American clichés, de Sophie Simon : une révélation !

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American clichés, Sophie Simon

Éditions Jean-Claude Lattès. Avril 2011

 

     Le titre à lui-seul nous invite au voyage. Et quels voyages ! A travers onze nouvelles, Sophie Simon nous dépeint des scènes de vie d’une force et d’un réalisme sidérants. Dès les premières lignes, le lecteur est transporté en Amérique, pays de tous les possibles, de tous les rêves, de toutes les illusions, de toutes les extravagances aussi.

     Impossible de rester sur le seuil de ces histoires. Il suffit à l’auteur de quelques mots pour créer un degré d’intimité extraordinaire entre le lecteur et les personnages, pour lui faire visualiser les lieux, pour le propulser au coeur de ces vies. Des vies très différentes les unes des autres. De Peter fils d’agriculteur qui rêve des planches d’Hollywood, à Howard « Dieu du contre-ut » dont le chant ne séduit que son chien et exaspère sa femme, en passant par Sam et Carry ce couple à priori improbable, ou encore au coupable secret de Ed Bookman, chaque personnage est à un virage de son existence. A ce moment précis où tout peut basculer.

     Si les situations dépeintes diffèrent, tous ont en commun une insatisfaction par rapport à leur vie présente et ce désir prégnant de la faire évoluer, de s’arc-bouter à leurs rêves. Y parviendront-ils ? Se drapent-ils d’illusions ? Impossible de le savoir avant la dernière ligne, tant l’auteur excelle dans l’art de la chute.

    Avec ce premier recueil de nouvelles, tendre, émouvant, attachant, Sophie Simon fait une entrée aussi bien remarquée que remarquable dans le monde littéraire. Une plume trempée à l’encre d’un indéniable talent.

    Une révélation.

 

Informations pratiques :

Prix éditeur : 17€

Nombre de pages :220

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Un hiver avec Baudelaire, Harold Cobert : c’est dans la poche !

 

 

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Un hiver avec Baudelaire, Harold Cobert.
Editions du Livre de Poche, avril 2011

Ce roman nous mène sur les pas d’un homme, Philippe, dont la vie va basculer du jour au lendemain. Divorce, perte de logement et d’emploi, séparation d’avec sa petite fille chérie, celui qui avait apparemment tout pour être heureux, se retrouve brusquement dans le dénuement le plus complet, à la rue. Comment survivre lorsque l’on a tout perdu ? Avec quels moyens ? Pour quoi ? Pour qui… sinon pour l’amour de sa petite princesse, la chair de sa chair, sa fille qu’il n’a plus le droit de voir.

Dans un style vif et sobre, avec une sensibilité et une poésie à fleur de plume, Harold Cobert nous embarque avec une criante vérité au cœur de la vie de ces SDF, de leur quotidien, de leurs galères, des aberrations de l’administration à leur endroit. Il nous interpelle sur l’attitude de la société face à eux, sur ce regard qu’elle leur porte : mépris, rejet ,ou pire : transparence. Une transparence qui les tue plus assurément que la faim et le froid en écho à ces mots de Paul Eluard  » rendez-moi visible, je ne veux pas mourir en moi ! »… Avec une plume alerte, il leur redonne chair, consistance, porte sur eux un regard juste, humain, bouleversant… Et cet éclairage mis sur cette dure vérité sociale des exclus de nous rappeler si besoin était, que nous sommes tous des funambules de la vie, dans un équilibre ô combien relatif et fragile. Philippe peut être vous, moi, un proche, demain ou après-demain. Nul n’est à l’abri de perdre son petit confort de vie.

Et pourtant. Pourtant, si le thème abordé est douloureux, à aucun moment l’auteur ne sombre dans le pathos. Alors certes, on pleure beaucoup et j’ai beaucoup pleuré, oui. Mais ce récit d’une authenticité aussi vibrante que belle n’inspire pas de pitié à l’endroit de Philippe, son personnage : il suscite en nous une ineffable empathie, un attachement viscéral, une immense admiration. Car ce magnifique livre est une leçon de courage, de lutte, d’espoir, de rencontres salutaires improbables comme celle de ce chien errant Baudelaire. Un chemin de nuit parsemé d’étoiles plus lumineuses les unes que les autres, jusqu’à ce que l’aurore renaisse.

Alors, merci, merci Harold Cobert pour ce bijou de pure émotion offert dans un écrin de Talent avec un grand T ! Merci de prêter la voix de votre encre à ceux qui n’ont plus la parole.

A lire, à relire, à offrir, à méditer…

 

 

L’écrivain de la famille, Grégoire Delacourt : quatre rimes pour un destin

 

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L’écrivain de la famille, Grégoire Delacourt

Editions Jean-claude Lattès, Décembre 2010

 

Quatre rimes pour un destin.

 

     A l’âge de sept ans, il écrit ses premières rimes. Quatre rimes pauvres qui vont susciter l’incommensurable fierté de la famille. A leurs yeux, nul doute : un nouveau Rimbaud est né. Et une autre évidence de s’imposer : l’enfant prodige sera un écrivain tout aussi prodige. Désireux de ne pas décevoir ses proches qui placent en lui tant d’espoir, mais aussi avide de cette reconnaissance et de ce merveilleux amour que sa prose ont suscité en eux, il va tenter de faire sien le désir de sa famille, de faire de l’écriture une vocation par procuration. Sauf que les années passent et malgré ses efforts constants, « l’écrivain » se heurte à des écrits vains. Impossible d’aligner une phrase. Impossible de trouver la rime. Les mots se refusent à lui. L’enjeu est trop grand. La pression trop forte.

