Le cerf-volant de Toshiro, Ghislaine Roman (texte) et Stéphane Nicolet (Illustrations)

BD6A4D86-5054-4044-953B-061818F7DCBC

Le cerf-volant de Toshiro, Ghislaine Roman (texte) et Stéphane Nicolet (Illustrations)

Editions Nathan, mars 2018

Un conte magnifique, d’une poésie et d’une tendresse infinies, sur la relation d’amour exceptionnelle entre un grand-père un peu fatigué et son petit-fils plein d’imagination. Ou quand l’amour donne des ailes.

Toshiro est tout excité. Son grand-père Satô et lui ont fabriqué un magnifique cerf-volant, à l’effigie d’un dragon émeraude. Il est à présent temps de le faire voler, en veillant à ne pas lâcher le ruban.

Toshiro est émerveillé par le spectacle de ce dragon dansant sur l’azur des cieux. Hélas, son grand-père, au dos tout voûté, ne peut pas se redresser pour regarder le ciel et l’admirer. Et Toshiro, comme muet depuis sa naissance, ne peut pas davantage lui narrer ce qu’il voit. Les mots restent bloqués dans sa gorge, prisonniers.

Qu’à cela ne tienne, si Toshiro est à court de mots, il n’est jamais à court d’idées. Et de trouver à chaque fois une solution, pour que son adorable grand-père participe pleinement au spectacle du cerf-volant. Jusqu’à ce jour où un miracle se produit…

Ce livre est un gros coup de coeur! ❤ J’ai succombé à la poésie de l’histoire, à la relation si belle qui unit Toshiro et Satô. A la force de leurs sentiments. Des êtres écorchés par la vie, qui vont puiser dans la force de leurs liens de quoi déplacer des montagnes. Un livre à offrir absolument à vos chères têtes blondes!

Publicités

La chambre des merveilles, Julien Sandrel

img_0488

La chambre des merveilles, Julien Sandrel

Editions Calmann Levy, mars 2018

Un roman émouvant, surprenant et drôle, sur le pari fou d’une mère pour sortir son fils du coma : réaliser chacun des rêves conciliés dans son carnet des merveilles avant son accident. L’occasion de repenser sa vie et ses priorités. Magnifique.

Jusqu’ici, Thelma a avancé dans trop se poser de questions. Mère célibataire, elle a élevé son fils Louis, âgé de 12 ans, tout en menant de front une brillante carrière professionnelle de directrice marketing dans un grand groupe. Ou plus exactement, elle a tout sacrifié pour sa carrière, y compris son rôle de mère et de femme. Faute de temps pour partager des moments avec son fils. Faute de temps pour elle. Sa carrière représente tellement ! C’est simple, sans son travail, elle a le sentiment de n’être rien. Certes, elle aime profondément Louis, même si elle ne le lui dit pas ou trop peu. Mais elle n’est pas très disponible pour lui. Trop de travail. Trop d’enjeux pour sa carrière.

Ce matin-là, tandis qu’elle marche avec Louis à ses côtés, elle est donc une fois de plus absorbée par son travail au téléphone, quand l’horreur survient : lancé à vive allure sur son skate, Louis est percuté par un camion. Plongé dans un coma profond, avec un pronostic vital engagé, la vie de Thelma bascule. Et cet accident de lui faire l’effet d’un électrochoc : doit-elle revoir toutes ses priorités, ses choix de vie, ses relations aux autres dont sa mère ? N’a-t-elle pas fait fausse route jusqu’ici ? C’est l’heure de la prise de conscience. Douloureuse mais salvatrice.

Tandis qu’elle cherche un moyen d’aider son fils, elle tombe dans l’appartement sur un carnet intitulé « carnet des merveilles » : Louis y a concilié tous les rêves qu’il aimerait réaliser au cours de sa vie. Elle décide alors de les réaliser pour lui et de l’en tenir informé en lui ramenant à l’hôpital des vidéos témoins de ses réalisations, en lui parlant de ce qu’elle a fait et vécu pour lui. Peut-être l’entendra-t-il du fond de son coma ? Peut-être cela lui donnera l’impulsion nécessaire pour se réveiller ?

