La belle année, de Cypora Petitjean-Cerf : Magnifique !

9782234071766

La belle année, de Cypora Petitjean-Cerf

Editions Stock, Février 2012

 

La petite maman 

      Année de transition pour Tracey Charles, onze ans. L’attachante gamine, qui vit dans le « neuf trois », va devoir jongler entre l’entrée au collège, la naissance de Saïa – sa petite soeur née d’une union entre sa maman portugaise et son beau-père japonais, les amours de son père agoraphobe avec Aminata la femme de ménage de l’immeuble, son premier vrai départ en vacances au delà du périphérique, sa nouvelle coupe de cheveux, le délitement de son amitié avec Cosimo, mais aussi ses premiers émois amoureux avec Rabah.

      Une enfant très intelligente, vive, drôle, entière, que la violence du quotidien avec sa mère, le divorce de ses parents, la pathologie de son père, ont obligée à grandir trop vite. Une adulte dans un corps d’enfant. Une petite maman pour sa soeur Saïa. Une enfant protectrice pour son papa. Une mère à la place de sa mère.

      Et quand le quotidien devient trop lourd, inquiétant, Tracey a un Dieu vers lequel se tourner : le chiffre Huit, auquel elle voue un véritable culte. «  Ô mon chiffre Huit, apaise mon sang qui bouillonne, mes nerfs qui grésillent et ma tête qui bourdonne. » Un soutien précieux et secret.

      Mais si très tôt elle doit endosser bien des responsabilités, apprendre à se gérer seule, elle n’a pas perdu sa candeur, sa fraicheur, son espièglerie, sa capacité d’émerveillement. Bien au contraire! Tracey nous entraine dans sa farouche joie de vivre, dans le sillage de ses rires, de son espièglerie. Et de rire aux larmes avec elle. Un humour qui permet à l’auteur d’aborder des thèmes comme la maltraitance, le divorce, l’intégration, le conflit des religions et des générations, la maladie psychologique, sans jamais s’appesantir. Un véritable tour de force.

 

      Alors cette année, belle ? Belle, assurément. Et même très très belle, à plus d’un titre. Car Cypora Petitjean-Cerf sait comme personne sublimer chaque petit bonheur du quotidien, faire percer le soleil dans les ciels gris, fleurir les sourires derrière les rideaux de larmes, rire de ce qui d’ordinaire accable, mais aussi et surtout, faire germer l’espoir en des sols à priori infertiles.

      Dire que j’ai aimé ce roman est bien trop faible : je l’ai adoré, adopté, dévoré… à moins que ce ne soit lui qui m’ait dévorée! Lisez-le, et alors Tracey deviendra pour vous aussi, cette gamine au coeur d’or que vous adopterez dans le vôtre. Une enfant qui vous accompagnera, longtemps, après avoir refermé le livre…

 

Informations pratiques :

Prix éditeur : 19,50€

Nombre de pages : 317

ISBN : 978 2234 071766

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La vie contrariée de Louise, de Corinne Royer : La mémoire revisitée

La vie contrariée de Louise, de Corinne Royer

Éditions Héloïse d’Ormesson, mars 2012

 

     Juste avant de s’éteindre aux Etats-Unis, son père lui a tendu un petit papier, sourire collé aux lèvres, accompagné de ces derniers mots : « Louise, c’est ta grand-mère de France ». Une adresse, celle de la maison de retraite de Louise, en Auvergne, sur les terres du village de Le Chambon-sur-Lignon. Et rien d’autre. Juste la première pièce d’un puzzle, celui de ses origines, qu’il va alors tenter de reconstituer.

     Mais lorsque James Nicholson débarque en France, dans le village de sa grand-mère, seul être à pouvoir éclairer les parts d’ombre de sa vie, il est trop tard. Elle est décédée le matin même. Consternation et douleur. La mémoire de James est-elle condamnée à rester amputée de son passé? Louise va t-elle être enterrée avec ses secrets? Non, car la vieille femme lui a laissé un cahier rouge, cahier intime où elle a consigné toute son existence, et par là même, celle de ce village qui protégea des milliers de juifs sous l’occupation. Une histoire personnelle qui rejoint la grande histoire.  Un destin qui croise celui de la seconde guerre mondiale.

