Hippocrate aux enfers, de Michel Cymes (éditions Stock) : édifiant!

Hippocrate aux enfers, de Michel Cymes

Les médecins des camps de la mort.

Editions Stock, janvier 2015

 

Quand Michel Cymes se retrouve en pèlerinage à Auschwitz-Birkenau, camp où ses deux grands-pères ont perdu la vie, c’est l’incompréhension non seulement pour l’homme mais aussi pour le médecin en lui. En effet, ce camp a été le théâtre de nombreuses expériences inhumaines de la part de docteurs tels Josef Mengele, Sigmund Rascher, August Hirt ou encore Carl Clauberg pour ne citer qu’eux. Castration aux rayons X, mort par hypoxie ou par hypothermie, mutilations, brûlures au gaz moutarde, ablation d’organes sans anesthésie ne sont que quelques exemples des sévices exercés. « Comment peut-on vouloir épouser un métier dont le but ultime est de sauver des vies et donner la mort aussi cruellement? » Qu’est-ce qui a pu faire basculer ces médecins vers l’horreur et considérer leurs patients comme des cobayes, comme des sous-êtres humains? « Moi j’expérimente sur des hommes et non sur des cobayes ou des souris » revendiquait fièrement le docteur Sigmund Rascher.

De retour d’Auschwitz, Michel Cymes décide de partir sur les traces de ces médecins tortionnaires et criminels. Pour essayer de comprendre qui étaient ces êtres. Pour essayer de cerner le but de ces expériences atroces. Furent-elles gratuites ou ont-elles fait avancer la science? Que sont devenus ces tortionnaires?

Un ouvrage de mémoire édifiant, très bien documenté, qui met en lumière des points obscurs de l’Histoire. Non, ces médecins n’étaient pas des petits docteurs ratés. Non, ils n’étaient pas seuls. Non, à la libération, tous n’ont pas été sanctionnés. Certains furent même recrutés par les alliés, heureux d’avoir dans leurs équipes des scientifiques expérimentés, fussent-ils des criminels…

A lire!

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Le colonel et l’appât 455, de Fariba Hachtroudi (Albin Michel), sélection du prix de la Closerie des Lilas

9782226254252g

Le colonel et l’appât 455, de Fariba Hachtroudi

Éditions Albin Michel, janvier 2014

Dans ce roman aussi subtil qu’envoûtant, Fariba Hachtroudi, romancière et journaliste née en Iran, Grand Prix des droits de l’homme 2001, explore comme dans une tragédie antique l’engrenage totalitaire qui veut broyer les êtres ainsi que le pouvoir infini de l’amour.

Peut-on pardonner à ses bourreaux? C’est la question que soulève ce nouveau roman de Fariba Hachtroudi. Quand l’ex-colonel de la République théologique, en exil loin de son pays, se rend au bureau des demandeurs d’asile politique pour tenter d’obtenir enfin sa régularisation, c’est le choc. La femme assise près de lui, cette nouvelle traductrice appelée en remplacement, ne lui est pas inconnue… Si elle ne peut pas l’identifier, lui a eu tout le loisir de l’observer, tandis qu’il était responsable de la sécurité à la prison de Devine. Car cette femme,Vima, n’est autre que l’appât 455, héroîne malgré elle de Devine par la résistance surhumaine qu’elle a opposée à la torture tant physique que psychologique. Tout supporter plutôt que de risquer de trahir son mari. Tout supporter par amour.

Naît alors une relation complexe entre l’ex-bourreau et son ex-détenue, tous deux poussés loin de leur pays par la même motivation : l’amour inconditionnel qu’ils vouent à leur conjoint. Avec une écriture tendue, des mots acérés, un rythme soutenu, l’auteur nous fait pénétrer dans les pensées des deux protagonistes, héros chacun à leur manière. Une introspection qui de rebondissements en rebondissements bousculera la donne : les bourreaux sont-ils ceux désignés comme tels? L’ex-colonel n’est-il pas lui-même une victime du régime? Et si le mal pouvait s’inscrire à même enseigne que le bien en chacun d’entre nous? La répartition des êtres entre victimes et bourreaux n’est pas si manichéenne qu’elle en a l’air…

Un roman bouleversant qui dégage une énergie folle, celle de deux êtres qui ont tout sacrifié par amour. Un vrai coup de coeur!

P.178 : On n’inspire pas l’amour, je ne le crois pas. On le provoque parfois lorsque l’autre est en phase. Les sentiments résultent d’une disposition mentale. C’est une affaire strictement personnelle, de soi à soi.

Ce roman fait partie de la première sélection du Prix de la Closerie des lilas 2014.