Celle qui marche la nuit, Delphine Bertholon : une lecture en apnée!

Celle qui marche dans la nuit, Delphine Bertholon

Editions Albin Michel jeunesse, février 2019

Mise en garde : vous ne pourrez plus reposer le livre une fois commencé. Un thriller addictif, qui séduira les ados comme les adultes.

Quand Malo, 15 ans, apprend qu’il va devoir quitter Paris et ses copains, pour suivre son père, sa belle-mère et sa petite sœur Jeanne dans le sud, c’est tout sauf une bonne nouvelle. Aller s’enterrer au fin fond de la campagne pour un Parigot pure souche, cela promet un mortel ennui. Et quand ils arrivent dans cette vaste propriété des pins, sa première impression le conforte dans sa malchance : le lieu est sinistre, digne d’un roman de Stephen King. Et pompon sur la Garonne, il pleut.

Et il n’y a pas que cette baraque biscornue, au bout d’une allée cahoteuse et boueuse, qui rappelle l’atmosphère angoissante du maître de l’horreur. Voilà que Jeanne, 5 ans, se réveille désormais la nuit en poussant des hurlements, figée, le regard vide, avant d’éclater dans d’interminables sanglots. Et de se confier à Malo : la nuit, une amie étrange, prénommée Pauline, vient la voir.

Sauf qu’il n’existe pas de Pauline dans l’entourage actuel de Jeanne, pas plus qu’il n’y en a eu du temps où ils vivaient à Paris. Alors, qui est Pauline ? Une amie imaginaire ? Ou est-ce le déménagement qui a déboussolé Jeanne et lui fait dire n’importe quoi ? Et si Pauline existait vraiment ? Car Malo est lui aussi le témoin de phénomènes étranges…

Delphine Bertholon a l’art de prendre le lecteur par la main et de l’emmener dans son univers. Moi qui ne suis pas particulièrement attirée par les romans pour ados, ai été complètement happée par ce roman : car Delphine Bertholon réussit le tour de force de construire un roman intergénérationnel, qui épouse les codes des ados (langage, passions, préoccupations), mais parle aussi aux adultes. Le lecteur est pris en otage par l’intrigue, happé par la tension permanente. Il se laisse embarquer par les personnages de Malo et de Jeanne, si attachants, par la crédibilité des situations, la justesse du ton, l’atmosphère inquiétante à souhait. Et se lance dans une lecture en apnée de la première à la dernière page. Impossible de deviner la chute.

Celle qui marche la nuit va vous faire lire la nuit, tant vous serez impatients de connaître le dénouement !

Un gros coup de coeur.

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Le poison de la vérité, Kathleen Barber

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Le poison de la vérité, Kathleen Barber

Editions Michel Lafon, mai 2018

Thriller

Plus dangereuse que le mensonge… la vérité ! Un thriller aux multiples rebondissements, qui vous prend en otage dès la première page.

Josie a trouvé auprès de Caleb la vie sereine, rassurante et aimante qu’elle recherchait. Elle aimerait parfois lui dire ce qu’elle fuit, ces lourds secrets qui sont siens, mais toujours elle recule. Avouer lui avoir dissimulé une partie de sa vie ne risque-t-il pas de mettre en péril la confiance qu’il place en elle ? Leur couple n’en sera-t-il pas fragilisé ? Alors elle se tait.

Mais le passé la rattrape quand Poppy Parnell, journaliste d’investigation, décide de remettre le nez dans une affaire criminelle qui ébranla la société de l’Illinois une douzaine d’années plus tôt : le meurtre de Chuck Buhrman, qui n’est autre que le père de Josie. Certes, un jeune homme de 17 ans, Warren Cave, voisin de Chuck, a été accusé et condamné. Certes, le témoignage visuel de la jumelle de Josie est accablant. Mais. Mais se pourrait-il que Warren soit condamné à tort, comme il le clame ? Se pourrait-il qu’il purge une peine à perpétuité par erreur ? Poppy Parnell veut examiner sans complaisance les maigres preuves qui ont peut-être fait condamner un innocent et, soit rétablir la vérité, soit dissiper les derniers doutes sur ce qui s’est réellement passé. Elle part alors à la rencontre des protagonistes, camera dans son sillage et publie au fur et à mesure de ses avancées des podcasts. Des podcasts croustillants, voyeuristes, qui attirent un public avide de sensations de plus en plus grand.

Pour son premier roman, Kathleen Barber nous offre un thriller rédigé de main de maître. De rebondissement en rebondissement, elle joue avec les nerfs du lecteur, l’emmène sur de fausses pistes, sans jamais relâcher la tension. Les situations et les personnages sont si bien campés, que le lecteur est catapulté aux côtés de Josie, revit avec elle le drame, les tensions et la peur de découvrir une vérité dérangeante. Une lecture en apnée jusqu’à la chute finale. Vertigineuse.