     La vérité est donc là, à portée de ses yeux, dans l’encre bleue de ces lignes. Mais si près du but, James est pris de doutes sur sa légitimité à pénétrer dans la vie de Louise au moment où elle vient de la quitter. Il trouve alors un compromis : « Les mots de Louise, il pourrait se résoudre à les entendre, mais pas à les lire. » C’est Nina, la serveuse de l’hôtel où il séjourne, qui sera sa liseuse, au rythme de dix pages par jour, le temps de s’imprégner progressivement de ces pans d’histoire qu’il ignore.

     Louise, femme courage, de ces combattants de l’ombre qui au péril de leur vie ont accueilli, protégé et sauvé un grand nombre de juifs. Louise, amoureuse du beau Frantz, liaison ô combien scandaleuse à l’époque. Louise et ses secrets aux conséquences si lourdes…

     Investie du difficile devoir de révéler à James ce que Louise a confié dans son cahier, Nina s’interroge. Toute vérité est-elle bonne à dire ? Doit-elle faire une lecture fidèle des confidences de Louise ou revisiter certains passages délicats? Dilemme…

 

     Tels les cailloux du petit Poucet, Corinne Royer sème des indices tout au long des pages, lesquels finissent par former un chemin bouleversant jusqu’à la vérité, vérité qui sort des sentiers que le lecteur a pu échafauder. On suit avec émotion et curiosité James, Nina, Louise, Pierre, Antoine et les autres, des personnages auxquels l’auteur sait donner tant de chair, qu’on les visualise, on les imagine, on les voit. Une histoire indiciblement vivante, captivante, poignante.
     Et l’écriture ! Dans « M comme Mohican », Corinne Royer nous avait déjà fascinés avec sa maitrise du style, la qualité de sa construction, son habileté à jongler avec les personnages. Elle récidive ici avec ce roman admirablement écrit, qui comblera les amoureux de la langue française et de la littérature.

     Vous l’aurez compris, ce roman, tant au niveau du fond que de la forme, est un véritable délice de lecture !

 

Informations pratiques :

Prix éditeur :18€

Nombre de pages : 232

ISBN : 978 2 35087 189 9

La belle impatience, d’Annie Lemoine : le bonheur de vivre.

9782081278943

La belle impatience, Annie Lemoine

Éditions Flammarion, avril 2012

 

      « Mon indépendance financière, mon indépendance tout court, avait été et restait une règle, que dis-je, le socle de mon parcours de vie. » (P23). La quarantaine passée, la narratrice, divorcée et sans enfant, n’entre pas dans la « norme », celle que lui renvoient ses proches, amis comme famille. Pour eux, il est urgent qu’elle réagisse, se prenne en mains. L’horloge biologique tourne, la vie de solo n’est pas une vie. Certes, elle a socialement bien réussi, a un travail passionnant et prenant, mais sa vie privée? Pas de compagnon, pas de bébé, donc une vie privée qui rime pour eux avec privée de vie. Pourtant les exemples que ces couples lui offrent, à commencer par ceux de ses deux meilleurs amis, Marc et Ben, ne sont pas enviables.

      Elle prend donc le parti de les laisser dire, sûre de savoir ce qui est bon pour elle, dussent les autres ne pas comprendre ses choix. Jusqu’à ce qu’une rencontre ébranle ses jolies certitudes… Dès lors, elle perd sa légendaire sérénité. Une belle impatience la gagne. L’attente d’un signe de Lui mobilise toute son attention, cristallise toutes ses pensées.

      Au même moment, la maladie frappe Marc. Le pronostic vital est engagé. Le trio amical se resserre et fait front. Et les priorités de l’héroïne de changer. Il devient urgent de vivre. Urgent d’aimer aussi?

 

      Dans ce court roman, Annie Lemoine balaie les diktats de la société : la maternité est-elle un devoir, une « fatalité » pour toute femme, sauf à passer pour suspecte? La vie de couple est-elle LA seule voie de l’épanouissement? Et si nous étions la meilleure des compagnies pour nous-mêmes? Mais au fait, que valent nos certitudes?

      Un roman agréable sur ce bonheur de vivre auquel nous aspirons tous.

 

Site de l’auteur : http://annielemoine.wordpress.com/

Dieu surfe au Pays basque, de Harold Cobert : Quelle « l’âme de fond » !

 

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Dieu surfe au Pays basque, de Harold Cobert

 

Éditions Héloïse d’Ormesson, mars 2012

 

 

 

      Un samedi matin de juin, le narrateur se réveille brutalement. Non, le bébé n’est pas mort, ce n’était qu’un cauchemar. Non, il ne doit pas prêter attention à ce mauvais rêve. Sa femme est là, à ses côtés, et attend leur premier enfant. Non, il ne va pas se mettre à y voir un sombre présage. Non, non, non… Pourtant, il a beau rejeter cet horrible pressentiment, ce dernier lui revient comme un boomerang.