C’est un roman bouleversant que nous livre Julien Sandrel. Pas de pathos ici, bien au contraire ! Ce roman est lumineux, tendre, positif. Et même drôle parfois. Profond toujours. L’auteur nous invite à nous interroger sur nos choix de vie, à ne pas faire de l’accessoire une priorité, sans attendre pour cela qu’il survienne un drame dans nos existences comme pour Thelma. Car c’est ici et maintenant qu’il convient d’être heureux, en harmonie avec nos choix de vie, nos besoins, nos valeurs. Pas demain, quand il sera trop tard peut-être. Pas dans dix ou vingt ans. Le ton est enlevé, le rythme soutenu, l’émotion forte. Un gros coup de cœur !

La petite étoile qui avait peur de la nuit, Dan Leconteur

B8960A7F-FFC7-48BF-8432-8039C1A58E79

La petite étoile qui avait peur de la nuit, Dan Leconteur

Illustrations de Maëlle Bossard

Editions Persée jeunesse, novembre 2017

 

Une histoire pour enfants d’une tendresse infinie.

La petite étoile est bien triste. Elle, si altruiste, ne peut pourtant aider personne à trouver son chemin. Et pour cause, elle vit en plein jour. Nul ne la voit. Certes, comme le lui a conseillé la vieille étoile sage, il y aurait bien une solution pour être visible : affronter la nuit, aller dans la pénombre. Mais la petite étoile, qui n’a jamais quitté la lumière du jour, a peur.

Parviendra-t-elle à surmonter son appréhension de l’inconnu, en l’occurrence du noir, pour réaliser son rêve d’être l’étoile du berger des humains ?

Ce conte est d’une douceur, d’une poésie et d’une beauté infinies. Une histoire aussi lumineuse que l’étoile, sur la fraternité et l’entraide, la confrontation avec nos peurs. Un récit qui m’a indiciblement touchée. Ce livre ravira vos chères têtes blondes et sera aussi l’occasion de leur montrer qu’il est possible de surmonter ses peurs, que la nuit n’est pas si terrifiante qu’elle en a l’air. Car il y a toujours une étoile, quelque part, pour guider chacun…

EC9F8DB3-86B0-41F2-8A4E-F94996C769A9

J’ai plus de réserves, par contre, concernant la noirceur presque anxiogène des illustrations. Je n’ai pas compris ce choix, surtout pour un livre destiné aux jeunes enfants. C’est dommage qu’on ne retrouve pas la douceur du texte dans les dessins. Un petit bémol, donc.

 

Un clafoutis aux tomates cerises, Véronique de Bure : à dévorer!

20768206_1713189995375577_5504697895073528476_n

Un clafoutis aux tomates cerises, Véronique de Bure

Editions Flammarion, février 2017

 

Un Clafoutis aux tomates cerises, le plus joli roman sur le grand âge qui soit, traite sans fard du temps qui passe et dresse le portrait d’une femme qui nous donne envie de vieillir.

 

Au crépuscule de sa vie, Jeanne consigne dans un journal son quotidien. « Pourquoi est-ce que j’écris tout ça, au soir de ma longue vie, déroulant le fil d’une existence banale ? Est-ce le besoin de ne pas m’éteindre complètement après que l’on m’aura fermé les yeux ? Ce n’est pas de mon âge de me pencher comme ça sur moi, d’écrire ma vieille tête et mon cœur usé. Ce sont les jeunes filles qui tiennent un journal. Pas les vieilles dames. (…) Ils vont bien se moquer ceux qui vont trouver ce cahier après ma mort. » Non, ils ne vont pas se moquer, ma chère Jeanne, ils vont prendre, comme moi, un plaisir infini à vous suivre aux quatre saisons de votre vie, voir leur cœur fondre devant vos émerveillements, rire de vos facéties, être emplis d’une grande tendresse envers vous. Car ce roman est aussi délicieux qu’un clafoutis, acidulé comme les tomates, moelleux au cœur, sans colorants ni autres artifices. Un délice de lecture pour les gourmands, ceux qui, comme vous, ont un grand appétit de la vie, la célèbrent dans ses joies les plus infimes comme une partie de bridge entre amis, la récolte de haricots du jardin, la contemplation d’un massif de fleurs épargné par la grêle.

