Prix Grands destins du Parisien magazine 2017 : Anne et Claire Berest !

Nombre d’écrivains, auteurs de biographies romanesques et d’enquêtes littéraires célèbrent de grands héros de l’histoire (politique, artistique, littéraire…). Le Parisien a souhaité leur rendre hommage. Voilà pourquoi, depuis 2013, le magazine prime un auteur qui met dans la lumière ces personnages extraordinaires, héros illustres ou figures méconnues.

Le Jury

  • Un écrivain. Plusieurs fois en lice dans les précédentes éditions du prix, Laurent Seksik fait cette année partie du jury. On lui doit notamment une biographie d’Albert Einstein et le roman biographique Les Derniers Jours de Stefan Zweig.
  • Trois libraires. Chaque semaine depuis cinq ans, les libraires partagent dans nos Le Parisien leurs coups de coeur du moment. Ils sont associés à ce prix depuis sa création. Cette année, Morgane Steinmetz, de la librairie Millepages, à Vincennes (Val-de- Marne), Caroline Paumier, de la Librairie Fontaine, à Paris, et Franck Brunet, du Furet du Nord, à Lille, comptent parmi nos jurés.
  • Trois journalistes du Parisien magazine. Yves Derai, rédacteur en chef, Lucas Bretonnier, chef du service culture, Nedjma Van Egmond, journaliste en charge des pages livres.

Les lauréates : 

Après une première sélection de 8 ouvrages, c’est Gabriële, de Anne et Claire Berest, qui s’est vu décerner le prix.

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Gabriële, l’inspiratrice méconnue

Une figure presque trop belle pour être vraie. Gabriële Buffet-Picabia fut l’épouse du peintre Francis Picabia, la maîtresse de Marcel Duchamp, l’amie de Guillaume Apollinaire. Et l’arrière-grand-mère des deux soeurs qui signent ce texte. Un roman-récit passionnant mêlant histoire de l’art, histoire d’amour et tragédie familiale.

Stock, 450 p., 21,50 €.

 

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Rentrée littéraire : Demain sera tendre, Pauline Perrignon

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Demain sera tendre, Pauline Perrignon

Editions Stock, août 2017

Rentrée littéraire

 Ce texte repose sur une belle alchimie : il expose avec franchise, humour et douceur le regard d’une fille sur son père parti trop tôt. Un premier roman touchant.

Pour l’auteur, demain sera surtout un avenir sans son père, un homme aimant, trop tôt décédé. Dernière enfant d’une fratrie de quatre filles, elle n’a pas eu le temps de le connaître suffisamment. Un manque térébrant qu’elle tente de palier en allant à la rencontre de ceux qui l’ont côtoyé aux diverses périodes de sa vie, de ses études à l’ESJ de Lille, à ses articles pour Le Matin, en passant par le service de presse de la CFDT. Une vie marquée par quatre maîtres-mots- liberté, amour, révolution, bonheur, lesquels sont aujourd’hui inscrits dans son propre ADN.

Touche par touche, au gré des informations recueillies et des souvenirs partagés, l’auteur peint le portrait de cet homme tendre et entêté, protecteur envers ses proches. Un homme aux convictions politiques bien affirmées, assoiffé de justice et de liberté, mais aussi fin mélomane. Deux années ont passé depuis son décès, mais le vide laissé par son absence est toujours aussi lancinant.

Avec Demain sera tendre, Pauline Perrignon met des mots sur ses maux et redonne vie à cet homme dans un vibrant hommage.

Rentrée littéraire : Jean-Louis Fournier, Mon autopsie (Stock). Coup de coeur!

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Mon autopsie, Jean-Louis Fournier

Editions Stock, août 2017

Rentrée littéraire 

Jean-Louis Fournier nous revient plus vivant que jamais dans « Mon autopsie », un savoureux livre décalé. Un autoportrait sans compassion. Un concentré d’humour, de tendresse et de vie.

 

Jean-Louis Fournier : une écriture inimitable.

L’écriture de Jean-Louis Fournier, c’est avant tout une signature. Inimitable. Inimitée. Des phrases courtes dépouillées du superflu, la prouesse de faire sourire de ce qui d’ordinaire accable grâce à un inénarrable humour, une pudeur infinie. C’est tout cela et tant d’autres choses encore. Un fleurettiste du verbe. Un archer de la formule.

Quand l’auteur met sa mort en scène dans Mon autopsie.

Toute sa vie, J. L. Fournier a voulu faire rire. Et ce nouvel ouvrage, malgré ce que son titre laisserait présager de sombre, ne fait pas exception à la règle. L’auteur prend le parti de fantasmer sur ce que serait sa mort, et plus exactement son autopsie. Un sujet grave, voire tabou pour certains. Il surprend, étonne, provoque. Tandis que l’adorable jeune femme, qu’il surnomme Egoïne, le dissèque, il évoque ce à quoi chaque partie de son corps fait écho dans sa vie. Ce cœur maladroit qui a tant aimé et si peu su le montrer, cette peau bronzée pour séduire la gente féminine, ces mains promptes aux caresses, ces yeux secs de crainte d’être débordés, ces bras qui auraient tant aimé enserrer sa fille, cette langue bavarde mais pudique. Il passe ainsi tout son corps au scalpel de sa plume.

