du danger, la jouissance du passage à l’acte. Le flash d’adrénaline, comme un éclair d’orage dans un ciel plombé. (…) Un orgasme cérébral. »

Le vol érigé en sport de haut niveau. Et le moins qu’on puisse dire est que cette femme d’un âge certain a de l’entrainement, puisque son premier larcin remonte à un vol de malabars quand elle était petite. Jamais elle ne s’est fait prendre. Jusqu’à ce jour où elle reçoit une convocation à la police… Serait-ce le vol de trop ? Et si cela se divulgue dans les médias, son mari ne risque-t-il pas de voir sa carrière ruinée ?

Avec beaucoup de subtilité, une tension permanente, Florence Noiville dissèque l’âme d’une cleptomane au scalpel de sa plume. Maladie génétique ? Trouble obsessionnel compulsif ? Addiction ? Maladie ? A l’image de l’héroïne de Hitchcock dans Pas de printemps pour Marny, elle dresse de Valentine de Lestrange un portrait fascinant et touchant, et, à travers elle, celui d’un trouble mystérieux, la cleptomanie. Un coup de cœur de cette rentrée !