Ne t’enfuis plus, Harlan Coben

Ne t'enfuis plus, Harlan Coben

©Karine Fléjo photographie

Drogue, emprise, secte, secrets de famille sont au programme du thriller haletant de Harlan Coben aux éditions Belfond. Et en filigrane, cette question : jusqu’où seriez-vous prêts à aller pour sauver votre enfant ?

Drogue et dérive

Simon et sa femme vivent à Manhattan et sont les parents de trois enfants. Mais seuls deux d’entre eux vivent à la maison. L’aînée, Paige, a fugué. Quelque temps auparavant, elle a en effet fait la rencontre d’Aaron, une racaille, drogué jusqu’à la moelle et de onze ans son aîné. Une rencontre qui a fait basculer la vie de cette jeune femme rangée, promise à un brillant avenir. Depuis son départ, Simon n’a de cesse de la chercher. Jusqu’à ce jour où un voisin lui signale l’avoir vue mendier en jouant de la guitare à Central Park.

Et cette junkie aux traits creusés, aux vêtements et aux cheveux sales, au teint cireux, est en effet bien sa fille. Mais, alors qu’il tente de la ramener à la raison, Aaron surgit et s’interpose entre eux. S’ensuit une bagarre entre les deux hommes, filmée et diffusée sur les réseaux sociaux. Simon se fait alors lyncher par les internautes, lesquels ignorent les dessous de l’altercation. Cependant, ce n’est là que le début des ennuis que Simon va devoir surmonter pour tenter de faire revenir Paige. Pour autant qu’il y parvienne…

En parallèle de cette famille, un jeune couple de tueurs à gage élimine les hommes d’une curieuse liste. Qu’ont ces individus en commun ? Pourquoi le commanditaire, qui est une secte, leur demande-t-il de les tuer ?

Quel rapport y-a-t-il entre ce gang et la famille de Simon ? Quel secret découvrira Simon, de la part de celle dont il croyait tout savoir, avec laquelle il pensait tout partager ? On méconnaît parfois les personnes les plus proches de soi…

Un thriller au suspens savamment entretenu

Pas de doute, Harlan Coben maîtrise parfaitement la technique du cliffhanger. Difficile de reposer le livre une fois la lecture commencée. Au fil des courts chapitres de son roman, l’auteur entretient savamment le suspens, laisse lecteur en attente de la suite, multiplie les rebondissements, les fausses pistes et nous réserve une chute vertigineuse.

Il démonte avec beaucoup de justesse le mécanisme de l’emprise dans le cadre sectaire, la perte de discernement des embrigadés et les dérives dangereuses qui peuvent en découler. Il introduit aussi une réflexion très intéressante sur les possibilités offertes désormais par la science de connaître ses origines grâce aux tests ADN. Une chance pour les enfants qui veulent connaître leurs géniteurs, mais une terreur pour les géniteurs qui souhaitaient effacer toute trace de descendance.

Secrets de famille, drogue, meurtres, secte, vous ne vous ennuierez pas un seul instant à la lecture de ce thriller de plus de 400 pages !

Informations pratiques

Ne t’enfuis plus, Harlan Coben – Editions Belfond, octobre 2019 – 413 pages – 21,90€.

 

Le manuscrit inachevé, Franck Thilliez (Pocket)

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Franck Thilliez et son roman – ©Karine Fléjo photographie

Quand le maître du thriller, Franck Thilliez, évoque l’histoire d’une reine du thriller dont la fille a disparu, cela donne une mise en abyme aussi fascinante que machiavélique.

Une enquête sans corps et un cadavre sans visage

Nous sommes sur la côte d’Opale chère à l’auteur, là où Léane Morgan, reine du thriller, connue sous le pseudonyme d’Enaël Minaure, a établi sa résidence d’écriture. Jusqu’à la disparition tragique de sa fille Sarah, quatre ans plus tôt. L’enquête n’a jamais permis de déterminer ce qui est arrivé à la jeune joggeuse, pas plus que de retrouver son corps. Certes, un serial-killer a été mis sous les verrous et revendique le meurtre de Sarah au même titre que celui de ses précédentes victimes, mais il ne donne ni le mobile, ni le lieu où serait caché le cadavre. Léane et son mari Jullian ont géré chacun ce drame à leur manière. Léane, en s’investissant à corps perdu dans l’écriture. Son mari, quant à lui, en mettant toute son énergie à mener sa propre enquête.

