Rentrée littéraire : Les évasions particulières, Véronique Olmi

Les évasions praticulières
©Karine Fléjo photographie

Saga familiale et peinture sociale de l’après-mai 68, Les évasions particulières est une fresque de l’intime sur fond d’émancipation féminine

Mai 1968 : la fin d’une époque

Nous sommes dans les années 1970 à Aix en Provence, dans la famille Malivieri. Elles sont trois sœurs, grandissant dans une famille modeste de province, à une période charnière, celle de l’après mai 68.

Hélène, la cadette, âgée de 11 ans, se partage entre la vie bourgeoise chez son oncle à Neuilly, et la vie beaucoup plus modeste chez ses parents Agnès et Bruno à Aix. Une enfance entre deux familles, deux façons de vivre, deux univers à l’opposé l’un de l’autre. Sabine, l’ainée, rêve de gagner la capitale, de s’affranchir de la famille et du collège et de percer en tant qu’actrice. Mariette, la petite dernière, de santé fragile, va rester à la maison tandis que ses sœurs ont quitté le nid et est porteuse d’un secret douloureux.

Agnès ne s’affranchit de sa condition de femme au foyer que lorsqu’elle retrouve son amie Laurence, une femme libre et affirmée. Ses filles, elles, n’entendent pas marcher dans ses pas :

Il y avait ce pressentiment qu’elles n’étaient peut-être pas obligées de vivre comme on leur demandait de vivre.. Etre la copie exacte de leurs parents. Après le bac, elles feraient des études, apprendraient un métier que peut-être elles pourraient exercer, même en ayant des enfants.

Cette famille unie, aimante, va vivre une réplique du séisme de mai 1968. Chacune des filles, ainsi que leur mère, va devoir trouver sa place dans cette société en pleine mutation, tandis que la bataille pour le droit à l’avortement et la lutte pour le droit à la contraception font rage, que la cause féministe fait entendre de plus en plus sa voix, que l’homosexualité cesse d’être considérée comme une maladie.

Tandis que le monde bouge, que les repères explosent, chacun, avec sa personnalité, son vécu, ses aspirations, doit trouver sa voie..

Radioscopie d’une époque

J’avais plébiscité Bakhita, le précédent roman de Véronique Olmi, paru en 2017 (chronique ici). J’étais donc impatiente de découvrir un nouveau roman signé de la plume de l’auteure. Avec Les évasions particulières, Véronique Olmi s’attache à observer les répercussions que peuvent avoir eu les évènements de mai 68 sur une famille modeste de province. C’est l’histoire d’une décennie déterminante dans l’histoire de la défense du droit des femmes. Un roman sur l’engagement, la combattivité, combat pour la cause féminine qui se perpétue à l’heure actuelle.

Si j’ai dévoré les 200 premières pages du roman, je dois avouer m’être un peu essoufflée ensuite, ne trouvant pas la même tension narrative qu’au début dans le déroulement de cette saga familiale. J’ai retrouvé la très belle écriture de l’auteure mais n’ai pas ressenti l’enthousiasme qu’avait soulevé en moi son précédent roman jusqu’au bout… Cela n’en reste pas moins une très belle peinture de notre société, du début des années 70 à l’élection de François Mitterrand en 1981, avec cette interrogation en filigrane : comment fait-on pour s’adapter, trouver sa place lors des grands bouleversements?

Coup de coeur pour Bakhita, de Véronique Olmi

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Bakhita, Véronique Olmi

Editions Albin Michel

Rentrée littéraire

L’histoire bouleversante d’une femme d’exception, animée d’une force intérieure inouïe, tour à tour esclave, religieuse, puis béatifiée et canonisée.

 Enfant du Darfour, Bakhita n’a que 7 ans quand deux hommes l’enlèvent à proximité de son village au Soudan. Arrachée à sa famille, commence pour elle une longue marche, enchaînée, jusqu’au marché des esclaves. Malgré son jeune âge, la souffrance, la faim et la soif, elle ne dit rien. Encaisse. Obéit. Non pas résignée à son sort, mais déjà mue par un incroyable instinct de survie. Dans toute situation, son intelligence lui dicte ce qu’il faut faire, dire, accepter, pour rester vivante. Achetée et revendue de multiples fois comme une simple marchandise, Bakhita surmonte les humiliations, les tortures, les viols, apprend à vivre dans l’intranquillité permanente et la soumission. Elle oublie peu à peu son nom, son dialecte d’origine. Mais garde l’espoir de retrouver un jour les siens. Et reste debout.

A l’âge de 13 ans, achetée par le consul italien en poste à Karthoum, sa vie prend enfin un tournant plus clément. Certes elle appartient toujours à un maître, mais elle n’est plus avilie ni violentée. Elle embarque alors pour l’Italie, pays qui va lui offrir quelques années plus tard la liberté. Mais aussi lui faire découvrir la foi.

Dans cette biographie romancée, Véronique Olmi se glisse avec brio dans la tête de cette femme remarquable d’humanité que fut Bakhita. Avec une puissance évocatrice rare, une sensibilité à fleur de plume et une analyse psychologique extrêmement fine, elle tente de mettre à jour comment il a été possible à cette enfant puis adolescente et femme, de survivre à l’inhumain. Comment, chaque jour de sa vie, et malgré la souffrance tant physique que morale, elle a puisé en elle le courage de lutter. Non seulement cette femme a survécu à l’enfer, mais elle n’a nourri aucune rancœur ni haine envers son prochain, entièrement dévouée  aux autres toute sa vie…

Un roman magnifique, indiciblement émouvant, sur un être d’une résistance intérieure et d’une bonté exceptionnelles.

Prix du roman Fnac 2017 : Véronique Olmi

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La Fnac a organisé pour la 16ème année consécutive le Prix du Roman Fnac, en récompensant un roman exceptionnel, à l’issue d’un processus associant libraires experts et lecteurs amateurs. Pendant l’été, 400 adhérents et autant de libraires FNAC se sont immergés dans les centaines de romans de la rentrée littéraire, qu’ils apprécient en toute indépendance, contribuant ainsi à une première sélection de 35 ouvrages, puis de 5 ouvrages finalistes. Le prix cette année est décerné à Véronique Olmi pour Bakhita, aux éditions Albin Michel.

Le roman :

Elle a été enlevée à sept ans dans son village du Darfour et a connu toutes les horreurs et les souffrances de l’esclavage. Rachetée à l’adolescence par le consul d’Italie, elle découvre un pays d’inégalités, de pauvreté et d’exclusion. Affranchie à la suite d’un procès retentissant à Venise, elle entre dans les ordres et traverse le tumulte des deux guerres mondiales et du fascisme en vouant sa vie aux enfants pauvres. Bakhita est le roman bouleversant de cette femme exceptionnelle qui fut tour à tour captive, domestique, religieuse et sainte. Avec une rare puissance d’évocation, Véronique Olmi en restitue le destin, les combats incroyables, la force et la grandeur d’âme dont la source cachée puise au souvenir de sa petite enfance avant qu’elle soit razziée.

L’auteur :

Véronique Olmi est comédienne, romancière et dramaturge. Elle a publié chez Albin Michel trois romans, Nous étions faits pour être heureux (2012), La nuit en vérité (2013), J’aimais mieux quand c’était toi (2015) et deux pièces de théâtre Une séparation (2014) et Un autre que moi (2016).

Véronique Olmi recevra son Prix lors de l’inauguration de Forum Fnac Livres, ce vendredi 15 septembre, par l’invitée d’honneur du Forum, Leïla Slimani.