 

 

Accidents, Olivier Bordaçarre (Editions Phoebus)

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Accidents, Olivier Bordaçarre

Éditions Phoebus, octobre 2016

En suivant les conséquences de deux coups de foudre dans le milieu de l’art, Olivier Bordaçarre renouvelle la problématique du double et nous offre à la fois une savoureuse chronique familiale et un récit à suspense.

Sergi Velasquez est un artiste peintre peu confiant en lui, qui vivote de son art. Aussi, quand une galeriste du Marais propose de l’exposer, il a besoin des conseils et de la réassurance de son beau-frère et voisin, Paul. Alors qu’il évoque ce projet avec lui, il croise une jeune femme à la chevelure rousse flamboyante et aux formes parfaites. C’est une patiente de sa sœur, psychanalyste. C’est le coup de foudre. Il ne la connaît ps, ne lui a pas même parlé, et pourtant, c’est une évidence : cette femme l’électrise, il doit s’arranger pour recroiser sa route.

Sa sœur le met en garde. Cette femme est instable, hystérique et sera donc source de problèmes pour lui. Mais, aveuglé par les apparences, Sergi ne l’écoute pas. Et fonce.

Coup de foudre amoureux, mais aussi coup de foudre artistique, au même moment, pour une photographe dont Paul lui fait découvrir le travail dans une galerie voisine. Fasciné, Sergi désire en savoir plus sur l’auteur de ces clichés, une prénommée Roxane. Une femme qui vit à l’écart du monde depuis son accident dont elle est restée dévisagée.

Peu à peu, il apparaît que Sergi n’est pas le seul lien entre ces deux femmes. Olivier Bordaçarre tisse fil après fil la toile dans laquelle Sergi va tomber, distille avec soin des indices, maintenant une tension permanente tout au long du livre. Jusqu’à la chute finale.

Une lecture qui offre un bon moment de détente.

Six mois entre deux rives, Nicole Ligney

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Six mois entre deux rives, de Nicole Ligney

Editions de la Rémanence, janvier 2016

 

Six mois suffisent à tisser une histoire d’amour. Sauf que l’avenir comme l’amour ne se maîtrisent pas. En un instant tout peut parfois basculer…

Lili semble avoir trouvé son équilibre, tant personnel que professionnel. Un compagnon toujours par monts et par vaux qu’elle a plaisir à retrouver à chaque fois, un travail passionnant de journaliste dans un journal où règne une très bonne ambiance. Rien qui de près ou de loin ne l’amène à une éventuelle remise en cause.

Un bonheur tranquille que l’interview d’un écrivain à succès va pourtant mettre à mal. Face à l’auteur américain dont les livres s’arrachent partout dans le monde, Lili se sent foudroyée du regard. Mains moites, gorge sèche, elle peine à masquer son trouble. Un trouble d’autant plus grand que la personne qui suscite en elle ce tsunami émotionnel est…une femme. Et que le coup de foudre est réciproque.

Dès lors, son esprit ne trouve plus une seule minute de quiétude. Que faire ? Laisser l’émotionnel prendre le pas sur le rationnel ? Préférer l’insécurité avec Rubene, l’écrivain, au bonheur paisible avec Lucas ? Et comment être sûre que Rubene ne joue pas avec elle, profitant de son statut de célébrité ?

Dans Six mois entre deux rives, Nicole Ligney nous entraîne à un rythme trépidant dans le sillage de cette histoire d’amour en gestation, analyse avec beaucoup de finesse les hésitations et les choix des personnages, lesquels leur sont dictés par leur passé. Un passé qui a besoin d’être dépassé pour avancer. Entre la Seine et le Delaware, le lecteur voyage aux côtés des deux femmes, attachantes et secrètes, partage leurs doutes et leurs espoirs, jusqu’à la chute finale absolument vertigineuse. Un roman qui se lit en apnée.

A lire !

 

Agatha Christie, le chapitre disparu, de Brigitte Kernel : coup de coeur!

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Agatha Christie, le chapitre disparu, de Brigitte Kernel

Éditions Flammarion, 14 janvier 2016

266 p. ; 18€

L’idée de départ du nouveau roman de Brigitte Kernel est géniale : partir d’un fait réel de la vie de la célèbre romancière- sa disparition l’hiver 1926, et le traiter comme une fiction…dans le style scriptural de la célèbre reine du crime ! Un thriller psychologique captivant.

Personne ne sait ce qu’il est advenu d’Agatha Christie lorsqu’elle s’éclipsa du domicile conjugal pendant 11 jours, en décembre 1926. Celle qu’on surnommait la reine du crime, laissa chacun émettre sa propre hypothèse et faire de sa disparition un suspens digne de ses meilleurs romans. Les Hercule Poirot et Miss Marple en herbe invoquèrent qui un coup de publicité, qui un meurtre commis par son mari, qui un suicide, qui un kidnapping ou encore des problèmes de couple. Mais personne n’en fournit l’ombre d’une preuve. Alors ?