Une épreuve qui a fait exploser leur couple. Installée à Paris, au calme, Léane rédige son nouveau thriller, Le manuscrit inachevé, tandis que son mari s’épuise dans la quête de la vérité près de Berck. Jusqu’au jour où elle reçoit un appel de l’hôpital : Jullian a été agressé et est devenu amnésique. Elle se rend aussitôt à son chevet : son agression a-t-elle un lien avec son enquête sur la mort de Sarah ?

En parallèle, une autre enquête est menée, à priori sans aucun lien avec la première, à des centaines de kilomètres de là : Vic et Vadim, deux policiers de Grenoble, découvrent un cadavre sans visage dans le coffre d’une voiture volée. Quel est donc ce psychopathe qui mutile les corps ainsi ?

Enquêtes sans aucun rapport ? Le talent de Franck Thilliez est justement de relier avec subtilité des éléments à priori étrangers, de semer très judicieusement des indices, pour transformer le lecteur lui-même en enquêteur. Au lecteur d’identifier les liens, afin de ne pas laisser le mystère, à l’image du manuscrit, inachevé.

Un thriller au suspens implacable et machiavélique à souhait

L’angle sous lequel Franck Thilliez aborde ce roman, Le manuscrit inachevé, est absolument original : une succession de mises en abyme, comme autant de poupées russes. La vie de Léane est digne des romans qu’elle écrit. Le drame de la disparition de sa fille, l’agression de son mari, l’homme séquestré qu’elle trouve dans le fort, sont autant de rebondissements qui auraient pu naître de sa plume. Sauf qu’il s’agit de la réalité et non d’une fiction. Une mise en abyme renforcée par le prologue : le roman que le lecteur tient entre les mains est en effet le manuscrit inachevé d’un auteur de thriller, trouvé par son fils dans son grenier à son décès. So titre? Le manuscrit inachevé. Tiens, tiens…

Si imaginer une telle histoire, truffée de rebondissements, avec une construction sans faille, un rythme soutenu, une tension croissante, des indices distillés à point nommé et une fin impossible à anticiper, dut être indiciblement complexe à imaginer et à mettre en place pour Franck Thilliez, sa lecture est d’une fluidité parfaite. Les chapitres courts s’enchaînent, tandis que le lecteur devient le prisonnier consentant d’une lecture diablement addictive. Ne vous laissez pas impressionner par les 600 pages, arrivé à la fin vous en redemanderez!

Un excellent thriller.

Rencontre avec Franck Thilliez : « Pour moi, l’écriture d’un roman, c’est comme un Vendée Globe »

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Ce jeudi 20 juin, les éditions Pocket organisaient une rencontre exceptionnelle avec le talentueux Franck Thilliez, sur les lieux de son nouveau roman paru chez Pocket: Le manuscrit inachevé. Rendez-vous pris au Touquet-Paris-Plage, pour une journée inoubliable avec le maître du thriller français.

Un roman dense comme Le manuscrit inachevé demande combien de temps de préparation, d’écriture ?

En général mes romans sortent au mois de mai et je les ai terminés au mois d’octobre/novembre précédent. Donc à partir du mois de novembre, sans repartir directement dans l’écriture, je réfléchis à ce que sera le prochain,  comment vont évoluer les personnages. Et après, il y a une partie recherche et documentation, je creuse le sujet, c’est une période qui dure six mois. Puis au bout de six mois, quand j’ai mon histoire en tête, je commence à écrire.

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Et lorsque la phase d’écriture commence, avez-vous en tête très précisément les diverses étapes de votre roman, savez-vous exactement quelle sera la destination finale ou cela s’élabore-t-il au fil de l’écriture ?

C’est un peu comme un Vendée globe. C’est-à-dire que vous savez que vous allez d’un point à l’autre, en connaissant les étapes, en sachant qu’à tel endroit cela va être compliqué,. Donc j’ai un peu cette vision là de mon histoire.Parfois les vents me poussent un peu en dehors de la route prévue, mais j’essaye toujours de revenir au chemin initial parce que j’ai un cap en tête à garder.

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En amont, lors de la phase de préparation de votre roman, faites-vous des fiches sur vos personnages, ou avez-vous tous en tête ?