 

Le but de ma vie a toujours été de faire rire et de faire pleurer, d’émouvoir (P.29) Cher Jean-Louis Fournier, le but est une fois encore atteint. Et ô combien brillamment ! Ce livre fait partie de mes coups de cœur de cette rentrée littéraire.

Rentrée littéraire : Sa mère, Saphia Azzeddine (Stock) : un roman coup de poing

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Sa mère, Saphia Azzeddine

Editions Stock, août 2017

Rentrée littéraire

 

Marie-Adélaïde ne se projette pas dans cet emploi qu’elle exerce à la Miche dorée. Cette boulangerie où pour deux baguettes achetées, la troisième est offerte, ne lui inspire que mépris. C’est juste un job en attente de mieux. Quoi, elle ne le sait pas. Mais son assistante sociale le lui a affirmé : sa situation n’est pas pourrie, elle est juste « transitoire ».

Un transitoire qui a la fâcheuse tendance à se pérenniser depuis sa naissance. Et à nourrir une indicible révolte en elle. Révolte contre son milieu, contre les conventions quelles qu’elles soient. En effet, Marie-Adélaïde est née sous X.

« Une naissance pareille, quelle humiliation. Je m’en serais foutue, moi, de ne pas partir avec les mêmes chances dans la vie ; ce que j’aurais voulu, c’est partir avec elle. Qu’elle me choisisse, qu’elle m’aime n’importe comment, j’aurais voulu être son erreur, son boulet, j’aurais préféré être tout ça à la fois, mais m’en plaindre dans ses bras. Je l’aurais aimée à la rage, à la fureur, je l’aurais aimée de toute mon âme, de tous mes os, je l’aurais fumée d’amour, cette mère, si elle m’avait serrée contre elle comme une camisole de force. »

Mais par fierté, Marie-Adélaïde tait ce manque, feint se moquer de tout, comme une « seconde peau », pour ne pas craquer. De familles en foyers d’accueil, elle s’est construite tant bien que mal, sans la colonne vertébrale qu’est l’amour d’une mère. Seule trace de cette dernière, le doudou qu’elle lui a laissé dans son berceau et qui ne l’a jamais quittée depuis : un éléphant rose. Vingt-huit ans ont passé. Le manque d’elle demeure. Béant.

Comment se construire, s’élever, quand on n’a pas de racines ? Comment savoir où l’on va quand on ignore d’où l’on vient ? Comment s’aimer quand on se vit comme une faute, un délit, un boulet ? C’est un roman coup de poing que nous livre Saphia Azzedine. Un roman fort, à l’image de la rage qui anime l’héroïne. Un roman qui frappe, cogne, malmène.

 

 

Rentrée littéraire : La petite danseuse de 14 ans, de Camille Laurens

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La petite danseuse de 14 ans, Camille Laurens

Editions Stock, aout 2017

Rentrée littéraire

Une enquête personnelle et passionnée de Camille Laurens pour le centenaire de la mort de Degas.

Depuis des années, Camille Laurens est fascinée par cette sculpture ô combien célèbre de Degas. Dans chaque musée ou elle la croise, dans chaque livre où sa photo apparait, une indicible émotion la submerge. Pourquoi? Elle ne se l’explique pas. Quand elle se documente sur la danseuse, grand est son étonnement de ne presque rien trouver la concernant. Comment est-il possible que l’oeuvre soit si connue et son modèle si méconnu? Qui est cette jeune fille de 14 ans? D’où venait-elle? Qu’est-elle devenue? Elle a besoin de savoir. Un besoin obsessionnel.

Et d’enquêter.

Une enquête difficile, délicate, qui sera l’occasion de plonger dans le monde des petits rats de l’Opéra, et plus largement, dans la société de cette fin du 19 âme siècle. Ce livre de Camille Laurens est en effet une forme d’essai sur l’art, en tant que témoin d’une époque. Un tableau très documenté sur la société française à l’aube du 20ème siècle, et tout particulièrement sur la condition, terrible, des enfants. Nous sommes alors bien loin de l’image actuelle des jeunes danseurs de l’Opéra Garnier, porteurs de rêve, de magie, de légèreté et de grâce. Avoir 14 ans dans les années 1880 est tout sauf vivre dans la légèreté et l’insouciance. Il faut déjà songer à gagner sa vie, à subvenir aux besoins de la famille. Dussent les fillettes pour cela poser nues ou offrir leur corps. Les enfants pauvres sont ni plus ni moins traités comme des esclaves ou des bêtes.

Hantée par l’exactitude, c’est un livre très fouillé, très riche en informations historiques, sociales et artistiques, que nous offre l’auteur. Presque une étude, dirais-je. Après sa lecture, vous ne regarderez plus jamais la petite danseuse de la même façon!

