Le poison d’amour, de Eric-Emmanuel Schmitt (Albin Michel)

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Le poison d’amour, de Éric-Emmanuel Schmitt

Éditions Albin Michel 2014

Elles s’appellent Colombe, Julia, Raphaëlle et Anouchka. Elles ont seize ans, ne sont déjà plus des enfants mais pas encore des femmes. Des adolescentes dans un corps en pleine transformation et un esprit criblé de clichés sur l’amour.

A ce moment de bascule vers l’âge adulte, de plongeon vers l’inconnu, c’est l’effervescence. Chacune est impatiente de découvrir l’amour tout en le redoutant. Et puis, question de fierté, il s’agit de ne pas être la dernière « à le faire ». Mais ne pas passer pour une fille facile non plus. Des réflexions que les quatre amies, soudées comme les doigts de la main, vont partager au quotidien dans leurs échanges, mais aussi consigner dans leurs journaux intimes.

Un sujet omniprésent d’autant qu’à l’école, on monte avec les élèves la pièce Roméo et Juliette, pièce romantique véritable rapport clinique de la pathologie amoureuse. « La passion fond sur Roméo et Juliette comme un virus contamine une population. » Pour autant, l’amour est-il un poison mortel? Subissons-nous la passion amoureuse sans plus pouvoir être acteur de notre destin? Et ce destin, eût-il pu être autre sans les préjugés véhiculés sur l’amour?

Dans ce diptyque sur la passion dont le premier volet était L’élixir d’amour, Éric-Emmanuel Schmitt explore avec beaucoup de subtilité et de justesse l’amour adolescent, sa fragilité, son idéalisation, sa cruauté. Un roman choral particulièrement réussi.

P.77 : On ne choisit pas en amour. On est choisit par l’amour.

Java, mon éléphant à moi (éditions Gautier-Languereau)

Java, mon éléphant à moi, de Philippe Jalbert et Paulson

Editions Gautier-Languereau, octobre 2014

Java est un petit garçon intrépide à l’imagination foisonnante. Aussi quand il se propose de vous présenter son éléphant Bamba, vous pouvez vous attendre à tout. Bamba est un éléphant immense qu’il peut diriger en tirant sur ses oreilles lorsqu’il décide d’aller explorer la jungle pour chasser les tigres. Car Java se sent l’âme d’un explorateur. Rien ne lui fait peur!

Seulement voilà, il n’est pas sûr que vous reconnaissiez son éléphant. Ni la jungle dans laquelle il évolue. Car Java ne rate jamais une occasion d’inventer des histoires! Jusqu’au moment où ses bêtises lui valent un brusque retour à la réalité…

Java est un héros très attachant, facétieux, à la bouille craquante, qui saura conquérir votre enfant. Et vous-même!

Informations pratiques :

Prix éditeur : 9,90€

Nombre de pages : 22

A partir de 3 ans.

Mon kit, Atelier de pompons, de Karine Thiboult (éditions Deux coqs d’or)

Mon kit atelier pompons, de Karine Thiboult

Editions Deux coqs d’or, octobre 2014

Ce sont bientôt les vacances et vous n’avez pas envie que votre enfant les passe scotché devant les écrans de télévision, d’ordinateur ou de téléphone? Alors les éditions Deux coqs d’or vous offrent une très jolie et très ludique alternative : un kit créatif pour réaliser des colliers, barrettes, écharpes, porte-clefs, broches, bijoux de sac et autres accessoires à base de…pompons!

Pas besoin de filer dans une mercerie, de voler les pelotes de laines de la grand-mère, les breloques de la maman, le serre-tête de la soeur, tout est fourni! Et très clairement expliqué, avec un accompagnement pas à pas en photos pour chacun des neuf modèles.

Dans ce kit vous trouverez en effet :

  • des patrons pour réaliser les pompons, de la laine de différentes couleurs, des fils multicolores, des perles, des breloques…

  • Des pages de notes pour mettre ses remarques, ses astuces et les photos de ses réalisations (avec vous les arborant si vous le souhaitez!)

  • Une pochette en plastique zippée pour ranger les fournitures

  • Des explications claires et illustrées à chaque étape de la création, de sorte que l’enfant sera très vite autonome.

Alors, si vous souhaitez encourager sa créativité, lui permettre de devenir le roi incontestable du pompon, offrez à votre enfant ce tout joli kit! Vous ferez un heureux à n’en pas douter. Et même deux, s’il vous offre ses réalisations!

