José, premier roman de Richard Andrieux (éditions Héloïse d’ormesson)

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José, Richard Andrieux
Editions Héloïse d’Ormesson 2007

Artiste à la palette très riche ( auteur compositeur, arrangeur, chanteur, comédien, écrivain), Richard Andrieux signe avec José un poignant premier roman, roman qui a reçu le Prix 2007 de La Forêt des Livres.

Dans ce court récit, José, neuf ans, nous entraine dans son univers, un monde qu’il s’est construit à l’écart des humains. Retiré dans le doux cocon de sa chambre, il revisite la langue française, rebaptisant un à un ses amis, autrement dit les objets qui l’entourent. Et le lit de devenir « Voyage », ou encore le bougeoir « Le colonel ». Des amis avec lesquels il dialogue, s’évade par la pensée, vibre, vit. C’est que réinventer le dictionnaire et refaire le monde n’est pas une mince occupation !

Hélène, sa mère, devenue veuve tandis que José n’était âgé que d’un mois et demi, n’a pas refait sa vie. Au deuil de son mari s’ajoute sa propre inexistence dans le regard de son fils. Exclue de son monde, elle s’inquiète. Et souffre…

Les pédopsychiatres se veulent rassurants. Or le mutisme et l’isolement de José vont croissant. Hélène noie alors son chagrin dans l’alcool et, dans une ultime tentative, va tenter d’ériger une passerelle de mots entre son fils et elle, de rompre ce silence assourdissant qu’il a instauré entre eux. Une lettre vibrante et belle, rédigée à l’encre de son amour de maman… que José ne lira pas, ou tout du moins ne lira que trop tard, à savoir après son décès. Cette lecture lui fera l’effet d’un électrochoc, le catapultera dans la réalité. Une incommensurable douleur l’habite désormais, tandis qu’une question térébrante lui hante l’esprit : « C’est quoi la mort, maman, c’est quoi ? »

Parviendra t-il à faire l’apprentissage du deuil, à quitter son univers onirique pour réintégrer la réalité ?

Avec beaucoup de pudeur, une troublante justesse et un style très fluide, Richard Andrieux donne véritablement vie et consistance à  son personnage. José, un petit garçon indiciblement attachant que l’on a envie de prendre dans ses bras et de serrer contre soi… 

 

Citation :  » Son aventure est intérieure et son intérieur n’est qu’aventure. »

Informations pratiques :

Prix éditeur : 15€
Nombre de pages : 118
ISBN : 9782350870595

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La délicatesse, de David Foenkinos

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La délicatesse, David Foenkinos
Editions Gallimard 2009

 

 

Nathalie est une jolie et brillante jeune femme, promise à un bel avenir. De fait, elle allie réussite professionnelle en tant que cadre dans une multinationale suédoise, et bonheur conjugal grâce à sa rencontre avec François. Mais, après sept années de douce volupté, leur bonheur va se fracasser sur l’autel d’un accident de la route : François décède… Veuve inconsolable, Nathalie « choisit » la fuite en avant, survit en consacrant toute son énergie et tout son temps à son travail, essayant sans y parvenir à faire le deuil. Pour parodier une chanson de Dominique A, « L’amour l’a tuée, a tué ses rêves, aujourd’hui elle en crève »…

Mais la géhenne qui est sienne ne l’a pas pour autant conduite à se négliger. Toujours aussi féminine et séduisante, elle s’attire les regards, dût-elle ne pas leur prêter attention. Percluse de douleur, elle est en effet convaincue ne plus pouvoir aimer. Or un jour, dans son bureau, elle est prise d’une pulsion sensuelle irrationnelle : elle gratifie Markus, un collègue suédois, d’un « long baiser intense ». Comme ça, sans arrière-pensée, sans calcul. Gratuitement. Parce qu’il était là, à ce moment précis. Au bon moment. Et de passer à autre chose. Or Markus ne l’entend pas ainsi. Chez lui, ce baiser crée un véritable séisme, ébranle ses fondations. S’il veut construire un avenir, ce sera avec Nathalie, et personne d’autre, fussent-ils de prime abord non faits l’un pour l’autre. Mais y a-t-il une logique en matière amoureuse ?

Deux hommes vont alors se trouver en concurrence pour tenter de la conquérir. Deux hommes que tout oppose. Charles, son patron,  nage dans la « vie conjucalme » et rêve en secret à la troublante Nathalie. Brusque, maladroit, vil, il tente de la séduire avec la légèreté d’une enclume et la douceur d’un cactus. Markus, réservé, mal dans sa peau, au physique délicat, s’efforce à contrario d’appliquer l’aphorisme de Cioran : « L’art d’aimer ? C’est savoir joindre à un tempérament de vampire la discrétion d’une anémone ».

Une rencontre improbable entre deux êtres à priori désaccordés. Markus trouvera t-il la bonne partition ? Sa présence donnera t-elle le « La » d’une renaissance à l’amour ?


On plébiscite le style. Difficile de rivaliser avec l’auteur et son art de la digression, passant de la douleur de la perte de l’être aimé à la discographie de John Lennon s’il n’était pas mort  en 1980, de la blessure d’une tentative de séduction ratée aux résultats de ligue 1, d’un baiser fougueux à l’invention de la moquette (Ah la moquette, ce « 
meurtre de la sensualité » puisqu’il ne permet plus d’entendre la délicate mélodie des talons aiguilles !).

Un roman mêlant avec dextérité drame et espoir, légèreté et profondeur, douleur et douceur. Ou pour reprendre la définition du mot « délicat » selon le Larousse : un roman « d’une grande finesse, exquis, raffiné. Qui manifeste une grande sensibilité, du tact ». 


Informations pratiques :

Prix éditeur : 16€
Nombre de pages : 208
ISBN :9782070126415