Le dernier livre de Tracy Chevalier, Le nouveau

le nouveau Tracy Chevalier éditions Phebus

Vingt ans après l’énorme succès de La jeune fille à la perle, Tracy Chevalier relève un nouveau défi : transposer l’intrigue d’Othello dans une cour de récréation d’école primaire dans les années 70. Chronique d’un racisme ordinaire qui ne m’a cependant pas complètement convaincue…

Racisme à l’école

Osei est le fils d’un diplomate ghanéen. Habitué à suivre son père à travers le monde, il est de même rompu aux déménagements, au statut de « nouveau » dans les écoles. Quand, au milieu des années 70, il arrive dans cette école primaire d’une banlieue de Washington, il n’est pas seulement nouveau par son arrivée en fin d’année scolaire. Il est aussi nouveau au sens de différent : Osei est en effet le seul petit élève noir.

Une différence qui n’est pas dénuée de charme aux yeux de Dee, une élève populaire de l’école. Sa bienveillance envers Osei, sa curiosité pour son parcours, se transforment peu à peu en attirance. Une attitude qui tranche avec le racisme ambiant. Ce rapprochement n’est ni au goût des professeurs, ni au goût des autres élèves, particulièrement Ian, le caïd de l’école. Et ce dernier d’imaginer un complot pour briser les liens entre Dee et Osei.

Mon avis sur Le nouveau

Dans ce roman, Tracy Chevalier dénonce le racisme et les préjugés véhiculés par les adultes, y compris le corps enseignant, et le mimétisme qui en découle chez les enfants, lesquels se font l’écho de ces idées reçues dans la cour de récré et mettent d’emblée Osei au ban sans s’être donné la peine de faire sa connaissance. On mesure alors, dans cette transposition d’Othello, toute la modernité du drame Shakespearien, lequel est encore hélas d’actualité plus de 3 siècles après sa création. Pour autant, j’ai eu de la peine à entrer en empathie avec les personnages : la sexualité des enfants (censés être en école primaire), leurs jeux amoureux, ne m’ont pas paru crédibles car prématurés pour leur âge. Si le thème abordé m’a beaucoup plu et parlé, si l’auteure montre combien la cruauté des propos des enfants n’est souvent que le reflet de ce qu’ils ont entendu dans la bouche des adultes, j’ai trouvé la transposition d’Othello à une classe de CM2 inadaptée. Un sentiment mitigé, donc…

 

 

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A l’orée du verger, Tracy chevalier : des pommes de la discorde aux arbres de l’espérance…

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A l’orée du verger, Tracy Chevalier

Editions de la table ronde, mai 2016

 

Tracy Chevalier nous plonge dans l’histoire des pionniers et dans celle, méconnue, des arbres, de la culture des pommiers au commerce des arbres millénaires de Californie. À l’orée du verger peint une fresque sombre, mais profondément humaniste, et rend hommage à ces femmes et ces hommes qui ont construit les États-Unis.

 

Né dans le Connecticut, cadet d’une famille de 6 enfants, James n’a pas de quoi s’établir là où vit sa famille. Sans compter que sa femme Sadie, au caractère bien trempé, ne s’entend pas avec les siens. Dès lors, pourquoi ne pas tenter leur chance dans le grand ouest ? Et de partir pour le Black Swamp, ou « marais noir », une zone humide alimentée par les glaciers du nord-ouest de l’Ohio. Passionné par les arbres, et tout particulièrement les pommiers, James envisage d’y développer un verger. S’il parvient à défricher ces terres hostiles, putrides, et à y faire pousser 50 pommiers, alors aux yeux de la loi il deviendra propriétaire.

Tandis qu’il s’attèle corps et âme à la tâche, Sadie enchaîne les grossesses, délaissée par un mari qui n’a d’yeux que pour ses pommes adorées. Chaque jour est une lutte pour survivre. « On ne vivait pas grâce à cette terre, non : on était en vie malgré elle. Cette terre cherchait à avoir notre peau, que ce soit avec la fièvre, les moustiques, la boue, l’humidité, la chaleur ou le froid. » Atteints de la fièvre des marais, chaque année charrie son lot de maladies et de décès parmi les enfants. Très vite, le verger devient la pomme de la discorde. La guerre est déclarée dans le couple.

Jusqu’au drame.

Pour oublier ce dont il a été témoin, Robert, le benjamin de la fratrie, fasciné comme son père par la culture des arbres, s’enfuit le plus loin possible. De petit boulot en petit boulot, il s’enfonce toujours plus vers l’ouest, se passionne pour la botanique, tente de refaire sa vie. Mais mettre une distance physique entre le Black Swamp et lui est une chose. Fuir ses pensées en est une autre. Où qu’il aille, il reste prisonnier de ces dernières.

Avec A l’orée du verger, Tracy chevalier nous offre un roman historique fascinant, richement documenté, aux personnages indiciblement attachants, où hommes et arbres sont unis dans leur combat pour la vie. Un combat âpre, sans merci, mais non exempt de joies et de rencontres lumineuses.

Un roman magnifique!