J’utilise en fait un logiciel,  cela s’appelle le Mind Mapping. Au lieu d’avoir ma documentation dispersée partout, de perdre du temps à la retrouver, j’ai toute ma documentation répertoriée dans ce logiciel sous forme d’arborescence. Cela permet de représenter visuellement le chemin de la pensée. J’y mets mes personnages, mes lieux, mes idées et cela crée des arborescences. Comme j’écris des choses très complexes et très documentées, cela m’est très utile. Cela me prend du temps mais me permet ensuite d’avancer plus vite dans la phase d’écriture et de ne pas bloquer ou de ne pas avoir le syndrome de la page blanche.

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Quand vous écrivez, vous rédiger toute la journée, ou vous arrivez à complètement couper de votre roman et à faire autre chose ? Car quand on vous lit, les histoires sont tellement denses, tellement intenses, tellement complexes, qu’on se demande comment vous arrivez à vous en extraire ?

J’écris en journée, mais  pas beaucoup d’heures chaque jour. Car l’écriture est très étalée dans le temps. Après, cela ne me pose aucun problème de passer à autre chose dans la journée. La preuve, je suis avec vous aujourd’hui alors que je suis en phase d’écriture.

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Lisez-vous d’autres auteurs de thrillers contemporains? Ce-faisant avez-vous peur d’être influencé ? 

Dans mon dernier roman, Lucas, il est question d’intelligence artificielle. Alors je vois Bernard Minier, six mois avant que mon roman ne sorte,  on discute de ce que chacun écrit et là Bernard Minier me dit qu’il écrit un roman sur l’intelligence artificielle. Et moi aussi. Cela nous a fait peur, mais heureusement nos livres n’ont absolument rien à voir, l’approche est très différente. Mais d’une manière générale, non, je n’ai pas peur d’être influencé.

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L’île des absents, Caroline Eriksson (Presses de la Cité) : un premier thriller suédois

L’île des absents, Caroline Eriksson

Editions des Presses de la cité, juin 2018

Un premier roman suédois, sur des disparitions inquiétantes au milieu d’un lac à l’eau noire et stagnante, surnommé Cauchemar. De quoi faire frissonner ? Pour ma part, j’ai eu du mal à accoster sur l’île de Caroline Eriksson…

Greta, Alex et leur fille Smilla sont en vacances et décident à cette occasion d’aller faire un tour en hors-bord sur un ilot situé au cœur d’un lac aux eaux sombres et maudites depuis la nuit des temps, surnommé le Cauchemar. Mais arrivés à proximité de l’îlot, Greta préfère rester sur le bateau. Alex et Smilla vont explorer l’île comme deux vrais pirates.

Or les heures passent et Greta ne les voit toujours pas revenir. Aucun bruit, aucun appel, elle décide d’aller à leur rencontre sur l’île. En vain, aucune trace de leur passage. Elle décide alors de rentrer au cottage. Qui sait, ils lui ont peut-être joué un tour et l’attendent bien tranquillement, jubilant de leur farce, à la maison ? Mais quand elle arrive au cottage, seul Tirith, le petit animal de Smilla, l’attend.

Jusqu’ici, je nageais en eaux à peu près claires avec ce roman… Puis l’auteur a prolongé l’intrigue en multipliant les rebondissements tordus, les invraisemblances, les longueurs, de sorte que je ne suis pas parvenue à trouver une réelle crédibilité à cette histoire. Comment expliquer que Greta aille bien tranquillement se coucher, prenne ses repas tout aussi tranquillement, si son conjoint, qui se révèlera être son amant, et la petite Smilla, ont disparu ? Comment expliquer qu’elle fasse des bonds de kangourou au moindre bruit, panique quand elle voit son ombre, mais attend plusieurs jours avant d’alerter la police sur leur disparition ? Certes, Greta souffre de déséquilibres psychologiques issus de son enfance traumatique et a des réactions pour le moins bizarres, mais quand même…Cela ne m’a pas paru bien cohérent.

Le poison de la vérité, Kathleen Barber

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Le poison de la vérité, Kathleen Barber

Editions Michel Lafon, mai 2018

Thriller

Plus dangereuse que le mensonge… la vérité ! Un thriller aux multiples rebondissements, qui vous prend en otage dès la première page.

