Rentrée littéraire : Tombée des nues, Violaine Bérot. Puissant.

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Tombée des nues, Violaine Bérot

Editions Buchet-Chastel, janvier 2018

Rentrée littéraire 2018

 Une écriture menée cœur battant, comme une urgence. Violaine Bérot nous revient avec force et talent dans Tombée des nues, où elle aborde le sujet du déni de grossesse et de l’instinct maternel. Un roman coup de poing et coup de cœur !

Marion, Baptiste et leur chienne Sucette vivent une vie simple à la sortie d’un village reculé. Le jeune couple élève des chèvres et travaille beaucoup. Une vie de labeur qui se trouve bouleversée le jour où Marion est prise de violentes douleurs. Elle est en train d’accoucher. Or personne, ni elle ni même son mari, n’a soupçonné ces neufs derniers mois qu’elle était enceinte. Pas de ventre rond, aucun signe apparent de la vie qui grandissait en elle. En état de sidération, Marion reste mutique devant la petite fille qu’elle vient de mettre au monde. Culturellement, la naissance d’un enfant est source de bonheur, or pour les femmes victimes d’un déni de grossesse, « ce qui leur arrive est trop inconcevable pour qu’elles puissent l’accepter, quelques heures avant elles n’étaient pas enceinte et voilà qu’un bébé sort de leur corps, c’est à rendre fou n’importe qui, ça dépasse l’entendement. »

Quelle souffrance psychologique peut ainsi conduire une femme à laisser grandir dans son ventre un bébé sans l’autoriser à exister ? De quoi se protège Marion pour refuser de s’écouter à ce point ? Parviendra-t-elle à tisser des liens avec ce petit être malgré tout ?

J’avais adoré le précédent roman de Violaine Bérot, Nue sous la lune. On retrouve ici tout le talent de l’auteur. Ce roman, comme le précédent, véhicule une force émotionnelle hors du commun. L’écriture est rapide, précise, incisive. La tension permanente. Comme un cœur qui s’affole et cogne dans chaque mot. Et d’entraîner le lecteur dans une course, celle de l’urgence d’aider cette femme et cet enfant, tous deux perdus.

 

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Nue, sous la lune, de Violaine Bérot : coup de coeur!

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Nue sous la lune, Violaine Bérot

Editions Buchet/Chastel,  à paraître le 12 janvier 2017

Rentrée littéraire

Un magnifique roman, poétique, d’une extrême justesse, vibrant de sensibilité, sur cette tragédie que réprésente le fait de devenir « personne ». Coup de cœur de cette rentrée littéraire !

Elle a tout abandonné pour lui : sa carrière d’artiste reconnue, sa famille, ses amis. Pire : elle s’est abandonnée elle-même, a délaissé celle qu’elle était, pour devenir celle qu’il souhaite – exige- qu’elle soit.

Cet homme, sculpteur lui-aussi, maître dans ce domaine, a fait d’elle sa chose. Insidieusement. Irréversiblement. La femme qu’elle était, joyeuse, créative, sociable, est devenue sous le couteau de ses mots acérés, de ses silences agressifs, de ses regards méprisants voire haineux, un arbre sans vie. Un pauvre tronc qu’il sculpte à sa guise, qui n’existe que si son regard daigne se porter sur elle.

Confinée dans son propre huis clos, elle est privée de moyen d’action et même de réaction, ne se rend même plus compte que ce qu’elle vit n’est pas acceptable. E si c’était elle qui était nulle, décourageante ? Peut-être que les accès de violence qu’il manifeste à son endroit sont justifiés ? Ou quand la victime se croit coupable. Que faire alors ? Continuer à se soumettre, résignée ? Fuir ? En finir ?

Ce roman de Violaine Bérot véhicule une force émotionnelle hors du commun. L’écriture est rapide, précise. La tension soutenue. Comme un cœur qui s’affole et cogne dans chaque mot. Et d’entrainer le lecteur dans une course, cette course contre la montre pour sauver la femme des griffes de son bourreau. L’auteur évite avec brio l’écueil du pathos et évoque ce sujet terrible des êtres victimes de maltraitance, leur lente mise à mort psychique, prélude parfois même à leur mort physique. Magnifique.

P.22 : « Je me souviens qu’avant toi je ne comprenais pas que certaines femmes puissent accepter d’être maltraitées, qu’elles ne se révoltent pas, ne réagissent pas, ne fuient pas, qu’elles s’entêtent à rester malgré les coups. A présent, je comprends. »

Des mots jamais dits, de Violaine Bérot : troublant

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Des mots jamais dits, Violaine Bérot

Buchet Chastel, en librairie le 20 août 2015
Rentrée littéraire.
Une enfant qui n’a jamais été enfant. Des parents qui ne se sont jamais comportés en parents. Histoire poétique d’une libération.
On aimerait pouvoir le faire, or on y parvient rarement : « parler vrai », surtout avec ses proches, est un exercice souvent voué à l’échec. Pourquoi achoppons-nous à dire ce que nous ressentons? Si, à l’image du langage animal, la conversation entre humains ne servait qu’à transmettre des informations, à se « parler vrai », alors ce serait plus simple. Mais la parole a d’autres fonctions, est d’abord relationnelle : elle sert à dire autant qu’à mentir ou à cacher. Par peur de blesser, par peur de la réaction des autres. En outre, elle dépend étroitement de la qualité des relations établies avec nos interlocuteurs, en l’occurrence ici la famille, pendant l’enfance.
Or l’héroïne de ce roman est née dans une famille de taiseux. Au cœur de la nombreuse fratrie dont elle est l’ainée, la charge de responsable du bien-être des petits qui lui échoit, si lourde pour ses seules épaules, écrase toute velléité de rébellion. Elle accepte ce rôle de mère de substitution et de femme du foyer, sans se plaindre, sans broncher, comme résignée. Se fût-elle révoltée, qui l’eût écoutée ? Car la parole ne peut devenir un instrument d’échange et d’épanouissement sans la présence d’un « autre » parental sachant écouter. Faute d’un père ou d’une mère attentif, qui joue réellement son rôle de parent, elle n’a jamais osé exprimer ses envies, ses besoins, ses sentiments et encore moins faire valoir son point de vue. Elle est à la fois la mère protectrice et le père responsable. Le parent de ses parents. D’un côté, la mère, véritable icône inaccessible, incapable de s’occuper des siens et de leur manifester de l’amour, passe ses journées alitée ; une mère vénérée par son mari. De l’autre côté, un père qui idéalise son ainée et la considère invincible, lui interdisant de ce fait de pouvoir vivre sa vie d’enfant, de manifester une quelconque faiblesse. Au sein de sa famille, elle ne trouve donc pas de place pour être elle-même. « Elle ne sait rien de la légèreté, elle n’en a jamais rien su. »
Jusqu’au jour où elle annonce à son père qu’elle quitte la maison. Est-ce le besoin impérieux de se réaliser ? Est-ce une fuite face à l’insoutenable charge qui est sienne à la maison ? Comment pourra-t-elle vivre une existence de femme, sans être passée par la case enfance, sans terreau affectif ? Parviendra t-elle un jour à mettre des mots sur ses maux? Un roman dans lequel le narrateur interpelle le lecteur, lui fait part de ses interrogations, de ses doutes, de ses craintes, tandis qu’il suit l’héroïne aux diverses étapes de sa vie, en témoin discret de sa métamorphose. Un roman troublant, remarquablement mené.