Koryfête l’été avec… Harold Cobert! Envie de surfer au Pays basque?

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Cet été, j’emporterai avec moi deux romans de la prochaine rentrée littéraire :

Géographie de la bêtise (Seuil)

Le 2e et très attendu roman de Max Monnehay, auteur en 2006 du très remarqué et remarquable Corpus Christine. Max Monnehay confirme ici son talent singulier et passe avec aisance l’épreuve du 2e roman. J’aurais l’occasion d’en reparler cet automne. 

Les fidélités successives (Albin Michel)

Volumineux et ambitieux, ce nouveau roman de Nicolas d’Estienne d’Orves entremêle avec maestria les destinées individuelles et collectives, la petite histoire prise en étau dans la grande, jusqu’au vertige du « double je ». 

     J’emporterai également, non pas dans ma valise, mais dans mes souvenirs de lectures, les romans suivants dont je vous recommande vivement la lecture sur la plage, à la montagne ou à la campagne, histoire de ne pas bronzer idiot :

Autogenèse (Michalon)

Un thriller politique engagé, un roman monde, porté par une écriture ébouriffante.

J’ai déserté le pays de l’enfance (Plon)

Premier roman de Sigolène Visson, à l’écriture aussi acérée que poétique. Une découverte proche de l’envoûtement.

Les dents de ma mère (Plon)

2e roman d’Amandine Cornette de Saint-Cyr, ou comment aborder un sujet grave avec une légèreté et un humour conjurant le désespoir. Un roman qui a la pudeur de son intelligence et de sa profondeur.

Héloïse est chauve (Héloïse d’Ormesson)

Une Lolita moderne du point de vue de la jeune fille, un pari romanesque fou, une écriture virevoltante et étincelante, un chocolat suisse fourré à l’arsenic. Un régal.

Roman à l’eau de bleu (Héloïse d’Omesson)

Drôle, pertinent, intelligent. Isabelle Alonso imagine un monde où se sont les femmes qui mènent le monde et les hommes qui se battent pour obtenir une égalité des droits. Humour et profondeur pour un roman étonnamment « masculiste ».

La vie contrariée de Louise (Héloïse d’Ormesson)

Ce 2e roman de Corinne Royer est une réussite de suspense et de finesse où, c’est mon dada, les histoires individuelles se fracassent sur la digue de la grande histoire. 

Cyrano de Boudou (Héloïse d’Ormesson)

Un 2e roman, encore, fin, subtil, écrit avec la précision d’une partition, où Damien Luce revisite le mythe de Cyrano et le monde du théâtre avec les rires et larmes du clown. 

Manifeste vagabond (Plon)

D’une écriture lumineuse et implacable, Blanche de Richemont signe un appel à l’essentiel. Hypnotique. 

Le chapeau de Mitterrand (Flammarion)

Antoine Laurain réussit à tenir un pari romanesque impossible et à revisiter d’une manière aussi ludique que pertinente la société française du premier septennat de François Mitterrand. Chapeau bas !

                                                                        Harold Cobert

     Quant à vous, si vous souhaitez passer l’été au Pays basque et surfer sur des déferlantes d’émotion, glissez dans vos bagages le bouleversant roman de Harold Cobert, Dieu surfe au Pays basque.

Dieu surfe au Pays basque, de Harold Cobert : Quelle « l’âme de fond » !

 

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Dieu surfe au Pays basque, de Harold Cobert

 

Éditions Héloïse d’Ormesson, mars 2012

 

 

 

      Un samedi matin de juin, le narrateur se réveille brutalement. Non, le bébé n’est pas mort, ce n’était qu’un cauchemar. Non, il ne doit pas prêter attention à ce mauvais rêve. Sa femme est là, à ses côtés, et attend leur premier enfant. Non, il ne va pas se mettre à y voir un sombre présage. Non, non, non… Pourtant, il a beau rejeter cet horrible pressentiment, ce dernier lui revient comme un boomerang.

 

      Et si le présent n’était qu’un éternel recommencement? Car si c’est la première fois qu’il s’apprête à devenir père, sa femme, lors d’une précédente union, a déjà vécu l’indicible horreur : la perte de son petit Ferdinand, alors âgé de cinq jours. «Peur que quelque chose se passe mal, se grippe et compromette sa maternité. A mes appréhensions de devenir père se substituaient plus fortement encore celles de ne pas le devenir. Pour moi, mais surtout pour elle, car je ne voulais pas que le drame qu’elle avait vécu se répète.» 

 

      Elle. Un petit oiseau blessé au fort tempérament. Une fragilité forte. Une femme courage. LA femme de sa vie. Ils se sont rencontrés deux ans plus tôt au Pays basque. L’amour fou. Une évidence. Parce que c’était elle. Parce que c’était lui. «Cette beauté discrète et aérienne, à la Verlaine, qui s’impose sans rien qui pèse et qui pose.» Elle sera sa femme et la mère de leurs enfants. Si Dieu le veut… 

 

      Lui. Il ne s’était pas attendu à ce qu’elle tombât enceinte si rapidement après leur mariage. Une grossesse que le futur père vit animé de sentiments contradictoires : une exaltation intense mêlée à l’angoisse de ces nouvelles responsabilités. Poignante échographie de l’âme masculine. 

 

      Et soudain le cauchemar devient réalité. La fausse couche. L’épreuve inhumaine. Pas de péridurale face à de telles souffrances morales. L’heure est à la révolte, à la douleur, à la haine. Colère contre l’acharnement de la vie, colère contre le manque de psychologie tant du personnel soignant qu’administratif, colère contre Dieu. Comment garder la foi? Dostoievski ne disait-il pas que la mort d’un enfant empêche de croire en l’existence de Dieu? Colère mais aussi courage, car il est hors de question de laisser leur désir d’enfant s’échouer sur la grève.

 

 

 

      Avec beaucoup de dignité, une sincérité bouleversante, une force vitale époustouflante, Harold Cobert nous emmène surfer sur les vagues alarmes, les vagues à larmes, cette mère agitée par les tourments de la grossesse, devant laquelle les difficultés veulent s’ériger en brisants, mais qui toujours se relève. Pas d’exhibitionnisme ni de pathos ici, mais le cri d’amour d’un homme pour la femme de sa vie, d’un mari pour son épouse, d’un père en devenir pour son enfant.

 

     On le suit des embruns plein les yeux, de l’eau salée sur les joues. Et… on sourit face à la vie, ce courant si fort, qui nous entraine à nouveau sur la crête des vagues, la tête hors de l’eau. Car la vie reprend son cours. Toujours… 

 

P. 143 : « Il m’arrivait juste de caresser l’idée que si Ferdinand avait été une petite comète, celle ou celui que nous n’avions pas connu avait été une étoile filante. Et tous deux, à leur mesure, laissaient dans notre ciel une trainée de poussière d’étoiles que rien ni personne ne saurait effacer. »