Josie a trouvé auprès de Caleb la vie sereine, rassurante et aimante qu’elle recherchait. Elle aimerait parfois lui dire ce qu’elle fuit, ces lourds secrets qui sont siens, mais toujours elle recule. Avouer lui avoir dissimulé une partie de sa vie ne risque-t-il pas de mettre en péril la confiance qu’il place en elle ? Leur couple n’en sera-t-il pas fragilisé ? Alors elle se tait.

Mais le passé la rattrape quand Poppy Parnell, journaliste d’investigation, décide de remettre le nez dans une affaire criminelle qui ébranla la société de l’Illinois une douzaine d’années plus tôt : le meurtre de Chuck Buhrman, qui n’est autre que le père de Josie. Certes, un jeune homme de 17 ans, Warren Cave, voisin de Chuck, a été accusé et condamné. Certes, le témoignage visuel de la jumelle de Josie est accablant. Mais. Mais se pourrait-il que Warren soit condamné à tort, comme il le clame ? Se pourrait-il qu’il purge une peine à perpétuité par erreur ? Poppy Parnell veut examiner sans complaisance les maigres preuves qui ont peut-être fait condamner un innocent et, soit rétablir la vérité, soit dissiper les derniers doutes sur ce qui s’est réellement passé. Elle part alors à la rencontre des protagonistes, camera dans son sillage et publie au fur et à mesure de ses avancées des podcasts. Des podcasts croustillants, voyeuristes, qui attirent un public avide de sensations de plus en plus grand.

Pour son premier roman, Kathleen Barber nous offre un thriller rédigé de main de maître. De rebondissement en rebondissement, elle joue avec les nerfs du lecteur, l’emmène sur de fausses pistes, sans jamais relâcher la tension. Les situations et les personnages sont si bien campés, que le lecteur est catapulté aux côtés de Josie, revit avec elle le drame, les tensions et la peur de découvrir une vérité dérangeante. Une lecture en apnée jusqu’à la chute finale. Vertigineuse.

 

 

Une mer si froide, de Linda Huber (Presses de la cité) : un page-turner redoutable!

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Une mer si froide, Linda Huber

Traduit de l’anglais par Cécile Leclère

Editions Presses de la cité, mai 2017

 

Construite comme un thriller, rythmée par l’implacable mécanique du suspense, une poignante histoire de deuil, de maternité et de résilience. Un véritable page-turner !

 

En ce mois d’août, Colin, sa femme Maggie et leurs deux jeunes enfants passent des vacances complices et joyeuses au bord de la mer, en Cornouailles. Jusqu’à ce moment où leur fille Olivia, trois ans, échappe à leur surveillance. Et le cauchemar de commencer. Malgré des recherches intensives menées en mer et sur terre, le petit corps d’Olivia n’est pas retrouvé. Sans classer l’enquête, la police conclut à une mort par noyade. Culpabilité, désespoir rongent le couple. Comment rester debout face à la perte de son enfant ? Comment faire le deuil quand on n’a pas de corps et que tout espoir de la retrouver vivante, aussi illusoire et infime soit-il, n’est pas perdu ?

A quelques kilomètres de là, Jennifer est une maman comblée. Enceinte de jumeaux, elle va donner un frère et une sœur à sa petite Hailey, 5 ans. Mais un nuage vient obscurcir son ciel : le comportement de Hailey n’est pas celui d’une petite fille aimante. Distante, apeurée, elle n’a de cesse de la contrarier, de contrarier ses plans et les espoirs qu’elle fonde en elle. Un comportement étrange que notera l’institutrice d’Hailey, Katie. Que se passe-t-il dans la tête et l’intimité de cette enfant pour qu’elle soit si apeurée et mutique à l’école ? Katie, très attachée à la petite, est bien déterminée à le découvrir.

Avec une mécanique du suspense redoutable, Linda Huber prend son lecteur en otage et ne le libère qu’à la toute dernière page, consentante victime d’une lecture en apnée. Aucun temps mort, des indices savamment distillés, une analyse psychologique très fine des personnages, vous ne pourrez pas reposer le roman une fois la lecture commencée ! Un très bon page-turner.

 

Rentrée littéraire : Chanson douce, Leila Slimani (Gallimard)

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Chanson douce, Leila Slimani

Editions Gallimard, août 2016

Rentrée littéraire

Un roman au suspense envoûtant. Un style sec et tranchant. Coup de cœur de cette rentrée littéraire !