Prix des lecteurs l’Express/BFMTV 2017 : Didier Decoin

Le prix des lecteurs L’Express/BFMTV récompense cette année Didier Decoin, écrivain confirmé, récompensé en son temps par l’Académie Goncourt dont il est aujourd’hui l’un des piliers, pour Le Bureau des Jardins et des Étangs, paru aux éditions Stock.

Didier Decoin est le quatrième lauréat de ce prix, après Maylis de Kerangal, François-Henri Désérable et Marc Victor, son prédécesseur, l’an dernier. Les autres livres en lice étaient : Marlène de Philippe Djian, Inhumaines de Philippe Claudel, Arrête avec tes mensonges de Philippe Besson, Costa Brava d’Eric Neuhoff, Calcaire de Caroline de Mulder, Romain Gary s’en va-t-en guerre de Laurent Seksik et Article 353 du code pénal de Tanguy Viel.

Retrouvez la chronique que j’avais consacrée à ce livre : 

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Un conte initiatique d’une déchirante beauté, sensuel, poétique, voluptueux, à l’époque du Japon médiéval. Coup de cœur immense pour cette sublime estampe.

C’est une immersion totale dans le Japon du XIIème siècle, à l’époque Heian, que nous offre Didier Decoin.

Miyuki, jeune femme frêle, « une maigre silhouette d’herbe folle », vivait un amour idyllique avec Katzuro, le pêcheur de carpes le plus habile du village de Shimae, fournisseur officiel du Bureau des Jardins et des Etangs de l’empereur. Mais ce dernier glisse sur le fond glaiseux de la rivière et meurt noyé. Tous pensent alors que sa veuve va s’effondrer. Or c’est mal connaître la réservée Miyuki. Dès l’instant de la nouvelle de son décès, elle qui n’a jamais passé les frontières de son village, décide de relever le défi de livrer les carpes à l’empereur à plusieurs jours de marche de là. Parce que l’argent de la vente de ces poissons sacrés permettra de faire vivre le village. Mais aussi et surtout, parce qu’ainsi elle entend rendre hommage à son défunt mari. Ces carpes qu’elle portera péniblement dans des vasques en osier remplies d’eau, au bout d’une palanche, sont les dernières que Katzuro a capturées. Un trésor ô combien symbolique.

Un voyage qu’elle entreprend seule. En apparence. Car sans cesse les souvenirs de Katzuro l’accompagnent, au point de le rendre indiciblement présent à ses côtés, de guider ses pas, de faire battre son cœur.

Une aventure épique, au cours de laquelle il lui faudra affronter les intempéries, les monstres marins, les brigands, se frotter à une tenancière de maison close aux dents vertes. Ou comment la candide Miyuki, mue par l’amour pour son défunt mari, découvre le monde et s’émancipe. C’est pour le lecteur l’occasion d’un voyage sublime au cœur d’un Japon où se mêlent un raffinement extrême, une infinie poésie et une divine exaltation des sens.

Un coup de coeur absolu!

Ecoute-moi bien, Nathalie Rykiel (Stock)

Ecoute-moi bien Nathalie Rykiel

Editions Stock, mai 2017

 

« Depuis le jour de ma naissance, peut-être même avant et tout le long de la vie, nous nous sommes parlé chaque jour. » Dans ce vibrant hommage à sa défunte mère, Nathalie Rykiel poursuit le dialogue avec elle, suture sa blessure au fil des mots, se nourrit de souvenirs pour combler le vide abyssal laissé par sa mort en août 2016.

Ecoute-moi bien est un hymne à l’amour, un récit sur une relation mère-fille, sur la quête de sa place dans la lignée familiale. Une relation pour le moins fusionnelle, dévorante. Aussi paradisiaque qu’infernale à d’autres moments. Aussi douce que difficile parfois. « Avec toi j’ai connu le plus beau, j’ai vécu le plus dur ». Comment grandir dans l’ombre de celle qui a su révolutionner la mode, s’imposer, éblouir, construire un empire ? Comment prendre son envol face à une mère qui vous prévient qu’elle ne vous laissera jamais partir ? Comment préserver son espace vital quand on forme déjà un couple si fusionnel avec sa mère ? Car Nathalie et Sonia non seulement travaillent ensemble, mais vivent dans le même immeuble, séparées de tout juste dix-neuf marches, que Nathalie emprunte plusieurs fois par jour.

« Mon sujet ce n’est pas toi, c’est nous. Nous deux. Ce que tu as fait de moi. Ce que je t’ai laissée faire de moi. Avec bonheur avec douleur. Comment je t’ai laissée me bouffer et t’installer aux premières loges de ma vie. Et moi, qui ai toujours été au front-row de la tienne. »

Avec des phrases courtes, un style incisif, il y a dans l’écriture de Nathalie Rykiel une forme d’urgence. Un impératif. Parler à sa mère à cœur ouvert, parler aux lecteurs de cette femme extraordinaire. Parler pour la retrouver. Parler pour la garder vivante dans les pensées des gens. Un récit intime bouleversant, à portée universelle : comment s’inscrire dans l’existence, trouver sa place ? A lire !