Alors Brigitte Kernel nous propose de se glisser avec talent dans la peau d’Agatha Christie, de se faire l’encre de sa voix et de nous livrer sa version des faits. De Londres à Sunningdale en passant par Silent Pool, Ashfield et Harrogate, l’auteur se faufile dans les empreintes de la disparue et nous fait revivre avec une extrême sensibilité, une justesse exquise et une tension implacable, les joies et tourments qui furent siens.

Un roman fascinant, un suspense haletant, qui prend le lecteur en otage dès les premières lignes et ne le relâche qu’à la toute dernière page. Une tranche de vie émouvante, aux parfums d’amour, de trahison et de vengeance. Un bel hommage à cette romancière décédée il y a tout juste 40 ans. Et un très gros coup de cœur de cette rentrée littéraire 2016 !

La mémoire endormie, de Patricia Hass Nivoix

La mémoire endormie, Patricia Hass Nivoix

Editions Hugues Facorat, 2015

 

Christina forme depuis plus de 20 ans avec Quim un couple exemplaire, un duo sur lequel le temps n’a aucune emprise. Bien au contraire. C’est donc avec jubilation que Quim réserve à sa femme une surprise pour son anniversaire. Certes, il sait qu’elle n’affectionne pas cette date, pour des raisons qu’elle ne lui a jamais expliquées, mais son désir de célébrer cette fête, d’y convier ses proches, d’en faire un jour mémorable l’emportent.

Mémorable il le sera, mais pas pour les mêmes raisons. En effet, au cours de la fête, Christina ressent un malaise aussi vif qu’incompréhensible, en la présence de Hans, le nouveau compagnon de sa meilleure amie. Glacée, pétrifiée, elle essaie de se raisonner. En vain. Qu’évoque cet homme pour elle ? Est-il possible qu’elle l’ait déjà croisé sans s’en souvenir ? Pour l’heure, elle l’ignore. Mais ce Hans la déstabilise au point de mettre en lumière certains souvenirs refoulés dans les coins obscurs de sa mémoire. Et de rêver du soir de ces 20 ans, de façon térébrante, à croire qu’il y a un lien entre cet homme et cette soirée 25 ans plus tôt. Un mystère que Christina est bien décidée à élucider.

Avec une écriture sensible, un rythme soutenu, des personnages attachants, Patricia Haas Nivoix entraine ses lecteurs dans une intrigue dont elle seule détient le secret ultime. L’occasion pour l’auteur d’évoquer dans le cadre d’une fiction, un sujet bien concret et encore tabou, de ces traumatismes qui laissent à jamais leurs empreintes tatouées sur les corps et les esprits.

Glissez Myriam Chirousse dans votre poche!

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La paupière du jour, de Myriam Chirousse,

Editions du livre de poche, octobre 2014

 

Un impossible pardon

Avril 1994. Fait divers. Un homme meurt suite à une fusillade dans une bijouterie.

Dix-huit ans plus tard, l’assassin est relâché pour bonne conduite. Un affront insupportable pour la fiancée de la victime, Cendrine Gerfaut. Cendrine comme la cendre… Comme ce qu’il reste de leur crépitant amour. Sa vie s’est arrêtée en avril, au printemps de leur vie. Ses jours ne sont plus que des nuits depuis, des paupières du jour. Des bris de rêves. Et de décider alors de se faire justice elle-même. A défaut de pouvoir ressusciter son fiancé, elle le vengera. A vie volée, vol de vie.

 « Puisque je ne peux plus t’épouser ni mettre tes enfants au monde, je t’apporterai la tête de celui qui t’a tué. Je te vengerai, et ce sera ma seule et unique raison de vivre avant de te rejoindre ».

La jeune femme débarque donc à Barjouls, village natal du tueur. Officiellement, elle est botaniste et vient faire une étude de terrain. Il s’agit d’étudier si la radioactivité est normale dans cette région des Alpes-Maritimes. Officieusement, elle vient venger son défunt fiancé. Mais aussi crédible soit sa couverture, les habitants sont sceptiques. Dans ce petit village du sud, tout le monde se connait, s’épie, commente les moindres faits et gestes. Un village pétri de rancœurs, truffé de secrets, peuplé de superstitions, qui ne livre pas facilement la clef de ses mystères à une étrangère. Et le mystère de s’épaissir encore suite à ce message d’un corbeau : « Celui que vous cherchez n’est pas celui que vous croyez. »

Cendrine assouvira t-elle sa soif de vengeance? Benjamin Lucas, meurtrier de son fiancé, est-il vraiment l’homme à abattre?

Avec ce deuxième roman, Myriam Chirousse nous entraine dans une enquête peuplée de rebondissements, au coeur d’une nature luxuriante et généreuse et d’une galerie de personnages hauts en couleurs.

La paupière du jour. Le titre est à lui seul une invitation à ce qu’on pose le regard sur le livre. Et de fait, la couverture soulevée, on ne cille plus jusqu’à la dernière page.

Un roman captivant et remarquablement écrit!