Ne vous fiez pas au titre, aux notes tendres qu’il évoque. Ceci est juste destiné à endormir votre méfiance, à vous bercer d’illusions, à l’image du procédé utilisé par la nurse devant le jeune couple. Et votre vertige n’en sera que plus grand.

Mère de deux enfants, Myriam a mis de côté sa carrière professionnelle brillante d’avocate pour s’occuper des petits. Mais au fil des mois, une frustration de plus en plus grande l’envahit. Elle qui a fait tant de sacrifices pour réussir ses études, qui aime tant sa profession, se sent mourir intérieurement de n’avoir rien d’autre à raconter que les pitreries des enfants. A bout, elle fait part à Paul, son mari, de la nécessité absolue qu’elle retravaille.

Il faut alors engager une nounou.

Après un casting sévère, elle trouve la perle : Louise. Louise se révèle non seulement être une nounou attentionnée, créative, merveilleuse avec les enfants, mais bientôt, c’est de toute la maisonnée dont elle va prendre soin. Ménage, cuisine, décoration, courses, Louise devient indispensable au couple. Acceptée et aimée par tous. Un membre de la famille en quelque sorte.

Pourtant, d’emblée le lecteur sait cette femme terriblement dangereuse. Le livre s’ouvre en effet sur le meutre des enfants perpétré par la nounou. Tandis que l’auteur évoque les mois qui ont précédé cette macabre découverte, le lecteur a une longueur d’avance sur les parents, scanne chaque fait et geste de la nurse, sait qu’un drame se prépare, sent la tension monter de façon extraordinaire. Sans pouvoir prévenir hélas ces derniers.

C’est un thriller glaçant d’une efficacité redoutable que nous offre Leila Slimani. Impossible de reposer le roman une fois la lecture commencée. Avec un style acéré, vif, Leila Slimani aborde les problèmes de notre époque, avec sa conception de l’amour et de l’éducation, des rapports de domination et d’argent, des préjugés de classe ou de culture. Envoûtant.

Alabama Shooting, de John N. Turner (éditions de l’Aube)

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Alabama shooting, John N. Turner
Éditions de L’aube, juin 2015

John N. Turner a décidé de faire de l’Amérique un personnage à part entière de ses livres. S’inspirant librement de faits réels et documentés, il nous interroge sur la violence- celle que nous portons tous en nous, celle que la société autorise, celle que la société ne contrôle pas.
Février 2010. Trois personnes perdent la vie dans une fusillade qui éclate sur le campus de l’Université de l’Alabama, à Huntsville. Trois autres personnes sont gravement blessées. Un individu a en effet ouvert le feu dans le local où ils tenaient une réunion, dans le pavillon des neurosciences de l’université. Aussitôt, l’arme ainsi que le vêtement ensanglanté de la meurtrière sont retrouvés dans une poubelle des toilettes. Une suspecte est arrêtée. Et le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’a pas le « profil » d’une tueuse de prime abord : il s’agit en effet d’un membre de la faculté, le professeur Joan Travers, 45 ans, diplômée de la prestigieuse université de Harvard et mère de quatre enfants.
Alors que toutes les preuves l’accablent, que les témoins sont unanimes, la femme hurle son innocence. Stratège ? Fuite en avant ? Amnésie ? Désordre mental ?
Tandis qu’elle est incarcérée et placée en isolement dans l’attente de son jugement, Joan repasse sur l’écran de ses pensées le film de sa vie. Y a-t-il dans son parcours des éléments qui expliquent son geste ? La cellule familiale dans laquelle elle a grandi portait-elle en elle le germe de cette folie meurtrière ? Est-elle seulement coupable de ces crimes ?

Avec Alabama shooting, John N. Turner nous offre une histoire captivante, brillamment construite, dans un style très fluide, qui tient le lecteur en haleine de la première à la dernière page. Avec une chute vertigineuse. Le destin passionnant d’une femme en quête de reconnaissance, qui soulève de nombreuses questions, notamment sur l’opposition culpabilité/responsabilité ou encore la vente libre des armes.
Un thriller efficace et passionnant !

Glissez Alain Mabanckou dans votre poche!