Informations pratiques :

Prix éditeur : 9,95€

ISBN : 978 2 01 383197 0

Première neige sur le Mont Fuji, de Yasunari Kawabata (Albin Michel)

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Première neige sur le Mont Fuji, de Yasunari Kawabata

Traduit du japonais par Cécile Sakai

Éditions Albin Michel, septembre 2014

Rentrée littéraire

 

Avec Première neige sur le Mont Fuji, le prix Nobel de littérature 1968 Yasunari Kawabata, nous offre six nouvelles inédites. Ces courts textes, publiés entre 1952 et 1960 dans des mensuels littéraires, n’échappent pas aux caractéristiques du grand maître : une recherche esthétique mêlant épure et sensualité, une quête de l’expression la plus essentielle des sensations.

Touche par touche, avec subtilité, l’auteur peint des tableaux sur des thèmes chers : la solitude, la mélancolie, la mort, la beauté. Il saisit ces instants de la vie où tout bascule : un couple qui se retrouve après avoir été séparé par la guerre, l’amitié entre deux écrivains dont l’un est condamné au silence, le vieil homme revenu assister au coucher de soleil dans son village natal, l’accident qui fauche la vie d’un enfant, la survenue de l’automne, l’amour pour une jeune fille dans les fragrances de sa peau.

Ce recueil de nouvelles met en avant tout l’art de Kawabata. La diversité des thèmes abordés reflète une œuvre qui concilie réel, quotidien, irrationnel et universalité. La forme particulièrement brève et  le dépouillement stylistique extrême ont une puissance évocatrice et suggestive stupéfiante. Avec des mots simples, délicats, une épure digne d’une estampe japonaise, il évoque la beauté et les sentiments qui survivent à la guerre, à l’éloignement, au temps.

Un univers poétique et sensuel à découvrir ou à redécouvrir…

Charlotte, de David Foenkinos (Gallimard) : Magistral!

Récemment mis à jour

Charlotte, de David Foenkinos

Éditions Gallimard, août 2014

Rentrée littéraire

Charlotte est un livre à part dans l’œuvre de David Foenkinos. Un livre à part tout court. Puissant, bouleversant. D’une force vitale époustouflante.

C’est presque par hasard que l’auteur va découvrir l’artiste, il y a 8 ans, à la faveur d’une exposition. Et là, c’est un choc artistique. Une rencontre. LA rencontre. « La connivence immédiate avec quelqu’un. La sensation étrange d’être déjà venu dans un lieu. J’avais tout cela avec l’œuvre de Charlotte. Je connaissais ce que je découvrais. » (P.70) Et de se sentir appelé par ces toiles et par celle qui les a peintes. Et d’investiguer. Et de se rendre sur ses lieux de vie, d’interroger les témoins.

Ce qu’il découvre sur cette femme au talent bien trop méconnu achève de le bouleverser. Car Charlotte Salomon n’est pas seulement une artiste d’exception, mais une femme d’exception. Une fragilité forte habitée par son art. Charlotte a grandi à Berlin dans une famille frappée par une succession de drames. Sa tante, sa mère, sa grand-mère ont toutes mis fin à leur jour. A croire qu’une malédiction les frappe. Sera t-elle la prochaine sur la liste? Ce serait mal connaître la force de vie qui l’anime. Malgré l’extrême solitude affective qui est sienne, malgré le vide laissé par les absents, malgré la montée du nazisme qui l’exclut de toutes les sphères de la société, Charlotte tient debout. Car elle a trouvé sa planche de salut, car elle a trouvé sa voie : la peinture. Là est sa survie. Là est sa raison de vivre. Exilée dans le sud de la France de 1940 à 1942, après avoir quitté son père, sa belle-mère, son grand amour, ses amis, ses lieux chers, elle va se donner corps et âme à son art et peindre plus de 1300 gouaches comme autant de témoignages de ce qu’elle a vécu, enduré, surmonté. Celle qui chantait si souvent et empruntait à son chant son inspiration scripturale, va faire jaillir de la noirceur de son histoire la lumière de la création.

Un exemple de résilience magistral.

Des œuvres qu’elle confiera dans une valise à son médecin avant d’être déportée et de mourir dans un camp de concentration en 1943 à tout juste 26 ans. Et de préciser à cet homme en lui tendant ledit bagage: « C’est toute ma vie. »

Toute une vie dans cette valise, écrin de son talent, témoin de son courage et de sa capacité extraordinaire à sublimer sa vie et à transcender ses souffrances par l’art.

Dès lors, on comprend aisément combien il fut délicat pour David Foenkinos de rendre hommage à cette femme admirable en tout point sans craindre d’être en deçà de l’émotion et de la fascination qu’elle exerce sur lui. Pendant des années, il va porter ce roman en gestation, jusqu’au jour où il trouvera les mots sur mesure à même de revêtir le corps de ses émotions.

