Simple, de Julie Estève

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Simple, Julie Estève

Editions Stock, août 2018

Rentrée littéraire

 Une plongée dans l’univers empli de poésie et de candeur d’un homme simple, victime du mépris et de l’injustice.

Antoine Orsini n’est jamais désigné par son nom et son prénom. Non, lui, c’est l’idiot du village, le « baoul » comme disent les autres d’un air de mépris. La chaise en plastique abandonnée près des poubelles est devenue son interlocutrice. Après tout, ne partagent-ils pas la même communauté de sort, mis au rebut, repoussés par les autres ? Alors il parle à la chaise, lui raconte sa vie ces dernières années, Magic son copain, sa fidèle mob avec laquelle il tourne en rond, Florence, la fille de madame Biancarelli, ses 15 années de prison.

Florence, il l’aimait bien. Et les autres gars du village aussi, du moins pour coucher, car pour l’affection, Florence, qui n’a jamais connu son père, vivait toujours dans le manque. A sa manière, cette jeune femme est marginale comme lui. Alors ils se comprennent. Il aimait grimper aux arbres pour parvenir à la hauteur de sa fenêtre et échanger quelques mots avec elle, écouter avec elle de la musique sur son transistor. Jusqu’au jour où on a découvert le cadavre de Florence. Et le baoul de faire un coupable tout désigné. Mais qu’en est-il vraiment ?

Au fil des confidences d’Antoine, dans une langue très singulière, brute, au plus près de ses émotions, le lecteur réalise que dans le village, bien d’autres personnes avaient des raisons d’en vouloir à Florence. Et si le baoul avait été condamné par erreur ? Un roman touchant, à l’image de son personnage. Une histoire authentique et profonde, dont le style un peu décousu, à l’image des pensées qui traversent l’esprit du baoul, peut déconcerter parfois..

 

Citation du jour

Je remarque que la lenteur, qui n’est pour moi rien d’autre que le rythme fondamental de l’humanité, est devenue un luxe paradoxalement nécessaire et vital par les temps qui courent, qui nous entraînent plutôt qu’ils ne nous portent. On perd en teneur ce que l’on gagne ne vitesse, et cette vitesse que l’on atteint semble actuellement beaucoup plus intéressante que la direction que l’on prend. Pourtant, le cheminement compte tout autant que la destination, et la méthode que la formule finale.

Michel Simonet – Une rose et un balai – Pocket éditions

une rose et un balai Michel Simonet

©Karine Fléjo photographie

 

L’ivresse des libellules, Laure Manel

L'ivresse des libellules de Laure Manel

©Karine Fléjo photographie

Laure Manel est l’auteur de La délicatesse du homard et de La mélancolie du kangourou. Dans son troisième roman, L’ivresse des libellules, elle nous livre une chronique douce-amère sur le couple.

Quatre couples et une jolie femme

Quand quatre couples d’amis partent ensemble en vacances, ce n’est déjà pas simple à gérer. Il y a les désirs des uns, les préférences des autres, les conciliants, les rigides, les émotifs, les rentre-dedans, les leaders, les soumis, les lève-tôt, les couche-tard, les sportifs, les dilettantes, les vegans, tout un monde à concilier. Heureusement, cette année, ce devrait être plus simple. En effet, Sybil, la meneuse autoproclamée de la bande, a proposé et obtenu que les couples viennent sans leurs enfants. Une décision à laquelle il lui est facile de se soumettre puisqu’elle n’a pas justement d’enfants. Seulement une belle-fille, Léa, avec laquelle les rapports sont quelque peu tendus. Pas de cris, pas de pleurs, de chamailleries, de ras-le-bol de marcher, de je-n’aime-pas-les-légumes, les enfants resteront chez leurs grands-parents respectifs ou chez l’ex-conjoint. La tranquillité sera ainsi assurée.

Enfin, tranquillité en théorie. Certes, les enfants ne sont pas de la partie, mais Claire a proposé à Valentine, récemment séparée et donc le moral en berne, de se joindre au groupe. Une jeune femme aux jolies formes, belle malgré sa tristesse, qui ne va pas laisser les hommes et l’un d’eux en particulier, indifférents. Des hommes qui, contrairement aux attentes, ne lui sont pas tous inconnus…

Et le loup d’être lâché dans la bergerie.