Tais-toi et meurs, de Alain Mabanckou

Éditions du livre de poche, juillet 2014

 

La France, une terre riche en promesses, le sol d’un futur possible pour Julien Makambo et ses frères. Du moins est-ce leur perception depuis le Congo. Muni de faux papiers, il décide donc de tenter sa chance. Et de débarquer sous l’identité de José Montfort à Roissy, où l’attend Pedro, figure de proue du milieu congolais, l’homme qui incarne la réussite entre tous à Paris. « Les jeunes rêvaient de lui ressembler, c’est à dire venir en France, porter de beaux vêtements et descendre au pays pendant la saison sèche pour impressionner la population. »

     Pedro le prend sous son aile, tel un grand-frère. Un abri rue du Paradis où ils s’entassent à sept dans un petit logement, des combines souterraines avec des vols de chéquiers, une nouvelle identité, José Montfort devient le bras droit de son mentor, lui est redevable. Mais cette économie parallèle ne leur permet plus de vivre, crise oblige. Il emboîte alors le pas à Pedro pour une mission mystérieuse censée leur rapporter gros. Mais en ce vendredi 13, rue du Canada, l’affaire tourne mal. Sous ses yeux, le contact de Pedro, une jeune femme blonde, est défenestrée. Les témoins de la chute repèrent Julien. Un homme de race noire dans les parages, c’est forcément suspect. Coupable facile?

     La chasse à l’homme commence. Les esprits s’échauffent. La question de l’immigration en France revient au coeur de l’actualité. Makambo, dont la signification du nom en lingala est « les ennuis » est arrêté. Dans sa cellule, il écrit son histoire.

     Pedro viendra t-il à son secours? Les siens agiront-ils en frères protecteurs? Est-il le bouc émissaire des seuls locaux à l’égard des étrangers ou l’est-il aussi de ceux du milieu congolais? Quelles sont les règles? Quelles sont ses chances d’en sortir?

     Dans ce roman noir, Alain Mabanckou nous dresse un portrait édifiant de ces immigrés à Paris, des moyens à leur disposition pour subsister à travers une économie parallèle, de leur quotidien bien éloigné du rêve qu’ils en avaient . L’occasion de dénoncer les préjugés racistes auxquels ils doivent faire face, de pointer cette facilité avec laquelle on juge, sans savoir, sans vouloir savoir, sans comprendre…

     Un thriller haletant doublé d’une étude sociologique saisissante.

La Kar’Interview de René Manzor!

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Rencontre avec un auteur d’une gentillesse à l’image de son talent – immense, à la faveur de la parution de son deuxième roman, Celui dont le nom n’est plus, aux éditions Kero. Un thriller magistral aux frontières de l’amour et de la mort.

 

Pouvez-vous rapidement vous présenter, René Manzor?

Né de père Français, de mère Uruguayenne, j’ai toujours eu un pied sur le vieux continent et un sur le nouveau. Une enfance dans les valises qui m’a donné très tôt l’envie, le besoin même, de raconter. J’ai d’abord assouvi ce besoin à travers le cinéma avec des long-métrages comme “Le Passage”, “3615 Code Père Noël”, “Un Amour de Sorcière”, “Dédales”. Puis j’ai eu la chance que ces films soient appréciés par Steven Spielberg qui m’a invité à Hollywood pour travailler sur un projet. Je comptais y passer quelques mois, j’y suis resté dix ans. Pendant ces dix ans, j’ai réalisé pour la télé et le cinéma, et j’ai continué à écrire beaucoup, pour moi et pour les autres. Mais mes écrits d’adolescent étaient romanesques. Certains écrivains rêvent de faire du cinéma, moi j’ai toujours rêvé d’écrire des romans. C’est la plus belle façon de raconter une histoire, la plus directe. On a ses mots pour seul bagage.

Celui dont le nom n’est plus est votre deuxième roman, après Les âmes rivales, paru lui aussi aux éditions Kero. Comment passe t-on de l’écriture de scénarios pour le cinema et la télévision au roman? Appréhende t-on différemment l’écriture d’un roman et celle d’un film?