 

      Et si le présent n’était qu’un éternel recommencement? Car si c’est la première fois qu’il s’apprête à devenir père, sa femme, lors d’une précédente union, a déjà vécu l’indicible horreur : la perte de son petit Ferdinand, alors âgé de cinq jours. «Peur que quelque chose se passe mal, se grippe et compromette sa maternité. A mes appréhensions de devenir père se substituaient plus fortement encore celles de ne pas le devenir. Pour moi, mais surtout pour elle, car je ne voulais pas que le drame qu’elle avait vécu se répète.» 

 

      Elle. Un petit oiseau blessé au fort tempérament. Une fragilité forte. Une femme courage. LA femme de sa vie. Ils se sont rencontrés deux ans plus tôt au Pays basque. L’amour fou. Une évidence. Parce que c’était elle. Parce que c’était lui. «Cette beauté discrète et aérienne, à la Verlaine, qui s’impose sans rien qui pèse et qui pose.» Elle sera sa femme et la mère de leurs enfants. Si Dieu le veut… 

 

      Lui. Il ne s’était pas attendu à ce qu’elle tombât enceinte si rapidement après leur mariage. Une grossesse que le futur père vit animé de sentiments contradictoires : une exaltation intense mêlée à l’angoisse de ces nouvelles responsabilités. Poignante échographie de l’âme masculine. 

 

      Et soudain le cauchemar devient réalité. La fausse couche. L’épreuve inhumaine. Pas de péridurale face à de telles souffrances morales. L’heure est à la révolte, à la douleur, à la haine. Colère contre l’acharnement de la vie, colère contre le manque de psychologie tant du personnel soignant qu’administratif, colère contre Dieu. Comment garder la foi? Dostoievski ne disait-il pas que la mort d’un enfant empêche de croire en l’existence de Dieu? Colère mais aussi courage, car il est hors de question de laisser leur désir d’enfant s’échouer sur la grève.

 

 

 

      Avec beaucoup de dignité, une sincérité bouleversante, une force vitale époustouflante, Harold Cobert nous emmène surfer sur les vagues alarmes, les vagues à larmes, cette mère agitée par les tourments de la grossesse, devant laquelle les difficultés veulent s’ériger en brisants, mais qui toujours se relève. Pas d’exhibitionnisme ni de pathos ici, mais le cri d’amour d’un homme pour la femme de sa vie, d’un mari pour son épouse, d’un père en devenir pour son enfant.

 

     On le suit des embruns plein les yeux, de l’eau salée sur les joues. Et… on sourit face à la vie, ce courant si fort, qui nous entraine à nouveau sur la crête des vagues, la tête hors de l’eau. Car la vie reprend son cours. Toujours… 

 

P. 143 : « Il m’arrivait juste de caresser l’idée que si Ferdinand avait été une petite comète, celle ou celui que nous n’avions pas connu avait été une étoile filante. Et tous deux, à leur mesure, laissaient dans notre ciel une trainée de poussière d’étoiles que rien ni personne ne saurait effacer. » 

 

 

 

L’amour en miettes, Catherine Siguret : autopsie du chagrin d’amour

 

9782226238665

L’amour en miettes, petit abécédaire du chagrin d’amour, Catherine Siguret

Éditions Albin Michel, janvier 2012

 

Autopsie du chagrin d’amour

 

     Avec dix huit millions de célibataires en France, la quête et la perte de l’Autre sont des sujets qui qui interpellent beaucoup. Qui n’a pas vécu un jour, peu ou prou un chagrin d’amour ? Un sujet tant rebattu par la presse, les études sociologiques, la littérature, que l’on pourrait penser avoir tout dit, tout vu et tout lu le concernant. C’est méconnaître ce savoureux ouvrage de Catherine Siguret, écrivain et journaliste, qui apporte un regard neuf, formidablement juste, aussi émouvant que drôle sur le chagrin d’amour.

     Sous forme d’abécédaire, tel un chapelet dont elle égrène les lettres, de A comme Amour à V comme Voeux en passant notamment par D comme désaimer, F comme Facebook, ou P comme Pervers, l’auteur dépeint toute la palette des émotions par laquelle passe l’être quitté. Un tableau complet, riche en couleurs : déchirure, espoir, désillusion, culpabilité, tristesse, colère, pitié, jalousie, haine, soulagement, joie. Touche par touche, comme une toile de Seurat, se dessine la vie sans l’Autre, juste après la rupture déclenchée par ces trois mots tranchants comme la lame d’un sabre « Je te quitte ».