Les couples sont mis à rude épreuve, entre tentation de l’un, infidélité de l’autre, usure des sentiments face au temps qui passe, séduction et sexualité en berne, rivalité avec les beaux-enfants, désir évaporé… Ces vacances, à défaut d’être paisibles, permettront-elles à chaque couple de mettre les choses à plat et de repartir sur de meilleures bases ?

Vie de couple et usure du temps : une fatalité ?

Après La délicatesse du homard et La mélancolie du kangourou, Laure Manel nous revient avec un roman plus léger. Un roman sur l’amitié et l’amour, sur les tourments du couple face à l’épreuve du temps. Devenir mère a souvent pour effet de faire passer la femme au second plan. La maman a moins de temps pour s’occuper d’elle, pour vivre des moments intimes avec son conjoint, de sorte que beaucoup de couples souffrent en silence de ces liens distendus, loin de la passion du début. Les hommes regardent alors parfois plus facilement ailleurs. Et certains couples n’y survivent pas. Mais refaire sa vie, dans une famille recomposée, n’est pas simple non plus. Dur de trouver sa place dans le cœur des beaux-enfants, de supporter les divergences d’éducation du nouveau conjoint. Chacun doit trouver ses marques.

Valentine agit ici comme un révélateur des crises conjugales qui sommeillent dans ces couples. Toute crise est-elle à redouter pour autant ? Ou peut-elle être l’occasion de se parler à cœur ouvert, de faire part de ses besoins, de ses envies, d’écouter les ressentis de chacun et de tout mettre en œuvre, dès lors, pour faire renaître la passion ? Je vous laisse le découvrir…

Mamma M’IA, bande dessinée d’Olivier Pelletier et Anne-Caroline Paucot

bande dessinée Mamma m'IA

©Karine Fléjo photographie

L’Intelligence Artificielle croquée en 8 histoires, qui pointent le doigt avec un humour mordant sur les dangers et les avantages des technologies numériques. Percutant, pertinent et résolument actuel !

Intelligence Artificielle : pour le meilleur ou pour le pire ?

Imaginez que demain, les progrès technologiques puissent vous donner le choix d’avoir l’enfant de vos rêves : choix du sexe, de la couleur des yeux, des cheveux, du degré d’intelligence, de la résistance aux maladies, options qui bien évidemment se monnaieront. Un bébé à la carte : enthousiasmant ou… effrayant ?

Imaginez encore que bientôt (nous en sommes très proches déjà), toute la maison soit connectée, toutes les tâches soient programmables et programmées. Le bonheur ? Un confort qui a un coût : votre dépendance aux nouvelles technologies au point de vous sentir perdu et handicapé sans.

Ce sont ainsi huit situations du potentiel quotidien qui nous attend, qui sont passées en revue, sous la plume ironique et acérée d’Anne-Caroline Paucot et les dessins humoristiques et décalés d’Olivier Pelletier.  Percutant.

La révolution numérique : savoir prendre le virage technologique

Cette bande dessinée s’adresse aussi bien aux adultes qu’aux enfants. Avec un humour féroce et jubilatoire, les auteurs nous invitent à réfléchir sur ce que pourrait être le monde de demain si nous ne négocions pas au mieux la révolution numérique et restons passifs. Il ne s’agit pas d’un livre contre le progrès technologique mais contre ses potentielles dérives (addiction, eugénisme, conditionnement psychologique, etc). Et comme un lecteur averti en vaut deux, autant garder à l’esprit les écueils à éviter pour ne pas être supplantés par des robots et n’obtenir de notre union avec l’Intelligence Artificielle que le pire. Car les robots ne sont pas à diaboliser : en médecine, dans la réalisation de tâches pénibles ou impossibles pour l’homme, pour ne citer que ces exemples, les robots sont complémentaires à l’homme. Mais ne devenons pas des machines nous-mêmes, incapables de penser et d’agir par nous-mêmes !

Une bande dessinée ancrée dans l’actualité, qui interroge tous les domaines de la société, de la place des personnes âgées aux rapports amoureux en passant par la santé ou encore le monde sexiste du travail. Un regard aiguisé, ironique et brillant. A lire !