Si j’ai ressenti une difficulté, ça a été de me détacher de l’écriture romanesque en abordant le cinéma, plutôt que d’y revenir. Je me souviens qu’après avoir lu le scénario du “Passage”, Alain Delon m’avait dit: “J’ai beaucoup aimé votre roman”. Et il ne plaisantait qu’à moitié. Un film, c’est une suite d’écritures successives dont le scénario n’est que la première. Le tournage, la direction d’acteur, le montage, le mixage sont une suite de réécritures que l’on a remise à plus tard au moment de la conception du scénario. Quand on écrit un roman, on ne peut rien remettre à plus tard. Tout doit être dit. L’intrigue et les dialogues ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Les états d’âme des personnages, leurs pensées les plus intimes sont communiquées au lecteur. Quand on écrit pour la caméra, on se doit d’être objectif, sec, clinique, factuel. Quand on écrit pour le roman, le subjectif l’emporte.

A ce titre, je trouve votre écriture romanesque extrêmement visuelle. Lire vos romans, c’est visualiser les personnages, leur univers, les sentir, les voir, les entendre. Comme si nous regardions un film. Troublant. Une adaptation à l’écran est-elle envisagée?

C’est drôle que vous me posiez cette question car j’ai tout fait pour tourner le dos à cette éventualité. Pour moi, adapter « Celui dont le Nom n’est plus » au cinéma reviendrait à en faire le remake. Car j’ai vraiment l’impression d’avoir déjà filmé cette histoire avec des mots. Le porter à l’écran me permettrait juste de raconter cette histoire à ceux qui ne lisent pas. Du reste, si l’occasion se présentait, je ne pense pas que je le ferais au cinéma. Le format d’une mini-série de six fois une heure me permettrait de la raconter plus en profondeur qu’un long-métrage.

Vos romans sont étayés de connaissances très précises en médecine légiste, aussi bien qu’en génétique, en greffe d’organes, en criminologie, etc., ce qui apporte un crédit certain aux situations. Y a t-il un gros travail de documentation en amont?

Mes études en faculté se sont partagées entre la Médecine et les Beaux-Arts. Et, si je les interrompues pour faire du cinéma très jeune, elles m’ont apporté rigueur et endurance. Quand j’écris, j’ai besoin de me structurer, de construire un enclos très solide pour mon histoire, de façon à pouvoir y lâcher les chevaux sauvages de l’imagination l’instant d’après. L’imaginaire n’accepte pas facilement d’être domestiqué. C’est pourquoi, chez moi, une structure classique en trois actes, un plan de l’intrigue, et une enquête documentée extrêmement poussée précèdent toujours la rédaction proprement dite. Quant aux personnages, je les travaille indépendamment du récit. Je leur construis une existence, une vie avant l’histoire et après l’histoire. Je leur imagine des qualités, des défauts surtout et, comble du luxe, des manies. Ils finissent par avoir leur propre logique, indépendante de la mienne et souvent il nous arrive de ne pas être d’accord sur leur manière de se comporter dans telle ou telle situation. Quand j’en arrive à ce stade, c’est que le personnage existe vraiment. Et ses attaques constantes contre la structure de l’intrigue contribuent à la rendre surprenante.

Celui dont le nom n’est plus est un thriller haletant aux frontières de l’amour et de la mort. Comment vous est venue l’idée de ce roman? Et d’une manière plus générale, d’où vous vient l’inspiration que ce soit pour les scénarios ou pour les romans?

Cela part généralement d’une simple idée. Une question à laquelle je n’ai pas de réponse. En confrontant mes personnages aux dangers de l’intrigue que je tisse pour eux, je les pousse à y répondre. Pour « LE PASSAGE » c’était : l’amour est-il plus fort que la mort ? Pour « DÉDALES » : sommes-nous une seule personne ou plusieurs ? Pour « les âmes rivales » : nos sentiments nous survivent-ils ? Pour « CELUI DONT LE NOM N’EST PLUS » : le deuil est-il une convalescence dont on se remet ?

Ce roman relate une série de meurtres étranges obéissant au même modus operandi : les organes des victimes ont été prélevés, tandis que la dépouille est abandonnée après avoir été préparée selon un rite funéraire précis. Plus déroutant encore, les meurtriers semblent être des proches. Autrement dit, ces mêmes personnes, capables d’amour, peuvent aussi donner la mort. Pensez-vous que le mal soit inscrit à même enseigne que le bien en chacun d’entre nous?