     Un amour dont il ne reste que des miettes que le lecteur peut picorer comme il l’entend, de façon linéaire ou non. « Admettre n’est pas comprendre. Comprendre n’est pas guérir. C’est l’impasse et, au bout de l’impasse, souvent, l’injustice, la colère et la haine. » Un cheminement que l’on suit tantôt avec le sourire (la tablette de beurre ou le gel douche de l’Autre que l’on ne se résoud pas à jeter), tantôt un pincement au coeur, toujours avec admiration pour la justesse de l’analyse.

     Et ce passage par la lettre F comme Facebook d’être particulièrement lucide et savoureux, drôle et terrible à la fois. A l’heure des nouveaux médias et réseaux sociaux, la rupture avec l’Autre, qui suppose de cesser tout contact, de renoncer à le voir, à l’entendre, à savoir ce qu’il advient, devient difficile. Tyrannie des technologies qui rendent compte en quelques clics de ce que fait l’autre, permettent de voir ses photos seul ou avec son nouvel amour sur sa page facebook ou, si on l’a radié de ses « amis », sur la page d’amis communs. Le virtuel entretient le lien que vous vous efforcez de couper dans le réel et sait se montrer machiavélique à souhait.

     Un livre qui se déguste miette par miette ou d’une seule traite, dans l’ordre comme dans le désordre!

 

P45 : « On sait, bien mieux qu’un nouveau-né, ce que l’on perd quand l’Autre nous expulse de son ventre, avec cette douleur en prime, si l’on est quitté et non quittant, qu’il s’agit à nos yeux d’une aberration de la nature. C’est, en fait de naissance, une fausse couche, un avortement forcé si l’on devine que des forceps se cachent derrière la décision prise. »

Le Karinotron avec… Akli Tadjer !

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Akli Tadjer, écrivain et scénariste franco-algérien, compte déjà huit romans à son actif et de nombreux prix littéraires. En cette rentrée littéraire 2012, il nous livre un roman bouleversant : « La meilleure façon de s’aimer », aux éditions Jean-Claude Lattès. De la difficulté de s’aimer et de se le dire…

Passionné de lecture, il suit les cours de l’école de journalisme de la Rue du Louvre à Paris. C’est en 1984, au retour d’un voyage en Algérie, qu’il rédigera son premier roman : Les A.N.I du Tassili, récompensé par le prix Georges-Brassens. Un roman dont il fera l’adaptation pour la télévision, débutant ainsi une carrière de scénariste.

      Suivront les remarquables et remarqués Courage et patience, Le porteur de cartable, Alphonse, Bel-Avenir (prix populiste), Il était une fois…ou peut-être pas (Prix de la révélation littéraire AuFéminin.com), Western et De la meilleure façon de s’aimer.

      Je vous invite à lire la chronique du dernier-né de Akli Tadjer en suivant ce lien : La meilleure façon de s’aimer, Akli Tadjer : Des maux pour le dire…

 

Son karinotron : 


1 – Votre livre de chevet :


Je découvre le Japon à travers sa littérature. Je lis en ce moment: Pays de Neige de Yasunari Kawabata. C’est une histoire d’amour fou en même temps qu’une purification.

 

2 – Vos lectures :

 

Je suis un cyclotomique de la lecture. Je peux ne pas lire pendant six mois, et dévorer à la suite une dizaine de romans. Ainsi, je viens d’avaler en une semaine des bouquins que j’avais sous le coude depuis longtemps… Joel Egloff, Hervé Guibert, Richard Brautigan, et un essai de Nicolas Grimaldi: Métamorphoses de l’amour.

3 – Votre façon d’écrire :

 

J’écris d’abord au stylo ensuite je me colle à l’ordinateur. Je n’écris que le matin. L’après-midi je me relis à une terrasse de café quand il fait soleil.

4 Votre rapport aux lecteurs :

 

Mon rapport aux lecteurs est quasi physique. A travers leurs regards, je vois de suite si nous sommes sur la même longueur d’onde.

5 Votre prochain livre :

 

Mon prochain… je ne sais pas… ça change toutes les cinq minutes.

 

Et avis aux lecteurs parisiens, Akli Tadjer sera au salon du livre de Paris dimanche 18 mars 2012 !