     Et si les mots avaient le pouvoir de panser les maux ? Devant le couple parental qui se déchire, son frère aux ailes d’ange enfermé dans un ailleurs inaccessible, sa soeur et ses peines de coeur, il cherche les mots à même d’apaiser leurs maux. Ecrire guérit-il?

     Faute de satisfaire à ce qu’on attend de lui, Edouard grandit avec ce sentiment de culpabilité, d’échec et de manque d’estime de soi.

     A l’âge adulte, il se découvre des talents dans le marketing : il devient le roi du slogan publicitaire, de la formule qui chante dans le juke-box cérébral de chacun. Mais cette réussite professionnelle ne le comble pas : ces mots faciles et futiles, ces formules qui claquent sont bien éloignées de ce grand roman qu’il rêve d’écrire. Et que tous attendent de lui.

     Il ne veut pas écrire pour manger, mais écrire pour vivre.

     Se résignera t-il ? Ou ce qui était au départ une « vocation imposée », s’avèrera t-elle être une vraie vocation? Saura t-il se dépêtrer du sentiment de n’avoir pas le talent nécessaire et se prouver à lui et aux autres, qu’il est bien « L’écrivain de la famille »?

     C’est un MAGNIFIQUE roman, délicat, émouvant, drôle et tragique à la fois, que nous offre Grégoire Delacourt. Ou quand quatre rimes scellent un destin…

 

Citation p140 : « Quand on est très petit, la longueur des bras permet juste d’atteindre le coeur de ceux qui nous embrassent. Quand on est grand, de les maintenir à distance. »

      Ce roman est sélectionné pour le prix Françoise Sagan

Informations pratiques :

Prix éditeur :17€

Nombre de pages :264

ISBN : 978-2-7096-3547-9

 

Site de l’auteur :

http://www.gregoiredelacourt.com

 

Intuitions, de Dominique Dyens : la vue du coeur

 

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Intuitions, Dominique Dyens

Editions Héloïse d’ormesson, 31 mars 2011

 

    La vue du coeur

 

Une très belle résidence dans une banlieue chic, des professions respectables d’avocat pour Patrice et de directrice d’agence immobilière pour Nathalie, deux enfants magnifiques- Amélie et Grégoire, les Royer, « Petits bourgeois. Cathos. De droite. »comme se plaît à les railler leur fille,offrent l’image de la réussite tant personnelle que professionnelle. Une famille sans aspérité. Du moins en surface…

Car sous la chape tenace des apparences, le malaise couve. Lui a pris une maîtresse, tandis qu’elle fantasme sur un amant. Mais divorcer, voilà qui ne se fait pas dans leur milieu. On n’affronte pas les problèmes, on les détourne. Ou on les nie… comme le mystère qui entoure cette chambre, demeurée close depuis dix-neuf ans à l’étage.

Un équilibre par conséquent factice et précaire, que le SMS inattendu de leur fils Grégoire va briser. Il leur annonce en effet son mariage imminent avec Gala. « J’ai rencontré la femme de ma vie. Arrivons ce samedi pour organiser le mariage. Prévoir un déjeuner le jour même à la maison. Hâte de vous voir et de vous la présenter. » Au soulagement premier des Royer, qui constatent qu’elle est issue du même milieu voire d’une famille encore plus fortunée qu’eux, cède l’inquiétude.

Pire. Pour des raisons qu’elle ne s’explique pas, guidée par sa seule intuition, Nathalie sent un danger. Gala, avec son regard vide, fixe, lui inspire une peur panique. Elle sait, elle sent, que la jeune femme cache quelque chose. Elle sait, elle sent, qu’elle représente une terrible menace pour son fils. Reste à mettre des mots sur cette impression. Reste à en trouver les fondements. Seule contre tous, dût-elle passer pour folle, être traitée de paranoïaque, elle décide d’enquêter sur Gala. Car si « L’intuition est une vue du cœur dans les ténèbres »comme l’écrit André Suarès, alors Nathalie entend bien faire la lumière sur le mystère qui entoure sa future belle-fille. Une obsession de chaque instant. Celle d’une mère qui veut protéger son fils.

Mais ce grain de sable dans une vie routinière bien huilée va faire grincer bien d’autres rouages, exhumer des secrets qui vont faire voler en éclat la vie de cette famille au bord de l’implosion. Les illusions, les apparences, l’hypocrisie ne résisteront pas à son implacable détermination.

 

Dans Intuitions, Dominique Dyens nous emporte à un rythme effréné dans un thriller psychologique mené de haute plume. Une satire sociale brillante et juste qui tient le lecteur en apnée de la première à la toute dernière page. M-A-G-I-S-T-R-A-L.

Fiez-vous les yeux fermés aux Intuitions de l’auteur !

Informations pratiques :

Prix éditeur :17€

Nombre de pages : 187

ISBN : 978-2-35087-162-2

Bibliographie de l’auteur :

Aux éditions Héloïse d’ormesson :

– Délit de fuite, 2009

– Eloge de la cellulite et autres disgrâces, 2006

Aux éditions Denoël :

– Maud à jamais, 2003

– C’est une maison bleue, 2002

– La femme éclaboussée, 2000.