Et le résultat est juste éblouissant.

Le style, avec ces phrases courtes, des passages à la ligne après chaque point, porte les émotions véhiculées par le texte avec une puissance phénoménale. Le lecteur est catapulté au cœur de la vie de Charlotte Salomon, de ses œuvres, désireux, à l’image de David Foenkinos quelques années plus tôt, de découvrir plus avant celle dont la vie fut un exemple de dépassement de soi.

Un coup de cœur de cette rentrée littéraire!

 

P. 60 : Il existe un point précis dans la trajectoire d’un artiste.

Le moment où sa propre voix commence à se faire entendre.

La densité se propage en elle, comme du sang dans de l’eau.

 

P.173 Une révélation est la compréhension de ce que l’on sait déjà.

C’est le chemin qu’emprunte chaque artiste.

Ce tunnel imprécis d’heure ou d’années.

Qui mène au moment où l’on peut enfin dire : c’est maintenant.

Battista revenait au printemps, de Renata Ada-Ruata (éditions de l’Aube)

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Battista revenait au printemps, de Renata Ada-Ruata

Editions de L’Aube, octobre 2014

Ghitta est une grand-mère fabuleuse pour Titto et Neto. « Mes plus beaux souvenirs d’enfance, c’est elle, les moments que j’ai passés avec elle, à l’écouter, à regarder avec ses yeux, à découvrir avec ses oreilles, à sentir avec ses narines, à toucher avec ses mains, à gouter avec sa bouche. Elle était un grand livre de chair et de sang. »(P.21) Aussi, quand à l’aube de leur douzième année, il leur faut quitter plusieurs mois leur village du Piémont italien et donc la quitter, c’est un déchirement. L’heure est en effet venue de rejoindre le clan des hommes, ceux qui de l’automne au printemps s’en vont sur les routes pour gagner leur vie comme affuteurs et étameurs. Un apprentissage de la vie extrêmement dur, où le travail est aléatoire, les conditions d’hébergement précaires, le contexte géopolitique menaçant. Le fascisme monte dans une Italie divisée.

Sur les routes, Titto et Neto pensent au maître, lequel leur a enseigné non seulement la lecture et l’écriture, mais a aussi aiguisé leur curiosité d’esprit. Et Titto de consigner par écrit les émerveillements qui sont siens au contact des villes et villages traversés, ses émois, ses interrogations. Pour partager avec sa grand-mère qui n’a jamais quitté le village ce que ses yeux ont vu, ses oreilles entendu. A son tour, il lui fera découvrir le monde…

Renata Ada-Ruata, dont le premier livre, Elle voulait voir la mer, a reçu le prix populiste 1986, nous offre ici un roman tendre et touchant, sur le rude apprentissage de la vie des villageois piémontais, lesquels doivent prendre la route loin de leurs montagnes pour survivre tandis que le fascisme gronde…

Informations pratiques :

Nombre de pages : 352

Prix éditeur : 23€

ISBN : 978 2 815 910729

Philippe Geluck, le Chat passe à table : savoureux!

 

Le Chat passe à table, de Philippe Geluck

Editions Casterman, Octobre 2014

Depuis 1986 (Tome 1 du Chat), Philippe Geluck et son Chat nous régalent. Et avec ce dix-neuvième album, Le Chat passe à table, l’auteur belge ne déroge pas à la règle. Il nous offre un fabuleux festin. Au menu, servis sur un dyptique (deux superbes plateaux format à l’italienne), pas moins de 280 gags jubilatoires, une gazette savoureuse et une avalanche de sourires et de rires en dessert. Un repas de chef étoilé!

Toutes les saveurs sont au rendez-vous : des sujets qui émaillent l’actualité aux sujets de société en passant par les failles et les contradictions de nos contemporains, rien n’échappe au cordon bleu Geluck.

Un festin de toutes les audaces aussi : avec un humour corrosif, il mêle le sucré et le salé, les coups de griffe et les ronronnements de plaisir et n’hésite pas à pratiquer l’autodérision. Il cuisine des mets délicats tels la mort, le handicap, la religion, la guerre, l’euthanasie avec ce qu’il faut de sel pour que la recette soit réussie et que le rire enfle, sans jamais rien sacrifier au renouvellement et à la créativité.

 

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Sans oublier ses désormais classiques détournements de gravures, qui sont de petites perles de drôlerie.

Vous l’aurez compris : si vous souhaitez passer un savoureux moment et déguster des gags hilarants, asseyez-vous à la table du Chat. La carte du chef Geluck est un véritable régal!

A consommer sans aucune modération!

 

Informations pratiques :

Prix éditeur : 17,95€

ISBN : 978 2203 062399