Avec une justesse inouïe, Véronique de Bure a su se glisser dans la peau d’une nonagénaire et nous raconter son quotidien. Un quotidien dans lequel le temps ne s’écoule plus au même rythme, où les priorités changent, où la mémoire joue des tours. Mais pas un quotidien désenchanté, loin s’en faut. Avec beaucoup d’humour, l’auteur confronte son personnage aux nouvelles technologies (Internet, les SMS, la Box,…), lesquelles suscitent des commentaires désopilants et si justes de l’intéressée. Elle nous entraine sur le chemin de la vieillesse avec la liberté de ton qui caractérise cet âge. A une heure où les médias nous rebattent les oreilles sur les nouvelles techniques pour rester jeune, Véronique de Bure nous ferait presque désirer vieillir plus vite, pour ne plus nous attarder que sur l’essentiel et prendre le temps d’apprécier ce qu’on ne voit plus.

Un coup de cœur !

Glissez François d’Epenoux dans votre poche!

Les-jours-areuh

Les jours Areuh, François d’Epenoux

Editions Pocket, mai 2017

Récit.

Un livre qui, entre l’anecdotique et l’onirique, l’humour et la poésie, pose un regard sur le monde et le redoutable bonheur d’être père.

Difficile de parler d’un livre quand il s’agit d’un tel coup de cœur, tant on a le sentiment qu’on ne pourra rien écrire qui ne soit en deçà du livre lui-même. Ma chronique pourrait donc tenir en une seule injonction : « Lisez-le, relisez-le, offrez-le ! » Mais pour ceux qui sont encore devant leur écran – les autres ayant déjà enfilé leur manteau pour se ruer chez le libraire le plus proche, je vais étayer.

Les jours areuh, mi-récit, mi-fiction, s’inspire de la vie de François d’Epenoux, jeune papa quinqua. Tandis que les pleurs du nouveau-né retentissent au cœur de la nuit, pleurs qu’il apaise patiemment en lui donnant le biberon, il partage avec nous les réflexions qui jalonnent ces longues heures. A la lueur de l’abat-jour, il projette sur l’écran de ses pensées le film de la jeune vie d’Oscar, de l’annonce de la grossesse de sa femme à cet instant précieux au creux de ses bras, en passant par la naissance en catastrophe du petit, son difficile et courageux combat pour survivre, la réanimation, la néonatalogie, mais aussi sa victoire face à l’adversité et son accueil chaleureux dans la fratrie. Et tandis qu’il multiplie les arrêts sur image, il évoque avec une infinie tendresse et une émotion à fleur de plume, les questionnements qui sont siens. Etre à nouveau père, tardivement, c’est à la fois une joie indescriptible, un extraordinaire bain de Jouvence, des challenges permanents à relever pour se dépasser et faire face aux exigences hautes de l’éducation d’un enfant, ou encore le sentiment fort d’avoir fait un choix et d’en assumer toutes les responsabilités. Mais ce sont aussi des renoncements en termes de liberté (vie de noctambule, voyages lointains, fêtes, …), des craintes quant au monde qui l’attend et à ses capacités, avec les autres enfants de sa génération, à l’améliorer.

Un livre passionnant, bouleversant, magnifique. Une ode à l’amour merveilleuse, la plus belle, la plus pure qu’un père puisse interpréter par la voix de son encre à son enfant…