Nous ne sommes ni le Bien ni le Mal. Nous sommes le champ de bataille. Quand on est piétiné par l’un et l’autre, difficile de rester neutre ou de prendre partie. Chacun d’entre nous gère sa balance comme il peut avec les cartes reçues à la naissance. Mais on ne règle pas le problème en bannissant le Mal, comme Dieu l’a fait avec Satan dans les religions du Livre. La lumière a besoin des ténèbres pour exister.

Sans déflorer le roman, pour ceux qui ne l’ont pas encore lu, il y a une thématique qui semble vous être chère et était déjà présente dans Les âmes rivales, celle de ce qui se passe au delà de la mort, cette zone obscure qui intrigue, effraie parfois. Réincarnation, ésotérisme, survie des sentiments par delà la mort, d’où vous vient cette fascination?

Ce que j’aime dans ces zones mystérieuses, c’est la liberté qu’elles offrent à l’imaginaire. Mais je ne m’y sens à l’aise que si les amarres du « crédible » ne sont pas coupées. J’ai besoin que mes histoires se déroulent dans un monde bien réel, que le lecteur croie à cette réalité, qu’elle lui soit familière. J’ai besoin qu’il puisse se projeter facilement dans mes personnages de façon à être confronté comme eux à des événements qui le dépassent. Ce qui m’intéresse, dans le genre du thriller, ce sont ces moments où les personnages d’une histoire, en même temps que leurs lecteurs, sont obligés progressivement d’abandonner le cartésianisme qui les gouverne pour s’ouvrir à une autre façon de voir les choses, là où l’intuition et l’instinct sont plus utiles que la raison.

Une mort qui peut parfois être évitée grâce aux greffes, encore trop peu nombreuses hélas, du fait de l’insuffisance de donneurs. Un sujet très présent dans ce roman et une cause qui vous est chère, avec ce formulaire en fin de roman, qui invite à s’inscrire comme donneur d’organes et de tissus. Pouvez-vous nous parler de cet engagement?

Je refuse l’idée que l’être humain puisse être plus égoïste mort que vivant. Pourquoi refuser de sauver sept vies quand on n’est plus bon à rien ? Donner sa vie de son vivant, c’est miraculeux. Mais le faire, après sa mort, c’est la plus belle opportunité que la Science nous ait donnée ! Si l’un des nos enfants avait besoin d’une greffe pour survivre, serions-nous toujours contre le don d’organe ? On ne peut pas rester insensible à ça. L’année dernière, rien qu’en France, 537 personnes sont mortes faute de greffon disponible. Un petit mot glissé dans votre portefeuille autorisant à prélever vos organes après votre mort ne vous coûtera que 20 secondes. 20 secondes pour sauver sept vies, c’est pas grand chose.

Si vous deviez citer une seule phrase de ce roman, laquelle choisiriez-vous?

La vérité se nourrit du partage. Le mensonge, du secret.

Que souhaitez-vous partager avec vos lecteurs?

L’imaginaire. La lecture est une conversation silencieuse, intime entre deux personnes. De jardin secret à jardin secret.

Votre prochain projet. Est-il trop tôt pour en parler ou pouvez-vous nous en dire deux mots?

Entre deux projets personnels, j’aime ces moments où je mets mon univers en jachère pour mettre mon petit savoir faire de conteur au service des autres. J’aime le rythme infernal que le tournage des séries télé ou des clips impose à l’imaginaire. Moins d’argent, moins de temps, on travaille à l’instinct. Il faut être au filet en permanence, on doit smatcher sur toutes les balles. Bien plus utile pour rester créativement en forme que la pub qui fait grossir.

Mais aujourd’hui, le projet personnel qui me passionne le plus est une série européenne d’anticipation que j’écris en anglais pour des producteurs français, polonais, américains et russes. Une première saison de huit épisodes, dont deux sont déjà écrits. Un tournage prévu fin 2015. C’est donc trop tôt pour en parler. Il y a aussi le troisième roman qui est en cours d’écriture et que j’ai promis à mes éditeurs pour mai 2016. Mes journées de travail font des polders sur mes nuits. La vie est trop courte quand on la vit passionnément. Et il y a tant d’histoires à raconter…

                                                                                                                                                                                      Propos recueillis le 3 juillet 2014

Retrouvez la chronique que j’ai consacrée au nouveau roman de René Manzor, en cliquant sur ce lien : Celui dont le nom n’est plus (éditions Kero)