La nuit de Kim Kardashian, Pauline Delassus

la nuit de Kim Kardashian, Pauline Delassus

©Karine Fléjo photographie

Si vous vous dites comme moi « les Kardashian, les bimbos siliconées et la télé-poubelle, cela ne m’intéresse pas, ce livre n’est pas pour moi », alors comme moi vous changerez d’avis. Car la démarche journalistique de l’auteur est ici particulièrement intéressante. Elle nous raconte le choc de deux mondes, la France de Michel Audiard contre l’Amérique d’Hollywood.

La rencontre improbable de deux mondes : Hollywood versus Paris

Quand un soir d’octobre 2016, Kim Kardashian, de passage à Paris, est braquée à son hôtel par Omar, un vieux lascar du grand banditisme et ses compères, c’est la rencontre improbable de deux univers. Omar fils d’émigrés algériens, est né à Sarcelles. Il a toujours rêvé de vivre de l’autre côté du périph, s’est toujours refusé de se contenter de la vie de ghetto de ses parents , de sa famille et de ses amis. Il veut la fortune. Il l’aura. De petits larcins en cambriolages plus importants, Omar devient un meneur de bande, dur, déterminé. Un nom dans le grand banditisme. La prison, la cavale, il connaît. En Octobre 2016, il a d’ailleurs la soixantaine et est en cavale sous une fausse identité. Mais la cavale, ça coûte cher. Alors il tente un dernier vol. Le vol de trop. Sa victime : une certaine Kim Kardashian dont il n’avait jusqu’alors jamais entendu parler. Une femme d’une autre planète.

Kim Kardashian : l’autre visage

Ce qui est particulièrement intéressant dans ce livre, c’est la démarche journalistique de l’auteure : elle évoque le parcours de ces deux personnes, Kim Kardashian et Omar le papi braqueur, jusqu’à ce jour du vol de bijoux. Car Pauline Delassus va chercher au-delà des apparences, des préjugés, des images médiatiques, qui est Kim Kardashian, comment la fille d’une famille bourgeoise méconnue de Los Angeles s’est retrouvée propulsée au-devant de la scène médiatique. Que sait-on vraiment de cette femme au final ? Qu’elle soit sans cesse poursuivie par les paparazzis, filmée dans son intimité, suivie par 230 millions de personnes sur les réseaux sociaux, donne l’illusion de la connaître. Née à la célébrité en vendant sa sex-tape et restée depuis au sommet en négociant à prix d’or tout ce qui est vendable (sa vie privée, sa famille, son corps, ses produits dérivés…), Kim Kardashian ne s’arrête pas à n’être qu’une bimbo siliconée. Le cas échéant, sa gloire n’eût été qu’éphémère. On découvre une redoutable femme d’affaires, travailleuse, ambitieuse, déterminée. Une femme qui, avec les autres femmes de la famille, a bâti un empire sur la futilité. « Elles (Kim et ses sœurs et mère) capitalisent sur leurs corps sans être des femmes objets, elles sont indépendantes, cheffes d’entreprise et productrices de leur émission autant que de leur vie. » Engagée politiquement anti-Trump, elle n’est plus seulement un corps mais aussi désormais une voix. Et une avocate en devenir.

Un livre très intéressant et très vivant, qui se lit comme un roman et nous fait voyager entre les bas-fonds de Paris et les collines de Los Angeles

 

Camille s’en va, de Eliane Girard (Buchet Chastel)

Camille s’en va, Eliane Girard

Editions Buchet Chastel, mars 2015

 

Roman d’une fugue, Camille s’en va parle autant des excès de notre société que de la solidarité qui, envers et contre tout, autorise l’espoir.

Pour Maryline, la vie s’est arrêtée douze ans plus tôt, le soir où son mari a été la victime innocente d’un braquage. Depuis ce jour maudit, elle vit recluse dans son appartement, shootée aux antidépresseurs et autres anxiolytiques. Un appartement qu’elle partage avec sa fille Camille aujourd’hui âgée de 18 ans. Camille, son trésor, son seul lien à la vie. Submergée par l’angoisse qu’un autre drame ne survienne, que la vie lui arrache sa fille comme elle lui a arraché son mari, elle prive cette dernière de liberté, limite ses moindres déplacements. L’extérieur, le monde réel, auquel elle n’a plus accès qu’à travers le prisme de la télévision, lui parait si hostile, si dangereux. A contrario, l’extérieur incarne pour Camille le lieu de tous les possibles, la liberté, la vie, comme le lui renvoient les émissions de télé-réalité qu’elle regarde. Et de s’imaginer en héroïne d’un jeu télé, partant à l’aventure, sans argent, comptant sur la seule bonne volonté des habitants croisés en chemin. Une perspective séduisante.

Si séduisante qu’un jour elle décide de la mettre en pratique. Elle quitte le cocon étouffant de la maison et fugue, part à la rencontre des autres, d’elle-même, de la vie.

Avec Camille s’en va, Eliane Girard dresse le portrait de personnages attachants, des êtres blessés en quête de sens, funambules en équilibre fragile sur le fil de la vie. Un chemin initiatique parsemé de désillusions mais aussi d’agréables constats sur le genre humain.

Touchant.

 

Nombre de pages : 268

Prix éditeur : 15€