L’école du tonnerre, Sylvie Deshors

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L’école du tonnerre, Sylvie Deshors

Editions Rue du monde

Sélection du Prix Handi-Livres 2015

Thibo vient de déménager. Nouveau quartier, nouvelle maison, et enfin une école normale comme il dit. Mais bien vite, il comprend que malgré ses efforts, il a du mal à se faire accepter tel qu’il est, lui et ses appareils auditifs. Un matin, c’est trop : malgré le sourire de sa copine Lou, Thibo disparaît…

Roman écrit à la première personne, où tout passe par le regard du héros malgré lui, Sylvie Deshors fait preuve d’une grande rigueur dans les détails des difficultés de Thibo : supporter et entretenir les appareils auditifs, passer d’une langue à une autre lorsqu’il aborde l’anglais, se déplacer en ville… Sous-jacente, la dimension documentaire éclaire la réalité vécue par les enfants sourds. En empathie avec son héros, et pour les besoins de l’intrigue, elle dénonce les petitesses fréquentes du milieu scolaire. Madame Chevalier, enseignante enfermée dans ses certitudes, cristallise, au risque d’une certaine caricature, la lourdeur et l’incapacité de notre société à accepter les différences. Mais Sylvie et Malik Deshors parviennent à entraîner le lecteur dans l’itinéraire de Thibo : les jeunes lecteurs l’adopteront.

Un petit roman efficace, aux personnages attachants, accessible à tous.

La seule façon de te parler, de Cathy Ytak (Nathan)

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La seule façon de te parler, Cathy Ytak

Editions Nathan, juillet 2015

Dès 11 ans.

 

Un roman sur la différence et la tolérance, porté par des personnages attachants.

Nine est en cinquième au collège. Et le moins qu’on puisse dire est que l’école, elle n’aime pas ça. Chaque jour, le simple fait d’y penser au lever génère en elle des maux de ventre. Impossible d’avaler son petit déjeuner. Impossible de juguler son appréhension. Mais elle n’a pas le choix.

Jusqu’au jour où l’arrivée d’Ulysse, le nouveau pion, change la donne. Nine est sous le charme. « Parce qu’Ulysse il est…carrément jeune, carrément beau, carrément noir. » Dès lors, aller au collège serait presque agréable. Reste à Nine, si complexée par son physique, à trouver un moyen de l’aborder. Elle apprend alors que le petit frère d’Ulysse, Noah, fréquente lui aussi le collège. Et s’y Noah pouvait l’aider à s’approcher d’Ulysse ? Sauf que devenir l’amie de Noah n’est pas simple : communiquer avec lui suppose en effet de connaître la langue des signes. Car Noah est sourd.

Dans ce roman de la collection « Mes années collège », Cathy Ytak aborde avec sensibilité le sujet de la différence, de la tolérance, de l’amitié et de l’amour. Un joli éclairage sur la culture des malentendants, leur mode de communication et l’occasion de dissiper les préjugés qui les entourent. Une histoire attachante et positive, portée par des personnages que l’on prend aussitôt en sympathie. Un très joli livre.

En fin d’ouvrage, une page d’informations permet d’orienter le lecteur vers des sites et des ouvrages à même d’approfondir ses connaissances sur la langue française des signes.

Informations pratiques :

Nombre de pages : 131

Prix éditeur : 5,50€

Les Sourds, une minorité invisible, de Fabrice Bertin : pour une reconnaissance de la culture des Sourds

Les sourds, une minorité invisible, de Fabrice Bertin

Editions Autrement, Collection Mutations, N°260

Essai.

 

Pour la reconnaissance de la culture Sourde

     Selon le secrétariat d’Etat à la Santé, la population sourde et malentendante représente en France cinq millions de personnes, soit 6,6% de la population totale. Or qu’en est-il de la reconnaissance des Sourds et de la Langue Française des Signes (LSF)?

     Dans cet essai édifiant, Fabrice Bertin, professeur d’histoire géographie et formateur à l’Institut national supérieur de formation et de recherche pour l’éducation des jeunes handicapés et les enseignements adaptés (INSHEA) pousse un cri d’amour, un appel à la tolérance, à l’acceptation de la différence quelle qu’elle soit. En effet, de tout temps et en tout lieu, la surdité interpelle. Mais la façon de l’appréhender et les réponses apportées s’avèrent inadaptées. Pourquoi? Car les décisions prises sont le fait de la majorité entendante d’une part, les Sourds, pourtant premiers concernés, sont peu voire pas consultés. D’autre part, au fil des siècles et encore aujourd’hui, demeure un déni de réalité : on ne voit la surdité que sous l’aspect individuel et pathologique, c’est à dire comme une déficience sensorielle, un « handicap », au lieu de la reconnaître de façon collective et linguistique comme source de richesse de notre civilisation.

     Fabrice Bertin opère une véritable prise de conscience chez le lecteur; Il y a un « avant » et un « après » lecture de son essai. On réalise que toutes les actions menées, et ce, malgré la reconnaissance de la LSF comme langue à part entière en 2005, vont dans le sens d’une tentative de « réparer » (prothèses auditives, recherches médicales, orthophonie, suprématie de l’oralité) et donc de gommer la différence. Nous sommes loin de l’acceptation, de la tolérance. Un combat que Fabrice Bertin mène avec détermination et dans le sillage duquel il nous entraine : «  Admettre la culture sourde, c’est aussi accorder une place à ses membres en tant que sujets, c’est inscrire la surdité dans une universalité et la considérer comme une singularité d’être au monde. »

     Un combat qui ne s’inscrit nullement dans une optique guettoïsante, bien au contraire. Il n’y a de Sourds que parce qu’il y a des entendants, la surdité est un rapport. Alors faisons en sorte que ce rapport ne soit pas un rapport de forces, où la minorité des Sourds subit les décisions de la majorité, mais un rapport d’égalité, d’acceptation de l’Autre tel qu’il est.